‹ Orthopédie [electronic resource] (volume 2)Chapitre 26 sur 35 · PL . V · texte numérisé non relu

PL . V

LU/c.oU- IsCUlÿLotlC' ■

( JaS )

prononcée ; le bord des Légumens, annoncé par le chiffre o, 3 , plus saillant en dedans, et enfin le centre du talon 4 encore plus élevé qu’on ne le voit ici.

Fig. II. Les deux tiers de la partie postérieure et un peu externe d’une jambe, dont le bord interne du pied, au lieu d’étre tourné comme dans les pieds-bots vari , vers la face interne de la jambe, s’en éloigne, et constitue ainsi une variété de pieds-bots appelés valgi.

1 , indique la saillie anormale de la malléole interne , qui, dans les pieds-bots vari, est à peine sensible.

2, la dépression qui résulte au-dessous de la malléole interne, de la déviation en dehors de l’astragale et du calcanéum.

3 , l’extrémité postérieure du calcanéum , dont le milieu de la tubérosité sur laquelle s’insère le tendon d’Achille , s écarte d une maniéré sensible de la ligne verticale qui, dans la station , divise en deux parties égales la face postérieure de la jambe.

4, les trois derniers orteils entraînés en dehors par les os du tarse, dont la direction , forcée dans le même sens, concourt avec celle de ces mêmes os à la formation d’un angle rentrant, mais encore peu prononcé, comme on le voit quelques lignes au-dessous des points qui joignent le chiffre 4-

Ce pied-bot offre une particularité, assez commune, toutefois , dans les valgi , et qui consiste en ce que le défaut de rapports réguliers entre les divers os du tarse ou du métatarse est très-peu ou point sensible*, tandis que celui entre le tarse, le tibia et le péroné l’est beaucoup, circonstafice .de laquelle il résulte que la machine de Venel peut être remplacée par tout appareil qui ne doit av 011 1 autre but que de rétablir et maintenir ce rapport.

Suite de îa Relation sommaire des soixante-huit cas de maladie ou de simple déformation cle la colonne vertébrale , etc.

Il nous resteà parler de ce qu’ont présenté de remarquable celles de six personnes du sexe féminin , âgées de 16 à 20 ans , et celles des seize du sexe masculin , d’âges différens,

Une de ces six jeunes personnes était âgée de 18 ans en février 1825, lorsque nous la vîmes pour la première fois. Elle était issue de père et de mère bien constitués, bien conformés, habituellement bien portans; mais mariés trop jeunes. Sa mère la mit au monde à peine âgée de 16 ans , et la nourrit de son lait avec le plus grand succès. Parvenue à lage de sept ans , cette jeune personne éprouva un rhume si violent et qui se prolongea tellement au delà du terme ordinaire de cette maladie , qu’on craignit une lésion grave des poumons. L’intensité de la fièvre, de la chaleur, de la soif et de la constipation qui l’accompagnaient, jointe à une douleur aiguë entre ies épaules,, étaient bien propres à motiver cette crainte.

Cependant quelques boissons adoucissantes , deux saignées , plusieurs applications de sangsues, des bains et un régime bien ordonnésuffirent en quelques mois pour faire cesser la toux. La fièvre , et les symptômes concommittans dont nous venops de parler, perdirent beaucoup de leur intensité; la douleur entre les épaules se soutint cependant presqu’au même degré ; elle était surtout foi t vive entre la dernière vertèbre cervicale et la premièie uoisale, où elle se manifestait plus distinctement que sui tout autre point lorsqu’on exerçait une pression sur la colonne vertébrale dans sa partie correspondant à la poitrine; mais cette douleur diminua insensiblement et sans l’emploi d’autres moyens que ceux que nous avons rap-

portés avoir été opposés au rhume , et jusqu’à l’âge de i3 ans cette jeune personne jouit d’une assez bonne santé.

A cet âge, sa taille était déjà au-dessus des moyennes dans son sexe, et deux ans plus lard elle était de 5 pieds 2 pouces. Vers cette époque , des douleurs se firent sentir de nouveau sur le point du rachis précédemment douloureux , et peu de temps après une toux de la nature de la précédente se manifesta. Il est à remarquer que dans le premier rhume c’était la douleur des épaules qui l’avait suivie.

L’application de plus de 20osangsuesen différentesreprises , avec ou sans scarifications sur le point douloureux , deux saignées au bras, beaucoup de bains, des cataplasmes émolliens employés conjointement avec des boissons mucilagineuses furent mis en usage sans succès pendant plus' de trois mois. La toux cependant devint plus rare et moins importune, la fièvre diminua ; mais la douleur entre les épaules persista.

Les bains de Barèges, d’abord factices ensuite naturels, ne procurèrent aucun soulagement , et cette opiniâtre douleur devint telle que la plupart des mouvemens partiels du tronc ne pouvaient plus s’exécuter.

