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LES RITES AGRAIRES

de l’immolation de la viccime à titre de présent ou d’expiation. Le sacrifice-don, dans la religion grecque classique, est au premier plan; le sacrifice de communion n’est plus célébré que dans les plus vieux cultes et toujours en secret, entre initiés. Dans les plus célèbres des mystères grecs, ceux d’Éleusis près d’Athènes, il y a des vestiges d’un repas de communion, consistant non pas à partager le corps d’un animal, mais dans l’absorption rituelle d’une farine sacrée et d’une boisson divine. Peut-être, à une époque antérieure, quand on ignorait la culture des céréales, les fidèles ou les initiés mangeaient et buvaient la chair et le sang de gorets sacrés; le sacrifice des gorets tient encore une grande place, à l’époque classique, dans le rituel des divinités d’Éleusis. Quelque singulier que cela paraisse, Déméter et sa fille Perséphone, comme l’Astarté de Byblos, ont été primitivement des laies.

29. Quand les ancêtres des Grecs devinrent agriculteurs, les rites totémiques des nomades et des pasteurs ne disparurent pas, mais reçurent une interprétation nouvelle. Ainsi, les moissonneurs prennent le dernier animal réfugié parmi les dernières gerbes, ou fabriquent avec de la paille un simulacre de cet animal, pour le tuer, le brûler et en disperser les cendres, dans la pensée que Y esprit de la récolte , ainsi préservé de la décrépitude hivernale, restera dans les champs à l’état de force fertilisante. Les animaux sacrifiés de la sorte, en réalité ou en effigie, sont d’anciens totems, et l’usage persiste de les pleurer après les avoir tués, de les rappeler à la vie par des prières. C’est le mérite de Mannhardt ( t 18-76) d’avoir montré la géné-

LES GRECS OU HELLENES

ralité de ces rites dans toute l’Europe et même au delà; rapprochés des rites du sacrifice totémique, que mit en lumière Robertson Smith (11894), ils permettent d’expliquer une foule d’usages religieux qui étaient lettre close pour nos devanciers.

30. La magie, en Grèce comme partout, est le principe du culte; les cultes de l’époque classique ne sont que des cérémonies magiques, épurées d’une part par le rationalisme et, de l’autre, modifiées dans le détail par l’idée relativement récente du sacrifice-don. Mais la magie a aussi été la mère de légendes. Un exemple curieux est celui de Danaé, cette princesse enfermée par son père dans une tour et que Zeus vint y visiter sous la forme d’une pluie d’or. Allégorie, disait-on autrefois; cela prouve qu’on arrive toujours, avec de l’or, à forcer verrous et grilles. Ceux que satisfont des explications aussi stupides ne devraient pas s’occuper de mythologie. Danaé , en grec, signifie la terre ou la déesse de la terre. Aujourd’hui encore, en Roumanie, en Serbie, dans certains pays d’Allemagne,' quand la pluie tarde trop à tomber, on la sollicite par un rite qui relève de la magie sympathique : une jeune fille est dépouillée de ses vêtements et on l’arrose en cérémonie avec de l’eau. La nature, piquée d’émur lation, traite alors la terre altérée comme les hommes ont traité la jeune fille. Cette pluie du ciel est bien une pluie d'or; c’est le ciel Zeus qui, sous cette forme liquide, vient rendre visite à la terre Danaé. Très anciennement, sans doute en Argolide, la jeune fille ainsi arrosée en cérémonie était appelée la Terre, Danaé, afin que la conformi+é du nom s’ajoutât à

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