IV
La vérité de cette théorie , par laquelle le mécanisme de la déviation latérale droite constitue la difformité du rachis exempt de maladie, et se trouvant seulement dans un état de faiblesse commun à toutes les autres parties du corps , peut être démontrée et rendue sensible par une expérience très-facile à faire, et qui consiste à poser un corps d une pesanteur quelconque sur l’extrémité d’une colonne, composée à la manière de la colonne vertébrale , de vingt-quatre corps durs, d’environ i5 lignes d’épaisq
seur , entre lesquels seront placés autant de corps beaucoup moins durs , et d’environ quatre lignes d’épaisseur. N’arrivera-t-il point en effet que, si cette colonne ainsi composée offre une inflexion , quelque légère qu’elle soit , au point d’union de son tiers supérieur avec son tiers moyen , cette inflexion deviendra d’autant plus considérable , que la mollesse des substances intermédiaires aux corps durs leur permettra moins de résister à la pression qu’elles subiront , et de la part du corps posé sur son extrémité , et de la part de son tiers supérieur lui-même; et n’arrivera-t-il pas encore que , si cette colonne , en vertu de l’élasticité de ses substances intermédiaires aux corps durs dont elle se compose, ne se rompt point au milieu de son inflexion et demeure debout , il se formera au-dessous et du côté opposé de la courbure qu’elle présente déjà, une seconde courbure nécessaire au maintien d’un centre de gravité sans lequel elle tomberait?
La réponse à ces questions ne peut être qu’affirmative, et on ne peut s’empêcher de reconnaître que ce qui aurait lieu dans l’espèce que nous venons de faire , a lieu de même et avec la même nécessité dans la production de la difformité que constitue la déviation latérale droite et naturelle du rachis à l’âge de 7 ans , lorsqu’elle est plus ou moins accrue par les faits sus-désignés.
On ne saurait donc plus prendre en la moindre considération , l’explication de la production de cette difformité beaucoup plus fréquente du côté droit que du côté gauche, par l’influence de l’exercice plus considérable du bras droit que du bras gauche , ou par l’assertion tellement gratuite qu’elle n’est pas plus concluante qu une simple hypothèse , qu’clle peut être due à une inégale répartition j îles puissances musculaires entre chaque coté.
Que , si toutefois il peut être encore besoin de montier le vide d’une telle théorie , il doit suffire sans doute de faire remarquer qu’à l’âge de 7 ans et même plus taid,
les enfans se servent autant du bras gauche que du bras droit; et que d’ailleurs, les mouvemens de ces membres chez les enfans , et particulièrement chez les petites filles appartenant à la classe de la société qui se livre le moins à des travaux qui exigent l’emploi des forces physiques , et qui est celle qui offre le plus de cas de ce genre, seraient bien peu capables de déterminer dans cette partie du rachis, ou dans toute autre, une déformation quelconque.
Que si toutefois encore , on niait ce fait dont la démonstration n’est peut-être pas plus facile que celle du fait contraire , c’est-à-dire que si on prétendait que quelque faible que puisse êti'e l’influence de 1 usage du bras droit plus considérable que celui du gauche., sur la production et la fréquence de la difformité qui nous occupe, il n en est pas moins vrai qu’elle produit un effet quelconque, nous répondrions encore à cette objection sans preuves par l’autorité de l’observation et du raisonnement , en faisant remarquer , que si celte influence était réelle, ses effets seraient nécessairement plus fréquens , plus sensibles dans les enfans appartenant à la classe de la société livrée à des travaux qui exigent le remuement continuel de matériaux ou d’outils pesans qu’ils manient souvent eux-mêmes , que chez les enfans appartenant à une classe physiquement inocuppée , dont les bras ne sont exercés qu’à des maniemens de corps peu volumineux , qui exigent à peine le plus léger effort. Or, c’est tout le contraire , et incontestablement tout le contraire, ainsi que par une de ces inconséquences de raisonnement , inséparables des théories fondées sur des hypothèses, le reconnaissent, ceux qui cependant en même temps raisonnent contrairement à ce fait.
La très-grande majorité des cas de déviation latérale droite du rachis est indépendante de toute affection mor-
bide des os , de scs fibro-carlilages ou de ses autres ligamens : c’est l’inverse dans ses déviations latérales gauches , ou dans toutes celles qui altèrent sa forme dans tout autre sens. L’importance de cette distinction est de premier intérêt dans le traitement de ces difformités.
En général, les résistances opposées par le rachis déformé , aux puissances extensives qu’on lui applique, sont plus considérables dans les cas de déformations qui n’ont été influencées par aucune maladie, que dans ceux où des maladies sont causes de sa déformation ou la compliquent. Mais dans les premières, la consolidation des parties au degré de redressement obtenu , est plus assurée et plus durable que dans les dernières , et elle se fait ordinairement plus tôt.
Plus une déviation du rachis est prononcée , quelle que soit sa cause ou son origine , plus facilement et plus considérablement elle cédera à l’action des puissances extensives , même peu énergiques, qu’on lui applique dans les premiers jours du traitement, à moins qu il n y ait des soudures entre les vertèbres ou les côtes.
On peut opérer dans quelques minutes , et sans le moindre inconvénient , à la faveur de quelques tractions exercées sur la tête , suivant notre méthode , et sans causer de la douleur , un alongement de deux pouces dans les cas de difformité considérable. Un tel alonge ment du rachis , qui n’aurait pas été préparé par des tractions propres d’ailleurs à faire juger du degré de ié sistance , pourrait être funeste. Nous pourrions ajoutei a l’observation qu’on a déjà lue , de M. le D.r Iluet , cl qui
vient à l’appui de cette assertion , plusieurs faits analogues , mais que nous ne pouvons pas publier.
Dans les cas où, par l’emploi d’une extension exercée sur le rachis pendant vingt ou trente jours , suivant notre méthode , on aurait obtenu dans deux ou trois mois un alongement de deux pouces , qui se réduirait à moins de la moitié dans un jour passé sans se coucher et sans avoir usé de béquilles pour marcher , se tenir debout ou s’asseoir , l’extension pendant le mois suivant devrait être réduite ; il faudrait demeurer plus long-temps couché , et des frictions sèches devraient être pratiquées tout le long de l’épine , trois ou quatre fois par jour au moins , pendant un quart-d’heure chaque fois.
