‹ Orthopédie [electronic resource] (volume 2)Chapitre 11 sur 35 · partie du corps · texte numérisé non relu

partie du corps

Voici actuellement en quoi diffèrent les procédés employés par cette méthode, à Morley , à Chaillot , chez M. Colin , au Sacré-Cœur , et dans notre établissement.

Procédé de M . Humbert.

C’est M. Fodéré , professeur à la Faculté de médecine de Strasbourg, qui , dans une notice sur 1 etabl.ssem de M. Humbert , insérée dans le n." du mois de ma. b-4 du Journal complémentaire des Sciences medicales . apprend par quels moyens ce chirurgien opère 1

sion de la colonne vertébrale déviée. D’après ce qu’il en a vu lui-méme, ces moyens consistent en un ht à leviers; nous copions exactement , sauf 1 emploi des caractèies

italiques.

« Ce lit consiste en un carré long, monte solidement sur quatre pieds , garni de poulies sur les côtés , et de leviers à la tête et aux pieds; le fond est une planche unie , recouverte d’un sommier de 1 épaisseur de quatic doigts , sur lequel la malade s etend de toute sa longueur, sans coussins ni traversins, revetue dune camisolic de laine qui s’ouvre par derrière , ceinte d’une large ceinture fin cuir , munie d anneaux pour 1 attache de diveis cordages , et coiffée d’un bonnet qui serre par le menton et autour de la tête, au sommet duquel s’attache un cordon qui correspond à un levier fort long , placé au-dessus du chevet du lit et du dossier du fauteuil, que la malade même- peut tendre ou relâcher à volonté. L’opérateur découvre alors la bosse , la masse , la pétrit , la repousse du côté opposé, ensuite insinue un coin de bois ou plan incliné très-lisse , préparé , d’après le genre et la forme de la tumeur , entre celle-ci et le sommier, de manière à l’obliger à reculer. S’il y a une courbure en S, cette opération se fait des deux côtés ; du côté opposé à la tumeur , qui est ordinairement maigre et flétri, on fait des frictions sèches assez rudes , et même de légères flagellations pour exciter la contractilité des muscles. Après cela , le corps étendu en ligne directe et fixé au lit par des cordons qui tiennent à la ceinture, dont les uns s’attachent latéralement, et les autres au pied du lit, descendent le long des extrémités inférieures pour l’extension du tronc et du bassin, tandis que , d’une autre part , la tête est tirée en haut et fixée au levier dont nous avons parlé. Cela fait, on souhaite le bon soir à la patiente , et on passe à une autre.

« Dès quaire/heures du matin, un autre ordre d’opé-

rations va commencer : chaque malade , suivant son tour, est mise dans un bain de vapeurs , où elle reste une heure; apics cela, on expose sa bosse a une douche de vapeur aqueuse pendant une demi-heure ; on la masse et on la pétrit en même temps; on flagelle légèrement la partie opposée. Après quoi la malade est ramenée dans sa chambre , où on l’assied dans un fauteuil mécanique fabriqué pour elle, au-devant duquel on a ménagé un pupitre , ou une tablette pour pouvoir y placer un Livre , du papier à écrire ou à dessiner, ou le déjeuner de la malade , car elle doit y rester pendant quatre ou cinq heures sans pouvoir bouger aucune de ses paiiies , excepté les extrémités. Le coin qu’on appelle le débossoir , et l’extension continue de la tête , du tronc et du bassin, sont appliqués ici de la même manière que dans le lit, en sorte que la patiente n’a guère dans la journée que sept à huit heures de libres , si l’on peut appeler ce temps liberté , puisqu’elle ne peut pas quitter ses béquilles. »

Réflexions sur ce Procédé.

Comme on peut s’en assurer, nous avons copié fidèlement l’exposé des procédés de M. Humbert : nous avons seulement appelé l’attention du lecteur sur certaines parties de sa description , en les distinguant du reste par des caractères italiques.

Nous dirons d’abord qu’il résulte du plan uniforme , et généralement exécuté pour chacune des pensionnaires de cet établissement, que comme le dit fort bien, et semble même un peu l’approuver M. Fodéré dans le reste de cette notice, M. Humbert ne voit dans les difformités qu’il traite que des désordres locaux , des causes ou des effets purement mécaniques ; car il ne leur oppose que ses leviers , son débossoir et ses bains de vapeur généraux et locaux ; ces derniers dirigés sur les bosses ,

qu’il pélrit et qu’il masse, ne songeant pas le moins du monde à leur administrer des remèdes internes que d ailleurs il dit, d'après l’expression de M.Fodeie, que ces malades ne voudraient pas prendre. .

On doit conclure delà, médicalement et ogiquemen. parlant, que, par de tels moyens, M Humbert ne peut

avoir d’heureux résultats que sur celles des jeunes persom

dont la taille est déformée , qui n’offrent au moment ou il les traite aucune autre indication à remplir que le re dressement des parties déviées. Toutefois même encore en supposant, ce qui n’est nullement probable, que des vingt personnes que-M. Fodéré a vues traiter par M. Humbert, par la méthode dont il rend compte , aucune ne dut être traitée en même temps ou auparavant par une médication interne , pourrait-on dire que les moyens méca niques qu’il emploie sont de nature à atteindre le but qu’on doit se proposer?

Nous répondons négativement, en motivant notre réponse comme il suit :

1. ° Les leviers employés par M. Humbert sont des moyens vicieux d’extension, en ce que la tete et le bassin y sont attachés d’une manière fixe sans aucun moyen d’appréciation des forces qu'à leur faveur il met en jeu pour tirer ces deux parties en sens opposé , tandis qu il est reconnu que la sensibilité animale s’accommode d autant moins d’un degré quelconque de violence, que la puissance par laquelle cette violence est exercée , agit d’une manière soutenue toujours également intense , ne laissant ainsi aucun moyen aux organes qu’elle opprime , de réagir de temps en temps contre elle, et d’acquérir ou de reprendre par là des forces nécessaires pour ne pas succomber ;

2. ° La somme de toutes forces dirigées contre des résistances animales doit êlre connue , soit pour avoir le moyen de les modérer, de telle sorte qu’on ne leur donne

pour • leur faire surpasser les résistances qu’il faut vaincre , que le moins de supériorité possible sur elles, soit pour pouvoir les augmenter à la faveur d’un calcul qui nécessite toujours la connaissance précise du premier point de départ, et des progrès ultérieurs présumables.

Voilà pour le vice des leviers.

Mais que n aurions-nous pas à dire sur ces pratiques , masser , pétrir , faire reculer des bosses ! Quel langage ! quelles vues ! quelles actions !

