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LA GUERRE DE TRENTE ANS

45. Un des premiers effets de la réaction catholique fut la Guerre de Trente Ans, qui ruina l’Allemagne pour deux siècles et où la France catholique de Richelieu, jointe à la Suède réformée de Gustave- Adolphe et aux Pays-Bas, soutint et sauva, contre la maison d’Autriche, les princes allemands de la Réforme. Le résultat de cette effroyable effusion de sang fut à peu près nul. Catholiques et protestants conservèrent leurs positions; seule la France y gagna par l’affaiblissement de l’Empire; le traité de Westphalie (1648) fit d’elle la première puissance de l’Europe. De part et d’autre, des cruautés affreuses furent commises, mais les généraux catholiques se montrèrent de beaucoup les plus sauvages; il y a peu d’actes de barbarie aussi dégoûtants que l’incendie et le sac de Magdebourg par Tilly. Non seulement les jésuites, conseillers de l’empereur Ferdinand II, avaient allumé la guerre, mais, après tant de ravages, le pape refusa de reconnaître la paix de 1648. En 1631, Urbain VIII félicitait Ferdinand II de la destruction de Magdebourg et exprimait l’espoir que d’autres villes rebelles partageraient bientôt le même sort !

46. Les luthériens d’Allemagne eurent un réformateur en Philippe- Jacob Spener, né en Alsace- (1635-1765), qui, choqué du caractère extérieur et formaliste de la religion, fonda les réunions de piété, d’où le nom de piétistes qui fut donné à ses adhérents. C’est à Berlin surtout gu’il trouva crédit et que la

DE LUTHER A L’ENCYCLOPÉDIE

haute bourgeoisie reçut son empreinte pour la conserver jusqu’au milieu du xixe siècle. Un piétiste n’est pas théologien; ses préoccupations sont tournées vers la pratique de la vie chrétienne. Par là, il se rapproche des rationalistes et des simples déistes; mais il s’éloigne d’eux par ses allures de supériorité et une certaine prétention à l’ascétisme. Mouvement religieux à l’origine, le piétisme devint une attitude et, par surcroît, une attitude agaçante. Du reste, la tendance représentée par les écrits et la prédication de Spener a évolué très diversement dans les divers pays d’Allemagne, à tel point qu’il n’est pas scientifique de parler du piétisme en général, mais seulement des piétistes suivant les temps et les lieux.

47. Vers la fin du xvie siècle, la Pologne semblait presque perdue pour l’ Église romaine; la noblesse était luthérienne ou calviniste; il y avait plus de 2 000 communautés de la Réforme. Alors se produisit un événement singulier.. Deux Siennois, Lélius Socin et son neveu Fauste, enseignaient en Suisse la doctrine dite unitaire, sorte de déisme hostile au dogme de la Trinité et plus encore à celui du salut par la foi. Fauste fonda l’Église socinienne en Pologne, où jésuites et réformés s’entendirent pour la combattre. Les sociniens durent se réfugier en Transylvanie et les réformés de Pologne, affaiblis par cette lutte et cette perte, furent bientôt réduits eux-mêmes à l’impuissance. L’Église romaine en profita pour regagner le terrain perdu.

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