LA MAGIE SYMPATHIQUE
celle du rite pour solliciter la pluie du ciel; il y a là, comme dans les rites totémiques, un exemple de « prise de nom ».
31. Bien d’autres rites agraires s’inspirent de la magie sympathique. Le mariage d’un dieu et d’une déesse, représentés par le prêtre et la prêtresse, constitue une hiérogamie annuelle, dont on suppose que l’exemple ne sera pas perdu pour la nature; ainsi, à Athènes, la femme de l’archonte-roi feint de se marier au prêtre de Dionysos pour assurer la fécondité de la vigne. Il se passait quelque chose d’analogue à Éleusis et en d’autres lieux; de ces rites on avait tiré des mythes, par exemple ceux de l’union de Déméter, errante à la recherche de sa fille, avec des héros locaux de l’Attique. Les anciens croyaient et les modernes ont cru longtemps que les rites commémoraient des mythes, alors qu’en réalité beaucoup de mythes ont été inventés pour expliquer les rites, lorsque leur signification primitive fut oblitérée.
32. Un des procédés de la magie imitatrice est la simulation, la mascarade ; les hiérogamies, dont nous venons de parler, étaient des simulacres. En Afrique et ailleurs, les enfants qui doivent être initiés auxmystères de la tribu sont l’objet d’un simulacre de sacrifice, ou se retirent au fond de la brousse, d’où ils reviennent, quelque temps après, en prétendaftt qu’ils y sont morts, qu’ils sont revenus à la vie, qu’il leur faut rapprendre à parler. Le baptême est, à l’origine, le simulacre d’une noyade. Quand un prêtre chrétien dit à des enfants qui viennent de communier pour la première fois, ou à un couple qui se marie, qu'ils
LES GRECS OL HELLENES
naissent à une vie nouvelle, il use d’une formule conventionnelle et qui a perdu son sens profond ; mais, primitivement, toute initiation comprend deux actes, la mort apparente et le retour à la vie. Ainsi s’expliquent la « prise de voile » des initiés, le voilement des mariés et des mourants. Malgré la rareté de nos informations sur les mystères grecs, il est certain qu’à Éleusis les initiés étaient plongés dans les ténèbres, effrayés par des visions lugubres de la mort, puis soudain inondés d’une lumière éclatante et comme rappelés à la vie. C’était, disait-on, l’image de la mort inévitable et de la vie glorieuse qui devait la suivre; mais ce n’était pas seulement une image. L’initiation comprenait certains gestes, certainesparolesqu’il fallait prononcer après la mort et qui devaient assurer le salut des âmes. Pindare et Cicéron nous disent qu’on rapportait d’ Éleusis de quoi mourir avec de bonnes espérances; on y faisait, sous la direction de prêtres charlatans, l’apprentissage de la mort et de la vie d’outre-tombe. Les mystères orphiques se proposaient un but analogue, avec cette différence qu’ils donnaient aux crédules des recettes magiques pour éviter la renaissance dans un nouveau corps.
33. Unautre facteur de la mythologie, chezun peuple aussi artiste que les Grecs, est l'œuvre d’art, la sculpture et le tableau dont la signification primitive s’est obscurcie. C’est ce que Clermont-Ganneau a appelé la mythologie « iconologique »; encore au moyen âge, les images ont fait naître des contes pieux. Ainsi la légende de saint Denis portant sa tête s’explique par la représentation de ce saint sous l’aspect d’un homme