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LES ANIMAUX SACRÉS

nocturne des Gaulois; c’est là l’explication tardive d'un usage fondé sur le caractère sacré de l’oie. La poule, que les Bretons insulaires du temps de César élevaient encore, comme l’oie, sans oser s’en nourrir, était également sacrée à Rome, témoin le rôle joué par les poulets sacrés dans la divination; même en campagne, on leur offrait à manger et, s’ils refusaient, des revers étaient à craindre. Tous les animaux d’augure de l’époque classique sont d’anciens animaux sacrés; le totem est le protecteur et le guide de la tribu. Il en est de même des loups, des sangliers et des aigles qui surmontaient les enseignes romaines. Tacite savait encore que les animaux des enseignes étaient sacrés. Assurément, il n’y a là que des survivances du totémisme, mais il n’est pas possible d’en contester l’origine. De même, l’existence de familles romaines dites Porcii, Fabii, etc., s’explique aisément si l’on admet que le sanglier et la fève (porcus, fabà) étaient les totems et les ancêtres mythiques de ces clans. Les Pythagoriciens considéraient comme un crime de manger ou même de fouler aux pieds une fève. A Rome, où l’on croyait que Numa avait été le disciple de Pythagore, le culte de la fève a laissé des traces, en particulier dans la vieille cérémonie des Lemuralia : le père de famille, craignant les Lémures, jette des fèves derrière son dos, pour que ces démons les mangent et le laissent en paix, lui et les siens.

13. Le mot latin sacer correspond exactement à tabou, car il signifie à la fois sacré et impur. Tout ce qui est sacer est soustrait à l’usage commun; quand on dit d’un homme « qu’il soit sacré », cela veut dire

LES ITALIENS ET LES ROMAINS

qu’il doit être retranché de la société, exilé ou mis à mort. On rend un objet ou un être sacré par les rites de la consecratio; on le désècre par la profanatio, mot qui, à l’origine, n’implique nullement une impiété. Il y a des jours tabous, où l’on ne doitrien entre prendre; le calendrier les appelle néfastes, parce qu’on ne peut pas prononcer alors (fart) les paroles sacramentelles du culte et de la justice; les jours où cela est permis sont dits fastes. Pendant les fêtes (feriae) tout travail est suspendu; certains dieux ne doivent pas être nommés. Le prêtre de Jupiter, flamen dialis, et sa femme la flatninica étaient soumis à des tabous nombreux et vexatoires; le flamen ne doit ni manger, ni toucher une fève, ni toucher un cheval, ni porter un anneau qui ne soit pas brisé, ni marcher sur une vigne. Le butin fait sur l’ennemi est tabou; on l’empila longtemps sur un point consacré du Capitole, la roche tarpéienne, et cette accumulation de boucliers et d’autres armes y donna naissance à la légende de la vierge Tarpeia, écrasée sous un monceau d’armes pour avoir livré le Capitole à l’ennemi. A l’époque classique, le butin fait à la guerre est suspendu à des chênes sacrés, aux parois des temples ou des' maisons; sauf en cas d’extrême péril, personne ne peut y toucher. C’est qu’il porte le poids des malédictions qui ont été prononcées, au début de la guerre, contre l’ennemi.

14. Les noms véritables des divinités étaient tabous, parce que leur révélation aurait permis de les « évoquer ». C’est pourquoi nous connaissons surtout des épithètes, qui font fonction de noms divins. Rome .trime avait un nom secret, employé dans les invocation»

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