Qu’est-ce d’abord que ces bosses , si ce ne sont point, un os qu’on appelle omoplate , soulevé par des côtes, ou des côtes elles-mêmes plus courbées que dans l'état normal , et faisant des saillies plus ou moins considérables !

Que si, comme cela est positivement, évidemment et clairement, pour quiconque a des mains pour toucher et des yeux pour voir, ces bosses ne sont qu’un os plat et triangulaire , ou plusieurs os en forme de deux tiers de cerceau poussés hors de leur place , plus ou moins soulevés, et ainsi tenus hors de leur place par des points d’appui déplacés eux-mêmes , et leur offrant une résistance insurmontable; que prétend-on faire en massant, en pétrissant, en repoussant ces os.

Pour ce qui nous regarde , nous avouons que nous ne nous en doutons même pas. Nous savions bien jusqu’ici, qu’on masse, qu’on pétrit la peau et les muscles sousjacens, qu’on repousse, pour tâcher de les placer où l’on doit, des parties susceptibles d’être changées déplacé, de s’y maintenir ou d’y être maintenues ; mais nous ne pouvions et nous ne pouvons pas davantage encore aujourd’hui penser qu’on dut exercer de telles actions sur des os , comme dans la vue de les amollir et de les résoudre ; de leur rendre ou de leur donner une régulière conformation , ou enfin de les mettre à leur place en les y poussantponr les y maintenir ou les y repousseï

encore avec (les coins (ju on nommèrent meme des dtbos-~ soirs , si leur destination était d'ôier des bosses, ce qui toutefois serait bien inutile dans ces mal-façons de l’épine du dos , puisqu’on aurait bien pu les faire disparaître sans cet ingénieux instrument, en les massant, en les pétrissant, etc., etc.

Ce dernier genre de moyens employés par M. Humbert ne présente donc pas même de simples probabilités de résultats , tels que ceux qu’on doit se proposer; et nous avons déjà vu que les premiers n’en offrent pas davantage.

Parlerons-nous après cela des bains de vapeurs généraux ou locaux, dont il use très-exactement , une fois la nuit, une fois le jour? Nous le croyons d’autant moins utile, que leur emploi n’entre pas dans sa seule méthode , qu’il fait partie de celle des autres établissemens dont nous allons parler, et que ce que nous objecterons contre ce moyen de rigueur à Morley , s'appliquera à l’usage qu’on peut en faire ailleurs.

Procédé de MM. Colin et Dctguère.

Nous savons seulement que MM. Colin et Daguère emploient les lits à ressort faits sur le modèle de ceux de Wurtzbourg. Quelques personnes nous ont dit qu’ils usent de bains de vapeur.

Procédé de M. Lafond.

Dans le mois de février dernier, M. Lafond présenta à, l’Académie un lit de son invention qu’il dit «avoir sur tous ceux fabriqués jusqu’alors un très-grand avantage , celui de ne pas exercer une extension fixe et continuée indéfiniment au meme degré ; il supplée , disait-il , à cet inconvénient réel, par un moyen mécanique qui im-

prime aux forces extensives un mouvement continuel el alternatif de relâchement et de tension toujours borné d’ailleurs au degré d’alongement qu’il veut opérer ; il ajoute que ce mouvement, qu’il appelle oscillatoire, fait supporter bien plus aisément les efforts d’extension graduée auxquels il faut soumettre le malade dans le traitement des déviations de l’épine. Une commission fut nommée pour faire un rapport sur ce lit.

Le 3 1 du mois de mai suivant v M.Maingault , au nom de cette commission , fit un rapport sur un mémoire de M.Lafond, relatif à ce lit , et tout en lui reprochant d’avoir un mécanisme trop compliqué , et d’être d’une confection trop dispendieuse, il lui reconnut l’avantage de pouvoir agir à la fois sur un certain nombre de malades , et surtout de permetre qu’on varie son mécanisme selon les indications; mais ce rapporteur ne disant en aucune manière en quoi consistait ce mécanisme l’Académie décida que la commission qui avait examiné ce lit, se réunirait à celle qui devait examiner celui que nous lui avions présenté le 3 du même mois , et que ces deux commissions prononceraient sur les mécanismes, les avantages et les inconvéniens respectifs de ces deux lits. Ceci est extrait des articles variétés des n.os des mois de mars et juin 1 825(, des Archives générales de médecme. On verra , d’après ce que disent de ce lit M. Lafond et M Maingault, en quoi il diffère d’après eux relativement à ses effets de ceux connus jusqu’alors. En décrivant ces derniers , et le notre , nous parlerons aussi de celui dont il est ici question , et chacun verra ce qu’il a à penser des uns et des autres.

Procédés de M. Milli à Chaillot , et du Sacré-Cœur.

Dans ces deux maisons c’est encore par des bains de vapeur qu’on prépare les jeunes personnes dont la taille tourne ou a une disposition à ce faire , à la distension que doivent subir leurs épines au moyen des lits deW urlzbourg.

Lit de Wurtzbourg employé par MM. Colin et Dague rc , par M. Milli et une dame du Sacré-Cœur.

Le lit dit de Wurtzbourg dont nous avons vu que M Milli avait apporté le dessin en France , pour opérer

l’extension de la colonne vertébrale déviée , consiste enun lit de façon ordinaire, aux panneaux duquel, à la te te et aux

pieds sont placés des ressorts ; celui de la tête est croise en X , ou double XX , il lui est uni par le moyen d une sorte de casque qui se compose d’un cerceau d’acier épais d environ trois quarts de ligne , large d’un pouce, et d un diamètre plus étendu que celui de la tête qui peut y etre placée à l’aise. A ce cerceau est lié solidement un demi-cerceau composé aussi d’une bande d’acier de mêmes dimensions que celle du cerceau entier. Les deux extrémités de ce demi-cerceau sont attachées par des clous rivés sur chacun des points du cerceau entier , correspondans aux oreilles. Sur le milieu de sa convexité dirigée en haut , se trouve un piton à anneau rivé sur sa face concave. L an neau de ce piton que remplace quelquefois un simple crochet , sert de moyen d’union entre cette sorte de casque composé de ce cerceau et de ce demi-cerceau, et le ressort en Xfixé en dedans du panneau de la te te du lit.

Sur les côtés du cerceau entier sont placés de petits boutons en goutte de suif, qui doivent entrer dans des trous de courroies tenant au nombre de deux de chaque côté à un collier en fort cuir ou en tôle , mollement rembourré et recouvert en peau , tel à-peu-près qu'on le voit planche 2 , lettre F ; c’est par ce collier que la tête est unie au casque lequel tient déjà au ressort.