Il n’est pas seulement impossible , ainsi que c’est reconnu , de justifier l’emploi des bains de vapeurs par une explication vraie de leur manière d’agir , et par la désignation des organes qu’ils doivent relâcher d’après certaines opinions , mais non d’après la nôtre ; mais il est encore très-facile de prouver l’inconvénient ou même le danger de leur administration , par la démonstration de l’impossibilité qu’il y a de borner et de diriger exclusivement sur les seuls muscles ou les seuls ligamens qu’on prétend devoir relâcher , l’effet de ces mêmes bains.
Prétendre que la sensation accusée par la personne soumise à l’extension du rachis peut suffire pour faire apprécier le degré auquel on doit la porter ( Dict. de Méd. en 18 vol. ; tom. XVI , page e3 ) , c’est dire que la sensibilité est égale chez tous les individus; or, on sait le contraire , et la conclusion qu’il y a à tirer de cette vérité reconnue est , que chez tel individu , on pourra opérer
une extension comme trois, suffisante pour lui faire accuser une douleur vive ; tandis que chez tel autre , toutes choses étant égales d’ailleurs , une extension comme six lui sera presque insensible. D’où il résultera que , n’ayant pu acquérir par les lits, pures machines, aucune notion de l’extensibilité très-variable du rachis , on n’aura pu graduer l’extension que d’après la douleur éprouvée, et qu’on se sera ainsi exposé à la rendre insuffisante ou excessive , bien gratuitement , puisqu’à la faveur d’un lit, qui , comme le nôtre , serait à la fois une machine et un instrument explorateur , on pourrait régler le degré d’extension , et d’après la sensation accusée par le patient et d’après la résistance éprouvée par 1 homme de l art ; ces données étant de nécessité absolue pour toujours faire tout le bien possible , et jamais aucun mal.
C’est ici le lieu de remarquer qu’il est à regretter dans le bon livre qui vient d’être cité , et qu on peut regai d*n comme classique , que l’auteur très-judicieux de 1 aiticle Orthopédie , y faisant connaître les divers moyens mécaniques employés pour opérer l’extension du rachis se soit abstenu d’émettre son opinion sur les différences qui les distinguent, quant aux effets qu’ils doivent produire, sa position étant toute autre que celle de l’académie , qui , en tant que corps, n’a pu émettre sur ce point que 1 opinion de la majorité de ses membres, dont aucun de ceux qui la formaient, n’était! autant que lui au courant de ce e partie de l’art , et n’avait pu d’ailleurs alors , comme il i a fait lui-même depuis , juger de l’exactitude des faits ana o* miques , sur lesquels nous avons, le piemiei, fait conna . le mécanisme des déviations du rachis , et c éc uit ne connaissance exacte, les principes d apiès lesque s on procéder pour lès corriger ; principes * qui a ai op ce qu’ils ont de plus important et de contrane aux 1
ries reçues avant nous. Nous reviendrons sui ce
dans notre prochain Numéro,
Considérations anatomiques et physiologiques sur plusieurs vices d’ organisation , observés dans un fœtus ;
Par M. Amédée Düpau, Docteur en médecine.
Les nouvelles recherches sur les monstruosités que présente l’organisation des animaux, ont beaucoup éclairé l’histoire des causes qui peuvent amener ces dérangemens. On a cherché dans les circonstances extérieures dont le fœtus est environné, la source de toutes ces anomalies, et cette direction a mis sur la route d’une foule de découvertes heureuses. En elfet, les organes de la mère, des chutes accidentelles, les parties accessoires de la vie fœtale exercent souvent de la pression ou un tiraillement sur divers points de cette frêle machine , de manière à lui faire subir une foule de transformations. Cette étude dirigée dans ce but me paraît être très-utile aux progrès de la science, parce qu’elle s’appuie sur les causes organiques, qui sont celles dont nous pouvons le mieux apprécier la nature et l’influence.
Mais il est un autre point de vue sous lequel l’étude des monstruosités me paraît offrir le plus grand intérêt et devoir même servir de flambeau à la physiologie: c’est pour indiquer jusqu’à quel degré peuvent arriver ces mutilations naturelles et pour fixer les limites au-delà desquelles la vie cesse complètement. Tel est 1828. Difformités. 26
le problème que cette étude peut servir à résoudre d’une manière aussi heureuse que convaincante. Barthez prétendait que la véritable physiologie devait s’appuyer sur les faits extraordinaires. Cette proposition paradoxale renferme cependant le germe d’une grande vérité, et si l’on se fût donné la peine d’en étudier le sens, on aurait vu que ce célèbre physiologiste voulait indiquer l’utilité que la science pouvait retirer de l’élude des anomalies vitales et des monstruosités organiques, pour établir les lois de la vie et de l’organisation.
Le premier principe qu’on peut déduire des faits recueillis par les observateurs, c’est qu’il est bien rare qu’un organe manque complètement. Cette vérité a surtout été développée par M. Geoffroy-Saint-Hilaire dans son Histoire des Monstruosités humaines, et elle se rattache naturellement à la théorie ingénieuse des Analogues, dont elle forme un des principaux corollaires. En effet, prenons le germe tel que la nature le présente à la suite d’une génération convenable. INc doit-il pas être parfaitement intact dans ses élémens constitutifs, pour conserver la faculté d’éclore et de se développer sous les conditions fixées? Peut-on concevoir qu’il pût suivre toutes les phases de son accroissement s’il ne possédait le complément de toutes ses parties, et s’il ne présentait les conditions organiques de l’être dont il provient? Qu’arrive-t-il donc? l’organisation est arrêtée dans son développement en tout ou dans une partie seulement; un organe demeure stationnaire ; d’autres s’acci'oissent dune manière monstrueuse, etc. Mais, dans ce desordre apparent , déterminé soit par des circonstances exte-
rieures ou physiques, soit par des causes intérieures et propres au fœtus, on reconnaît toujours le type de l’organisation; les parties, pour avoir changé de place, pour être rudimentaires ou monstrueuses , n’en conservent pas moins des traces de leur destination primitive.
