HIPPOLYTE, PHAÉTHON, PROMÉTHÉE
victime de ses chevaux emportés, parce que Thésée, trompé par Phèdre, a invoqué contre lui la colère d’un dieu. Or, Hippolyte signifie en grec « déchiré par les chevaux ». Hippolyte est lui-même un cheval, que les fidèles du cheval, déguisés en chevaux et s’appelant eux-mêmes chevaux, déchirent et mangent.
Phaéthon (le brillant) est un fils d’Apollon qui a demandé à conduire le char du soleil, le conduit mal, risque d’embraser le monde et finit par s’abîmer dans les flots. Cette légende est l’écho d’un vieux rite de Rhodes, l’île du Soleil, où chaque année on précipitait un cheval blanc et un char embrasé dans la mer, comme adjuvants du soleil fatigué; la chute annuelle du Phaéthon dans les flots fut expliquée par une légende, c’est-à-dire par le récit d’un événement unique, localisé dans l’espace et dans le temps.
Prométhée, dit-on, est un Titan rusé qui déroba au ciel le feu et en fit présent aux hommes. Zeus se vengea de ce larcin en le clouant sur un rocher où un aigle dévore son foie sans cesse renaissant. Mais l’aigle, dans les mythologies primitives, est l’oiseau qui s’est élevé jusqu’au soleil, pour y prendre le feu et l’apporter aux hommes; d’autre part, l’aigle est épargné par la foudre et on l’emploie comme paratonnerre en le clouant au sommet des édifices. De là le nom d 'aigles ( aetoi ) donné aux frontons des temples grecs ; de là aussi la légende de Prométhée, qui répond au dialogue naïf que voici : « Pourquoi cet aigle est-il' crucifié? — C’est sa punition pour avoir volé le feu du ciel. » A l’origine, la légende est celle du châtiment de l’aigle; quand on subrHtua à l’aigle prométhée
LES GRECS OU HELLÈNES
(« le prévoyant », nom de l’aigle comme oiseau d’augure) le Titan Prométhée, l’aigle resta dans la légende, mais, de victime, il devint bourreau. Je pourrais multiplier ces exemples; ceux que j’ai cités suffisent à indiquer la méthode, proposée par moi, qui s’applique, dans bien des cas, avec une surprenante facilité.
27. Un animal divin sacrifié ne meurt jamais complètement, car, après quelques jours de deuil, on lui trouve un successeur, animal de même espèce qui restera sacré et intangible pendant une année. Ainsi s’explique la résurrection de tant de dieux et de héros, le fait qu’on montre leur tombeau, qu’on les honore d’un culte, qu’on les représente comme vivants parmi les dieux. C’est le cas de tous ceux que je viens de nommer; pour la plupart d’entre eux, la tradition nous a conservé le souvenir des lamentations qui suivaient leur mort, de la joie qui marquait l’annonce de leur résurrection. Quand on rapproche ces faits de ce qui se passe en Europe entre le vendredi saint et le dimanche de Pâques, on comprend que la notion d’un dieu mort et ressuscité ait d’autant plus facilement trouvé créance qu’elle était très répandue dans les couches inférieures de la société. On comprend aussi l’idée de la manducation du dieu, de l’union mystique des fidèles au dieu par la communion, toutes choses qui, dans le christianisme de nos jours, ne sont que des survivances épurées des plus anciens rites totémiques, des pratiques tliéophagiques d’un lointain passé.
28. L’anthropomorphisme eut pour résultat d’affaiblir l’idée de l’immolation du dieu pour fortifier celle