En dedans du panneau des pieds et au niveau du plan sur lequel est étendue la personne dont on veut redresser l’épine , est posée de chaque côté une poulie de renvoi dans la gorge de laquelle passe une corde dont une des

extrémités va s’unir à chacune des deux courroies qui tiennent aux deux côtés d’une ceinture passée autour du corps, l’autre extrémité de chacune de ces cordes tenant à l’extrémité correspondante de chaque côté d’un ressort situé transversalement et suspendu, par une corde attachée à son milieu, à un treuil placé au-dessus.

On conçoit déjà que, pour opérer l’extension de la colonne vertébrale, dont les extrémités sont unies à des ressorts à la tete , au moyen d’un casque , et au bassin au moyen d’une ceinture de courroies ou de cordes, il ne reste plus qu’à tendre ces ressorts. C’est ce que l’on fait au moyen d’un treuil sur lequel s’enroule en le faisant tourner sur son axe au moyen d’une manivelle , la corde attachée au milieu du ressort transversal des pieds du lit.

En effet , par cet enroulement de corde, le ressort transversal est attiré en haut par son milieu , et avec lui les courroies placées à chacune des extrémités et tenant à la ceinture, et ainsi attiré il attire à son tour le corps vers les pieds du lit. Par cette attraction , il tend le ressort de la tête en l’en éloignant , d’où il résulte que la colonne vertébrale est tirée en sens inverse par ses deux extrémités, en raison du degré de tension du ressort transversal des pieds du lit.

Que cette dernière tension soit faite par l’enroulement de la corde autour d’un treuil ou d’une roue à gorge , on peut y adapter une romaine pour apprécier en gros la somme de forces qu’on emploie.

Nous termineronsladescription de ce lit en disantquela forme , la situation et le nombre des ressorts qui y sont employés varient au gré des mécaniciens qui les construisent,- qu’aux uns il y a des romaines, qu’il n’y en a pas aux autres. Que tantôt on voit le ressort transversal placé au milieu du paneau des pieds du lit comme nous l’avons décrit; que d’autres fois , au lieu de ce ressort, il y en a deux à la manière de celui delà tête, placés sur les côtés,

et correspondant directement aux extrémités inférieures

des courroies de la ceintui e.

Mais, peu nous importent ces variations dans les

moyens accessoires de tension, puisque ce sont ceux en lesquels réside le principal ou l’essentiel dont nous nous proposons de montrer le vice.

Nouveau lit de M. Lafond.

Ainsi que nous l’avons déjà vu par un des consideians qui firent que l’Académie ne donna aucune suite au îap port que lui fit M. Maingault , du lit dont nous allons parler , le mécanisme de ce lit n est point connu ; le Rapporteur s’étant borné , tout en lui donnant certains éloges qui ne furent pas jugés motivés , à dire qu il était d’un mécanisme trop compliqué et d une confection foit dispendieuse.

Quelle que soit, toutefois, l’habileté plus ou moins grande avec laquelle M. Lafond aura fait dans la construction de son lit , l’application des principes qui doivent se trouver observés dans la composition de toute mécanique , nous n’avons pas à nous en occuper: nous admettons , si on veut , que sous ce rapport tout est parfait dans son lit. Cette concession n’a toutefois rien de généreux , car mieux il aura fait sous ce point de vue, plus mal il aura fait sous le point de vue final , celui qui a pour objet d’appliquer à la colonne vertébrale déviée , une puissance qui agisse de manière à obtenir, nous le disons pour la seconde fois , le seul effet qu on doit vouloir obtenir, celui de déprimer des os ou des fbro-cartilages , c’est-à-dire, les ligamens inter-vertébraux , lesquels os ou ligamens inter-vertébraux s’opposent actuellement dans un cas donné de déviation de l’épine à son rétablissement dans sa direction naturelle , par le fait sensible de leur déformation ; déformation qui consiste en ce que ces

05 ou ces ligarncns inter-vertébraux , au lieu de présenter dans leurs dimensions en épaisseur des proportions justement combinées pour former une colonne qui s’élève du sol dans une direction perpendiculaire à l’horizon , ne présentent dans ces memes dimensions en épaisseur que des proportions combinées au contraire de manière à déterminer dans cette même colonne une ou plusieurs flexions en divers sens.

Nous ne discuterons donc point le mérite de ce lit sous le rapport de son mécanisme en Ini-même ; nous ne nous en occuperons seulement que pour démontrer :

r.° Que M. Lafond n’a pas été fondé à dire que son lit avait, sur tous ceux qu’on avait fabriqués jusques-là, le très-grand avantage de ne pas exercer comme eux une extension fixe et continuée indéfiniment au même degré ( i );

2.0 Que , loin que ce qu’il prétend être un avantage dans le sien sous ce l'apport en soit un , c’est au contraire un inconvénient grave.

En effet, sous le premier rapport, reprocher aux lits de Wurtzbourg la fixité et la continuité indéfinie au même degré, de l’extension qu’ils opèrent, c’est comme nous allons le prouver, un reproche qui ne peut être fait parce que ces lits ne produisent pas ces effets , et que s’il les produisaient réellement, loin qu’il y eût en cela matière à reproche, il y aurait au contraire matière à approbation.

Nous disons d’abord que ces lits ne produisent pas une extension fixe, et, en effet, il n est pas dans la nature des moyens destinés dans ces lits à opérer l’extension, d en produire une telle que le dit M. Lafond, attendu que ces moyens consistent en des ressorts , et que 1 action des ressorts, en général difficilement appréciable, estsmgu-

(i) Nous sommes d’ailleurs absolument étrangers dans cette question , M. Lafond ne pouvant entendre parler de notre lit , puisqu il n’était pas encore connu.

lièrement altérée d’ailleurs par leur tension plus ou moins prolongée et portée à un degré plus ou moins considérable d’où rien de fixe et de continu dans leur action ; par la raison que, l’épine ayant cédé dans un espace de temps donné à la puissance des ressorts qui 1 attirent vers eux en vertu a un degré ch tension déterminé , elle cesse de continuer d’être distendue comme elle l’était d’abord, dès le' moment que les ressorts étant revenus sur euxmêmes par l’effet de son alongement ne l’attirent plus avec la même force, et la laissent au degré d’extension où ils l’ont portée dans leur premier effort

En second lieu, nous prétendons que loin qu’une extension fixe et continue indéfiniment fut un effet vicieux a leur reprocher, il faudrait tenir au contraire cet effet pour très -salutaire , et efficace au plus haut degré , attendu que rien n’est plus propre à déprimer des corps élastiques et à établir définitivement en eux un état de dépression permanent , qu une pression fixe et continue , telle que M. Lafond prétend que l’opèrent les lits à ressorts, ce qui malheureusement n’est pas vrai.

