LE MODERNISME
parce qu’il contestait la divinité du Christ (1802). Dans les séminaires, l’enseignement demeura très arriéré et se complut aux niaiseries du concordisme. Chose curieuse, ce n’est pas du monde laïc, mais de l' Église elle-même que vint la réforme. L’Institut catholique de Paris avait été fondé en 1875 et l’abbé Duchesne, tout jeune encore, chargé d’y enseigner l’histoire religieuse. Duchesne, prudent et discret, écrivant de préférence sur des sujets où les opinions sont libres, n’en donna pas moins à ses élèves l’exemple et le goût d’une sévère méthode scientifique (f 1922). Il l’appliqua d’ailleurs lui-même, non sans soulever d’âpres colères, à réfuter d’absurdes légendes sur les origines apostoliques des églises de France qui semblaient déjà puériles au pieux Tillemont (1637-1698), mais avaient retrouvé crédit à la faveur de l’abaissement des études et de la foi naïve des hagiographes.
91. Un des élèves de Duchesne, l’abbé Loisy (né en 1857), hébraïsant et assyriologue, débuta avec éclat et fut bientôt chargé lui-même du oours d’exégèse à l’Institut catholique. Vers 1890, ce jeune abbé était l’ espoir de l’ Église de France ; le plus bel avenir semblait lui être assuré. Mais les orthodoxes, surtout les jésuites, démêlèrent bientôt, dans ses leçons et ses écrits, ce qu’ils appelèrent des « infiltrations protestantes » (1892). Le recteur de l’Institut catholique Mgr d’Hulst, ayant publié dans le Correspondant un article de théologie libérale, où il proposait qu’on renonçât à Y inerrance de l’Ancien Testament, en matière scientifique et historique, pour fortifier d’autant la défense des Évangiles, cet article, bien que très.
prudent, fut attribué à l’influence de Loisy. Il n’y était pour rien, mais Mgr d’Hulst avait cru s’inspirer de ses idées. Léon XIII répondit par une encyclique sur les études bibliques (dite Providentissimus), où l’inerrance des Livres Saints était affirmée à nouveau, suivant la doctrine du concile de Trente, mais atténuée avec de tels scrupules de langage, qu’on put continuer à en penser ce qu’on voulait (1893). Ce pape était patient et avisé ; il savait que Loisy était très écouté dans le clergé français et reculait devant un éclat. Loisy, bien que sans cesse dénoncé par des moines et des chanoines, put publier en 1902 Y Évangile et l’Église, exposé de sa doctrine en réponse à Y Essence du christianisme de Harnack, théologien protestant de Berlin; puis, en 1903, son commentaire du IVe Évangile, dont il nia le caractère historique. A la même époque, l’enfant terrible du clergé, l’abbé Houtin, racontait avec grâce et non sans malice l’histoire des études bibliques en France. Un jésuite anglais, Tyrrell, un jésuite allemand, le P. Hummelauer, et plusieurs professeurs catholiques manifestaient des tendances inquiétantes pour l’exégèse orthodoxe des Livres Saints. Pie X, après quelques hésitations, crut devoir sévir; il publia coup sur coup, en 1907, un décret de l’Inquisition ( Lamentabili ) et une encyclique ( Pascendi ) qui visaient le modernisme au'cceur. Loisy, dont les livres avaient déjà été mis à l’index, fut frappé d’excommunication majeure; Tyrrell, privé des sacrements, resta et môurut sur le seuil de l’Église; Hummelauer se tut.