‹ OrpheusChapitre 45 sur 359 · LA LÉGENDE D'OSIRIS · texte numérisé non relu

LA LÉGENDE D'OSIRIS

déchire son corps en quatorze morceaux. Sa sœur et épouse Isis recherche partout les fragments de ce corps chéri, les retrouve un à un et érige sur chaque débris une tombe magnifique. Son fils Horus, devenu grand, venge son père et, par des formules magiques, le rappelle à la vie. Osiris règne désormais sur l’empire des morts. Ainsi Osiris, comme Adonis, Actéon, Hippolyte, Dionysos Zagreus, Orphée, Jésus, est un héros souffrant, un héros pleuré et ressuscité; son mythe implique un très vieux rituel de sacrifice, probablement le sacrifice d’un taureau sacré, découpé en quatorze parts, mangé en communion par les fidèles, puis remplacé par un autre taureau sacré, c’est-à-dire ressuscité. Les Grecs étaient déjà frappés de l’analogie de la légende d’Osiris avec celle de Dionysos Zagreus, le jeune taureau dévoré par les Titans, que Zeus fait renaître à une vie glorieuse. Issues l’une et l’autre de rites sacrificiels, ces légendes se ressemblent sans s’être fait mutuellement des emprunts.

13. Dans les plus vieilles tombes de l’Égypte, remontant à trois ou quatre mille ans avant notre ère, avant que la pratique de l’embaumement n’eût commencé, on trouve des corps dépecés comme le fut, d’après la légende, celui d’Osiris. Le mort, en effet est un Osiris, sujet du dieu auquel on l’identifie; ses membres épars doivent être réunis pour ressusciter. C’est plus tard seulement qu’on cessa de dépecer les corps, pour les soustraire le plus possible à la destruction, et qu’on les enveloppa de bandelettes serrées, peut-être d’abord par crainte des revenants ', mais la survie de l’âme ne pouvait être assurée que par la

LES ÉGYPTIENS

piété des descendants, par leurs hommages, leurs offrandes, leurs formules; de même, la résurrection d’Osiris était due à l’art magique de son fils Horus. La haute antiquité du mythe osirien est ainsi attestée par l’influence constante qu’il paraît avoir exercée sur les usages funéraires de l’Égypte.

rq. Les idées des Égyptiens sur la création du monde ne sont pas moins confuses et contradictoires que leurs idées sur la mort. Une des plus répandues explique l’origine des choses par l’union du dieu de la terre et de la déesse du ciel, conception commune à beaucoup de peuples. Une légende mal connue faisait de Râ lé créateur du monde et des hommes; irrité de la méchanceté de ceux-ci, il aurait détruit l’humanité pour ordonner à nouveau le ciel et la terre. Une autre doctrine attribuait la création à la puissance magique du dieu Thot d’Hermopolis, dont la voix « aux justes intonations » avait fait sortir le monde du néant. On se souvient du Verbe créateur, de la « parole féconde » du Dieu de la Bible. Le soleil Râ, sorti d’un œuf, navigue dans une barque sur le fleuve Océan; c’est tantôt un faucon au vol rapide, tantôt un scarabée étincelant. Cet humble insecte, reproduit sans relâche par l’art, était un des talismans les plus répandus. Ainsi les conceptions inconciliables se juxtaposaient sans se fondre et la religion égyptienne, malgré les progrès de la royauté pharaonique, conservait l’image de la primitive anarchie.

Les Babyloniens et les Assyriens

1. En religion comme en art. l’Assyrie n’a fait que continuer la Babylonie, si ce n’est qu’elle a donné le premier rang à son dieu national, le dieu-aigle Ashur.

2. Dès une époque très reculée, les Babyloniens avaient une cosmogonie, une mythologie, un rituel; mais comme l’unité politique n’a été réalisée que vers 2150 av. J. C., il est naturel que bien des cultes locaux aient contribué à former leur panthéon.