On attendit un effet salutaire d’une éruption qui se manifesta d’une manière plus sensible sur la peau qui recouvre les articulations , et forma comme une bande inflammatoire tout le long du rachis avec rougeur plus intense sur le point douloureux que sur le reste du dos.

Mais cette éruption disparut en quelques jours. Les boutons dont elle se formait avortèrent presque tous, et la desquamrnation qui suivit le développement du plus petit nombre, se fit avec un prurit insupportable. La douleur persistait toujours entre les épaules , quoique à un moindre degré , et même plusieurs jours se passèrent sans qu’elle se fît sentir.

Dans cet étal des choses, tout traitement avait etc sus-

pendu , lorsque des douleurs- vagues dans l’abdomen , des lassitudes , et une mélancolie presque subite précédèrent l’éruption des règles qui s’établirent parfaitement.

La santé générale de la jeune personne devint des plus florissantes. La douleur entre les épaules avait disparu.

Cinq à six mois s’étaient à peine écoulés, lorsqu’on s aperçut d une légère déviation du rachis avec saillie relative de l’épaule droite. En quelques mois cette déviation devint plus sensible , et cependant la douleur ne reparut point. L’emploi de la machine de Levacher eut lieu , et ne produisit aucun effet. On nous dit que 1 extension horizontale avait étéproposéepeu auparavant. Elle fut mise en usage, mais bientôt la réapparition de la douleur entre les épaules, y fit renoncer.

. Tous ces renseignemens ne nous furent fournis que lorsque nous eûmes examiné l’état du rachis, et donné le conseil de recourir à l’extension horizontale, sans le moindre retard. Rien n’annonçait, au moment actuel , la moindre affection générale qu’on pût considérer comme cause de la difformité sur laquelle on voulait avoir notre avis.

Notre attention attirée plus particulièrement vers le point cl* rachis, siège d’une douleur qui s’y était reproduite à deux époques différentes, nous explorâmes cet appareil osseux en le pressant du doigt uniformément depuis la nuque jusqu’au sacrum , et nous reconnûmes aussitôt le point qui était précédemment douloureux même sans qu’on y touchât (i). A chacune des explorations que

(i) Nous avons observé depuis ce même symptôme d’un état morbide du rachis, sur presque toutes les jeunes personnes de l’àge de celle-ci , qui avaient éprouvé plusieurs rhumes , et encore sur plusieurs qui n’avaient jamais etc enrhumées, et chez lesquelles les apparences de la santé étaient si belles, qu’il n’y avait aucun doute, à l'aire sur l’absence de toute cause interne agissant du moins actuellement sur le rachis , de manière à le déformer.

Au nombre de es dernières, il en est une pour laquelle nous

nous réitérâmes plusieurs fois en vai’iantle degré de pression que nous exercions , nous atteignions à peine le point douloureux que la jeune personne s’éloignait de nous comme pour se soustraire à l’impression pénible qu elle en ressentait.

Changeant alors de manière de voir sur une difformité qui s’était d’abord offerte à notre examen sous les apparences de l’état le plus simple, nous approuvâmes le parti qu’on avait pris de cesser tout emploi de moyens propres à agir sur la colonne vertébrale, de manière à en écarter les extrémités ; nous nous bornâmes à conseiller la station permanente au lit jusqu’à ce que 1 absence de toute douleur permît de substituer à ce moyen que nous croyons propre à empêcher les progrès de la déviation, ceux qui dans l’espèce nous paraîtraient devoir en opérer la rectification.

Notre conseil fut suivi avec d’autant plus de confiance qu’il en avait été donné un tout semblable par un de nos confrères. Nous ajoutâmes seulement celui de mesurer la jeune personne pour pouvoir comparer l’effet que la station au lit pourrait produire sur la déviation de la taille , et ce ne fut pas sans étonnement que remesurée la première fois un mois après avoir mis notre conseil en pratique, nous reconnûmes qu’elle avait baissé de quatre lignes; mais cet étonnement partagé par les parens de la jeune personne , fut bien plus grand encore lorsque remesurée un mois après, nous la trouvâmes moins grande de huit lignes et que la déviation devint d’autant plus sensible.

