‹ OrpheusChapitre 90 sur 359 · INVASION DES CULTES ORIENTAUX · texte numérisé non relu

INVASION DES CULTES ORIENTAUX

offrait le sacrifice et qui croyait ainsi se diviniser. C’est en vain qu’ Auguste et Tibère prirent des mesures contre les cultes égyptiens, que plusieurs empereurs poursuivirent les astrologues chaldéens et syriens. Caligula autorisa le culte d’Isis à Rome, Commode se fit initier aux mystères de Mithra et la superstition orientale s’installa dans le palais même des Césars lorsque Bassianus, prêtre de la Pierre noire d’Emèse, devint empereur sous le nom d’Elagabal (218).

29. Elagabal ne fut pas une exception. La dynastie des empereurs syriens, depuis Septime Sévère (193-235), ouvrit la porte toute grande aux cultes orientaux, favorisés par la dévotion des impé- . ratrices. Les empereurs eux-mêmes n’étaient pas hostiles à des croyances qui flattaient leurs instincts despotiques; le culte des empereurs déifiés n’avait-il pas. été, dès l’origine de l’Empire, un emprunt fait à l’Orient? A cela se joignait la tendance superstitieuse à concilier, à fondre les religions, dans la pensée qu’il pouvait y avoir du bon dans toiis les dieux. Alexandre Sévère réunit dans sa chapelle privée les images d’Apollonius de Tyane, d’Orphée et de Jésus; il songea même à construire un temple au dieu des juifs. Les progrès du christianisme, implanté à Rome depuis Tan 50 environ, furent si rapides à cette époque, que la persécution subséquente, oeuvre surtout des empereurs militaires, ne fit que hâter le dénouement de la crise au profit du parti le plus actif et, tnut au moins dans les villes, le plus nombreux.

30. Il est remarquable que les cultes de la Gaule, de la Germanie, même ceux de l’Afrique du Nord

156 LES ITALIENS ET LES ROMAINS

(hormis l’Égypte) ont trouvé peu de faveur à Rome La seule divinité gauloise qui y devint populaire, grâce à la cavalerie des légions recrutée en Gaule, est Epona, la protectrice des chevaux. La raison de ce fait doit être cherchée dans le monde des esclaves et des affranchis. Gaulois, Germains et Africains étaient employés dans les exploitations rurales; les Orientaux et les Orientales, plus raffinés, de mœurs plus douces, s’attachaient aux familles, y propageaient leurs idées et convertissaient leurs maîtresses, sinon leurs maîtres. Il faut ajouter que l’Orient envoyait sans cesse en Occident des missionnaires enthousiastes. De ce nombre fut Apollonius de Tyane (f 97), qui prétendait avoir été l’élève des Brahmanes de l’Inde et dont Philostrate, au 111e siècle, écrivit une biographie édifiante, pleine de miracles; on a cru qu’il avait eu l’intention d’opposer ce thaumaturge à Jésus.

31. La vieille religion était déjà si décrépite au temps de César, qu’on s’étonne de la voir durer encore pendant quatre siècles. Cette survie est due à son caractère politique et national. Le culte des divinités romaines devint une forme du patriotisme, surtout depuis la réaction instituée par Auguste. Libre penseur lui-même, comme César, il s’efforça, pour combattre les tendances subversives, de remettre en honneur le passé et il trouva, pour le seconder dans sa tâche, des hommes graves comme Virgile et Tite-Live, même des épicuriens comme Properce, Horace et Ovide.

Page 1