Ainsi donc , sous le premier de ces rapports , M. Lafond a mal jugé la manière d’agir des lits de Wurtzbourg ; et sous le second, il a mal jugé des besoins auxquels il fallait pourvoir, puisqu’ au lieu de reconnaître qu’il ny avait qu’à déprimer, il n’a songé qu’à distendre, et que c’est d’après cette opinion erronée qu’il a dirigé ou modéré , ou du moins cherché à ce faire la force et l’action de ses puissances, n’ayant en vue que des muscles , tandis que les muscles ne sont actuellement pour rien dans le fait d’une déviation, quelle qu’ait pu être leur influence sur elle dans les premiers temps de sa formation .

Voilà ce que l’état des parties altérées par une déviation plus ou moins ancienne de la colonne vertébrale prouve après la mort.

Ce que l’on trouve alors, nous ne saurions trop le redire,

Ce ne 50nt n{ des muscks ■ ™ àes ligament accourcis et contractes, ces deux sortes d’organes sont au contraire a onges et relâchés du côté des convexités delà déviation 11 n y a tlonc ni à lcs alonger ni à les relâcher de ce côté et du côté des concavités, ils sont amoindris et singulièrement amollis par suite de leur inaction, il n’y a donc encore de ce côté aucune indications tendre ni à amollir.

Le nouveau lit de M. Lafond , loin d’avoir un trèsgrand avantage sur ceux de Wurtzbourg, leur est donc au contraire fort inférieur ; en ce que, bien qu’ils n’exer- J cent pas une action continue, ils l’exerçent du moins plus ou moins convenablement pendant un certain temps, et médiocrement quoique moins bien pendant un autre! au lieu que celui de M. Lafond, par son alternative de tension et de relâchement, agit de manière à annuller par la dernière de ces actions ce qu’il fait de bien parla première.

Lit a extension de la colonne vertébrale , du Docteur

Maisonabe.

On nés attend pas sans doute que nous décrivions ce lit dans la vue d en signaler les vices; s’il en renfermait que nous eussions pu connaître ou corriger, nous ne les y aurons introduits ni laissé subsister. Tel qu’il est, toutefois, nous le livrons à la critique de quiconque nous fera 1 honneur de s’en occuper, et nous prenons rengagement de publier dans notre premier Numéro tout ce qu’on pourra objecter au mérite que nous lui croyons. A cette promesse nous ajoutons l’assurance que nous accueillerons aussi avec reconnaissance toulesles objections qu on pourrait faire à notre manière de voir sur le siège des résistances qu’il y a à vaincre pour opérer le redressement d’épines déviées; nous prions seulement qu'on reconnaisse ou qu’on conteste les faits sur lesquels nous

basons celle manière de voir. Noire autorité, c esl la na-. tnre; ce doil être celle de tous, en médecine sur-tout , lorsqu’on a , comme dans la question dont il s agit , la faculté de pouvoir l’observer pour fixer son opinion sur ce quelle offre en apparence , sur ce qu’elle esl réellement , sur ce qu’on peut attendre de ses propres ressources , ou sur ce qu’on ne peut obtenir que de l’art.

Loin de nous, toutefois, la prétention que l’instrument dont nous allons offrir la description ne soit susceptible d’aucun perfectionnement , il n’y a que son emploi dans beaucoup de cas semblables ou analogues qui puisse nous mettre à même d’apprécier au plus juste les services qu’il peut rendre; quant à présent il nous a suffi de le faire exécuter d’après des conditions telles qu’entre les mains les moins exercées son emploi soit exempt de tout danger, et c’est ce dont nous répondons, attendu qu’à la différence de tous ceux que nous venons de faire connaître, ce n’est point une machine agissant aveuglément et d’après l’impulsion donnée à ses forces par un simple mécanisme.

On voit sur le devant pi. i, tome 2 (mécanique) , un pan coupé en bateau SS. - — A son milieu est un fractionnaire en forme de cadran R, percé daus son centre d’un trou carré destiné à recevoir le carré d’une manivelle au moyen de laquelle ou tourne une roue dont il sera parlé en décrivant la mécanique placée dans l’intérieur de ce lit. Ce cadran tourne en même temps que la roue; et l’aiguille Q , placée au-dessus , marque le degré auquel on l’arrête.

A chaque extrémité du lit AA , NN , sont des panneaux à double fond, dont les parties correspondantes à l’intérieur du lit sont mobiles et s’enlèvent en lii'anl en haut, par la tablette qui recouvre toute leur épaisseur. — Sur ces parties de panneau mobiles , se voient, du côté de la tête BB , une ouverture d’envirou \ pouces de

haut

sur 4 lignes de large, par laquelle passe un cordon ie C , qui tire par l’effet de la mécanique intérieure

de soie C , qui tire par l’effet de la mécanique intérieure sur la pièce D , que nous nommons agraffe , et dont ou voit une des deux extrémités à laquelle sont quatre boutons en forme de goutte de suif , pour, deux d’entr’eux au choix , entrer dans les trous d’une des deux courroies eeee, leurs autres extrémités tenant solidement au collier JJ, lequel est serré par ses deux extrémités audessus du menLon par une petite courroie et une petite boucle qui ne se voit pas, mais qui est annoncée par la lettre G.

Autour du milieu du corps de la jeune personne étendue sur un matelas ferme ôu sur un fond rembourré ppp , dans une direction horizontale ou inclinée à volonté , au moyen de deux vis en bois placées en-dedans des pans du lit vers la tête , est passé une ceinture HH, serrée par une boucle I. — Sur chaque côté de cette ceinture est attachée uue boucle pour recevoir et Gxer à divers degrés 1 extrémité de gauche d’une courroie KK. Celle de droite étant repliée sur elle-même dans l’étendue d environ deux pouces , forme une petite anse fendue dans le milieu de sa largeur pour y laisser passer une petite tringle en fer, à deux têtes arrondies L, laquelle placée en travers dans cette anse et unie à son milieu à l’extrémité de gauche d un cordon de soie mm , tire sur la ceinture par un effet de la mécanique , semblable à celui qu’elle produit à la tête, en passant dans l’ouverture o delà partie mobile du double fond. — On voit , sur la face de ce double fond , la seconde ouverture o , destinée à laisser passer le cordon du

côté gauche de la ceinture. .T

Voilà pour tout ce qui se voit à l’extérieur du lit. Nous allons dire actuellement en quoi consiste le mécanisme intérieur par l’action duquel les trois cordons qui se voient, sortant des faces intérieures des doub.es fonds sont Grés, de sorte que celui de la tête l’est en sens diame-

tralement opposé à ceux des pieds. Nous pourrons ofr frir , dans un de nos Numéros suivans, le dessin de la mécanique, aussi simple que l’effet qu’elle doit produire, et qui consiste :

i.° En une roue de cuivre à gorge, de 7 pouces de diamètre et de 8 lignes d’épaisseur;

2°. En deux bascules en bois , longues d’environ 28 pouces, larges de 5, épaisses d’un; -

3.° En deux poids d’environ 3 o livres chacun, montés sur un petit charriot à trois roues de cuivre.

