TOLÉRANCE DE FÉNELON
fils de Jacques II : « Sur toutes choses, ne forcez jamais vos sujets à changer de religion ; nulle puissance humaine ne peut forcer le retranchement impénétrable de la liberté du cœur. La force ne peut jamais persuader les hommes ; elle ne fait que des hypocrites. Accordez à tous la tolérance civile, non en approuvant tout comme indifférent, mais en souffrant avec patience tout ce que Dieu souffre et en tâchant de ramener les hommes par une douce persuasion. » (i) Il y a, dans ces belles paroles, le remords d’une conscience que des malheurs tout récents ont éoiairée. Mais Fénelon lui-même était alors un persécuté. Quant à son grand rival, Bossuet, il disputa contre les ministres protestants, exposa, dans un magnifique langage, les variations de leurs églises, mais n’eut pas, que nous sachions, une parole de pitié pcrur leurs souffrances. Bien plus, il glorifia la Révocation : « Vous avez, dit-il à Louis XIV, affermi la foi; vous avez exterminé les hérétiques; c’est le digne ouvrage de votre règne. » Ce qui est vrai de Bossuet l’est de presque tous ses contemporains. L’Église, quand sa gloire est en jeu, endurcit les cœurs. « La destruction de l’hérésie est notre unique affaire », s’écriait, le 2 juillet 1685, un évêque de Valence, Daniel de Cosnac.
59. Louis XIV, qui faillit extirper de France le protestantisme, eut le mérite d’introduire, suivant
(1) Fénelon, Œuvres, t'd. C autre. t VII, p. 162. L’authenticité de ce texte est contestée.
DE LUTHER A L’ENCYCLOPÉDIE
l’expression de Voltaire, « la règle et la décence » dans la religion catholique. Sous Louis XIII, le désordre était encore grand. « Presque tous les bénéfices étaient possédés par des laïcs, qui les faisaient desservir par de pauvres prêtres à qui l’on donnait des gages. Tous les princes du sang possédaient de riches abbayes. Plus d’un bien de l’Église- était regardé comme un bien de famille. On stipulait une abbaye pour la dot d’une fille et un colonel remontait son régiment avec le revenu d’un prieuré. Les ecclésiastiques de cour portaient souvent l’épée et parmi les duels qui désolaient la France, on en comptait beaucoup où des gens d' Église avaient part. » (r) Ces abus cessèrent, du moins en grande partie, et le clergé de France devint, ce qu’il est resté jusqu’à nos jours, le plus respecté et le plus respectable de l’Europe.
60. Les ordres religieux qui se fondèrent en France au xvii8 siècle eurent presque tous un caractère pratique et charitable. Le cardinal de Bérulle y établit l’Oratoire, association de prêtres enseignants, d’après le modèle créé en Italie par Philippe de Néri. Les bénédictins de Saint-Maur s’illustrèrent par d’admirables travaux d’érudition. J. -B. de la Salie créa les Frères des Écoles chrétiennes (1680). Saint Vincent de Paul, apôtre remuant, d’un zèle inlassable, fonda es missionnaires lazaristes et inspira l’association des Sœurs de charité, qui se consacrent au soulagement des pauvres et des malades sans être retenues par des vœux perpétuels (1634). Le monde entier a rendu
(i) Voltaire.