Toutefois, et nous avouons que cette circonstance at-

avons été appelé il y a six jours eu consultation par M. Manri , l’un des médecins de l’hôpital Saint-Louis , qui a été frappé, comme, nous l’avons été la première fois que nous l’avons observé , de ce. lait très-remarquable chez les personnes dont la taille se déforme, et qui jouissent cependant d’une santé parfaite.

tirait bien autrement notre attention , la douleur circonscrite sur un point très-peu étendu du rachis , avait encore disparu. Que si elle avait subsisté, combien nous aurions été porté à attribuer les progrès de la déviation dont nous étions fort scrupuleux observateurs, à l’effet d’un mouvement fluxionnaire fixé, sinon sur la substance même des vertèbres, du moins sur celle des fibro-cartilages! Mais dans l’impuissance d’expliquer par celte cause, les progrès toujours croissans de la déviation , nous dûmes nous abstenir de toute explication, préférant demeurer dans l’ignorance que de tomber dans l’erreur. Il fut reconnu que la jeune personne remesurée le troisième mois de sa station au lit , la déviation n’avait pas fait de progrès depuis la dernière fois. Une quatrième et une cinquième épreuve furent faites encore à un mois d’intervalle l’une de l’autre , et il en fut de même.

Toujours cependant absence de douleur, et en même temps état stationnaire qui ne fut même pas troublé par l’exercice auquel nous conseillâmes de se livrer pendant une demi-heure , trois ou quatre fois par jour avec le secours de béquilles. Il fut arrêté que l’état de la taille serait surveillé et sa hauteur reconnue tous les i5 jours. Six semaines s’écoulèrent sans qu’on pût constater un changement quelconque sous ce rapport, ni sous aucun autre relativement à la sanlé en général. Toutes les fonctions s’accomplissaient parfaitement.

Nous proposâmes alors, y étant d’ailleurs invité par les parens de la jeune personne, de tenter de nouvelles explorations au moyen de la bascule de notre lit, sur laquelle nous n’exercerions que des pressions lentes et trèsmodérées , et cette proposition acceptée avec empressement, nous nous assurâmes à l’instant qu’en employant des forces même de beaucoup supérieures à celles que nous nous étions proposé d’abord de mettre en action, nous pouvions opérer un alongement du rachis de dix lignes sans exciter

la moindre douleur, et que passé ce terme, nous en faisions éprouver une, faible à la vérité, mais exactement correspondante, comme celles qui avaient ete ressenties précédemment , à l’articulaLion de la dernière vertèbre cervicale avec la première dorsale.

Ce fait plusieurs fois reconnu, nous ne dépassâmes plus le degré d’extension au-dessous duquel il ne se produisait aucun sentiment de douleur. Nous soumîmes le rachis à une extension fixe et permanente d’environ 8 lignes , c està dire du tiers de ce que la jeune personne pouvait sup- I* porter sans douleur, vers le milieu de sa déviation la plus prononcée. Ce degré d’extension fut continué pendant une heure , n’étant que gênant et point douloureux. Nous donnâmes un quart d’heure de relâche après lequel nous réitérâmes les tractions au même degré où nous les avions portées avant l’extension d’une heure, et la jeune personne n’en ressentit aucune douleur. Nous les augmentâmes graduellement de 4 lignes, terme passé lequel la douleur se reproduisait, ce qui nous fit abstenir de le dépasser. Les tractions au dessous de ce terme ayant été réitérées de quinze à vingt fois en diminuant graduellement les intervalles qui les séparaient, nous appliquâmes pour laseconde foisl’extension fixe et permanente, 'et seulement à deux lignes au-dessus du degré auquel nous l’avions fixée pour la première partie de cette séance. La jeune personne la supporta pendant une heure et un quart, sans en être incommodée. Nous remîmes au lendemain la répétition exacte de cette séance, qui eut lieu sans rien offrir de particulier.

Ainsi continuée pendant quinze jours, en deux séances de trois heures chacune , dont la première commençait le matin à q heures, la seconde à 2 , l’extensibilité du rachis et son insensibilité à l’action des puissances extensives que nous lui appliquions, noüs ayant permis d’augmenter l’extension , nous la portâmes le

premier jour, et dès la première séance de la seconde quinzaine que nous commençions , à une ligne au-delà du degré où nous l’avions continuée pendant la première quinzaine; mais comme nous nous y attendions bien , cette augmentation fut insensible , et nous pûmes successivement dans les six semaines suivantes la porter à six lignes de plus.

Alors commencèrent à se faire sentir en même temps , deux douleurs dont le siège et la nature étaient bien dif— férens. L’une à l’oreille droite , l’autre au milieu de la concavité de la courbure supérieure du raebis.

La première qui se déclare souvent dans les premiers temps de l’extension , fixa peu notre attention ; l’observation nous prouvant tous les jours qu’elle est sans conséquence notable, et qu’elle s’affaiblit au point de devenir insensible , et variable d’ailleurs dans son intensité , dans les deux ou trois premiers mois.

La seconde ne nous inquiéta pas davantage. Elle était au contraire pour nous l’annonce de l’efficacité des moyens que nous employions , bien qu’elle fut cependant en même temps , un avertissement de ne pas les rendre plus énergiques avant de nous être assuré que nous pouvions le faire sans provoquer des douleurs plus vives, dont les conséquences auraient pu devenir graves.