Le second principe qu’on peut établir c’est relativement à l’existence des organes doubles, dont plusieurs exemples ont été publiés. Lorsque cette espèce de monstruosité porte sur des parties dont les fonctions peuvent facilement être remplies par deux organes congeneres, le phénomène n’offre aucune conséquence fâcheuse pour l’individu. Ce sont alors des ■ divisions accidentelles de l’organe primitif, comme on le voit pour les reins , pour le foie, etc. Les scissures qui existent dans leurs parties peuvent se prononcer au point de former des organes séparés et complémentaires qui ont les mêmes fonctions. Ce ne sont là que des variétés qui se présentent encore bien plus fréquemment dans les ramifications du système vasculaire. Mais la question change entièrement quiand celte double organisation porte sur des parties importantes dans leur mode de vie ou dans la manière1 detre relative de chaque animal. Qu’on juge, par exemple, quels change mens l’existence bien réelle de deux matrices doit apporter dans toutes les fonctions de ces organes et dans l’ensemble des autres actes vitaux. Aussi, je suis porté à croire que s’il existe des faits de ce genre pour les organes fondamentaux f e 1 économie, il y a eu une espèce de superfétation;
1 s est °P«ré'> dans le cours de ce travail organique ’ une sorte de greffe animale des parties d’un fœtus
avorté sur l’autre. Cette explication tout hypothétique , je pourrais l’appuyer de quelques faits qui sont la plupart connus. Toutefois, dans le nombre de ceux que la médecine possède , il en est beaucoup qui doivent être rejetés comme faux. Une saine critique devrait écarter du domaine de la science toutes ces histoires miraculeuses qui sont la plupart rapportées sur parole et transmises par l’ignorance et la crédulité. L’observation que je vais rapporter prouvera combien de fausses apparences peuvent souvent nous écarter de la vérité.
Je fus appelé chez une sage-femme pour examiner un enfant venu au monde à terme et mort quelque temps après sa naissance. Cet examen fut fait de oon-*'’ cert avec un chirurgien. Nous trouvâmes un enfant du sexe féminin , assez bien développé d ailleurs , mais les parties génitales ne paraissaient pas dans leur état ordinaire. Voici ce quelles offrirent de particulier à l’extévieur.
Un cordon ligamenteux , tendu entre les éminences antérieures et supérieures desosinnominés, tenait lieu de l’os pubis qui n’existait pas. Au-dessous de ce ligament on voyait une ouverture oblongue ou vulve, dont )e diamètre antéro-postérieur était de huit à dix lignes. Le diamètre transversal avait à-peu-pres quatre lignes. Cette dilatation n’avait pu s’effectuer qu’aux dépens de la peau des parties voisines; aussi les grandes lèvres étaient effacées. A la partie inférieure de la vulve nous trouvâmes deux replis de la membrane muqueuse, et à travers cette ouverture sortait une portion du tube intestinal , qui se présentait sous la forme d’une tumeur irrégulière, couverte d’une mem-
brane muqueuse et percée en bas d une ouverture dans laquelle pénétrait avec facilité une sonde. Derrière la vulve on voyait le périnée , et plus loin 1 anus
imperforé.
A l’ouverture de l’abdomen nous reconnûmes quele lube intestinal , les organes de la génération et les voies urinaires offraient les plus singulières anomalies. Le tube intestinal était sain depuis l’estomac jusqu à l’extrémité de l’iléon ; là , l’intestin s enfonçait et semblait se perdre dans la cavité du bassin en formant une poche. Je tirai l’intestin grêle, et par ce mouvement je fis disparaître la tumeur qui faisait saillie à travers la vulve. Celte tumeur n’était qu’une hernie, un Cœcoc'cle vaginal. Alors je vis l’iléon s ouvrir dans une large poche. Je reconnus la tumeur comme étant formée par la face interne de celte espece de cæcum , et l’ouverture qu’il présentait était un anus contre nature qui s’ouvrait dans le vagin , à-peu-près comme dans le cloaque des oiseaux. Le reste du lube intestinal n’existait pas proprement : cependant nous pûmes suivre une sorte d’appendice vermiforme et semblable à une corde membraneuse qui , partant de la partie postérieure de celte poche, allait, en faisant quelques détours, jusqu’à l’anus imperforé.
Les parties de la génération présentaient aussi de grandes anomalies. Nous trouvâmes d’abord deux petits corps de forme assez semblable , soutenus par des adhérences membraneuses et placés dans le petit bassin au-devant du cæcum dont j’ai parlé. Ils formaient comme deux matrices bien séparées, chacune n’ayant qu’un seul ovaire. L’une était moins rouge que l’autre; toutes Icsvdeux étaient de la même gros-
seur, et d’une texture parenchymateuse. Leurs bases tournées en bas, étaient enveloppées chacune par une espèce de canal membraneux semblable au vagin; 1 un, plus à gauche , était dirigé obliquement de haut en bas, de dehors en dedans et venait s’ouvrir par une ouverture oblique de la membrane muqueuse à la partie supérieure de la vulve ; 1 autre canal, dirigé dans un sens opposé, plus à droite, s’ouvrait à côté du précédent. Mais une légère membrane formait la fin de ce canal.
Rien de particulier dans les reins; mais les uretères venaient s’ouvrir , l'un sur la muqueuse de la vulve droite , l’autre dans le canal membraneux que nous avons observé du môme côté. C’est en vain que nous cherchâmes la vessie. Cet organe avait entièrement changé de rapport et de structure.
Tels sont les détails de cette observation dans l’ordre d’examen et suivant les objets intéressans qu’elle présentait. Frappé de tant de variétés, je fis beaucoup de recherches, mais l’état de dilacération des parties ne me permettant pas de conserver les pièces anatomiques, je me contentai d’en tracer un dessin assez grossier. Toutefois, un examen plus approfondi me fit voir que l’état d’altération d’un des organes avait été l’objet d’une méprise. C’est ce que je vais cherchera démontrer en revenant sur chacune de ces anomalies, pour les considérer dans leur ensemble et d’après les faits analogues que l’histoire de l’art nous fournit.
Altération du tube intestinal. — Littré rapporte* dans les Mémoires de i Académie, de 1 709, l’observation d’un fœtus privé de cæcum et de colon. Dans notre observation , ces parties existaient réellement ,
mais dans un état bien opposé: le colon, dans un état rudimentaire , formait un appendice membraneux; le cæcum, changé en une poche monstrueuse, faisait hernie dans les parties génitales, et avait établi un anus contre nature. Mercurialis, dans son ouvrage (de Morb. puer.), et M. Fournier, dans le Dicl. des Sciences méd. , citent des exemples de sujets dont le rectum s’ouvrait dans le vagin. Zacutus Lusitanus, Poultier de Lasalle , dans les Mémoires de l’Â cadèmie, font mention de plusieurs faits dans lesquels le rec-> tum s’ouvrait clans la vessie : mais je n ai pu trouver d’observation semblable à celle que je viens de rapporter.
