‹ OrpheusChapitre 32 sur 359 · LE TOTÉMISME · texte numérisé non relu

LE TOTÉMISME

telles. Plus tard le cygne fut remplacé par un dieu à forme humaine, Jupiter; mais la fable ne fut pas oubliée et l’on imagina que ce Jupiter s’était métamorphosé en cygne pour engendrer Hélène, Castor et Pollux, les enfants du cygne divin et de Léda.

35. Les missionnaires, dès le début du xvme siècle, ont observé, chez les Indiens du nord de l’Amérique, une forme plus générale et plus rigoureuse du culte des arbres et des animaux. De ces Indiens est venu le nom de totem, plus exactement otam (marque ou enseigne), qui désigne l’animal, le végétal ou, plus rarement, le minéral ou le corps céleste en qui le clan reconnaît un protecteur, un ancêtre et un signe de ralliement. . Le totémisme paraît avoir été aussi répandu que l’animisme dont il dérive; on l’observe un peu partout, sinon à l’état pur et sans mélange de conceptions religieuses plus récentes, du moins à ,’état de survivances plus ou moins nettement accusées. Les religions de l’Égypte, de la Syrie, de la Grèce, de lTtalie et de la Gaule même sont tout imprégnées de totémisme.

36. Voici un exemple d’une survivance du totémisme en nos pays. La ville de Berne, de temps immémorial, entretient des ours; on raconte, pour expliquer cet usage, l’histoire d’un grand ours tué au ixe siècle près de Berne par un chasseur dont on dit même le nom. Cette histoire, comme beaucoup de fables antiques, a été inventée de toutes pièces pour expliquer à la fois le nom de Berne (1) et le respect traditionnel des Bernois

(1) Ours, en allemand, se dit Bar. Le nom de Berne est, en réalité celtique, comme celui de Vérone.

L’ORIGINE DES RELIGIONS

pour les ours. En réalité, la cause de cette sorte d’alliance est bien plus ancienne; la preuve en a été faite de notre temps. Tout près de Berne, on a découvert un groupe en bronze, datant du Ier ou du tie siècle de l’ère chrétienne, qui représente un ours de très grande taille s’approchant, comme pour lui rendre hommage, d’une déesse assise; l’inscription gravée sur la base du bronze nous apprend que c’est une offrande pieuse, un ex-voto à la déesse Artio. Artio est un nom celtique qui est apparenté de très près au nom grec de l’ours, arktos ; la déesse A rtio était alors une déesse ursine, une déesse ayant l’ours pour attribut ou pour compagnon. Donc, avant l’époque

des divinités à figure humaine, Artio était une déesse-

ourse, une ourse sacrée; le souvenir du culte de l’ours s’est maintenu dans la ville de l’ours (Berne) à travers les siècles, et c’est seulement de nos jours qu’une découverte heureuse a permis d’y reconnaître une survivance du totémisme préhistorique.

37. Le totémisme primitif n’a pas laissé moins de traces dans la littérature. La fable animale, si répandue, est la forme la plus ancienne des littératures populaires, et les enfants d’aujourd’hui la préfèrent encore à toutes les autres; c’est par elle que l’on commenceleur éducation. Or, la fable n’est que le résidu des récits que combinait l’imagination et qu’acceptait la crédulité des hommes au temps lointain où les bêtes parlaient. Nos enfants s’y complaisent, parce qu’ils sont totémistes sans le savoir. Dans la Bible, telle que nous la lisons, les bêtes ne parlent qu’exceptionnellement; mais rappelez-vous ie serpent de la Genèse et

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