Dans cet état des choses , nous ne nous bornâmes pas seulement à maintenir l’extension au dernier degré où nous l’avions portée ; nous la réduisîmes de trois lignes , et c’en fut assez pour rendre ces douleurs assez peu sensibles pour qu’elle pût être continuée jusqu’à la fin de la deuxième quinzaine , pendant laquelle l’extension avec mobilité avait été appliquée pendant la nuit, a un faible •degré, celui marqué par le numéro 5, du cadran qu on voit sur le devant de notre lit. La jeune personne n avait été soumise pendant les nuits de la première quinzaine , qu’à la gêne fort supportable que pouvait lui causer sans

l’empêcher (le dormir, l’attache du collier à l’agraffe dont le cordon était à peine tendu.

Mesurée le premier jour de la troisième quinzaine après la séance du matin , la jeune personne fut trouvée grandie de 9 lignes; et remesurée le soir ayant passé six heures sans se coucher, étant demeurée assise ou ayant marché, mais toujours supportée par ses béquilles , elle fut moins grande de 3 lignes , ce qui réduisait à 6 lignes l’élévation de la taille obtenue par son redressement.

L’extension ayant été ainsi graduellement augmentée ,

• bien que suspendue , soit lorsque les douleurs du dos ou du côté enfoncé s’avivaient trop , soit lorsque le retour des mois exigeait des ménagemens , deux pouces d’élévation de la taille avec consolidation ont été obtenus dans cinq mois et demi , après lesquels il y a eu un état stationnaire de près de deux mois. Aujourd’hui , 20 juillet 1826, la taille de la jeune personne, comparée à ce qu’elle était dans le mois de février 1825 , offre trois pouces deux lignes de plus , et il y a beaucoup à obtenir encore pour un redressement complet.

Une autre de ces six jeun espersonnes quinous a été présentée dans les premiers jours de février 1826 , âgée de 16 ans et demi , issue de père et de mère bien conformés , mais d’une santé susceptible d’être altérée autant par les moindres causes morales que par l’influence des variations du temps , était affectée d’une déviation du rachis à son extrémité supérieure seulement. La tête en était considérablement inclinée vers l’épaule gauche. Vers ce côté les glandes sous-maxillaires étaient toutes engorgées. Son tempérament n’était cependant point éminemment lymphatique ; la menstruation s’était bien établie sans crise violente ; mais ses retours de mois é taient peu réguliers, et à leur approche les glandes du côté du col vers lequel la tete penchait, se tuméfiaient avec douleur , la voix devenait rauque et la respiration sifflante.

La tête dirigée avec peu d’effort vers l’axe du corps dont elle était éloignée d’environ trois pouces , la jeune personne ne pouvait l’y maintenir que peu d’instans dans la station bipède, ou étant assise ; tandis que couchée, elle la maintenait d’elle-même à peu près dans la situation naturelle, où on était cependant obligé de la replacer de temps en temps.

La cause de cette déviation ne nous parut point avoir son siège dans la déformation des fibro-carlilages , moins encore dans les vertèbres cervicales. Nous ne vîmes d’autre indication à remplir que de faire cesser le mouvement fluxionnaire établi sur le côté gauche du col , d’une manière permanente , avec accroissement périodique coïncidant avec l’époque des retours des mois. Mais ce fut en vain que des révulsifs irritans ou évacuans appliqués à la face interne des cuisses et par le moyen de purgatifs réitérés, au canal intestinal ,. furent successivement employés; l’état fluxionnaire se maintint au même degré; la déviation du col n’éprouva aucune amélioration , et bientôt un abcès se forma derrière l’oreille droite. L’ouverture en fut confiée aux seules forces de la nature, beaucoup trop lentes à notre avis en pareille circonstance; car deux mois s’écoulèrent sans qu’elle l’opérât ; mais on voulait prévenir une cicatrice , et nous condescendîmes à ce désir. Cependant la déviation du col fit des progrès au point que la tète ne pouvait plus être replacée dans sa direction naturelle , sans qu’on provoquât des douleurs vives. Un suintement , sinon un écoulement lympathique s’établit et se maintint plus de trois mois à l’ouverture par laquelle l’abcès s’était fait jour : il se tarit et avec lui cessèrent les douleurs qui l’accompagnaient ; une cicatrice solide se forma.

Les muscles pcaucicr elsterno-rnasioïdicn avaient beaucoup souffert du voisinage du dépôt ; ils en demeuraient contractés. La mâchoire inférieure était attirée en bas et

un peu de côté , en même temps que la commissure des lèvres affectait la même direction ; ce concours de désordres dans cette partie du système musculaire du col, qui a des fonctions communes avec quelques parties de celui de la face, imprimaient un ton de tristesse d’aulant plus fâcheux que l’ensemble de ses traits constituait, avant cette maladie, une physionomie gracieuse , habituellement animée par une gaîté naturelle.

