LA REACTION A ROME
47. Pie VII rétablit l’ordre des jésuites (août 1814),. qui avait d’ailleurs subsisté en Prusse et en; Pologne, malgré la condamnation portée par Clément XIV. Les jésuites devinrent désormais, avec leurs richesses, leur intelligence, leur influence sur la jeunesse et sur les femmes, les plus puissants auxiliaires du Saint- Siège. Le pape condamna les francs-maçons et les carboitari, membres d’une société secrète qui se proposait la délivrance de l’Italie, imprima une nouvelle activité à la Congrégation de l’Index, réglementa les traductions de la Bible en langue vulgaire, combattit, en Espagne et en Portugal, l’évolution libérale que l’intervention de la France devait étouffer. Ses successeurs ne furent guère mieux inspirés. Mais les grandes difficultés et les périls suprêmes étaient réservés à Pie IX Mastaï (1846-1878). Au début, il se montra disposé à accorder les réformes que le triste état économique de ses États rendait urgentes. Mais, après une émeute qui l’obligea, de se réfugier à Gaëte (novembre 1848), son attitude changea complètement. La République française déclara la guerre à la République romaine ; Rome fut prise et Pie IX rétabli dans son pouvoir (avril 1850). Il en abusa tyranniquement. De 1850 à 1855, plus de 90 condamnations à mort furent prononcées à Rome pour des motifs politiques; à Bologne, de 1849 à 1856, il y eut 276 exécutions. Le gouvernement fut longtemps exercé par un ministre indigne, le cardinal Antonelli, qui scandalisa l’Europe en faisant régner à Rome la terreur. Un enfant juif de Bologne, Mortara, baptisé par une servante, fut enlevé de force à ses parents; malgré les énergiques
réclamations de Napoléon III, soutenu par l’Angleterre et par toute l’opinionlibérale,Pie IX legarda dans un couvent (1858). Quatre ans auparavant, il avait proclamé le dogme de l’immaculée Conception. En 1864, à la suite d’une Encyclique, il publia ou laissa publier ce qu’on appelle le Syllabus, c’est-à-dire un sommaire des opinions condamnées par lui dans différentes bulles et allocutions antérieures. Toutes les propositions condamnées sont de celles qu’un homme de bon sens et même un chrétien libéral approuverait sans hésitation. C’était comme un défi à l’Europe laïque, à la science, à l’idée même du progrès. Napoléon III en interdit la publication officielle en France. Il aurait voulu abandonner à son sort le gouvernement de Pie IX, dont les États avaient été fort diminués en 1860 au profit du nouveau royaume d’Italie; des infl uences funestes l’ arrêtèrent dans cette voie. Depuis 1850, une garnison française occupait Rome, protégeant le régime oppresseur d’Antonelli; elle fut retirée en 1864 sur les instances du gouvernement italien. Hais Garibaldi ayant attaqué les États de l’Église en 1867, une division débarqua, remporta en novembre la triste victoire de Mentana et, derechef, occupa Rome jusqu’en 1870.
48. Les jésuites avaient eu l’idée d’un nouveau concile, destiné à ériger en dogme la croyance à l’infaillibilité pontificale. Il s’agit, bien entendu, de l’infaillibilité du pape proclamant en chaire (ex cathedra ) une proposition d’ordre religieux; mais, même ainsi restreinte, l’infaillibilité blessait la raison non moins que la tradition. L’ ultramontanisme qui la prônait