LE TOTÉMISME
régions seulement. Ces arbres et ces animaux sacrés sont des dieux, représentés d’abord sous forme végétale ou animale, puis, avec les progrès de l’anthropomorphisme, comme des divinités logées dans des arbres, des divinités à tête d’animaux ou portant des dépouilles d’animaux. Osiris, probablement taureau à l’origine, est toujours représenté comme un homme; mais sa sœur et épouse Isis a conservé des cornes de génisse comme marque de sa nature primitive. Enfin, à côté des espèces sacrées, qui caractérisent les cultes totémiques, l’Égypte a adoré des animaux individuels, spécimens choisis à certains signes naturels, mais rares : tels sont le taureau Apis de Memphis et le bouc de Mendès. Les animaux sacrés, devenus vieux, étaient immolés rituellement. On embaumait les animaux sacrés comme les hommes; il existe d’énormes nécropoles de taureaux Apis, de chats, de béliers, d’ibis, de crocodiles.
io. Comme partout, le totémisme en Égypte eut pour conséquence des interdictions alimentaires, souvent restreintes à certaines parties de l’animal ou imposées seulement aux prêtres; ainsi, du temps d’Hérodote, ceux-ci ne pouvaient manger de porc. L’interdiction de tuer les animaux sacrés était absolue; sous un des Ptolémées, un Romain manqua déchaîner une révolte pour avoir tué accidentellement un chat. Les Égyptiens tenaient tellement à leurs chats qu’ils en prohibaient l’exportation et envoyaient périodiquement des missions pour racheter ceux qui avaient été enlevés clandestinement; c’est seulement lors du triomphe du christianisme que les chats égyptiens
LES ÉGYPTIENS
purent se répandre à travers l’Europe. Ils y furent d’autant plus nécessaires que l’invasion des Huns asiatiques venait d’y introduire à sa suite les rats.
11. Le Pharaon d’Égypte, assimilé à un dieu, est un grand prêtre et un grand magicien; ses prières, ses invocations assurent la marche des phénomènes naturels; il est le seul intercesseur auprès d’Osiris en faveur des morts. Les prêtres des différents temples ne formaient pas de castes, comme on l’a cru; mais le sacerdoce, fort considéré, était souvent héréditaire. Les cérémonies, les sacrifices, les prières étaient toutes empreintes de magie; de même que les religions égyptiennes sont sorties de l’animisme, leur culte est issu de la magie, qui est la technique et la stratégie de l’animisme. Talismans de tout genre, remèdes extravagants, incantations, maléfices, toutes les fourberies étaient du domaine des prêtres. Mais, comme il arrive toujours, la science naît de la religion et, fille pressée, hérite de sa mère encore vivante; la science égyptienne sortit des temples, tendit à se laïciser et exerça une influence bienfaisante sur la science hellénique à ses débuts.
12. Les inscriptions hiéroglyphiques et les papyrus font connaître les détails du rituel, en particulier de celui des morts; mais les mythes des dieux nous échappent en grande partie et le seul qui nous soit familier, celui d’Osiris, a été conservé par un auteur grec. Osiris est un héros civilisateur de la haute antiquité; il règne sur l’Égypte, il lui assure la paix et la richesse, il y supprime l’anthropophagie. Son méchant frère. Set ou Typhon, le met à mort par jalousie et