L’état de contraction permanente de ces muscles parut surtout devoir être combattu par l’application de sangsues et de cataplasmes émolliens lorsque la douleur y devint vive au point de rendre très-difficile la plupart des raouvemens nécessaires à la mastication d’alimens durs. La jeune malade fut réduite à ne vivre que de hachis et de bouillies. La santé générale s'était cependant améliorée ; il n’y avait plus la moindre tension aux muscles peauçier et sterno -mastoïdien , et cependant la déviation du col et sa torsion sur son axe faisaient des progrès sensibles (t).

Vers le mois d’aout, nous jugeâmes à propos d’essayer de 1’ emploi de nos moyens extenseurs de la colonne vertébrale , et la première application que nous en fîmes nous convainquit que quelque faible que fût le degré auquel nous l’employerions , il serait trop douloureux pour être continué.

(i) La torsion de la colonne vertébrale sur son axe est ordinairement plus sensible dans la série dés vertèbres cervicales que dans celles des vertèbres dorsale et lombaire. Nous avons eu occasion de disséquer plusieurs rachis en lesquels nous avons trouvé, lorsque lés individus avaient succombé pendant le développement de cette déformation , les ligamens intervertébraux’ rougeâtres et le corps des vertèbres amolli. Tous les autres ligamens étaient remarquables encore par leur changement de couleur et de consistance. Mais ce qui nous a lrappé dans ces observations , c’est qu’ayant porté plus loin nos recherches , nous n’avons pas trouvé la moindre altération dans e sysl«me lymphatique , tandis que le cerveau , la moelle alongéc et leurs membranes offraient des traces manifestes d’infla’mrnation.

Cet essai toutefois , nous fit reconnaître que le point douloureux du rachis était circonscrit en Ire la 5.° cl la 8.e vertèbre cervicales. Les explorations que nous avions dirigées plusieurs fois auparavant sur ce point, en pressant avec nos doigts sur toutes les apophyses épineuses , n’avaient pu nous conduire à cette découverte.

Nous soupçonnâmes dès ce moment un état pathologique dont il nous paraissait difficile de reconnaître la nature, mais c’en était assez pour nous faire abstenir de l’emploi de tout moyen d’extension , et nous nous bornâmes à conseiller la station au lit, une diète tenue , l’usage des bains d’eau simple , à une température agréable.

Un mois après nous réitérâmes nos explorations. Elles eurent lieu sans beaucoup de douleur. Nous ajournâmes cependant encore l’extension au mois suivant , et l’ayant j commencée à cette époque à un très-faible degré , nous la continuâmes sans l’augmenter pendant environ un mois, temps suffisant pour le redressement absolu de cette partie du rachis. Toutefois ce redressement ne se maintenait qu’avec une certaine difficulté , et la jeune personne éprouvait , étant debout , le besoin de se faire soutenir la tête, à tel point que si on ne lui rendait ce service, elle devenait bientôt tremblante, malgré les efforts qu’elle faisait pour la soutenir par la seule action des puissances musculaires.

Dans cet état des choses , nous conseillâmes la continuation de la station au lit , ou sur un fauteuil dans le dos rembourré duquel nous fîmes pratiquer une excavation pour y appuyer et y retenir la tête. Quelques mois après j la jeune personne pouvait exécuter la plupart des mouvemens de cette partie du corps, mais non sans douleur i lorsqu’elle voulait en user dans une certaine étendue. Si elle cessait pendant deux ou trois heures d’être couchée ou d’avoir le dos et la tête appuyés sur son fauteuil, le

col devenait roide et douloureux : son exploration dans tous les sens, et particulièrement celle des muscles peaucicr et slcrno-mastoïdien , ne permettaient cependant point de soupçonner la cause de cesaccidens dans l’état de ces parties. Il n’y avait ni tension ni douleur.

Pendant ces sortes de crises , si la jeune personne s’obstinait à demeurer levée et à marcher, sans qu’on lui soutînt la tête, ce qui arrivait fréquemment, le pouls s’animait, les yeux devenaient brillans , les mâchoires se serraient; on était obligé de l’étendre sur son lit , où tout rentrait en quelques instans dans l’état ordinaire.

Le diagnostic cl’une telle maladie nous paraissant fort difficile à établir, et conséquemment aucune indication suffisamment motivée ne se présentant, nous conseillâmes encore la continuation du régime que nous avions déjà prescrit. Ce n’était pas seconder l’impatience qu’éprouvaient les parens de la jeune personne de la voir rendue à la santé, car depuis quelque temps ils étaient tout-à-fait rassurés sur la déviation du coi ; mais invariable dans la règle que nous nous sommes imposée de n’employer aucun moyen thérapeutique que d’après des données qui , à notre jugement, doivent seules déterminer à en faire usage, nous persistâmes dans notre conseil.

