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Le dip u Thamuz, l’Adonis des Syriens, est l’époux

d’Ishtar. Il meurt au printemps et descend aux Enfers. Ishtar y descend à son tour pour le retrouver et pour découvrir la source d’eau vive qui permettra de lui rendre la vie. A chaque porte qu’elle doit franchir, les gardes exigent d’elle une pièce de son vêtement; à la fin elle arrive nue dans l’Empire des morts. La terre, privée d’Ishtar, devient stérile; tout se dessèche et meurt. Les dieux tiennent conseil et décident de contenter la déesse. Malgré la colère de la déesse des morts, Allatu, ils envoient un messager qui s’empare de l’eau vive : Thamuz est ranimé et revient sur terre avec Ishtar.

A lire ce mythe, qui ressemble à celui de Déméter et Proserpine en Grèce, on songe naturellement à la végétation, brûlée par le soleil de Babylonie, qui renaît avec les premières pluies. Mais l’analogie avec l’histoire d’Isis et d’Osiris n’est pas moins frappante et porte à croire qu’il s’agit d’un mythe sacrificiel. Nous le retrouverons en parlant des Phéniciens.

9. Gilgamesh, roi d’Uruk, protégé de Shamash, a pour compagnon un être poilu, Engidu (nom autrefois lu Eabani), vainqueur d’un lion — sans doute un lion lui-même. Sur le mont du Cèdre, vers l’Orient, Ishtar s’éprend de Gilgamesh et lui offre son amour; mais Gilgamesh la repousse, car il sait qu’Ishtar tue ses amants. Alors elle se plaint à son père, le dieu Anu, qui suscite contre Gilgamesh un taureau divin; Gilgamesh et Engidu le tuent. Mais la malédiction d’Ishtar dépitée pèse sur eux; Engidu meurt; Gilgamesh est frappé de la lèpre et part pour l’île des Bienheureux, consulter son ancêtre Utna-

GILGAMESH

pishtim. Sur son chemin, il doit vaincre des lions, des scorpions; enfin il parvient à la mer où une déesse marine lui montre la route; au bout est un passeur qui conduit à l’île. Gilgamesh aborde et Utnapishtim lui raconte l’histoire du déluge; puis il le guérit de la lèpre par une drogue magique. Le héros se fait alors purifier à la source de purification et essaie d’atteindre la plante de vie, mais un serpent la lui arrache. Désolé de n’avoir pas retrouvé Engidu, il revient à Uruk. Du moins il obtient que son ami lui apparaisse en songe et s’entretienne avec lui. La fin de l’histoire manque encore.

10. Nous avons quelques autres fragments de légendes relatives à des dieux et à des héros, où des animaux qui parlent — aigle, serpent, renard— jouent un rôle important comme dans nos contes. Un mythe mi-historique, mi-légendaire raconte la naissance de Sargon Ier, fils d’un père inconnu que sa mère expose dans un panier de roseaux sur l’Euphrate, que sauve un paysan et qu’aime Ishtar; grâce à la déesse, il parvient à la royauté. La donnée générale est celle des légendes de Moïse et de Romulus.

11. La Babylonie et l’Assyrie avaient beaucoup de dieux. Un roi assyrien, vers 860, comptait plus de 7 000 dieux et génies. On les représentait sous forme humaine, les dieux beaucoup plus souvent que les déesses; le roi est le premier de leurs fidèles. Le rituel était compliqué à plaisir et comportait de longues formules qu’il fallait débiter sans erreur; les sacrifices passaient pour nourrir les dieux. En Babylonie, il y avait des prêtres puissants, maîtres .

des secrets de la magie, qui, autour des temples enrichis par les dévots, formaient un clergé héréditaire; les jeunes prêtres étaient élevés dans des écoles annexées aux temples, qui avaient aussi des bibliothèques et des archives. L’Assyrie, État militaire, réduisit le prêtre à peu de chose ou plutôt fit du roi le chef des prêtres, souverain temporel et spirituel à la fois.