La roue est montée sur un arbre d’acier, long de i5 pouces, cylindrique sur une étendue d’environ 1 pied, carré sur celle des 3 pouces restans, le diamètre de la partie cylindrique est de 10 lignes. A une extrémité de cet arbre sont adaptés en dedans du pan du lit ss une roue à rochet, et en dehors le cadran dont nous avons parlé.

Cette roue est percée dans sa gorge de deux petits trous diamétralement opposés.

Elle est établie sur un plancher de 2 pieds de long sur g pouces de large , placé dans l’intérieur du bois de lit entre ses deux pans et au milieu, à 8 pouces au-dessous de son fond, rembourré, ou portant un matelas. A ce plancher est pratiqué sur le sens de sa moindre dimension , une ouverture transversale , longue de y pouces, large d un pour le passage d’une partie de la roue à gorge qui y tourne, portée par son arbre, sur deux coussinets de cuivre vissés sur le plancher.

Un verrou à ressort et à clef s’ouvrant au dehors du it par une entrée pratiquée à la base de l’aiguille se voit au-dessus de la roue à rochet, vissé sur le pan du ht. Il est destiné à fixer la roue à volonté.

Chacune des deux bascules est attachée, au moyen de

eux c arnières, par une de ses extrémités sur chaque côté < n P an cher, au milieu; leur autre extrémité est libre.

A- celle de ces bascules dont l’extrémité libre correspond à la tête du lit, est attachée par une charnière , une tige de fer, longue d’environ i pied, et de 4 lignes d’équarissage , percée à son extrémité tournée en haut, d’un trou d’environ 3 lignes de diamètre, et munie dans sa longueur de trois crochets dans l’un desquels s’engage une des extrémités du cordon de soie que l’on voit sortir par l’ouverture BB , derrière laquelle, sur la partie fixe du double fond, est une poulie dans la gorge de laquelle il passe. A l’extrémité libre de la bascule du côté des pieds du lit, se trouvent au-dessous deux petits bras de fer, d’environ 5 pouces de long sur 5 lignes d équarissage; chacun d’eux est lié par une de ses extrémités , au moyen d’une charnière à chaque côté de l extrémité libre de la bascule. Dans leur situation horizontale, ces pe

lits bras de fer forment à l’extremité de la bascule une traverse dont chaque bout se trouve d aplomb àenviion i pied au dessous d’une poulie de renvoi placée sur la partie fixe du double fond, vis-à-vis chacune des deux ouvertures qu'on voit au bas de sa partie mobile.

Sur ces bascules sont pratiquées trois gouttières dans lesquelles roulent trois roues, d’un pouce de diamètre, sur lesquelles sont montés les chariots portant les

poids. . . ,

I^es poids sont de fonte , et leur volume est détermine,

selon le besoin des forces qu’on prévoit devoir employer pour peser sur les bascules dont la charge détermine e degré d’extension de la colonne vertébrale.

Ils tiennent par un cordon passé dans chacun des trous dont est percée la gorge de la roue ; on les raeu de droite à- gauche ou vice versd, sur les bascules, en faisant tourner la roue qui les fait monter ou descendre. Le fractionnaire placé au-devant du lit marque l’espace parcouru par les poids par l’efiet de evo u ion de manière à déterminer la somme des

de la voue

forces applicables au degré d'extension que 1 on veu

faire subir à la colonne vertébrale. . .

On voit déjà , d’après cette simple description de notre mécanique :

i.o Ou’elle opère par un effet simultané de trac 10 deux sens opposés, l’extension de lapai lie du lionc prise entre le collier et la ceinture c est-a-dire , colonne vertébrale , par la puissance de forces apprécié et divisées par degrés représentés par es nume fractionnaire sous l’aiguille fixe, à laquelle 1 un ou 1 a

tre d’entr’eux correspond toujours , pour en mciq

la somme, qui a été déterminée par le trajet qu on a parcourir au poids sur la bascule en tournant la rou ,, soit pour l’augmenter, soit pour la diminuer, ,

2.° Que la nature de ces puissances extensives employées dans notre lit , consistant en la gravité de poids , es invariable; d’où il résulte qu’en maintenant le principe de l’extension opérée par les lits de Wurtzbourg , nous avons cependant substitué à ses moyens, des moyens q nous ont paru préférables , par la raison que la naj^ir des nôtres , consistant en la pesanteur spécifique d un oc de fonte, n’est pas variable comme l’est nécessairemen celle des, leurs , qui consiste en des ressorts dont les forces dépendent , sous le, rapport de leur somme et sous celui de leur durée, de plusieurs circonstances diversement influentes; telles v par exemple , que la qualité de leur matière et de leur trempe , le degré et la durée de leur tension par laquelle s’opère l’extension çle l’épine.

Toutefois ce n’est pas sous ce seul rapport que notre lit diffère avantageusement de celui de Wurtzbourg.

Dans la construction de ce dernier , on n’a eu qu’un objet en vue, celui de tirer en deux sens diamétralement opposés sur les deux extrémités de la colonne vertébrale , de manière qu’elle fût tendue par une force de

traction qui suivit une ligne directe de l’une à l'autre de ces extrémités sans s’écarter de son axe.

Tel est réellement l’effet que produit la tension du ressort des pieds de ces lits , laquelle ayant lieu à un degré égal sur chacune des courroies de la ceinture, attire en bas en ligne directe le bassin , et par suite l’extrémité inférieure de la colonne vertébrale les deux os des îles descendant aumenie niveau , bien qu’il y en ait un dans les 7,8/'* des déviations de l’épine , de plus élevé que l’autre.

