‹ OrpheusChapitre 311 sur 359 · FIN DU POUVOIR TEMPOREL · texte numérisé non relu

FIN DU POUVOIR TEMPOREL

était, aux yeux de Lacordaire, « la plus grande insolence qui se soit encore autorisée du nom de Jésus- Christ ». Il en résultait, d’abord, contrairement à l’opinion générale, que l’autorité dogmatique du Saint-Père l’emportait sur celle des conciles; c’était ensuite nier des vérités historiques, comme l’hérésie du pape Honorius Ier, condamnée par un concile oecuménique en 68 1 et par toute la série de ses successeurs. Des évêques éclairés, tant en France et en Allemagne qu’en Autriche, étaient hostiles à l’infaillibilité. Pourtant, forts de l’appui des masses fanatisées, les jésuites eurent le dessus et le nouveau dogme fut proclamé le 18 juillet 1870, la veille de la déclaration de guerre de la France à la Prusse. A ce moment, Napoléon III pouvait encore sauver sa couronne et s’assurer la coopération militaire de Victor- Emmanuel, en abandonnant Rome à l’Italie; la coterie cléricale des Tuileries l’en empêcha. Mais il avait fallu rappeler de Rome les troupes françaises; les Italiens y entrèrent le 20 septembre par la brèche, après un bombardement de quelques heures, et mirent fin au pouvoir temporel des papes. Pie IX n’accepta pas la loi dite des garanties , qui lui laissait, avec d’autres privilèges, la quasi souveraineté du Vatican et du Latran. Jusqu’à sa mort (1878), il ne cessa de protester contre l’usurpation italienne ; ses successeurs, Léon XIII et Pie X, en ont fait autant. Cependant le gouvernement italien usa de la plus grande déférence envers les papes et son autorité s’arrêta respectueusement au seuil des palais pontificaux. Cela n’empêcha pas les curés de parler du « prisonnier du

Vatican » et de décrire aux paysannes émues « la

paille humide du cachot du pape ».

49. Dès lafin du xvme siècle, la réaction catholique se manifesta en France dans le domaine des idées. La Harpe, protégé et adulateur de Voltaire, chanta la palinodie après la Terreur et se posa en adversaire des philosophes. Un noble breton, bien plus doué que La Harpe, Chateaubriand, publia, en 1802, le Génie du Christianisme, ouvrage brillant et superficiel, qui annonçait le romantisme et obtint un succès extraordinaire. Le catholicisme de Chateaubriand était plutôt esthétique et sentimental; celui de Bonald, exposé aussi en 1802, fut nettement théologique et même théocratique. Un émigré savoyard, Joseph de Maistre, allait plus loin encore dans la haine des principes de la Révolution, dans l’exaltation de la papauté du moyen âge, dans lanégation impudente ou l’apologie des fautes de l’Église. Cet énergumène de talent fut le fondateur de l’école dite ultramontaine, parce qu’elle cherche ses inspirations à Rome, « au delà des monts ». Pendant tout le xixe siècle, ses publicistes, dont le plus savant et le plus aimable fut Frédéric Qzanam (1813-1853), fondateur de la Société de S. Vincent de Paul, le plus bruyant et le plus violent, Louis Veuillot (1813-1883), se firent les porte-paroles de l’orthodoxie jésuitique contre les tendances gallicanes d’une partie du clergé français et les tendances libérales de l’opinion. La plupart des membres actuels du parti royaliste dit VA ction française, quoique personnellement incrédules et en convenant, se rattachent à Joseph de Maistre

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