L’âme, affranchie du corps par le feu du bûcher
monte vers le ciel, vers les astres; ou bien elle commence sous terre un long voyage, conduite par Hermès psychopompe (conducteur des âmes); ou enfin elle s’envole, sous la forme d’un oiseau, vers une région lointaine située à l’ouest, là où le soleil se couche, où sont les îles Fortunées. Une croyance répandue veut qu’elle pénètre dans les Enfers, après avoir passé le fleuve infernal du Styx sur la barque du vieux nocher Charon, qui exige, pour prix du passage, l’obole qu’on place dans la bouche du mort. Aux Enfers, elle paraît devant les trois juges de ce lieu, Minos, Eaque, Rhadamanthe, qui furent, de leur vivant, des juges équitables; condamnée pour ses crimes, elle souffrira dans le T artare ; récompensée de ses vertus, elle habitera les Champs- Élysées, qui sont tantôt sous terre, auprès des Enfers, tantôt quelque part au loin, là où règne un printemps éternel. On avait même imaginé des limbes, séjour des âmes des enfants morts tout jeunes, et un Purgatoire où des traitements peu rigoureux purifiaient les âmes. Les Grecs avaient beaucoup d’autres idées sur l’au-delà et ne se sont jamais appliqués à en tirer un corps de doctrine, peut-être parce qu’à l’époque où ils auraient pu le faire ils ne croyaient plus sérieusement à l’autre vie.
19. Le totémisme a laissé en Grèce plus que des traces. Il y a, d’abord, les animaux familiers des dieux qui, à une époque plus ancienne, étaient des dieux eux-mêmes — l’aigle de Zeus, la chouette d’Athéna, la biche d’Artémis, le dauphin de Poséidon, la colombe d’Aphrodite, etc. — L’animal sacré peut devenir, par la suite, le compagnon du dieu, mais aussi son ennemi ou
LES GRECS OL HELLENES
sa victime. Ainsi l’Apollon Sauroctone est, comme l’indique cette épithète, un tueur de lézards; mais, à l’origine, c’est le lézard lui-même qui est divin. Nous avons déjà vu que le sanglier, avant d’être le meurtrier d’Adonis, avait été Adonis lui-même. Un animal peut être consacré à la fois à plusieurs dieux, dont chacun a hérité de plusieurs cycles de légendes animales : ainsi le loup est à la fois l’animal d’Apollon et d’Arès; le taureau représente Zeus aussi bien que Dionysos. Les Grecs ont réparti leurs totems entre leurs dieux.
20. La mythologie grecque connaît de nombreuses légendes de dieux et de héros transformés en animaux, en arbres, en pierres : c’est ce qu’on appelle des métamorphoses. Les métamorphoses sont de l’histoire religieuse contée à rebours. Ainsi, suivant la tradition, Zeus prend la forme d’un cygne pour séduire Léda, qui met au monde des œufs. Cette fable a dû naître dans un groupe de tribus qui avaient le cygne pour totem, lui attribuaient un caractère sacré et admettaient qu’un cygne divin pût être le père d’un enfant humain. Les jumeaux de Léda, les Dioscures Castor et Pollux, fendent les airs sur des chevaux sans ailes et paraissent inopinément parmi les hommes : c’est qu’à l’origine ils ont été conçus comme des cygnes et que les récits de leurs théophanies (apparitions) ont tenu compte de leur nature primitive. Daphné, poursuivie par Apollon, se transforme en laurier; c’est que Daphné, l’esprit divin du laurier dont les feuilles excitent le délire prophétique, est intimement liée au culte d’Apollon. Niobé, pleurant