Cependant des sangsues , des vésicatoires, des moxas, deux cautères , furent employés pour se conformer à l’adage melius anceps , quant nullum remedium , mais aucun de ces moyens n’a rien changé à l’état de cette jeune personne, qu’une toux opiniâtre est venue compliquer de manière à faire craindre dans l’appareil de la respiration une lésion plus ou moins profonde.

Réflexions sur cette Observation.

Comme nous l’avons dit dans l’exposé de la maladie qui précède, le diagnostic nous en a paru' difficile à établir, au point que , sans rejeter les divers moyens qui ont été

proposés pour combattre les symptômes plus ou moins graves qui se sont produits et reproduits , nous n'en avons pas trouvé l’indication suffisamment motivée. Nos recherches dans les ouvrages qui traitent d’affections analogues à celle-ci, n’ont pu rien nous apprendre sur sa nature , et nous n’en sommes pas moins embarrassé sur le pronostic que nous ne l’avons été sur le diagnostic. Une fois seulement nous avons eu occasion d’observer un ramollissement sensible des vertèbrescervicales etdes fibrocartilages qui les unissent, sur un sujet qui avait succombé à une inflammation des méninges long-temps et toujours combattu sans succès par le traitement anli-phlogistique le plus sévère. Si la déviation de l’extrémité supérieure du rachis chez la jeune personne dont il est ici question avait sa cause première dans une lésion de cette nature, comme le font craindre quelques symptômes rares et peu prononcés , à la vérité , mais caractéristiques de l’inflammation des méninges, il nous resterait à nous rendre raison de l’influence de l’état des muscles peaucier et sterno-mastoïdien sur ce torticolis, dont la lésion n’a pas dû jusqu’ici attirer principalement notre attention. Quoi qu’il en soit, notre sentiment, dans l’état actuel des choses, est qu’il faut s’abstenir de toute action mécanique destinée à opérer le redressement du col , la crainte fondée d’un mal d’une conséquence plus grave qu’une simple difformité nous paraissant suffisamment propre à le motiver. Nous ne pensons pas même quil puisse être sans inconvénient de continuer, la jeune personne étant couchée ou assise, d’assujettir la tète, meme par les moyens les moins coercitifs, dans une situation autre que celle où elle se porte naturellement , quoique dans une direction vicieuse, l’observation ayant montre déjà plusieurs fois , que des douleurs assez vives a la tete et au cou suivaient souvent , d’assez près , 1 emploi de ces moyens.

Parmi les jeunes personnes de cette dernière série dont il nous reste à parler, il en estime qui a présenté quelques particularités qui nous paraissent devoir être communiquées. La déviation du rachis avait commencé , nous a-t-on assuré , par la saillie contre-nature de l’épaule gauche. Rien ne pouvait faire seulement soupçonner la cause de cette difformité , ni dans la famille de la jeune personne , ni dans sa constitution propre. Ce fut à l’age de six ans. qu’on reconnut cette saillie , qui ne fut plus sensible à la vue vers sa neuvième année. Mais à cette dernière époque on s’aperçut que la hanche gauche se trouvait au-dessus du niveau de la droite , et que l’épaule de ce côté, au lieu d’être moins saillante que celle du côté opposé, l’était, au contraire, beaucoup plus. On se flatta qu’il en serait de ces deux conformations vicieuses comme il en avait été de la première.

Toutefois le côté droit devint douloureux, et bientôt la jeune personne ne put se tenir debout ou assise sans éprouver , tout le long du dos , une fatigue telle qu’elle était obligée de se coucher. Un peu plus tard toutes les grosses articulations devinrent douloureuses, et pendant environ deux mois un léger accès de fièvre survenait vers le déclin du jour, quels que fussent les moyens qu’on employait pour le combattre.

Cet état dura jusqu’à l’établissement des menstrues , un an après lequel , la santé générale devenue parfaite , ne laissait à désirer qu’une conformation régulière de la taille. Consulté alors, nous fîmes placer la jeune personne sur notre lit à extension , et au moyen des tractions que nous exerçâmes en tirant suivant notre procédé sur 1 extrémité supérieure de la colonne vertébrale , nous reconnûmes un état général de sensibilité dans toute son étendue , mais en même temps une extensibilité telle que nous en obtenions un alongement d’environ deux pouces , par 1 abaissement de la bascule au moyen d’une pression