12. Il nous reste un grand nombre d’hymnes, séries d’incantations et de formules magiques. Beaucoup sont des psaumes de pénitence : un malade, un affligé s’adresse au grand dieu qu’il ne nomme pas, par l’entremise d’un dieu qu’il nomme, confesse ses péchés et demande miséricorde. Ces hymnes ont une portée morale incontestable; ils marquent que les dieux ne s’irritent pas seulement quand un homme leur a manqué d’égards, mais quand il a mal agi envers ses semblables.

Les incantations et exorcismes, qui ont pour objet de guérir les maladies, c’est-à-dire de mettre en fuite les démons, comportent l’emploi de plantes médicinales, de fumigations et d’ablutions où l’on peut saluer, parmi d’effroyables inepties, une timide aurore de science.

13. C’est aussi à la divination babylonienne que furent dues les premières notions d’anatomie. L’objet étudié était un foie de mouton, parce que la vie semblait résider dans le foie, non dans le cerveau ou dans le cœur. Ce n’était pas le foie d’un mouton quelconque, mais d’un mouton consacré par un long rituel; ce foie, devenu divin, offrait comme un raccourci de l’univers. La même conception porta les Babyloniens

à demander les secrets de l’avenir au ciel étoilé; nous verrons que leur fausse science a été la mère de l’astronomie.

14. Les Babyloniens distinguaient, dans leur calendrier, lesmurs fastes et néfastes, ceux qui étaient ouvrables de ceux qui ne l’étaient pas. Parmi ceux-ci étaient, semble-t-il, les premiers jours de chaque septénaire, au nombre de 4 par mois lunaire : c’est le shabbalum babylonien, analogue au sabbat biblique, qui a conservé quelques caractères du jour tabou, impropre à toute entreprise, à côté du caractère plus récent d’un jour de repos.

15. Le monde de la mort est sous terre, en un lieu d’épouvante d’où personne ne peut revenir : c’est une immense prison entourée de murs, éternellement sombre, où retentissent des gémissements. Allatu, la maîtresse de cet Empire, reçoit les morts tout nus. Pour les rendre à la vie, il faudrait parvenir à la source de la vie, à la plante de vie, qui sont cachées dans le monde infernal. Quelques privilégiés seulement, comme Utnapishtim et sa femme, ont pu franchir les eaux de la mort et atterrir à l’Ile des Bienheureux.

16. Le rite habituel paraît avoir été l’inhumation; on offrait des libations sur les tombes et l’on considérait le manque de sépulture comme un grand malheur. Mais tout ce qui touche au culte des morts nous est mal connu; à l’inverse de l’Égypte, la Babylonie et l’Assyrie nous ont rendu beaucoup plus de temples que de tombeaux.

17. En Babylonie, où le ciel est très pur, l’observation des astres remonte à une haute antiquité. On

Se persuada que cette société divine était en harmonie avec la société humaine et qu’on pouvait demander à l’une les secrets de l’autre. De là cette fausse science de l’astrologie qui, introduite en Égypte, en Grèce, à Rome, a conservé, jusqu’à la fin de l’antiquité, le nom de science chaldéenne. Souvent persécutés, les Chaldéens ou astrologues revenaient toujours et faisaient même des dupes en haut lieu. Depuis le vne siècle environ avant Jésus-Christ, l’astrologie avait acquis des connaissances précises sur les mouvements et les occultations des corps célestes; ces éléments de science sérieuse fructifièrent chez les Grecs à partir du ine siècle. Aristarque de Samos et Séleucus de Babylone firent plus qu’entrevoir le système de Copernic; ils reconnurent que le soleil est le centre du monde planétaire et que la terre est une planète emportée autour du soleil.

18. Les Babyloniens distinguèrent sept planètes divines et donnèrent leurs noms aux jours de la semaine. Comme les Grecs et les Romains suivirent leur exemple, il se trouve que l’astronomie babylonienne survit dans les noms encore usités des jours : lundi est le jour de la Lune, mardi celui de Mars, jeudi celui de Jupiter, etc. Bien plus, les astrologues admirent que le caractère de chaque divinité planétaire marque de son empreinte celui qui naît tel ou tel jour : c’est pourquoi nous parlons encore d’un caractère lunatique martial, jovial, faisant ainsi de l’astrologie sans le savoir. Enfin, nos cartes célestes inscrivent des noms d’animaux ou d’autres objets, le lion, le taureau, les poissons, la balance, sous lesquels ies

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