LA METHODE ANTHROPOLOGIQUE
à la fin à penser aussi raisonnablement que les Grecs, si on leur en avait laissé le loisir. »
On trouve en germe, dans ces lignes, toute la théorie des anthropologistes modernes, qui voient dans les fables, comme dans les outils en pierre ou en os, les produits comparables des civilisations de divers peuples à des périodes comparables de leur évolution.
26. Fontenelle termine par quelques mots sur les emprunts faits par les Grecs aux Phéniciens et aux Égyptiens, sur les malentendus qui devaient résulter, pour les Grecs, de leur ignorance des langues étrangères, enfin sur l’influence de la littérature qui tantôt conserve, tantôt développe les fables et même en crée de nouvelles : « Ne cherchons donc autre chose dans les fables, conclut-il, que l’histoire des erreurs de l’esprit humain. Ce n’est pas une science de s’être rempli la tête de toutes les extravagances des Phéniciens et des Grecs, mais c’en est une de savoir ce qui a conduit les Phéniciens et les Grecs à ces extravagances. Tous les hommes se ressemblent si fort qu’il n’y a point de peuple dont les sottises ne nous doivent faire trembler. »
Cette dernière phrase en dit long sur ce que Fontenelle n’a pas osé dire; lui aussi, comme d’Alembert écrivant à Voltaire, pensait que « la peur des fagots est rafraîchissante »; mais les citations que j’ai faites suffisent, je crois, pour convaincre tout lecteur que Fontenelle, le léger et sémillant Fontenelle, doit compter parmi les fondateurs de cette méthode anthropologique dont j’essaie ici de donner un aperçu
L’ORIGINE DES RELIGIONS