LA FRANC-MAÇONNERIE
tous les pays d’Europe et dans l’Amérique da Nord. Le catholicisme ne pouvait naturellement pas admettre une société à tendances religieuses où l’on prétendait se passer de lui; le pape condamna la maçonnerie. dès 1738. Un édit du cardinal secrétaire d’État, du 14 janvier 1739, prononça la peine de mort non seulement contre les francs-maçons, mais contre ceux qui essaieraient de se faire recevoir dans l’ordre ou qui lui loueraient un local. (1) La papauté n’a cessé de renouveler ces prohibitions : Léon XIII le fît avec une solennité particulière dans son encyclique du 20 avril 1884.
82. Peu de temps après, un Français qui avait écrit des brochures ordurières contre l’Église, sous le pseudonyme de Léo Taxil, déclara se convertir au catholicisme et vouloir révéler les secrets de la maçonnerie. Il était informé, disait-il, par une demoiselle américaine, Diana Vaughan, qui était initiée à tous les détails du culte satanique des loges. Taxil publia des livres insensés, pleins d’horreurs et de divagations empruntées aux vieux procès de sorcellerie; ils eurent, dans le public catholique, un énorme succès. Le cardinal Parocchi envoya à miss Vaughan la bénédiction pontificale. En 1896, un congrès international antimaçonnique se tint à Trente. Comme les dires de Léo Taxil y furent mis en suspicion, le fourbe aima mieux se découvrir lui-même. Il convoqua une grande réunion à Paris et là, au grand scandale des prêtres et cléricaux assemblés, déclara que la sataniqu Diana>
(1) Lea, Inquts. 0/ Spam, t. IV, p. 299.
Vaughan n’avait jamais existé et qu’il se moquait depuis dix ans de l’Église romaine (19 xvril 1897). Les rieurs ne furent pas du côté des jésuites et de leurs amis, protecteurs ou dupes de Léo Ta :il.
83. La franc-maçonnerie a été compliquée et pervertie, au xvme. siècle, par toutes sortes de simagrées et d’impostures. On créa des grades supérieurs, ceux des Templiers, des Rose-Croix et de la maçonnerie égyptienne, avec la folle prétention de faire remonter ces ordres aux ‘chevaliers du Temple, aux Rose-Croix du moyen âge et à l’enseignement mystique des prêtres égyptiens. L’ordre égyptien ou copte fut fondé par le chevalier Joseph Balsamo (f 1795), se disant comte de Cagliostro. Le spiritisme, la recherche de la pierre philosophale et mille autres chimères vinrent s’ajouter au déisme maçonnique et à ses principes de philanthropie tolérante. Heureusement, la plupart des loges se sont tenues à l’écart de ces folies.
84. La maçonnerie anglaise s’est séparée de la maçonnerie française en 1877, lorsque celle-ci a déclaré que la croyance en Dieu n’était pas obligatoire. En Angleterre, en Écosse, dans l’Allemagne du Nord, les loges maçonniques sont restées de simples foyers de philosophie humanitaire; en France, elles ont joué, dès l’époque de la Révolution, un certain rôle politique, d’ailleurs fort exagéré par leurs adversaires. En 1903, un ministre de la guerre libre-penseur, le général André, eut l’imprudence de faire demander aux loges provinciales des renseignements sur les opinions des officiers ; ce système de délation fut dénoncé aux cléricaux par un employé infidèle du Grand-Orient de Paris et il