Dans la construction du nôtre, au contraire, ayant remarqué , comme nous venons de le dire, qu’une des hanches demeurait presque toujours plus élevée que l’autre , nous avons voulu ajouter à la traction directe et commune aux deux hanches vers les pieds du lit , une traction latérale fixe, temporaire ou permanente, sur celle des hanches qui se montrerait plus élevée, sans altérer d’ailleurs la force de la traction sur l’épine; et nous avons atteint ce but en faisant poser au-dessus de chacune d.es deux ouvertures latérales de la partie mobile du double fond des pieds du lit, un crochet qui reçoit un des trois anneaux placés à un pouce d’intervalle , l’un de l’autre , à une extrémité d’un fort cordon de soie; tandis que l’autre extrémité de ce cordon , garnie d’une petite tringle semblable à celle des autres , est déjà engagée dans une anse de cuir cousue à la ceinture au-dessus de la partie la plus saillante de la crête des os des îles, sur l’un desquels il peut convenir d’exercer une traction particulière. Deux doubles crochets placés à côté de l’ouverture BB, y servent au besoin à y retenir l’agraffe fixe (i).

Une nécessité s’est présentée pour rendre les effets de

(i) Nous devons dire au sujet des deux doubles crochets du côté de la tête , des deux simples, et des deux derniers cordons du côté des pieds , que ces additions à notre lit n’y ayant été faites qu’après le tirage des épreuves de la planche 2, n’ont pas pu y être représentées.

ce perfectionnement encore plus sensibles. Avant d’y avoir songé , les deux cordons du pied du lit étaient invariablement attachés aux deux extrémités d’une traverse formée d’une seule pièce , à l’extrémité libre de la bascule; de sorte que l’un et l’autre côtés de la ceinture étaient tirés également et simultanément. Actuellement que nous avons substitué à cette traverse deux bras de fer rendus mobiles à la faveur de la charnière qui les unit à la bascule , nous pouvons en pesant avec le pied au-dessous du lit sur celui de ces deux bras de fer qui correspond à la hanche qu il faut abaisser , exécuter ce mouvement à volonté , et nous le faisons réellement plusieurs fois le jour d’une manière si prononcée, qu’on voit à chaque pression exercée par notre pied sur le bras de fer, une hanche sensiblement attirée en bas sans qu’il y ait déplacement de l’autre , sans que d’ailleurs la colonne vertébrale cesse d’être tendue en vertu du degré de pression exercé par le poids sur la bascule.

Chacun peut reconnaître l’importance de cette amelioration , qui consiste en une seconde ligne de traction , qui ne changeant rien à celle qui agit toujours dune extrémité à l’autre de la colonne vertébrale , remplit cependant une indication de plus , celle d’agir immédiatement sur un des côtés du bassin , et de le tenir plus incliné que l’autre au moyen du second cordon qui tire sur elle.

Voilà pour ce qui regarde seulement les améliorations que nous avons, introduites , dans les moyens purement mécaniques, des lits employés pour opérer l’extension, et par suite le redressement de la colonne vertébrale déviée.

Mais ce serait trop peu , si elles s’étaient bornées là, puisque nous avions encore à obvier aux inconvéniens Irès-graves , inséparables de l’action purement machinale de toute puissance appliquée par la mécanique aux résistances d’organes vîvans.

, Ces puissances, en effet, ne nous offrent aucun moyen d’apprécier exactement le degré de ces résistances; elles ne sont pas sensibles, et le fussent-elles, il faudrait encore quelles pussent parler , pour nous rendre comptées efforts que ces memes résistances leur opposent.

Or, c’est de l’ignorance dans laquelle elles nous laissent à cet égard , que résulte nécessairement pour nous la difficulté extrême, sinon l’impossibilité de ne mettre en action que des forces modérées selon la nature et le degré des résistances qu’il y a à vaincre; et c’est à cette ignorance qu’il faut rapporter en partie cet état de faiblesse auquel on voit réduites tant de ces jeunes personnes si inconsidérément soumises à divers moyens d’extension de la colonne vertébrale qui leur ont été appliqués. On réclame tous les jours nos conseils ou nos soins pour des cas plus ou moins inquietans , tantôt c’est l’impossibilité de se soutenir sans béquilles ; d’autres fois c’est la tete qui se renverse à droite ou à gaucbe , en avant ou en arriéré ; c est un côté qui est douloureux , et nous avons vu que d autres fois c’est peut-être pire encore , c’est-à-dire des dépôts qui vont se former, etc. etc.

Il nous fallait donc intervenir nous même , et intervenir immédiatement dans l’appréciation de ces résistances vivantes. C est ce à quoi nous sommes parvenu d’une manière positive , en disposant les puissances mécaniques que nous employons dans notre lit , de telle sorte qu’elles puissent être à notre gré, en nos mains , des instrumens soumis à notre volonté, et ne pouvant agir par leur propre force que pour seconder la nôtre dans les proportions que nous jugeons nécessaires.

C’est à la faveur de ces dispositions , que nous plaçant derrière le panneau de la tête du lit, nous saisissons la tête de la personne quiy est étendue, avec nos mains placées, la gauche sous l’occipital , la droite sous le menton, où elle tient en même temps solidement rapprochées les

extrémités du collier; et qu’ayant attiré vers nous sans effort cette partie du corps, nous mesurons exactement la longueur du cordon qui se voit entre 1 ouverture du panneau etl’agraffe. (Foy. pl. ü). Après quoi , pesant avec notre pied droit sur la bascule autant que nous le jugerons convenable , pour opérer une extension quelconque , n0us sommes informé de la résistance qu’oppose la colonne vertébrale du côté de la bascule à notre pied , et du côté de la tête à nos mains; et c’est après la connaissance de cette résistance ainsi acquise immédiatement par nos mains aidées de l’action du pied , que nous pouvons régler quelle devra être pendant deux ou trois ou quatre heures d’extension confiée à des puissances purement mécaniques, le degré de force qu il faudra employer, et maintenir par raccourcissement des courroies, dont on serre les boucles d’un ou deux degres vers le milieu de la durée de la station sur ce lit , pour faiie regagner à la pression du poids sur les bascules ce qu’elle aurait perdu de sa force par l’inclinaison d’une à six lignes environ d’alongement momentané de la colonne vertébrale , qui est l’effet ordinaire de deux heures d’extension.

Ainsi , par exemple notre expérience nous a déjà mis en état de juger qu’en général , si au moyen des manœuvres que nous venons de décrire , nous avons obtenu sans faire rougir la face , les yeux , etc., sans , en un mot causer une douleur même peu importune , un alongement de deux pouces (i) en partant de l’état de relâchement absolu de la colonne vertébrale ; nous pouvons fixer la tension ,

(i) De tous les moyens de juger du degré de cet alongement. , celui qui se rapproche le plus d’une précision géométrique , c est , à notre avis, de mesurer de combien rentre dans le double lond. le, cordon sur lequel on tire en pressant sur la bascule du côté de la tète en même temps qu’on fait peser par un aide sur la bascule opposée.

qiu doit durer deux , trois ou quatre heures dans la proportion d’un pouce seulement , assurés que nous sommes qu à un pouce de plus nous n’avions pas provoqué le moindre accident , même en maintenant ce degré d’extension pendant quelques minutes (i).

