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LE CONCORDAT DE

La monarchie française, qui devait elle-même à la papauté son investiture spirituelle, fut sans cesse préoccupée de réduire au minimum les droits de l’Église romaine sur l’Église de France, non parce qu’elle voulait cette église indépendante, mais parce qu’elle prétendait la tenir en main et par des motifs de fiscalité. Bonaparte, en cela comme en d’autres choses, reprit simplement les traditions de la monarchie.

45. Après des négociations difficiles, mais rapides, où Bonaparte ne recula ni devant des menaces de violence ni devant des tentatives de fraude, le concordat fut signé en 1801 et promulgué en avril 1802. ‘ Le catholicisme était reconnu, non comme la religion de l’État, mais comme celle « de la grande majorité des citoyens français ». Les membres du clergé étaient salariés par l’État et les évêques nommér par lui, sous réserve de l’investiture pontificale. Usant d’un subterfuge, Bonaparte promulgua, le 8 avril 1802, en même temps que la loi du concordat, certains articles dits organiques, formant un code de police religieuse. Ces articles concernaient, entre autres, l’organisation du culte protestant; le culte israélite ne fut reconnu et réglé que par une loi de 1808. Niais les articles essentiels avaient pour objet de paralyser, dans l’Église de France, toute intervention directe de la cour de Rome. Pie VII, qui n’avait été informé de rien à l’avance, protesta (1803).

« Les articles organiques, disait encore Montalembert en 1844, sont pour nous une violation du concordat; ils n’ont jamais été reconnus par l’Église. » On a prétendu le contraire; c’est, à la vérité, une question de

nuances; le fait certain, c’est que Pie VU, bien que contraint par Bonaparte de venir le couronner empereur à Paris, se crut joué et en marqua du ressentiment Il refusa l’investiture aux nouveaux évêques et répondit aux brutalités de Napoléon en l’excommuniant (1809). Privé, depuis 1808, de ses États, il resta le prisonnier de l’empereur à Savone d’abord, puis â Fontainebleau; là, en 1813, Napoléon lui arracha presque de force un ■ nouveau concordat dont la valeur n’a jamais été reconnue. Le pape s’engageait à résider désormais en Avignon] Bientôt après. Pie VII désavoua ce traité et les Alliés, vainqueurs en 1814, lui rendirent les États pontificaux. Si Pie VII était mort à ce moment, il eût laissé la réputation dfun héros et d’un saint, car il avait supporté, avec une admirable constance, les traitements injurieux et injustes de Napoléon. Malheureusement pour sa mémoire, il vécut assez pour déchaîner la réaction.

46. La restauration définitive du pouvoir temporel des papes en 1815 marqua le début d’une longue période de mauvais gouvernement. Dans leurs États mêmes, que leurs agents pressuraient, où la misère engendrait le brigandage, les papes durent compter avec une opposition toujours croissante; en Italie, ies aspirations vers l’unité menaçaient le principe même de leur pouvoir; en F.urope, les idées libérales, survivant à la faillite de l’Encyclopédie, étaient des ennemies d’autant plus difficiles à contenir que les bûchers, les verges et les donjons n’étaient plus au service du bras spirituel.

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