Absence de la vessie. — On ne connaît qu’un seul, exemple d’absence complète de la vessie , qui est rapporté par Lieutaud. Choppart, dans son Traits des maladies des voies urinaires , cite un cas analogue; mais il éveille sagement notre attention sur les méprises auxquelles on est exposé. Richard a vu , dans l’amphithéâtre de M. Lobstein, à Strasbourg, une tumeur charnue de la grosseur d’une petite noix remplacer la vessie. En poussant de l’air par l’urètre j il vil bientôt se développer une vessie de grandeur naturelle. Dans le cas que j’ai observé , il aurait été impossible de répéter celte expérience à cause du délabrement des parties , et parce qu’une section faite sur le corps des deux organes qu’on avait pris pour deux matrices, montra qu’ils étaient formés d’une masse homogène sans apparence de feuillets membraneux. Toutefois l’absence de la vessie me parut un phénomène si extraordinaire que je revins sur l’examen de ces deux petits corps. J’observai surtout celui dont le
canal membraneux recevait les uretères ; et en le comparant avec l’autre, sa couleur me parut moins foncée et sa texture moins solide. Il me fut impossible de distinguer d autres différences analomicjues ; mais elles me paruient suffisantes pour admettre que la vessie existait dans cet organe ramassée et rudimentaire, et que ces membranes étaient changées en un tissu parenchymateux. A la vérité, l’ovaire gauche semblait être lié assez intimement à cet organe, mais ce rapprochement et cette adhérence accidentelles ne changeaient pas 1 état fonctionnel de la vessie, restée imparfaite, puisque les uretères venaient se rendre dans son canal membraneux qui n était autre chose que le canal de 1 uretre un peu défiguré par tous ces changemens. Il n’y avait donc d’extraordinaire que l’espèce de dégénération de la vessie qui avait amené toutes les autres anomalies.
Matrice double. — Quoique la discussion dans laquelle je suis entré ait démontré que la seconde matrice n 'était autre chose que la vessie altérée, il ne sera pas inutile d’examiner ici les divers cas dans lesquels on a cru observer . cet organe double. Assez souvent les observateurs ont décrit deux matrices ; mais c’était le même organe divisé en deux cavités par une cloison ; ou bien une matrice dont Je corps divisé en deux parties se réunissait sur un môme col. M. le professeur Dupuytren a donné aussi une observation de matrice bilobée. Ce n’est qu’un rapprochement de forme avec l’utérus des animaux , divisé en deux cornes. Ces cas , quoique rares, ne présentent qu’une variété assez fréquente dans les organes parenchymateux.
Cependant il existe quelques exemples de matrices doubles dans leurs corps et meme dans leurs diverses parties, rapportés parRiolan, Littré, Baillie, Lobstein. Sans jeter aucun doute sur la véracité de ces observateurs, je ferai remarquer combien une méprise est facile à commettre dans tous ces cas de monstruosité, pour peu que le fœtus présente quelques autres derangemens; la disposition des organes génitaux chez les femmes ressemble sous beaucoup de points à celle des organes urinaires; un réceptacle, des conduits, un orifice externe, sont des parties communes aux deux appareils. Qu’on juge maintenant si on peut aisément confondre des organes qui, aux premières époques de la vie, présentent un tissu fort analogue et une disposition similaire.
Toutefois, en recommandant d’apporter la plus sévère attention dans l’examen des monstruosités, je reconnais toute l’utilité de cette étude ; je crois même que si les faits ordinaires doivent être suivis pour établir les règles de la science physiologique j les faits extraordinaires peuvent servir à en poser les dernières limites.
Réflexions sur les Causes qui déterminent la Courbure de la colonne vertébrale ;
Par M. Peleetan, Professeur de physique médicale à la Faculté de Médecine de Paris.
C’est avec raison qu’on l’on a toujours attaché de l’importance à découvrir quelles pouvaient être les causes déterminantes de ces sortes de courbures de la colonne vertébrale, qui surviennent long- temps après la première enfance, et qu’on ne peut raisonnablement attribuer au rachitisme. En effet , la cause une fois connue et bien appréciée , les moyens de guérison seraient tout-à-fait rationnels , et devraient consister ,
i°. A faire cesser cette cause; 2°. à exercer des actions contraires.
Les anatomistes et les physiologistes les plus distingués se sont occupés de cette question intéressante, et l’on peut dire , en résumant leurs opinions , que les uns attribuent les courbures , et principalement les courbures latérales, à une prédominance d action des muscles d’un côté du tronc sur ceux du côte opposé (i); tandis que les autres attribuent la plus grande influence à l’habitude des situations vicieu-
(1) MM. Boyer et Richcrand.
fl
ses (i). Les premiers sont en général peu d’accord sur le côté auquel doit être attribuée la prépondérance musculaire primitive dans les courbures latérales.
Nous pensons qu’aucune de ces deux opinions ne donne une solution satisfaisante des effets qu’on observe , et pour le prouver nous allons les examiner.
La prédominance des forces musculaires devrait se rencontrer aussi souvent d’un côté que de l’autre, et même plus souvent du côté droit , qui est en général plus exercé et plus volumineux que le côté gauche; cependant les dix-neuf vingtièmes des courbures latérales de l’épine ont lieu d’un même côté et présentent la concavité à gauche.
D une autre part , si l’on examine sur un sujet ainsi \
déformé les muscles du côté gauche, on trouve qu’ils ont augmenté d’épaisseur, mais qu’ils sont en même temps raccourcis; circonstance qui, loin d’offrir l’idée dune plus grande énergie musculaire, est au contraire un obstacle direct à l’action efficace de ces muscles, qui se trouvent naturellement et habituellement dans 1 état où la contraction devrait les amener pour mouvoir l’épine; ce qui prouve que l’épine a fléchi de leur côte , mais non qu’ils ont fait fléchir 1 épine. On peut remarquer, du reste, que l’action musculaire du côté concave est constamment dans un élat de débilité très-marqué. Quant aux muscles du côte convexe, on les trouve très-saillans, mais soulevés par des convexités osseuses , et dans la réalité amincis,
CO John Shaw.
allongés et tiraillés, de manière à rendre leur action très-faible , soit par une diminution réelle d’énergie, soit par la situation moins favorable qu’ils ont contractée à l’égard des leviers qu’ils doivent mouvoir. .
Il faut encore remarquer que si la prédominance musculaire déterminait les courbures, elles auraient lieu plus souvent chez les sujets très-forts et trèsexercés que chez les sujets faibles; d’abord parce que l’exercice et le développement sont toujours inégalement répartis entre les deux moitiés du corps , et ensuite parce que la valeur de la différence d’énergie entre les deux côtés du corps, différence que l’on considère comme la puissance qui fléchit l’épine, serait nécessairement d’autant plus grande que les forces totales seraient plus énergiques : on observe pourtant directement le contraire; car les individus chez lesquels les forces musculaires sont très— débilitées offrent, pour ainsi dire, exclusivement des courbures de l’épine.