3. Marduk, le dieu d’Hammurapi, premier roi de la Babylonie unifiée, fut placé par lui à la tête du panthéon. C’est dans son temple, à Babylone, que le roi dédiale Code de lois en 282 articles qui a été retrouvé à Suse à la fin de 1901. Hammurapi prétendait tenir ce code du dieu solaire Shamash, qui joue ici le même rôle que le Dieu biblique du Sinaï. Les lois d’Hammurapi présentent avec les lois mosaïques des analogies qu’on ne peut expliquer par le hasard. Or, le rode babylonien est de six siècles antérieur à la date assignée par la tradition au code mosaïque; si donc ce dernier avait été dicté par Dieu à Moïse, Dieu aurait plagié Hammurapi. Cette conclusion parut àbon droit inadmissible au plus universel des savants allemands, l’empereur Guillaume II; dans une lettre fameuse adressée à un amiral, il décida que Dieu avait inspiré tour à tour plusieurs hommes éminents, Hammurapi,

Moïse, Charlemagne, Luther et son grand-père Guillaume Ier. Cette opinion ne manqua pas de prévaloir dans les cercles de la cour.

4. Plusieurs dieux babyloniens forment des groupes de trois dits triades, comme Anu, dieu du ciel, Bel, dieu de la terre, et Ea, dieu de l’abîme. Les déesses jouent un rôle moins important que les dieux, à l’exception de la célèbre Ishtar, déesse de la guerre et de l’amour, de la mort et de la vie.

5. L’animisme babylonien a de bonne heure prêté une vie au soleil ( Shamash ), à la lune {S in), ainsi qu’à l’étoile du matin et du soir [Ishtar), à la terre ( Bêl ), au feu ( Gibil ), à l’eau [Ea). Mais il n’est pas moins certain que les Babyloniens ont connu des dieux animaux, un lion [Nergal), un taureau [Ninib), un poisson [Ea ou Oannès), une colombe [Ishtar). Les dieux 5ssus de totems terrestres ont une tendance à élire domicile dans le ciel ; or, la mythologie grecque suffit à prouver que ces deux conceptions, inégalement anciennes, peuvent coexister sans gêne pour la foi.

6. Grâce aux fragments qui nous sont restés du prêtre babylonien Bérose (111e siècle av. J.-C.) et surtout aux milliers de documents cunéiformes exhumés en Babylonie et en Assyrie, nous sommes assez bien instruits de ce qui touche aux dieux babyloniens. Nous avons des récits de la création, du déluge, de la descente d’Ishtar aux Enfers. Le caractère général de ces récits est la subordination des hommes aux dieux; ceux-ci n’exigent pas seulement la piété, mais la pureté et la justice. Les rédacteurs de la Bible juive, qui ont connu, du moins indirectement, les légendes

MARDI! K ET TIAMAT

sur la création et le déluge, n'ont fait qu’un pas de plus dans la même voie, en imprimant un caractère moral à tous leurs récits.

7. Les premiers dieux sortirent du chaos conçu comme la mer sans limites, le dragon Tiamat. Pour mettre de l’ordre dans le monde, il leur fallut combattre et vaincre Tiamat. Marduk conduit la guerre et, après sa victoire, devient le chef des dieux; puis il pose des bornes infranchissables à la puissance de la mer. Les hommes ne sont créés qu’après, peutêtre avec de l’argile. Mais ils répondent mal au bienfait des dieux, qui décident de les détruire par l’eau. Ea révèle ce dessein en songe au Noé babylonien, Utnapishtim, qui construit une arche et s’y enferme avèc les siens. Une crise terrible éclate, qui effraye même les dieux. Après sept jours, l’arche s’étant arrêtée sur une montagne, Utnapishtim envoie une colombe, puis une hirondelle; elles reviennent, ne trouvant pas où se poser. Un corbeau, lâché peu après, ne revient pas. Alors Utnapishtim sort de l’arche et offre un sacrifice dont le fumet attire les dieux « comme des mouches ». Cette version, comparée à celle de la Bible, est marquée de caractères plus primitifs, notamment le désaccord entre les dieux : Bel, qui a déchaîné le déluge, reproche à Ea d’avoir sauvé une famille. Dans la Bible monothéiste. Dieu s’adresse à lui-même le reproche contraire : il promet de ne plus déchaîner de déluge, aveu déplacé d’une rigueur excessive, d’ailleurs inutile, comme l’a prouvé la suite, à la réforme morale de l’humanité.

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