L’AFFAIRE DES BACCHANALES
ainsi admis par le culte officiel en 488 Apollon vers 430, Asldépios (Esculape) vers 290. La Grande Mère Asiatique de l’Ida, Cybèle, arriva de Pessinonte à Rome en 204. A l’époque de Mithridate, on alla chercher la déesse sanguinaire de Comana en Cappadoce, assimilée à la Bellona (guerrière) italique, avec son cortège de prêtres exaltés, derviches tourneurs et hurleurs que l’on appela fanatici (de fanant, temple). Ainsi le fanatisme, qui répugnait si fort aux Romains, fit son entrée à Rome sous les auspices du Sénat ; avec le temps, il n’y prospéra que trop.
27. Quand il n’en prenait pas l’initiative lui-même, le Sénat s’inquiétait de l’introduction des cultes nouveaux, non par intolérance religieuse, mais par crainte que ces confréries pussent cacher des associations politiques. Par là s’explique la persécution dirigée contre les Bacchanales (186). Ces rites de Dionysos, très répandus dans l’Italie méridionale, avaient conquis à Rome une grande clientèle, de femmes surtout. On allégua, sur de faux témoignages payés, que leurs cérémonies étaient un prétexte à des désordres et à des .rimes de tout genre; les Bacchanales furent prohibées en Italie; des milliers d’hommes et de femmes furent mis à mort pour y avoir participé. En réalité, le Sénat voulut affaiblir l’hellénisme italien, à un moment où il Ali semblait menaçant au dehors; les crimes imputés aux initiés ne sont pas moins imaginaires que ceux dont les Romains de l’Empire chargèrent les chrétiens et que les chrétiens, à leur tour, attribuèrent aux schismatiques et aux infidèles. Si les prêtres de Bacchus étaient des illuminés ou des fourbes, le
LES ITALIENS ET LES ROMAINS
Sénat de Rome fit contre eux une politique d’assassins 28. Malgré ces rigueurs, que d’autres suivirent, les cultes étrangers envahirent l’Italie et y trouvèrent grand crédit auprès des foules; ils répondaient aux besoins de ferveur et de piété mystique que ne pou. vaient contenter les cultes officiels. Non seulement en effet, les prêtres de ces cultes étaient sceptiques — deux aruspices, disait Caton, ne peuvent se regarder sans rire, — mais c’étaient des fonctionnaires préposés à certains rites qui, leur tâche accomplie, ne s’inquiétaient plus de rien. Quelle différence avec le prêtre oriental qui va droit au fidèle, l’appelle son frère et le traite en conséquence, éveille et nourrit les élans de sa dévotion, lui enseigne l’extase, l’espérance d’un monde meilleur, la résignation aux misères de la vie terrestre! Ces prêtres ambulants trouvaient une clientèle assurée dans la population étrangère, servile ou simplement pauvre, alimentée par une immigration continuelle des pays d’Orient. J uvénal se plaint que l’Oronte de Syrie se soit déversé dans le Tibre; il aurait pu en dire autant du Nil, du Jourdain et de l’Halys. Imparfaitement hellénisées, sauf sur les côtes, l’Asie Mineure et l’Égypte étaient restées les deux grands pays religieux du monde antique. L’Empire romain se remplit des adorateurs d’ Attis, d’Isis, d’Osiris, de Sérapis, de Sabazios, de Zeus Dolichenos, de Mithra. Les pratiques les plus étranges, empreintes d’un sombre mysticisme, remplacèrent les froides et sévères coutumes romaines. Dans le sacrifice dutaurobole.qui faitpartiedu culte de Cybèle, unprêtm immolait un taureau dont le sang dégouttait à travers les ouvertures d’un plancher sur la tête de celui qui