La seconde opinion, qui a été développée avec beaucoup de sagacité par le docteur John Shaw , a plus de réalité que la première, il est indubitable que des positions particulières habituelles peuvent déterminer et déterminent souvent des courbures de l’épine. C’est à cette cause que l’on doit généralement attribuer les courbures antéro-postérieures , et nul doute que des courbures latérales ne puissent souvent résulter de l’habitude de se tenir sur une seule jambe, d’une position oblique en écrivant ou en dessinant, j de l’étude de la harpe, etc. ; mais, d un autre côté, combien ne voit-on pas de jeunes personnes , q11 1 n’ont jamais été adonnées à aucune de ces habi-
tudes, dont la tenue a même été constamment surveillée avec un soin minutieux, et dont 1 épine s est
néanmoins contournée (1).
Si les positions vicieuses du tronc étaient les seules causes de l’accident qui nous occupe, les corsets baleinés seraient un moyen assuré de les prévenir ; tandis qu’on les considère généralement, et avec raison , comme une des principales circonstances qui favorisent sa production.
Nous pensons que les courbures latérales de l’épine dépendent principalement d’un phénomène physiologique qui ne nous a pas paru avoir été apprécié jusqu’ici, et que nous allons essayer d’exposer.
Toutes les fois qu’une partie quelconque du corps doit exécuter des mouvemens sur son ensemble, la première condition de ces mouvemens est la fixité des points sur lesquels s’attachent les muscles qui doivent la mouvoir. C’est ainsi que le bassin doit être fixé pour les mouvemens de la cuisse , la cuisse pour les mouvemens de la jambe. C’est ainsi surtout que , dans les mouvemens du membre thoracique, l’épaule doit être fixée par rapport au tronc , et le tronc lui-même dans une attitude déterminée et solide , pour que ces mouvemens aient leur effet.
On observe encore que dans une action d’une énergie médiocre , eu égard aux forces du sujet , les muscles plus directement chargés de fournir des points fixes, à ceux qui produisent le mouvement, se contractent seuls , tandis que dans une action exagérée,
(1) Voyez plusieurs observations publiées par M. le docteur Mai- , sonabc , dans les premiers numéros du Journal sur les Difformités .
ou chez un sujet très-faible, un grand nombre de muscles entrent auxiliairement en contraction pour accroître la fixité des points sur lesquels le mouvement doit s’opérer.
Ces piincipes et ces laits sont trop généralement connus pour qu il soit necessaire d’y insister davantage ; mais les rapports particuliers du membre thoracique avec la partie supérieure de la colonne vertébrale sont trop intéressans dans les circonstances qui nous occupent pour ne pas exiger un certain développement.
L omoplate, qui doit présenter auxmouvemens du bras la plupart des points fixes qui leur sont nécessaires , suit dans les attaches du triceps, du biceps, du coraco-brachial , du deltoïde , du sous-scapulaire , du petit rond, du sous-épineux et du sus-épineux, soit comme résistance au déplacement de la tête de 1 humérus , l’omoplate, disons-nous, ne peut être rendue immobile que par la contraction simultanée du trapeze , du rhomboïde , du grand dorsal, de l’angulaire et du grand dentelé.
lous ces muscles qui le fixent, prennent, à l’exception du grand dentelé, leurs principales attaches à la colonne vertébrale ou à la tête. Le trapèze est, sous le point de vue qui nous occupe, un des plus importans ; mais il devient évident que l’omoplate elle-même ne saurait être fixée d’une manière immuable , à moins que la partie supérieure de la coloune vertébrale et la tête ne présentent à leur tour un point fixe au trapèze , à l’angulaire , au rhomboïde , etc. Or, celte partie supérieure de la colonue vertébrale étant, par sa structure, essentiellement mobile et flexible,
il est indispensable que la plupart des muscles du col et du tronc se contractent simultanément pour maintenir la tête, le col et la partie supérieure de la région dorsale de l’épine , dans un état de rigidité convenable.
Chez un individu bien constitué et jouissant de toutes ses forces musculaires , les efforts habituels des membres supérieurs peuvent s’exercer dans les conditions que nous venons de décrire; mais chez celui dont les forces musculaires sont extrêmement réduites , si les muscles du col , nombreux et puissans , suffisent encore à fixer la tête sur le col, les muscles des gouttières vertébrales , aidés même des intercostaux, ne suffisent point à donner une stabilité convenable à la partie supérieure de la région dorsale , et la nature, féconde en ressources , inspire à cet être délicat un moyen d’un autre ordre et qui répond parfaitement au besoin du moment.
La colonne vertébrale, dans sa rectitude, est un corps élastique et flexible que le moindre effort peut entraîner dans une direction quelconque. Dans cet état, elle ne peut présenter de fixité que par l’antagonisme des muscles qui l’entourent, et dont la direction lui est , en général, presque parallèle. Mais si une tige élastique droite peut être fléchie par le moindre effort, cette même tige élastique , déjà courbée par une puissance donnée , offre tout-à-coup une rigidité proportionnelle à l’étendue de sa courbure, et qui résulte d’un antagonisme entre sa force élastique , qui tend à la redresser , et la puissance qui la courbe.
En appliquant ce principe aux cas qui nous occu-
pent, on voit que si la colonne vertébrale droite est éminemment flexible et mobile , elle deviendra rigide et résistante , si quelque puissance vient à la courber jusqu’à un certain point.
Dans le cas des mouvemens du bras droit chez l’individu débile que nous avons supposé, la courbure de la colonne vertébrale à gauche sera facilement produite, non seulement par les muscles qui la meuvent directement , mais encore par les intercostaux, le carré des lombes, le grand dorsal , la partie inférieure du grand pectoral , et même une partie des muscles de l’abdomen ; cette colonne une fois ainsi courbée , toute sa partie supérieure présentera un point d’appui solide aux muscles, qui, à leur tour, fixeront l’omoplate pour les mouvemens du bras. L’épaule gauche sera fortement abaissée , le bras de ce côté sera même pressé contre le tronc, et l’épaule droite, un peu élevée , sera maintenue dans cet état autant que l’exigeront les efforts à exécuter avec le bras droit.
