SIÈGE DE LA ROCHELLE
de sûreté, entre autres La Rochelle, qui devint une « Genève française », furent attribuées aux protestants. C’était renouveler une faute déjà commise lors de l’édit de Saint-Germain, car on instituait ainsi, au profit de la Réforme, un État dans l’État.
52. Après l’assassinat de Henri IV par un ancien moine visionnaire, Ravaillac, « instrument aveugle de l’esprit du temps » (1), la situation des protestants de France resta favorable pendant la première partie de la minorité de Louis XIII. Mais Richelieu, quoique allié des princes protestants contre la maison d’Autriche, était trop soucieux de la grandeur et de l’unité nationale pour tolérer l’institution des « villes de sûreté ». La Rochelle, défendue héroïquement par son maire Guiton.dut céder à la famine (1628). L’Édit de Nantes fut confirmé par l’Édit de Nîmes (1629); mais les villes de sûreté furent enlevées aux protestants.
53. Dès lors, ce n’est plus la politique, mais le fanatisme et la cupidité qui entrent en jeu. L’Église, exploitant et attisant des rivalités d’intérêts ou de commerce, ne cessa de réclamer du pouvoir royal le retrait des concessions faites aux protestants ; elle eut surtout pour appuis, dans cette campagne, le chancelier Le lellier et son fils Louvois. L’Édit de Nantes ne fut
(1) Voltaire.
DE LUTHER A L’ENCYCLOPÉDIE
jamais accepté par le clergé catholique et son histoire est celle de sa révocation, (i)
L’oratorien Richard Simon écrivait : « Si le cardinal de Richelieu ne fût pas mort si tôt, il y a longtemps que nous n’aurions plus de huguenots dans le royaume. » La royauté avait besoin des subsides gracieux du clergé; chaque fois qu’il en accorda, ce fut pour réclamer des mesures contre* les protestants. « Où sont, disait, devant Louis XIV enfant, l’orateur de l’assemblée du clergé en 1651, où sont les lois qui bannissent les hérétiques du commerce des hommes? » « Nous souhaiterions au moins, dit un autre orateur, que si votre autorité ne peut étouffer ce mal tout d’un coup, elle le rendît languissant et le fît périr peu à peu par le retranchement et la diminution de ses forces. » Tel était le programme, qui fut fidèlement exécuté. Successivement en exclut les avocats protestants des tribunaux (1664), les notaires des études (1682); on interdit aux protestants toute sorte de métiers, ceux d’apothicaires, de chirurgiens, de sages-femmes; aucun d’eux ne put exercer d’emploi public. On s’en prit ensuite aux temples qu’on démolit, aux pasteurs qu’on chassa, aux enfants même, à qui les maîtres d’école réformés avaient seulement le droit d’enseigner à lire et qui, dès l’âge de sept ans, pouvaient se convertir malgré leurs parents (1684.) L’existence des protestants était devenue intolérable. Beaucoup de riches et de nobles apostasièrent, afin d’obtenir des emplois de
(1) Puaux, Les précurseurs français de la tolérance. P......