beaucoup moins considérable que celle que nous employons , danslescas ordinaires , pour n’en obtenir qu’un. Depuis cette époque , c’est-à-dire , pendant environ dix mois l’extension a été appliquée à divers degrés et suspendue , toutes les fois que les douleurs du rachis qui se sont reproduites avec celles des articulations , l’ont exigé. La taille de cette jeune personne , dont le traitement a été interrompu , a peu gagné par l’effet de l’extension ; aussi le redressement n’a été relatif qu’à son élévation. Examinée debout il y a deux ans , l’épine du dos s’écartait d’un pouce et demi de la ligne médiane du tronc, au centre de sa plus forte déviation, entre les deux angles inférieurs des omoplates , et d’un pouce au centre de celle formée par les dernières vertèbres dorsales et les premières lombaires. Ces deux déviations sont d’un tiers moindres aujourd’hui, et l’observation nous a appris, pendant le cours de ces deux dernières années , que si cesdeux inflexions du rachis avaient été abandonnées à ellesmêmes , elles seraient actuellement une fois plus considérables. . A

Des trois dernières personnes de cette série , âgées de 16 à 18 ans, qui pendant toute la durée du traitement ont joui d’une parfaite santé , une seule ne présente d’autre différence dans la hauteur de sa taille mesurée le matin et le soir, que celle qu’on observe chez les personnes qui n’éprouvent que l’affaissement naturel des ligamens intervertébraux. Sa déviation était au-dessous des moyennes. Les deux autres n’ont cessé de faire des progrès vers le redressement , qu’entre le 3.c et le 4.£, le 7.c et le 8.c , le io.c et le n.% le i6.c et le i7.e mois du traitement. Mais s’il y a eu à ces époques un eta stationnaire relativement à 1 élévation de la tai e , es progrès de la consolidation ont été plus sensibles, e sont des faits que nous observons généralement dans e traitement des déviations qui réunissent la plupaïUcs

conditions que présentent les trois dern ières dont il s’agit

Parmi les seize jeunes gens de la maladie ou de la déformation du rachis desquels nous avons annoncé la relation sommaire , le l'amollissement du corps des vertèbres ou des fibro-cartilages qui les unissent , s’èst offert à notre examen chez douze d’entr’eux depuis l’âge de dix-huit mois jusqu’à celui de vingt-cinq ans. Chez la plupart il y avait déformation du sternum , des côtes et des os des membres; la tête était très -volumineuse , le ventre plus ou moins tuméfié , la respiration était courte et pénible , et la digestion se faisait mal.

Six de ces enfans qui étaient consumés par une fièvre lente depuis plusieurs mois , lorsque nous les avons vus , consulté pour la première fois , ont succombé. L’examen des parties affectées que nous avons pu faire après la mort surdeux d’entr’eux seulement , nous a fait reconnaître chez 1 un le ramollissement du corps des quatre vertèbres cervicales moyennes , et un état pulpeux de leurs fibro-cartilages. De ces lésions résultait une courbure du rachis dans cette région , dont la convexité était formée par lés apophyses épineuses qui ne s’écartaient pas de la hW médiane du tronc.

Chez 1 autre , une courbure dans le même sens était formée par une altération qui offrait les mêmes apparences dans le corps et les fibro-cartilages des dernières vertèbres dorsales. Le canal vertébral était rétréci sur toute la partie du rachis ainsi déformée. Les enveloppes de la moelle épinière considérablement ramollies , étaient rompues sur plusieurs points. La moelle épinière ellememe était beaucoup moins consistante que dans l’état normal. Un fluide limpide assez abondant était amassé entr elle et ses enveloppes. La pie-mère à la' racine des

rs rachidiens et jnsques dans le crâne; offrait des traces non équivoques d’inflammation. Tous les nerfs des

organes des sens étaient plus développés quils ne le sont ordinairement dans l’état normal (1).

Parmi lés huit restans , des déviations du rachis avec mouvement fluxionnaire , s’observaient sur cinq. Des cautères , des moxas , des sétons ont été sans succès employés sur quatre. Le cinquième , dont la santé générale était d’ailleurs meilleure que celle des autres, a éprouvé une légère amelioration a son eta'cj la déviation n a pas fait de progrès , mais elle n’a pas diminué. Dans ces cinq cas il ne pouvait y avoir lieu à appliquer les moyens extenseurs du rachis.

Des trois derniers de ces huit, l’un d eux était affecte d’une déviation latérale avec convexité supérieure, à gauche (il n’était pas gaucher) ; les deux autres , de déviation latérale droite. Tous trois ont été traités d’après notre méthode. Le plus difforme dentreux, né dune mère qui est morte d’une maladie de poitrine, ne l’était qu’à un degré moyen; il était âgé de onze ans lorsqu’il a commencé son traitement. Le redressement du rachis s’est opéré sans peine dans un an , mais la nutrition peu active chez ce jeune homme, et peut-être certaines habitudes vicieuses auxquelles il se livre en renaent la consolidation beaucoup moins>ensible quelle ne l’est ordinairement. , , .