L’observation la plus vulgaire vient confirmer celte théorie physiologique des points d’appui que le membre droit puise dans la courbure opposée de la colonne vertébrale. Le tireur , en garde dans 1 escrime , a la colonne vertébrale fortement cambree du côte gauche ; l’enfant qui s’essaie à ouvrir une porte de la main droite est contourné en arc presque demi-circulaire, et le joueur de paume, prêt à saisir la balle qui passe avec rapidité, l’attend dans celte position pour assurer le mouvement précis qui doit la rencontrer.
Nous remarquerons ici que l’exactitude et la pre-
cision de /certains mouvemens délicats exigent autant de fixité dans la partie supérieure de la colonne vertébrale que certains mouvemens brusques et énergiques. La jeune personne qui brode ail métier, qui dessine ou qui écrit, doit se prémunir contre la vacillation de la colonne vertébrale, qui entraînerait celle de l’épaule et de la main; et par conséquent, sans fléchir la totalité de la colonne vertébrale, comme , dans les cas d’une action énergique, elle la maintient pou rtanl légère ment cou rbée dans sa partie supérieure, circonstance qui ne tarde pas à amener la courbure inverse de la région lombaire , comme nous le verrons plus tard. ,
On voit que la flexuosité de la colonne vertébrale dans la partie supérieure de la région dorsale , qui s accompagne nécessairement d’une différence de niveau entre les deux épaules, au lieu dette un effet d’une habitude vicieuse, n’est autre chose qu’une condition indispensable de l’exécution de certains actes du bras droit; en sorte que si l’on demande d un sujet faible et délicat d’exécuter c es actes en se tenant droit, on exige de lui une chose physiquement impossible ; ce qui explique cette circonstance si bien connue, sifréquemment rencontrée par les praticiens, qu il est tres-souvent impossible, malgré les soins et les remontrances les plus fréquentes, d’obtenir de la jeune personne la plus doede et la plus soumise cette rectitude si désirée des mères de famille. On entend chaque jour les plaintes les plus amères à cet égard, et il n y a pas de jeunes Allés délicates qui n’aient été souvent accusées d’entêtement ou de négligence à ce sujet.
1828. Difformités .
Ou sent qu’il n’est pas absolument indispensable que la courbure de la colonne vertébrale ait lieu du côté opposé au membre en action , pour que la stabilité dont nous avons parlé soit assurée dans l’exercice des mouvemens précis et minutieux des membres supérieurs. Cette fixité serait encore produite, quoique avec moins davantage, par une flexion du côté du membre agissant, et c’est ce que l’on peut remarquer lorsque la main agit sur un point situé au niveau de la hauteur du bassin; mais il existe deux raisons pour lesquelles les courbures doivent se faire le plus souvent à gauche : la première , c’est que la courbure opposée offre plus d’avantage à l’action du membre droit; la seconde, c’est que la région dorsale de la colonne vertébrale présente naturellement, chez tous les sujets, une légère concavité latérale du côté gauche. Nous ajouterons par occasion que cette courbure naturelle, o“u plutôt générale, doit être attribuée aux mêmes causes que les courbures accidentelles, et non, comme on l’a trop souvent répété , à la piésence de l’aorte.
Si l’instabilité ou la flexibilité de la partie supérieure de la colonne vertébrale est la cause première qui oblige les sujets faibles à la fléchir pour lui donner de la rigidité, on conçoit que des différences notables dans le volume du corps des vertèbres devront être mises au nombre des circonstances qui peuvent influer sur le phénomène qui nous occupe. En effet , si les vertèbres lombaires et dorsales inférieures présentent un grand volume, si les surfaces par lesquelles leurs corps adhèrent ont une grande étendue, si cette étendue diminue graduellement jusqu’à la première
vertèbre dorsale , la colonne vertébrale présentera une pyramide irrégulière à large base , possédant les caractères d’une grande stabilité; si, au contraire, les régions lombaires et dorsales inférieures n’ont qu’un petit volume , si le diamètre transversal de leurs corps excède à peine celui des premières vertèbres dorsales, la colonne de l'épine manquera essentiellement de ce genre de stabilité qui dépend du rapport de la base avec la hauteur.
L’observation confirme complètement ces propositions. Notre collègue, M. Récamier, a depuis longtemps remarqué que, chez certains sujets, dont les courbures avaient été portées très-loin , le défaut detenclue des corps des vertèbres inférieures était remarquable. Il a même coutume d’attribuer à cette cause certains états de la colonne vertébrale , dans lesquels on ne saurait corriger une première courbure sans voir bientôt une nouvelle flexuosité se produire dans un sens opposé. Nous avons été à même de vérifier ce fait anatomique sur plusieurs pièces pathologiques qui sont conservées dans les collections de la l’acuité de Médecine.
En résumant ces considérations , nous concluons qu’un certain degré de flexion dans la partie supérieure de la région dorsale de la colonne vertébrale, et le plus souvent à gauche, est, chez les sujets faibles, une condition indispensable de la stabilité nécessaire aux mouvemens violens des membres supérieurs, ainsi qu’à tous les mouvemens de la main qui exigent de l’exactitude et de la précision ; enfin , que cet état de courbure , indépendant de la volonté des individus dans celte situation, doit absolument
être maintenu pendant toute ia durée de ces sorte** d’actions.
Il nous reste à examiner quelle peut être, sur la forme permanente de la colonne vertébrale , l’influence d un état de courbure fréquemment répétée et chaque fois maintenue pendant un temps plus ou moins long. Pour cela , il est essentiel de rassembler les notions les plus précises relativement aux changemens de formes de nos organes en général , et surtout à l’ossification de la colonne vertébrale.
C’est un fait d'une très-grande importance en physiologie , et qui a été récemment développé d’une manière toute particulière , que nos organes contractent en général des formes et dés volumes qui sont en raison composée de leur puissance de développement et des pressions diverses auxquelles ils sont soumis , en sorte que ces pressions deviennent un élément important de leur configuration future* C’est ainsi que le cerveau forme hernie dans les pertes de substance du crâne qui précèdent son entier développement ; que la langue se développe démesurément à tout âge quand la bouche demeure ouverte , etc. , etc.
En bornant l’application de ce principe incontestable aux parties molles , il est aisé de concevoir que les substances intervertébrales , comprimées vers la concavité de la courbure et distendues vers sa Convexité, devront peu-à-peu acquérir une épaisseur plus grande d’un côté que de l’autre, et rendre ainsi permanente la courbure qui n’était d’abord que momentanée. Mais on observe que les corps mêmes des vertèbres présentent souvent une différence notable d’é-
paisseur, quand on compare le côté concave au côte convexe, dans les courbures déjà anciennes; et c’est ici le lieu d’exposer avec plus d’exactitude qu’on ne l’a fait jusqu’ici, dans le sujet, qui. nous occupe , le mode successif d’ossification du corps des vertèbres.
