‹ OrpheusChapitre 86 sur 359 · MANES ET GÉNIES · texte numérisé non relu

MANES ET GÉNIES

génies du garde-manger ( penus ). Les génies des morts étaient les mânes (signifiant « les bons », sans doute par euphémisme), objets par excellence du culte familial; avant d’habiter les tombes en dehors des maisons, ils servirent de protecteurs à la maison même, parce que les morts étaient ensevelis primitivement sous le foyer. Les Larves et les Lémures sont de la même nature que les Mânes, mais considérés plutôt comme hostiles; ce sont des esprits qu’il faut apaiser par des offrandes ou tenir à l’écart par des artifices de magie.

7. L’État, à l’exemple de la famille, avait aussi ses Pénates, dont le culte était célébré dans le temple de Vesta, gardienne du feu, c’est-à-dire du foyer public. Ce foyer ne devait jamais s’éteindre; des vierges dites Vestales étaient préposées à son service. Épouses du feu, elles lui appartenaient tout entières et ne pouvaient se marier qu’ après avoir obtenu leur congé. Celles qui se laissaient séduire étaient enterrées vives et condamnées à mourir de faim.

8. A la classe des génies sans légende aucune, produits de l’animisme et delà tendance à l’abstraction, se rattachent les personnifications telles que le Salut, la Fortune, la Jeunesse, qui ne font pas défaut dans la mythologie grecque, mais dont celle des Romains est encombrée. Les revers des monnaies frappées sous l’Empire forment un véritable musée de froides abstractions.

9. Un objet matériel où réside un esprit est un fétiche. La Rome primitive eut des fétiches au lieu d’idoles. Une lance fut la première image du dieu de

LES ITALIENS ET LES ROMAINS

la guerre, un silex celle de Jupiter. Les Féciaux immolaient un porc avec un silex pour conclure une alliance, de même que, pour déclarer la guerre, ils jetaient une lance sur le territoire ennemi. Le mystérieux objet appelé le r'alladium de Rome, rappelant plus ou moins le type d’une Minerve armée (Pallas), était un fétiche . confié à la garde des Vestales; on raconta plus tard qu’il avait été rapporté de Troie par Énée.

io. Les légendes romaines, que Tite-Live et Denys donnent pour de l’histoire, attestent le caractère sacré du figuier, de l’oignon, de la fève. Il y avait des arbres formant des bois sacrés, comme ceux des Arvalés et de la déesse de Nemi. Parmi les animaux, le plus respecté était le loup. L’association de ce carnassier à Mars, en qualité de « victime favorite », ne laisse pas de doute sur la nature primitive du dieu. C’est un loup qui servit de guide à des Samnites cherchant un territoire où s’établir, et ces Samnites s’appelaient Hirpi ou Hirpini, c’est-à-dire « loups ». Romulus et Remus, fils du loup Mars et de la louve Silvia (la forestière), sont nourris par une louve. Le vieux dieu Silvain (le forestier) est probablement, à l’origine, un loup; il passa plus tard pour un chasseur de loups et porta comme vêtement la dépouille d’un loup.

n. Le cheval, qu’on sacrifie et qu’on dépèce à Rome au mois d’octobre, n’est pas moins divin que le taureau blanc, immolé aux Fériés latines, dont on partage les morceaux entre les villes du Latium.

12. Les Romains prétendaient qu’en élevant des oies sur le Capitole ils rendaient hommage à la vigilance de ces oiseaux, qui avaient déjoué une attaque

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