L’IRRÉLIGION EN RUSSIE
démies, la misère ramenaient le peuple au pied des autels ; même parmi les soldats et les marins de l’armée rouge, les habitudes religieuses reprirent le dessus. Dans beaucoup d'usines, les ouvriers rétablirent spontanément les icônes ; partout se formèrent des associations religieuses pour assurer la régularité des services. Ce renouveau de la foi, ou, du moins, de ses pratiques, fut constaté officiellement à la fin de 1919, dans un rapport au Congrès des commissaires. Le Gouvernement y répondit par une explosion d’intolérance. Un cadre d’agitateurs antireligieux fut créé pour « démasquer la religion aux yeux des masses ». Confiscations, profanations d’églises, violences contre les ministres de tous les cultes (les musulmans exceptés) se multiplièrent à tel point et dans des conditions si odieuses qu’on vit à Paris des représentants de toutes les confessions s’unir dans une protestation collective (mars 1923). L’exception faite en faveur des musulmans tenait à la politique des Soviets qui, en Asie centrale et dans le nord de l'Inde, s’alliaient par leurs émissaires, contre la puissance ou l'influence britannique, avec les lamas, les brahmanes et surtout les sectateurs de Mahomet.
9. La révolution qui avait porté au pouvoir les Jeunes Turcs et leur Comité dit Union et Progrès (1908) se réclamait, mais en paroles seulement, des idées occidentales. Son but véritable était le panislamisme, conception politique plutôt que religieuse, qui faisait appel au fanatisme des simples contre les Arméniens, les Grecs et les non-musulmans en général. Quelques exaltés conçurent même l’idée