L’ossification de ces os spongieux est peut-être une des dernières qui s’achèvent dans l’économie animale, et, jusqu’à trente ans, les vertèbres, séparées par la macération , offrent presque toujours une surface inégale , semblable à celle qui résulte de la séparation d’une, épiphyse. Les recherches de Béçlard (1) nous apprennent en effet :
i°. Que jusqu’à dix-huit ans les faces supérieure et inférieui'e des corps des vertèbres restent séparées du fibro-çartilage par un cartilage d’ossification, et que, dans ce cas, la macération, au lieu de séparer réellement le corps de la vertèbre du fibro-cartilage , ne fait que l’arracher à son prolongement naturel non encore ossifié ;
2*. Qu’à l’époque de dix-huit ans il commence à se former une épiphyse laminaire ou une couche osseuse, qui est immédiatement en contact avec la. surface du fibro-cartilage, mais qui demeure encore séparée du corps de l’os par une couche de cartilage d’ossification ; ce qui est cause qu’après une macération incomplète et un dessèchement complet , il arrive souvent qu’en brisant une colonne vertébrale entière, une couche osseuse reste adhérente au fibro-cartilage;
3°. Lnfm , que la conversion d’un cartilage d’ossification en substance osseuse est toujours précédée
{^Mémoire tur l’Ostiose. Nouveau Journal . 1819.
et accompagnée d’une sorte d’injection ou de fluxion sanguine.
En faisant l’application de ces principes aux changemens de forme dont les corps des vertèbres peuvent être susceptibles, on concevra qu’une compression habituelle sur l’un des côtés du cartilage d’ossification devra diminuer de ce côté le développement osseux à venir, avec d’autant plus d’efficacité que non-seulement elle tend à diminuer le volume de l’organe encore flexible, mais qu’elle s’oppose en même temps à la fluxion sanguine , qui paraît être la condition nécessaire de toute ossification.
Il semble, après avoir ainsi rassemblé ce que l’obserVation a de plus précis sur lés circonstances qui entourent les phénomènes dont nous nous occupons, qu’il n’y a plus à discuter les questions du siège de la courbure dans les Gbro-cartilages oti dans les os , et il nous paraît démontré que la colonne vertébrale réunit toutes les conditions qui permettent l’altération de sa forme dans le cas supposé, soit dans ses übrocartilages , soi't dans les os eux-mêmes , et cela jusqu à l’âge de vingt-cinq ou trente ans.
Heureusement si la déformation de la colonne vertébrale est en quelque sorte une nécessite chez les sujets faibles, si elle peut se produire jusqu à un âge aussi avancé, et si elle peut même avoir son siégé dans des parties dures que l’on a considérées théoriquement jusqu’ici comme in susceptibles de changer de forme au-delà de quatorze ou quinze ans, les mêmes principes physiologiques nous permettent de tirer, sous le rapport du traitement , les favorables conclusions suivantes :
Le soin d’éviter absolument lés actions qui , par leur énergie ou la nécessité de leur précision, exigent la courbure de la colonne, l’assiduité a exercer les mêmes actions exigeant une courbure contraire a celle qui tend à se former, et toutes les conditions hygiéniques qui peuvent augmenter les forces physiques, sans s’occuper un moment d’une prédominance prétendue d’un côté sur l’autre, devront suffire pour arrêter les progrès d’une courbure qui commence , et même pour corriger celle qui existe déjà à un Lubie
degré.
Les moyens d’extension pour redresser ou fléchir la colonne vertébrale dans un sens contraire à la difformité , accompagnés des exercices gymnastiques et de toutes les conditions hygiéniques qui peuvent accroître les forces musculaires, pourront corriger des deformations plus prononcées.
Enfin , des soins de cette nature pourront avoir encore une certaine efficacité jusqu’aux approches de la trentième année, et l’on pourra même profiter de certaines occasions, telles que les suites d’un accouchement ou quelque maladie qui aura exigé un séjour prolongé dans le lit , pour appliquer avec plus de fruit les moyens de guérison , puisque alors , d apres 1 observation judicieuse de Shaw , la consistance des os diminue aussi bien que celle des parties molles, tandis qu’au moment d’une heureuse convalescence tous ces organes reprennent rapidement la densité et la ermcté qui sont propres à maintenir la bonne conformation de la colonne vertébrale.
Nous aurions achevé I exposition des principes physiologiques sur lesquels nous semblent devoir être
basés la théorie et le traitement des courbures latérales de la colonne vertébrale , si cet accident ne se compliquait pas trop souvent d’un mouvement de torsion des vertèbres sur leur axe vertical , mouvement dont il est absolument nécessaire d’apprécier les causes pour découvrir par quel mode particulier d’action il est possible d’y remédier.
Lorsque les courbures de la colonne vertébrale sont considérables et anciennes , on observe- que les vertèbres qui, dans ce déplacement, se sont le plus éloignées de la ligne droite qu’occupait précédemment l’épine, ont éprouvé simultanément un mouvement de torsion sur leur axe vertical , en telle sorte que 1 apophyse transverse du côté de la convexité est portée en arrière, pendant que celle du côté concave est devenue plus anterieure; que la face antérieure du corps de la vertèbre ne répond plus vis-à-vis la ligne médiane et antérieure du thorax ; que la face latérale de ce corps , du côté de la convexité , s’est rapprochée de la concavité des côtes de ce côté ; enfin* que le corps entier de la vertèbre paraît situé plutôt dans la grande gouttière profonde qu’offre l’intérieur de l’une des poitrines en arrière qu’entre ces deux gouttières.
Pour concevoir la cause de ce mode extraordinaire de déplacement, il est nécessaire de se représenter que, dans une courbure prononcée de la colonne vertébrale continuant à supporter le poids du corps, les vertèbres du milieu de cette courbure sont, en effet, dans les mêmes conditions que si elles étaient poussées par une force directe et horizontale, du côté de la concavité , vers celui de la convexité. Dans^cettc
impulsion , le corps de la vertèbre isolée dans ses parties antérieures et latérales n'éprouve aucune résistance ; mais les apophyses articulaires sont puisamment retenues par leur enchaînement réciproque ; les apophyses transverses trouvent dans leur articulation avec la tubérosité des côtes une résistance à leur déplacement , qui serait tres-faible de la part d’une côte isolee, mais qui devient considérable par son union avec les côtes voisines.
