LA GUERRE DU SONDERBUND
victoire des réformés (1712), sans pourtant que la proportion numérique des catholiques et des protestants éprouvât de modification sensible; mais, en Suisse comme ailleurs, les cantons réformés étaient les plus laborieux et les plus riche;. Le rappel des jésuites à Fribourg (1818) fut l’origine d’agitations et d’intrigues qui émurent les cantons catholiques. La Diète helvétique, pour y mettre un terme, supprima les couvents; sur quoi les cantons catholiques formèrent une ligue (Sonderbund) qui prépara ouvertement la guerre civile. Le général Dufour, à la tête de 30 000 hommes, prévint cette calamité par son énergie et s’empara de Fribourg, que les jésuites quittèrent. Toutefois, on ne put éviter une rencontre sanglante où les catholiques furent vaincus; le Sonderbund fut dissous et les cantons dissidents firent leur soumission. La nouvelle constitution suisse de septembre 7848, tout en proclamant la liberté d’association et celle des cultes, interdit l’accès du territoire confédéré aux jésuites. Ils revinrent pourtant, à partir de 1858, dans les cantons catholiques; si l’Université de Fribourg appartient en titre aux dominicains, c’est la théologie des jésuites qu’on y enseigne.
61. Le catholicisme du xix° siècle, comme on l’a vu, est dominé par le pape et les jésuites, toujours étroitement unis « pour la plus grande gloire de Dieu ». Des 20 000 jésuites frappés par la sentence de Clément XIV, la plupart, favorisés secrètement par Pie VI, se réfugièrent dans les confréries du Cœur-de-Jésus, puis dans celle des Pères de la Foi ou Paccanaristes, fondée par le
Père Paccanari en 1797 (1). La Russie fut le seul pays où ils subsistèrent sans se cacher ; Catherine II, qui avait besoin d’eux en Pologne, leur permit même de s’adjoindre des jésuites étrangers. Le pape Pie VII rétablit officiellement l’ordre à Rome (1801) et en Sicile (1804). Le 7 août 1814, il restaura l’ordre tout entier; mais les jésuites ne furent reçus d’abord qu’en Espagne, à Naples, en Sardaigne et à Modène; même l’Autriche et la France n’en voulurent pas.
62. En 1820, les jésuites furent bannis de Russie, où leur prosélytisme alarmait l’orthodoxie grecque. Léon XII les dédommagea.de cet échec en leur confiant le Collège Romain (1824) et, par suite, l’éducation de tout le clergé; en 1836, Grégoire XVI leur remit également la direction du collège de la Propagande et les réjouit .par la canonisation d’Alphonse de Liguori (1839), un des théologiens favoris du jésuitisme. Le général des jésuites, résidant à Fiésole ou à Rome, s’appela, dans le langage populaire, le pape noir.
63. En Espagne, les jésuites furent le soutien du despotisme jusqu’à leur bannissement en 1834 par la régente Marie-Christine; ils y sont d’ailleurs rentrés peu après. En Autriche, ils s’installèrent en 183S et y dominent encore tout l’enseignement. Ils sont aussi redevenus puissants en Belgique, depuis la révolution, plus cléricale que libérale, de 1830; mais, dans
(1) Napoléon à Fouché (17 déc. 1807) : « Je ne veux pas de Pères de la Foi, encore moins qu’ils se mêlent de l’instruction publique, pour empoisonner la jeunesse par leurs ridicules principes ultramontains. » (Lecestre, Lettres inédites de Napoléon, t. I, p. 129.)