II
27. J’ai cherché à établir, dans ce qui précède, que l’animisme d’une part, les tabous de l’autre, peuvent être considérés comme les principaux facteurs des religions et des mythologies. Mais ces facteurs ne sont pas les seuls. Il en est deux autres qui, pour être moins primitifs, n’ont pas agi d’une façon moins générale : je veux parler du totémisme et de la magie.
28. Définir le totémisme est très difficile. On peut dire, quitte à préciser ensuite, que c’est une sorte de culte rendu aux animaux et aux végétaux, considérés comme alliés et apparentés à l’homme. Quelle est l’origine de cette conception et comment s’est-elle développée?
29. Les anciens ont déjà remarqué que l’homme est essentiellement un animal social. Vainement Jean-Jacques Rousseau, au xvnie siècle, voulut-il méconnaître ce caractère et voir dans la société humaine l’effet d’une convention, d’un contrat; yoltaire lui donna tort et tout le monde pense aujourd’hui comme Voltaire. A l’état le plus primitif où nous puissions l’étudier, l’homme ne vit pas seulement en hordes, en troupeaux, comme beaucoup de mammifères supérieurs, mais il constitue des groupes sociaux, obéissant à divers scrupules, qui sont l’embryon de la moralité et des lois.