LES CULTES ETRANGERS
de Praxitèle, fut poursuivie pour affiliation à des cultes étrangers. Mais l’afflux des commerçants du dehors, l’augmentation du nombre des esclaves, la décadence du rationalisme sous la poussée des classes inférieures restées ignorantes, toutes ces causes furent plus puissantes que le frein des lois. Athènes fut envahie par le Sabazios phrygien, par l’Aphrodite syrienne, par la déesse thrace Cotytto. Ces cultes, à la fois bruyants et mystérieux, autorisaient des soupçons et furent taxés, sans doute à tort, d’immoralité. Les choses allèrent de mal en pis après la conquête de l’Asie par Alexandre, qui fut plutôt la conquête de la Grèce par l’Asie et ouvrit la Grèce aux influences asiatiques plus encore que l’Asie à l’hellénisme. Cette invasion des cultes orientaux ne doit pas être jugée trop sévèrement. Ils satisfaisaient aux besoins religieux des foules restées pieuses, comme le culte des dieux officiels avait suffi au rationalisme d’une élite. L’élite, débordée, subit la peine de son indifférence et de son égoïsme. Le châtiment fut complet le jour où le christianisme, entré dans le monde hellénique à la suite des cultes orientaux, ordonna, par la plume des fils de Théodose, la destruction des temples et quand Justinien, en 529, ferma l’école d’Athènes, dernier asile de la philosophie hellénique, de la pensée libre.
36. Les Grecs se sont montrés, en général, fort tolérants; les persécutions religieuses ne tiennent aucune place dans leur histoire. Cependant Anaxagore fut poursuivi pour avoir douté des dieux et Socrate condamné à la ciguë pour les avoir raillés. La mort de Socrate est une tache dans l’histoire d’Athènes; mais
13* LES GRECS OU HELLÈNES
il semble que l’intolérance dogmatique n’y fut pour rien. La religion officielle était une affaire de bon rapport; les temples et les prêtres vivaient des sacrifices; les paysans, sûrs de vendre leurs bestiaux aux sacrificateurs, y trouvaient leur compte. Le premier qui ait publiquement attaqué Socrate, Aristophane le Comique, fut l’organe, comme l’a montré M. Croiset, des classes rurales de l’Attique, devant lesquelles se jouaient ses comédies. Les hommes ne pardonnent pas aux doctrines qui mettent en péril leurs intérêts, mais ils ne les cttaquent pas en avançant ce motif : ils en cherchent et en découvrent aisément d’autres. Nous voyons Jésus aux prises avec les marchands du temple de Jérusalem, saint Paul poursuivi par ceux qui vendaient des objets de piété à Éphèse, les chrétiens de Bithynie dénoncés au gouverneur romain, Pline le Jeune, parce qu’il y avait mévente des bestiaux, enfin Zola, de nos jours, objet de la haine implacable des moines pour avoir parlé sans respect du commerce de Lourdes. Quelque chose d’analogue dut se passer à Athènes. Socrate fut une victime des prêtres « d’affaires » et de ceux qu’on appelle aujourd’hui les agrariens.
37. Il y eut toujours en Grèce une tendance très nette à subordonner le spirituel au temporel, le prêtre au magistrat. Les premiers rois furéntenmêmetemps des prêtres; les magistrats et les chefs de famille continuèrent à accomplir des rites religieux; mais, dès