Il resuite de Cet expose qù en arrière du Centre de figure dune colonne dorsale, il y a des résistances efficaces à son déplacement la téral ; qu’en avant de ce ■centre de figure il n’y a aucune résistance à ce déplacement, et qu’en conséquence la vertèbre doit nécessairement tourner sur son axe , pour arriver dans la position que l’observation présente si souvent.
Nous verrons que l’application de ces principes nous conduira, dans l’exposé du traitement, à des méthodes aussi rationnelles que celles qui auront pu être appliquées à la correction des courbures simples. Ces observations seront la preuve de l’inutilité et même du danger de l’application des agens mécaniques sous la direction de personnes inexpérimentées ou des parens eux-mêmes, qui, trop confians dans action aveugle d’une machine, croient pouvoir
se charger d’en régler l’usage. ( Extrait d’un ouvragé inédit sous presse.)
Exposé de plusieurs eus de Déviation de la Colonne vertébrale, traités d'après la méthode de M. Maisonabe;.
Par M. Bbetonnrau * Médecin de ^hôpital de Tours.
I". Obs. Double courbure , inclinaison du rachis sous l’omoplate du côté droit qui est soulevée; courbure lombaire en sens opposé , forte saillie de la hanche gauche.
Mademoiselle C...„ , âgée de vingt-quatre ans* délicate, habituellement valétudinaire, syncopes frequentes , rigidité de la colonne vertébrale. Extension très-modérée : élongation graduée , lente. En seize mois trois pouces ont seulement été obtenus; état stationnaire du sixième au douzième mois ; du douzième au seizième , un pouce cinq lignes. Aujourd’hui les hanches sont égales , la santé s’est améliorée ; le flux menstruel s’est maintenu. Après une promenade de deux heures mademoiselle €.... no perd que six lignes.
IIe. Obs. Une seule courbure de la portion lombaire du rachis, saillie très-prononcée de la hanche droite.
Mademoiselle P.... , âgée de treize ans et demi,, constitution médiocrement forte , bonne santé habituelle. En neuf mois, élongation de trois pouces cmq| lignes. Le rachis est réduit à ses courbures normales, les hanches sont parfaitement égales, le muscle sacro-
lombaire du côté gauche est plus développé que celui <{u côté opposé.
Mademoiselle P.... , après une promenade de plusieurs heures , perd â peine une ligne. Le flux menstruel n’a pas encore paru.
IIIe. Obs. Triple courbure du rachis, région cervicale arquée en devant, région dorsale déjetée à droite de trois pouces six lignes; l’angle inférieur du scapulaire, les côtes qui sont fortement courbées dans leur tiers postérieur, produisent une proéminence que la courbure en sens inverse de la région lombaire gauche du rachis rend encore plus saillante ; la hanche gauche est beaucoup plus élevée que la droite.
Mademoiselle de B -, âgée de seize ans et demi ,
habituellement valétudinaire, pâle, maigre; douleur permanente dans la région du cœur, aggravée par l’exercice; taille , quatre pieds sept pouces. Au huitième mois du traitement, quatre pieds onze pouces
cinq lignes. Mademoiselle de B ne perd que six
lignes après une promenade de trois heures. Malgré la suppression du flux menstruel pendant les quatre premiers mois , sa santé s’est améliorée de jour en jour. Depuis quatre mois elle est aussi bonne que possible, teint animé, embonpoint.
La région cervicale ne conserve aucune inflexion ; la région dorsale n’est plus déviée à droite que d’un pouce et demi ; les côtes ont proportionnellement moins perdu de leur inflexion que la colonne rachidienne ; la portion lombaire du rachis s’éloigne peu de sa direction normale ; les hanches sont presque égales.
IVe. Obs. Mêmes courbures moins saillantes; loi-
sion de l’épine qui porte eu avant le côté gauche du corps.
Mademoiselle A, B,.,. , âgée de quinze ans et tl<-mi, délicate , jiâle , maigre, douleurs hablluelle- .nent rapportées à la région dorsale du rachis; taille de quatre pjeds Sept pouces; au septième mois du traitement , quatre pieds dix pouces.
lemt animé, embonpoint; depuis un mois le flux menstruel a paru.
La déviation de la région dorsale du rachis est encore d’un pouce. Il ne reste plus de trace de sa loi- i sion, et les parties cervicales et lombaires s’éloignent à peine de la direction naturelle ; les hanches sont égales,
Y*. Obs. Double courbure, déviation à droite de la région dorsale , un pouce six lignes , de la région, j lombaire à gauche, neuf lignes.
Mademoiselle G — , âgée de vingt-quatre ans,,! Constitution médiocrement forte , douleurs dans la région dorsale, besoin fréquent d’uriner; taille, quatre pieds neuf pouces sept lignes ; au troisième mois du traitement, quatre pieds onze pouces six i lignes.
Les douleurs lombaires ont cessé de se faire sentir; la santé s’améliore, embonpoint, le besoin d’uriner n’est pas plus fréquent que dans l’étal sain.
VIe. Obs. Triple courbure de la colonne épinière; région cervicale infléchie au point qu’il ne reste plus que deux pouces d’intervalle entre le menton et le sternum qui est très-bombé ; inflexion à gauche de la région dorsale ; gibbosité considérable du thorax, dans le même sens ; renforcement latéral correspon-
Jaîit ; courbure 'lombaire en sens inverse moins prononcée. Traitement commencé le io juillet 1S26. Généralement l’extension n’a pas été maintenue plus de dix-sept heures sur vingt-quatre.
M. le marquis de F...., âgé de dix-neuf ans, complexion délicate. Depuis trois ans l’accroissement restait stationnaire, ou du moins l’élongation que les membres pelviens avaient acquise était plus que .compensée par l’inflexion toujours croissante de l’epine.
Au 10 juillet 1826, quatre pieds trois pouces.
Au 01 août 1827, quatre pieds onze pouces six lignes.
La région cervicale est rendue à sa courbure normale , et la région lombaire de l'épine est peu élevée ; les hanches sont presque égales ; l’inflexion dorsale reste seule très-prononcée , et depuis trois mois , bien que la taille de M. de F. se soit encore accrue de trois pouces , c’est à peine si on peut apercevoir quelque diminution dans la saillie de la courbure thoracique de l’épine. L’état général de la santé s’est remarquablement amélioré; la respiration est devenue plus libre, et les forces se sont rapidement accrues.