Quelle que puisse être notre satisfaction de voir depuis plus d’un an que la pratique confirme et rend sensibles les effets que d’après la théorie , notre lit à mécanique doit produire , nous n’avons garde pour cela de le donner comme un moyen assuré et suffisant de redresser toutes les épines déviées. Nous nous respectons trop , et nous tenons trop à notre réputation comme homme privé et comme médecin enseignant cette partie de la science, et en faisant un objet spécial de pratique, pour donner dans de telles exagérations.

On a bien dit, on ne cesse de répandre encore dans le public que par la vertu de moyens extenseurs appliqués aux extrémités de toute colonne vertébrale déviée, il s opère de si merveilleuses métamorphoses qu’en quelques mois on transforme un corps débile et tout déformé, en un corps des plus vigoureux et des mieux faits ; et comment les moins disposés à le croire , pourraient-ilss’en défendre ! Qu’on traite cette question dans une réunion

(i) L assurance que nous avons acquise que nous pouvons maintenir plus long-temps cette extension , déjà un peu forcée , nous a encore fait ajouter à chaque côté de l’ouverture de la pièce mobile du dnuhle fond du côté de la tête , un triple crochet , dans lequel on peut engager l’agraffe , tandis qu’au moyen de chacun des deux crochets posés près des ouvertures de la pièce mobile du double lond du côté des pieds et des deux cordons dont un est destiné à tirer sur celle des hanches qui serait trop élevée , on fixe invariablement le tronc , rendant, pendant qu’il est ainsi fixé temporairement , et selon qu’on peutle supporter sans trop de gêne la compression des corps des vertèbres ou de leurs ligamens intervertébraux plus active.

plus ou moins nombreuse; il sera rare qu’on n’y trouve même des hommes de très-bonne foi (i) qui vous raconteront de ces merveilles , et qui , si vous paraissez en douter, quelle qualité que vous ayez pour ne croire en ce tt* matière qu’à bonnes enseignes , vous diront j’ai vu! j ai vu.

Et nous aussi nous avons vu , et nous voyons tous les jours, non pas comme ces personnes, des tailles peu auparavant très-difformes et actuellement superbes , faites au iour; mais bien des tailles peu auparavant très -difformes , et actuellement encore très-difformes , quoique d autres ayant fait , quoique nous ayons fait souvent nous même

pour que cela fût autrement;

Et nous aussi nous avons vu de ces mêmes personnes dont on a célébré en France et à l’étranger, le rétablissement de la santé et la rectification complète de leur taille déviée; et qui cependaut plus d’un an après ces mensongères annonces se sont montrées à nous , non pas comme on l’avait dites pleines de santé et la taille très-bien faite, mais faibles et languissantes , chancelantes , les liens de la colonne vertébrale relâchés àV excès dans toute son étendue , et par-là incapables de se maintenir dans aucune attitude ferme.

Mais pendant que de ce côté tout s’exagère en bien , on

(i) Une des causes principales et des plus puissantes du succès de ces déceptions vient des assurances de guérison données par les parens même de jeunes personnes qui , ayant eu l’imprudence de faire connaître leurs difformités plus ou moins prononcées , en parlant de leur traitement , plus tard, moins indiscrets mais moins sincères , ont voulu réparer leur tort , donnant comme un succès complet des résultats quelquefois seulement plus ou moins avantageux , et dont d’ailleurs ces mêmes personnes qui disent tant j ai vu, ne peuvent se convaincre , par la raison que dans ces cas , ce que l’art peut cacher, il doit toujours le cacher, n’y ayant rien à gagner à ce que la nature se montre.

voit déjà, depuis que dans nos cours publics , et dans nos consultations , nous avons fait tous nos efforts pour ramener au vrai , au positif sur cette importante matière , il y a une tendance à l’exagération en mal, à l’appui de laquelle on invoque nos propres paroles, c’est ce qui nous fait terminer cet article , en reproduisant notre opinion toute fondée sur des faits , ou des analogies rigoureuses , par les conclusions ou les propositions suivantes.

La partie de la méthode de traitement des déviations de la colonne vertébrale consistant en son extension horizontale, est un des moyens nécessaires et des plus efficaces pour obtenir sa rectification dans les cas où ces déviations ne consistent actuellement qu’en la déformation d organes qui la constituent.

La destruction de vertèbres; l’ankilose de leurs articulations ; des exostoses qui unissent plusieurs de ces os ensemble dans un état de flexion quelconque; la soudure de plusieurs côtes entre elles , états pathologiques que nous avons rencontrés dans nos dissections, dansies différens âges , et à divers degrés de difformité ainsi que nous en avons offert des exemples dans nos cours , et dont quelques-uns sont représentés d’après nature, pl. i, fig. 2 et 3 , sont des causes qui rendent tout redressement impossible.

Ces causes insurmontables de redressement ne peuvent se reconnaître par la simple inspection de la surface des difformités , mais seulement par la nature de la résistance que la colonne vertébrale oppose , dans ces cas , à l’action des puissances extensives qui lui sont nppli-

quées, lesquelles ne doivent pas être seulement meca niques et non animées.

Toute tentative de redressement faite dans ces circonstances à l’aide de puissances mécaniques , dont les iorces ne peuvent se combiner et agir de concert avec celles c e l’homme de l’art, qui doit les modérer selon la somme et la nature des résistances qu’il éprouve , est dangereuse.

Toute colonne vertébrale déviée , même à un degre considérable , et à un âge où les organes dont elle se compose ont passé le terme de leur entier développement , peut céder pendant plus ou moins de temps , et jusqu à un certain point, à l’action des puissances combinées dont nous venons de parler , sans que ce soit une preuve au elle n’offre sur aucun point de son étendue , ni dans les cotes, un ou plusieurs des obstacles insurmontables de st>n ie dressement, désignés dans le n.° Il ; attendu que 1 on doit toujours obtenir un alongement de ceux des ligamens intervertébraux qui n’unissent pas des vertèbres ankilosées ou liées entre elles par des exostoses, et un écaitement de celles des côtes qui ne sontpas soudées deux a deux ou même en plus grand nombre ; mais cet alongement, et cet écartement de côtes, une fois obtenus, si les tentatives de redressement viennent à être tout à coup infructueuses , si on éprouve une résistance fixe correspondante à un point douloureux quelconque de la colonne vertébrale , ou du côté enfoncé de la poitrine , et que par 1 action continuée de ces puissances on provoque ou on avive la douleur , il faut reconnaître à ces signes, l’existence d obstacles insurmontables , et cesser toute tentative de les vaincre.

