‹ OrpheusChapitre 304 sur 359 · MADAME DE KRUDENER · texte numérisé non relu

MADAME DE KRUDENER

romaine (bien que pratiquant le rite oriental) n’ont pas eu moins à souffrir. Si les martyrs de la Pologne ont été immolés à la politique plus qu’au fanatisme, les uniates n’ont été poursuivis que parce qu’ils refusaient d’entrer dans l’Église d’État. « Ils ont connu toutes les épreuves, les supplices, l’exil, la Sibérie. Ils étaient 8 millions au xvne siècle; au début du xixe ils n’étaient plus que 800 000; aujourd’hui (1897) 100 000 Ruthènes de Russie gémissent... Les autres ont disparu : l’exil, la prison, la mort et l’apostasie se sont partagé les restes de cette Église. » (1)

42. Un curieux épisode de la réaction de 1815 est le rôle joué auprès d’Alexandre Ier par la baronne de Krüdener, qui, après une jeunesse très dissipée, était devenue mystique à 40 ans. Belle encore, se croyant inspirée, elle prit un tel ascendant sur le souverain piétiste, qu’il accepta d’elle (et du mesmérien Bergasse) l’idée baroque de la Sainte-Alliance, conclue le 26 septembre 1815, au nom de la Sainte-Trinité, entre la Russie, la Prusse et l’Autriche. Alexandre finit par la trouver indiscrète et se brouilla avec elle. Mais elle continua à courir le monde, prêchant, faisant l’aumône, attirant des gens aussi détraqués qu’elle dans son sillage. Les missions auxquelles ses amis s’employaient sont comme une première idée de VA rmée du salut. Elle termina son existence aventureuse en Crimée (1824). Dans une de ses dernières lettres elle écrivait : « Bien souvent j’ai pris pour la voix de Dieu ce qui n’était que le fruit de mon

<l) Pisani, A travers l’Orient, p. 177.

MO DE L’ENCYCLOPÊDifc. AC MODERNISME

imagination et de mon orgueil. » Elle aurait pu s’en aviser un peu plus tôt.

43. L’époque du Directoire vit une renaissance du catholicisme, sous le régime de la séparation de l’Église et de l’État. Dès 1796, le culte public avait été rétabli dans plus de 30 000 paroisses. La société parisienne reprenait le chemin des églises, les ecclésiastiques leur costume; cinq cents prêtres furent ordonnés en une seule année. Mme de Staël, Lafayette et beaucoup d’esprits modérés auraient voulu qu’on ne changeât rien à cet état de choses, favorable à la libre concurrence des opinions. Mais le premier Consul avait besoin du pape et croyait pouvoir, en l’intimidant, s’assurer le concours de l’Église romaine, transformer évêques et prêtres en gendarmes, sans soumettre de nouveau la France aux exigences du Saint-Siège. Il se décida à conclure avec Pie VII un nouveau concordat, remplaçant celui de 1516 que; l'Assemblée Nationale avait déchiré.

44. Tout concordat entre un pape et un souverain a pour but essentiel d’assurer à celui-ci la nomination des évêques, qui deviennent des instruments du pouvoir, et au premier le droit ù’ institution canonique, permettant d’écarter les candidats indignes, ou ceux dont Rome a lieu de se méfier. Le Parlement, favorable à l’ancienne coutume gallicane de l’élection des évêques par les chapitres des églises, avait longtemps résisté au concordat conclu en 1516 entre Léon X et François Ier.

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