‹ OrpheusChapitre 302 sur 359 · LE MORMONISME · texte numérisé non relu

LE MORMONISME

35. Les États-Unis sont le premier grand pays qui ait réalisé complètement la séparation de l’État et des Églises, laissant le champ ouvert, en toute liberté, à la concurrence des religions. Il en est résulté un certain avantage pour le catholicisme, qui a pour principe la centralisation des pouvoirs, sur le protestantisme, qui. se morcelle naturellement en sectes; mais, entre les nombreuses sectes protestantes, la sélection fera son œuvre et une religion sans théologie exigeante, avec des préoccupations morales et sociales au premier rang, finira par prévaloir là comme ailleurs. Pour l’instant, les 15 millions de catholiques américains forment un groupement plus nombreux que n’importe laquelle des sectes protestantes du même pays.

36. Le spiritisme, qui est une véritable religion, est né aux États-Unis; c’est là aussi que s’est produit un des plus curieux phénomènes du xixe siècle, le mormonisme. Le mormonisme est une de ces épidémies religieuses, qualifiées de revivais ou réveils, auxquelles les peuples anglo-saxons semblent plus exposés que les autres à cause delà lecture directe et souvent faite en commun des livres saints. Un colporteur visionnaire, Joseph Smith, exposa à des gens crédules, en 1830, une révélation qui rattachait les Américains à la famille du patriarche Joseph et annonçait la prochaine apparition d’un Messie. Cette révélation lui avait été apportée par un ange, gravée en caractères égyptiens sur des plaques d’or. La fourberie trouva crédit malgré sa grossièreté et la secte nouvelle, après plusieurs déplacements, fonda, dans l’Illinois, un établissement pourvu d’un grand temple (1841) : ce fut

l’Église des Saints des derniers jours. On les appela aussi mormons, parce qu’un des prétendus descendants de Joseph, émigrés vers 600 avant Jésus-Christ en Amérique, se serait nommé Mormon et aurait rédigé le livre saint de la secte, traduction des prétendues tablettes d’or. Ce livre saint est un plagiat maladroit delà Bibleet d’un roman publié en 1812, où il n’v a ni originalité ni talent; mais l’enthousiasme religieux ne raisonne point. Formant une république agricole et industrielle, bientôt peuplée par des émigrants de tous pays, les mormons se laissèrent docilement guider par leur « prophète » qui, voulant restaurer les moeurs patriarcales, autorisa la polygamie (1843). Cela scandalisa la populace de l’Illinois, qui fit emprisonner Smith, puis le mit à mort (1844). Alors, sous la conduite du disciple favori de Smith, le charpentier Brigham Young, les mormons émigrèrent vers le grand lac Salé (Utah) et y fondèrent une cité nouvelle (1847). Lorsque Young mourut à son tour, en 1877, il laissa 17 femmes, 56 enfants et une fortune de 10 millions de francs. En 1901, le chef des mormons était Joseph F. Smith, neveu du prophète ; on estimait le nombre des mormons à 300000, plus environ 15000 dispersés en Europe. I.eur culte n’admet que le baptême des adultes par immersion complète; à l’exemple de quelques sectes chrétiennes primitives, ils baptisent « pour les morts » ; Franklin et Lincoln ont été sauvés ainsi des feux de l’Enfer.

37. Comme le Congrès des États-Unis interdit la polygamie sur tuot le territoire de l’Union et institua de ce chef des poursuites (1884), les mormons renon-

Page 1