Les deux autres n’offrent actuellement , c est-a-clire ,

après deux ans de traitement, aucune trace de déviation. Nous devons •ajouter que nos soins ont été secondes

(i) Dans les déviations latérales , au contraire , ainsi que nous le rapporterons plus tard , les nerfs des organes des sens, d un loté , sont moins développés que ceux de l’autre ; cette différence paraîtrait sans doute digne d’attention relativement à la question qui aurait pour objet de déterminer si la lésion des parties molles îcnfi iméi.s dans le canal vertébral , précède ou suit celles de sa. substance propre , s’il y a maladie ou seulement conformation vicieuse dans

ces cas.

par des précautions et une surveillance rares , qui avaient pour objet de s’assurer, qu’une des causes présumées des désordres de la plus funeste conséquence , survenus dans la santé de ces deux enfans , ne se reproduirait pas.

Ici. finit la relation sommaire de soixante-huit cas de maladie ou de simple déformation de la colonne vertébrale , des premiers que nous avons observés. Aujourd hui un nombre presque quadruple de cas dé cette nature pour lesquels nous avons été consulté, ou dans lesquels nous avons donné nos soins , nous met en état d émettre de nouvelles propositions , et de confirmer celles que nous avons émises dans nos précédens Numéros. Comme celles

qui précèdent, ellessontfondéesnon-seulementsurnosob-

servations propres, mais encore sur un certain nombre d’autres recueillies par plusieurs de nos confrères. Nous allons les faire connaître telles qu’elles ont été rédigées près du lit des personnes traitées d’après notre méthode , excepté toutefois celle qu’on va lire la première , et que l’intérêt de l’art nous fait un devoir de publier , comme on va le voir par la lettre dont l’accompagne celui de nos confrères de Paris qui nous la communique.

A Monsieur lé Docteur Maisonabe.

Paris , le 27 septembre 1826.

Monsieur ,

Lorsque des découvertes êt des perfectionnemens quelconques peuvent intéresser , dans leur application , la santé des hommes , on ne peut les accueillir avec trop de réserve et de circonspection , puisque, à leur naissance , ils manquent nécessairement des épreuves nécessaires pour en déterminer la valeur et en fixer l’importance.

Mais qu’il est pénible de penser que nos semblables

doivent fournir aux besoins de ces expériences , et combien sont légitimes les vœux que forment les amis de l’ humanité ^ pour que, dans tout ce qui concerne la santé des hommes, les essais ne soient confiés qu’à ceux des médecins qui possèdent une instruction bien appropriée à la spécialité qu’ils ont embrassée.

Un journal destiné à faire passer sous les yeux du public les faits propres à éclairer son jugement sur la valeur des moyens mécaniques récemment appliqués au traitement de diverses difformités du corps , ne pouvait paraître dans des circonstances plus opportunes.

L’orthopédie , branche à peine naissante de notre vieille thérapeutique, avait besoin d’un recueil ouvert à l’inscription , au rapprochement et à l’examen critique des faits ; et la publicité qui va éclairer sa naissance et ses progrès , en effaçant le sceau flétrissant d’une spéculation toute mercenaire , la replacera dans le domaine des sciences médicales , et la mettra au nombre des plus grands bienfaits rendus à l’espèce humaine.

Ouel autre moyen d’atteindre à la vérité , que d’atcueiliir tous les faits , ceux surtout d’apparence contraire, et de publier avec bonne-foi les succès et les revers de nos procédés thérapeutiques ?

Ne croyez pas, Monsieur, qu’en vous transmettant une observation qui prendra rang parmi les cas propres a prouver le danger d’une aveugle confiance dansl usage des lits mécaniques, j’aie l’intention de jeter le blâme et la défaveur sur l’invention elle-même, c’est au contraire parce que l’application méthodique de ces appareils , faite encore avec sagesse et sagacité, me paraît susceptible de remédier à des difformités jusqu’à ce jour réputées incurables, et de contribuer ainsi puissamment au bonheur de notre espèce, que je désire voir disparaître de l’orthopédie les imperfectionsqu’elle présente encore, mais dont le savoir et la réflexion peuvent aisément la dépouiller.

C’est dans cet intérêt que j’ai l’honneur de vous communiquer un fait que je tiens de la bouche même de personnes qui en ont été les témoins oculaires, et qui, s’il péchait par quelques erreurs de détail inséparables d’un rapport fait par des personnes étrangères à l’art de guérir, n’en présente pas moins les circonstances principales qui en permettent l’appréciation.

Je vous l’adresse tel que je l’ai recueilli, et l’abandonne entièrement à l’usage que vous voudrez en faire dans l’intérêt de la science.

Agréez , Monsieur et très-honoré collègue , l’assurance de ma parfaite considération ,

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