LA DOCTRINE DE NEWMAN
hautes classes, que l’amour de l’art et le dilettantisme religieux éloignaient de la sévérité calviniste du rituel; mais bientôt, grâce à l’organisation de bonnes oeuvres, •ou ses mérites sont appréciés de tous, il a conquis une clientèle dans les milieux ouvriers et nécessiteux.
33. Le passage au catholicisme d’un savant comme Newman, formé dans le milieu anglican d’Oxford, eut de graves conséquences pour la religion qu’il embrassait. Un de ses ouvrages, l’Essai sur le développement de la doctrine chrétienne (1845), introduisit, jusque dans les cercles catholiques lettrés, l’idée de l’évolution des dogmes, du progrès religieux; il fut ainsi, sans le vouloir, un des pères du modernisme. Jusqu’en 1854, en effet, le dogme catholique était réputé immuable; saint Vincent de Lérins avait donné pour formule au catholicisme : « Ce qui a été cru par tous, partout et-f
toujours »; Bossuet avait fait contraster, avec les varia- " tions des Églises de la Réforme, le caractère stable et défini de celle de Rome. Mais en 1854, sans convoquer un concile. Pie IX promulgua le dogme de l’immaculée Conception, qui n’avait été jusque-là qu’une opinion libre. C’était rompre avec la tradition, affirmer, suivant les idées de Newman, l’évolution dogmatique de l’Église. Où s’arrêter dans cette voie? Le dogme de l’infaillibilité, promulgué en 1870, donnait la réponse ; on s’arrêtera là où il plaira au pape. Cette solution, qui satisfaisait Newman, ne vaut que sur le terrain dogmatique : celui de l’histoire reste libre. L’idée de l’évolution des dogmes, de la nécessité de rechercher leur genèse et leur développement ouvrait la porte aux libres travaux d’exégèse, jusqu’alors
presque inabordables aux catholiques. C’est par cette porte que l’abbé Loisy a passé.
34.. Le xixe siècle a vu se développer, en Angleterre et aux États-Unis, la secte chrétienne et rationaliste des Unitaires. Dès le xvie siècle, on brûla desgens en Angleterre parce qu’ils professaient les principes de l’arianisme et niaient la Trinité. Les adhérents de cette doctrine se fondirent au xvne siècle avec les sociniens, puis, au siècle suivant, avec lesdéistes. Théophile Lindsay (f 1808) et Joseph Priestley, le grand chimiste (f 1804), furent les prophètes de l’unitarisme britannique; ce dernier, obligéde fuir l’Angleterre (1794), parce qu’on l’accusait de sympathie pour la Révolution française, introduisit l’unitarisme en Pensylvanie. C’est surtout à Boston, l’Athènes américaine, que le christianisme ainsi épuré trouva un terrain favorable; le pasteur Channing, si justement célèbre pour avoir combattu l’esclavage (1835) et soutenu partout les droits de la justice et de la raison, se rallia à l’unitarisme dès 1819, bien qu’il fût opposé à la création d’une Église nouvelle. « Une Église établie, disait-il, est le tombeau de l’intelligence. » Après Channing, le poète et moraliste Ralph Emerson (de Boston) propagea cette « religion des intellectuels », christianisme sans dogme et sans autres temples que les cœurs. En Angleterre, il a surtout été représenté par James Martineau (f 1900), auteur d’ouvrages devenus classiques sur la doctrine unitaire, qui. se rattache par ses tendances panthéistes à Spinoza et pourrait se fondre, sans difficultés dogmatiques, avec le judaïsme libéral de nos jours.