La combinaison des forces empruntées de la mécani-

que avec Celles de l’homme de l’art qui opère l’extension d’une colonne vertébrale déviée, n’est pas seulement nécessaire comme moyen de recherche, ayant pour objet de faire connaître s’il y a, ou s’il n’y a pas obstacle insurmontable à son redressement; elle est encore de rigueur et offre sur les moyens mécaniques agissantseuls , des avantages inappréciables , par la raison qu’on juge bien mieux de ce qu’on fait par soi-même , seul , ou aidé de forces étrangères, que de ce qu’on fait faire par ces dernières forces seules.

Viï.

Il faut bien distinguer dans l’emploi des puissances extensives combinées, la résistance fixe, signe de redressement insurmontable , d’avec les résistances opposées seulement par la partie la plus épaisse des ligamens intervertébraux transformés en manière de coin. C’est là la propre affaire du tact plus ou moins exercé de l’homme de l’art.

On ne peut déterminer à priori d’une manière générale la graduation des forces à mettre en action pour opérer l’extension de la colonne vertébrale. L’observation nous apprenant tous les jours que la manière d’être de la personne qui y est soumise , varie selon les influences que l’atmosphère , les digestions, le sommeil, et surtout les approches, l’accomplissement et la cessation immédiate du flux sanguin périodique, exercent sur l’ensemble de l’économie, en général et en particulier; directement ou indirectement, sur les organes que l’on a en vue de déprimer, comme sur ceux sur lesquels le collier et la ceinture exercent une pression requise pour que l’extension puisse avoir lieu.

Le redressement de la colonne vertébrale, objet de la première partie du traitement, doit bien s’opérer d’une manière graduelle, mais non toujours progressive et périodique, attendu que ses résistances sont variables, et qu’il est des temps dans cette période de traitement où l’on obtient des alongemens plus faciles et plus sensibles que dans d’autres. Nous offrons en preuve de cette assertion la somme de l’alongement , qu on obtient dans les premiers mois , qui est cinq a six fois plus considérable que dans les mois suivans.

Entre deux personnes du même âge, et difformes h tin degré moyen , même à l’âge d’environ vingt ans , et à plus forte raison au-dessous de cet âge, dont. I une aura été soumise à l’extension pendant deux ou trois ans, et dont l’autre n’aura pas recouru à ce moyen , la différence sera telle , que la première dans le plus grand nombre de cas, sera toujours, beaucoup moins, ou meme point difforme après cette durée de temps , tandis que 1 autre le sera beaucoup plus.

On est fondé , d’après l’état actuel de l'a science, en jugeant paranalogie , à espérer que tout redressement de colonnes vertébrales déviées obtenu avant l’âge de 20 ans chez une personne jouissant d’ailleurs d’une bonne santé, se maintiendra par la seule force des organes ; et que dans le cas où cette force ne serait pas suffisante, de simples corsets destinés à maintenir et non à rectifier, la suppléeraient.

L’espoir de la consolidation de la colonne vertébrale

redressée est fondé en raison du discernement qu’on aura mis dans l’emploi des moyens de redressement.

Dans notre prochain Numéro , qui paraîtra dans les premiers jours de novembre de cette année , nous exposerons notre manière de procéder dans la première partie du traitement dont nous venons de nous occuper. Nous répondons que le compte que nous rendrons dans cette exposition , des résultats que nous obtenons , sera d’une exactitude et d’une fidélité , telles qu’il les faut pour pouvoir servir au fondement solide de principes d’après lesquels on devra procéder à l’avenir avec plus de données qu’on n’en a eu jusqu’ici.

Nous nous flattons que notre exemple sera suivi par ceux de nos confrères qui ont à cœur comme nous les progrès de cette partie de la science dont l’humanité a tant à attendre. Déjà plusieurs d’entr’eux, parmi les plus jeunes qui ont assisté à nos cours, et nous ont vu faire l’application de notre théorie, se proposent de fonder, dans différentes villes de France, des établissemens semblables au nôtre , et il y a promesse entre eux et nous de publier par la voie de ce Journal les faits que nous observerons. C’est ainsi que notre Journal, sous ce rapport, sera clinique ; et offrira un recueil de faits authentiques.

Ce que certains de nos confrères se proposent d exécuter à cet égard en France , plusieurs autres l’exécuteront aussi prochainement dans plusieurs villes du premier ordre à l’étranger , persuadés qu’ils sont avec raison, que nous coopérerons à leur succès de tous les moyens qui sont en nous par notre position topographique et médicale , et toujours avec le désintéressement et le zèle dont nous avons donné l’assurance à ceux de MM. les Ambassadeurs près S. M. le roi de France , qui nous ont adressé plusieurs médecins de .leurs compatriotes , parmi lesquels des professeurs en médecine ou

ou en chirurgie , pour les admettre dans nos cours théoriques et pratiques , afin qu’ils puissent juger par euxmêines de ce qui est déjà constate dans le moment actuel, et de ce qu’on peut attendre de plus pour l’avenir.

Nous l’avons dit dans les premières pages de ce Numéro; mais qu’on nous permette de le dire encore: tout est à revoir ou à refaire dans'' cette branche des sciences médicales, une des plus étendues et des plus importantes , en ce qu’elle a pour objet les diverses et nombreuses difformités dont le corps est susceptible à toutes les époques de la vie , parce que dè tout temps , comme de nos jours , Je charlatanisme imposteur , et l empirisme , à vues nécessairement très-bornées, 1 ont presque exclusivement exploitée dans leur seul intérêt personnel.

Puissent les gouvernemens , arrêtant un moment leur attention sur un objet de cette gravité , aussi lié aux intérêts de la santé publique qu’à ceux de la conservation des. formes régulières de l’espèce humaine, contribuer aussi puissamment qu’ils le peuvent , à élever cette partie de l’art de guérir , au niveau de celles qui leur doivent la plupart de leurs accroissemens.

Puissent-ils , pour atteindre un but si désirable , consacrer des hôpitaux aux traitemens qui doivent avoir pour objet de prévenir ou de corriger les difformités ; convaincus qu’ils doivent être , que les observations recueillies publiquement dans ces établisse me ns sont pent-être les seules propres , surtout en la matière dont il s’agit, a inspirer une pleine confiance !

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