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SUPPRESSION DES JÉSUITES

l’État (1757), confisqua leurs biens et fit brûler vif l’un d’eux, le vieux visionnaire Malagrida, dont l’Inquisition docile instruisit le procès.

10. En France, la faillite d’une maison de commerce qui agissait pour le compte des jésuites ayant ruiné beaucoup de familles, le Parlement vit là une bonne occasion de satisfaire ses rancunes jansénistes. Fort de l’appui de Choiseul et de Mme de Pompadour, qu’un confesseur jésuite du roi avait offensée, il procéda à une enquête sur l’ordre et en obtint la suppression, que le pape Clément XIII n’était pas disposé à ratifier (1764). Mais bientôt, à l’exemple de la France, l’Espagne prit des mesures contre les jésuites, devenus suspects à la royauté et à l’Inquisition. Un nouveau pape, Clément XIV, se résigna à l’inévitable et, déclarant que l’ordre des jésuites ne répondait plus aux nécessités du temps, il le supprima en 1773.

11. V oltaire accueillit des j ésuites fugitifs à F erney. Élève des jésuites lui-même, il avait conservé de bons sentiments pour ses maîtres et en fit étalage à sa manière. Mais il souilla sa plume par d’infâmes plaisanteries sur le pauvre Malagrida, victime innocente de la tyrannie de Pombal.

12. Pendant.la seconde moitié du xvme siècle, les philosophes avaient souvent réclamé la sécularisation, c’est-à-dire le retour à la nation des biens du clergé, évalués à plusieurs milliards. L’Assemblée Nationale la décréta (2 novembre 1789), non sans remplacer le capital

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acquis à la nation par nne dotation annuelle, qui fut: l’origine du budget des cultes. Le 12 juillet 1790, les législateurs allèrent plus loin en imposant au clergé la Constitution civile, inspirée des idées les plus radicales du gallicanisme. Cette constitution méconnaissait absolument l’autorité du pape, en lui enlevant le droit d’instituer les évêques et en rendant électives toutes les fonctions du clergé. Ainsi fut dénoncé le Concordat de 1516. L’Assemblée exigea des ecclésiastiques le serment à la constitution civile; Pie VI le défendit ^mars-avril 1791) et il y eut dès lors des prêtres assermentés ou jureurs, tandis que la plupart restaient insermentés ou réfractaires. Ces derniers célébrèrent le culte en secret, dans des granges,, hors des édifices réservés aux prêtres jureurs; bien que moins molestés que les protestants après la Révocation, ils turent cependant persécutés comme eux. Tant il est vrai qu’à l’école de la persécution en ne peut apprendre la tolérance.

13. La Convention, sans proscrire formellement le culte, en laissa entraver l’exercice par des violences populaires. L’abbé Grégoire, évêque assermenté, qui avait poursuivi avec un noble courage l’émancipation des juifs et l’abolition de l’esclavage dans les colonies, protesta vainement au nom de la liberté. L’évêqueassermenté de Paris déposa ses insignes à la barre de la Convention et parut ainsi abjurer le christianisme. Des fanatiques à rebours, qui ne pouvaient se passer d'un culte, instituèrent à Paris celui de la déesse Raison 10 novembre 1793). Une actrice de l’Opéra figura la déesse nouvelle et fut reçue en grande pompe à la

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Convention, qui alla chanter avec le peuple, au temple le la Raison, l’hymne de liberté. Ces bouffonneries furent imitées dans d’autres sections de Paris, où les temples de la Raison se multiplièrent. Robespierre, imprégné du déisme de Rousseau et de son intolérance, fit décréter par la Convention, comme par un concile, l’existence de l’Être suprême et l’immortalité de l’âme; les termes du décret furent inscrits sur les temples d& la Raison ^mai 1794).

14. Bientôt apparut la secte des Théophilanthropes, « amis de Dieu et des hommes », qui prétendaient remplacer toutes les religions par une croyance fondée sur la moraleseule. ProtégésparLaRevcllière-Lépeaux, membre du Directoire, ils disposaient, en 1797, de dixhuit églises à Paris. Le culte était célébré par les fidèles à tour de rôle; il consistait en sermons de morale et en cantiques chantés en français. Les théophilanthropes firent quelques progrès à Paris;- mais, comme ils étaient suspects de jacobinisme, les Consuls leur retirèrent les églises (oct. 1801) et la secte disparut après une existence un peu ridicule de cinq ans.

15. Les progrès de la libre pensée, du matérialisme et de l’athéisme au xvme siècle ont suscité, dans les pays protestants, des réactions dites réveils, généralement caractérisées par le mysticisme et une interprétation fantaisiste des livres saints. Ces mouvements se sont surtout produits en Angleterre et aux États- Unis, où ils ont continué au xixe siècle; mais l’Aile-

magne, la Suisse et la Hollande en ont connu de semblables, surtout après la réaction politique de 1815. En Angleterre et en Amérique, les réveils religieux se sont manifestés par la création de sectes nouvelles, auxquelles les luttes des partis, l’empiétement du temporel sur le spirituel ont également fourni des occasions.

