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L’AFFAIRE DREYFUS

avec l’organe attitré des antisémites pour prêcher une nouvelle Saint-Barthélemy. Le chef de l’État-major de l’armée, le général de Boisdeffre, était dirigé par le plus influent des jésuites, le P. Du Lac; les jésuites avaient en mains le recrutement, l’avancement des officiers; tout officier républicain et libéral était mal noté; le président de la République, Félix Faure, était le captif des cléricaux; ils avaient des créatures et des complices dans toutes les administrations. Une vraie terreur pesa pendant deux ans sur la France, Les « intellectuels » luttèrent pour l’honneur du pays, sous une pluie d’outrages, aux applaudissements de presque toute l’Europe. Leur succès final, bien modeste d’ailleurs, fut dû au concours des socialistes qui, d’abord indifférents à cette querelle de bourgeois, comprirent qu’ils seraient les premières victimes de la réaction . Condamné une seconde fois à Rennes ( 1 899) , puis gracié par le nouveau président de la République Loubet. Dreyfus ne reprit son grade qu’en 1906, à la suite d’une enquête qui permit à la Cour de Cassation de casser le jugement de Rennes. Picquart, nommé général, devint peu après ministre de la guerre; mais comme les Chambres avaient voté une amnistie en 1900, aucun des coupables ne fut poursuivi.

58. Waldeck-Rousseau, président du Conseil en 1899, avait été vivement ému, comme tout le pays républicain, par les scènes de désordre qui marquèrent, au début de cette année, l’élection du président Loubet. Il résolut d’en finir avec ceux qu’il appelait « les moines ligueurs et les moines d’affaires »; par suite de diverses circonstances, la rigueur de ses projets primitifs fut

même accrue. Émile Combes, qui lui succéda comme président du Conseil, n’était pas homme à se contenter d’apparences. Cette fois, la dispersion des congrégations non autorisées fut très sérieuse, alors qu’il eût fallu excepter de cette mesure certaines congrégations inofïensives ou même utiles. Le Parlement vota ensuite la.séparation des Églises et de l’État (1905), qui mit fin au concordat de 1801. Mais on n’a pas abrogé la loi Falloux de 1850, sans doute parce que trop d’intérêts respectables sont encore attachés à son maintien.

59. Au sein du protestantisme français, les deux tendances, obscurantiste et libérale, ont été représentées par les Facultés rivales de Montauban et de Strasbourg; celle-ci, après 1871, fut transférée à Paris. Un triste épisode de cette lutte se place en 1864. Coquercl, pasteur à Paris, adhérent à l’Union protestante libérale, fut révoqué par le Conseil presbytéral, à l’instigation de l’ancien ministre Guizot. Cet historien, qui prétendait croire aux miracles, fit réunir en 1872 un synode général où fut arrêtée une confession de foi obligatoire. Le protestantisme orthodoxe, caricature du romanisme, a encore semé la zizanie au synode d’Orléans, en 1906, avec sa prétention d’imposer un credo aux membres actifs des associations cultuelles protestantes, constituées après la séparation des Églises et de l’État (1905).

60. La Suisse, au début du xvme siècle, avait traversé une nouvelle guerre civile, qui se termina par la

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