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LA PAPAUTÉ ET LA RÉVOCATION

étaient passés par les armes ou envoyés aux galères, où leglaiveetla bestialité des soldats n’épargnaient ni l’âge ni le sexe. Ces souvenirs sont encore vivants dans les Cévennes; ils devraient l’être partout. Mais, pendant toute la durée du xixe siècle, l’enseignement officiel, sévèrement contrôlé par l’Église romaine, a jeté un voile sur ces crimes comme sur tant d’autres, auxquels les manuels d’histoire donnaient à peine quelques lignes, alors que plusieurs générations ont appris dans ces livres à s’apitoyer sur les victimes de la Terreur.

57. Partout et toujours, dans cette longue série d’attentats au droit, quand le roi ou le ministre proscrit, quand le soldat trappe, c’est l’Église romaine, implacable, qui dirige leur plume ou leur bras. La preuve doit en être faite pour répondre aux mensonges des apologistes, prétendant, par exemple, que le pape avait désapprouvé la Révocation. Louis XJ V s’écriait après le désastre de Ramillies : « Dieu a-t-il donc oublié tout ce que j’ai fait pour lui? » Comme Dieu n’avait point parlédirectement à Louis XIV, le roi reconnaissait ainsi, de façon formelle, avoir suivi les conseils de son clergé, de ses confesseurs jésuites, seuls interprètes de Dieu auprès de lui. En janvier 1685, l’ambassadeur de France à Rome transmit à Versailles ces mots d’innocent XJ sur Louis XIV : « Vraiment, nous louons le roi qui détruit un si grand nombre d’hérétiques et qui veut exterminer entièrement cette misérable secte dans le royaume. » Le 8 mai 1685, d’Estrées écrit au roi : « Le pape loua non seulement les soins et la continuelle application de V. M. pour l’extirpation de l’hérésie, mais aussi les moyens dont elle

DE LUTHER A L’ENCYCLOPEDIE

s'ôtait servie, gagnant les uns avec la douceur, éloignant les autres des charges, des gouvernements, des emplois, imprimant de la crainte à ceux qui ne pouvaient être réduits autrement. » L’ Édit révoqué, le pape déclare à l’ambassadeur « qu’il n’y a rien de plus grand et qu’il ne se trouverait pas d’exemple d’une telle action». Il décida aussi « qu’il fallait donner des témoignages publics de sa joie et de sa satisfaction avec tout l’éclat possible. » Le 28 avril 1686, sur l’ordre d’innocent XI, la Révocation fut célébrée par le don d’indulgences plénières à ceux qui visitaient Saint-Louis des Français à Rome; Saint-Pierre et le Vatican furent illuminés. Le P. Coronelli a publié une relation de ces fêtes sous le titre significatif : «“Rome triomphante à l’occasion de l’extirpation de l’hérésie, par un édit donné à Fontainebleau, le mois d’octobre 1685. » Le jésuite Sémery prononça un discours où l’on apprend que le pape Innocent XI avait demandé au cardinal d’Estrées d’user de tout son pouvoir auprès de Louis XIV « afin qu’il détruisît la contagion et la peste du calvinisme ». Enfin, rappelons qu’innocent XI, le 13 novembre 16S5, adressa un bref à Louis XIV, où il déclara que la Révocation « était la plus belle chose que S. M. eût jamais faite, la plus propre pour éterniser sa mémoire et lui attirer les plus rares bénédictions du ciel ».

58. Si Dieu oublia ce que Louis XIV avait fait pour lui, il se trouva aussi quelques catholiques, lors des désastres militaires et économiques qui suivirent la Révocation, pour prêcher, mais bien tardivement, la tolérance. Ainsi Fénelon disait à son royal élève, le

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