16. Alors que le système presbytérien comporte l’élection du clergé par les fidèles, un droit de patronage, c’est-à-dire de nomination du clergé paroissial par la Couronne et les seigneurs, existait abusivement en Écosse et fut confirmé en 1712 par un acte du Parlement britannique. Il en résulta (1733) une première scission, due à l’influence du pasteur Ebenezer Erskine de Stirling, et la constitution des Presbytériens réformés. En 1847, les communautés réformées, qui s’étaient beaucoup accrues, prirent le nom d 'Église presbytérienne unie, pour se distinguer de l’Église d’État. Dans le sein de cette Église même une scission donna naissance à l’Église libre d’Écosse (1843). En 1874, le Parlement abolit enfin les droits de patronage et, en 1900, l’Église libre et l’Église presbytérienne se fondirent sous la dénomination d 'Église libre unie; mais une minorité, hostile à cette fusion, revendiqua tous les biens de l’Église libre et souleva ainsi de nouvelles difficultés. Les Églises d’ Écosse ont en commun un credo dit confession de Westminster (1647), atténué, dans sa rigueur calviniste, par les actes déclaratoires de 1879 et de 1892.

17. Des sectes baptistes, qu’on a rattachées à tort au christianisme de la Bretagne romaine, paraissent en Angleterre au début du xvne siècle. Comme les

BAPT1STES ET METHODISTES

•n ennonites, disciples du Hollandais Simons Menno (t I559)> s’appellent aussi anabaptistes, les bapiistes condamnaient à l’origine le baptême des enfants, le serment et le service militaire. Leur rite distinctif est l’immersion totale dans le baptême, que reçoivent seulement les adultes. Le poète Milton a été revendiqué par cette secte, ainsi que Bunyan, l’auteur du célèbre» Voyage du Pèlerin» (Pilgrim’ sprogress), qui fut emprisonné pendant dix ans sous Charles II (i). Depuis 1689, les baptistesont joui de la tolérance etsesont répandus en Allemagne, aux États-Unis et ailleurs. L’Angleterre en compte 350 000, les États-Unis près de quatre millions; ils entretiennent des missions importantes, surtout en Afrique et en Asie. Les baptistes n’ont pas d’évêques, mais des anciens élus par les communautés, des docteurs chargés de la prédication et des serviteurs ou diacres. De toutes les sectes chrétiennes, c’est peut-être la seule où un chrétien de Tan 100 ne se sentirait pas trop dépaysé.

18. Plus de trente millions de protestants se disent aujourd’hui méthodistes. Cette secte puissante fut fondée en Angleterre, vers 1740, par un homme éloquent et énergique, le puritain John Wesley (f 1791), son frère Charles et son ami Whitefield (f 1770), qui prêcha plus de 18.000 sermons. Us se proposèrent d’abord pour seul but d’évangéliser ou de réveiller

(1) Milton était un « irregular and defective baptist »; comme Bunyan et beaucoup d’autres esprits religieux de son temps, il appartint plutôt au groupe indépendant des non-conformistes, ni presbytériens, ni anglicans. Voir R. Hofmann, art. Baptisten, dans Hauck, p. 387

l’Église anglicane par la lecture delà Bible, la régularité des observances et' la purification de la vie morale. Le nom de méthodistes, qui se rencontre dès 3639 l1). désignait les prédicateurs qui enseignaient une méthode pour arriver au bonheur par la vertu. Tout en cultivant surtout la prédication, aussi permise aux laïcs, les méthodistes provoquaient, la création de sociétés religieuses, qui devinrent des centres de propagande. Le méthodisme offre quelques analogies avec le piétisme allemand ; mais, à la différence de celui-ci, il s’adresse surtout aux grandes masses populaires qu’il veut élever religieusement et moralement. Un certain charlatanisme convulsionnaire a fait du tort aux grandes réunions méthodistes; mais ce sont de puissants instruments d’évangélisation et de conversion. Les missions méthodistes s’étendent à toutes les parties du monde et, très libéralement soutenues, y multiplient leurs bienfaits.

19. Le méthodisme, depuis 1797, s’est divisé en sectes, les wesleyens, les chrétiens bibliques, etc., qui ne diffèrent que par des nuances d’opinion. La rupture avec l’Église anglicane, que Wesley voulait éviter, s’accomplit progressivement vers la fin du xvme siècle. Les méthodistes forment aujourd’hui une Église dissidente, qui se gouverne elle-même par une Conférence et possède une hiérarchie composée de clercs et de laïcs.

20. Introduit àlMew-York en 176F, le méthodisme fut bientôt propagé en Amérique par le missionnaire

(1) Hauck, art. Méthodiste n, p. 755.

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