‹ Orthopédie [electronic resource] (volume 2)Chapitre 30 sur 35 · RÉFLEXIONS · texte numérisé non relu

RÉFLEXIONS

Ces faits ont été recueillis par AI. Bretonneau, médecin distingué de Tours, et nous ont été adressés pour être publiés dans notre journal. C’est une grande satisfaction de voir un confrère aussi instruit confirmer par des observations particulières les résultats satisfaisans que M. Maisonabe obtient dans l’établisse-

ment du Mont-Parnasse. Celle méthode consiste à ne pas abandonner la guérison aux effets réguliers et aveugles d’une machine , mais à graduer ses moyens i d’action et à s’en servir comme d’un instrument que doit toujours diriger la main d’un médecin instruit, i C’est pour celte raison que cette méthode de traite-ment s’est montrée seule jusqu’ici exempte de tout i danger, et d’une efficacité d’autant mieux constatée quelle l’a été par des médecins.

Des observations présentées par M. Bretonneau i on peut conclure :

1°. Que cette méthode de traitement perfectionnée par M. Maisonabe , n’a aucun des inconvénieüs qu’on i a reprochés avec raison à d’autres appareils.

2°. Que cette méthode peut être appliquée avec succès à des personnes qui ont atteint 1 âge de vingt- j quatre ans ; et nous avons des observations de guérison au-dessus;

5°. Que dans les cas où on ne peut entièrement! corriger la déviation , on arrive toujours à améliorer t la santé et à assurer la vie des personnes contrefaites.

Ces résultats sont assez beaux pour qu’on les pun blie dans un moment où, trompés par des promesses frauduleuses, quelques parens semblent avoir renoncé à tout espoir de guérison pour leurs enfans. Les causes de ce découragement sont faciles a indiquer. D’une part, quelques personnes étrangères ; l’art de guérir appliquent les machines à extension: qui dans certains cas sont dangereuses : de-là des accidens causés par l’imprudence des parens ou des institutrices qui se chargent de continuer ce traitement-

Kn second lieu , on néglige quelques moyens accessoires qui hâtent ou déterminent l’extension des parties et assurent leur consolidation ; de ce nombre sont les exercices de gymnastique, qu’il est impossible de pratiquer ailleurs que dans de grands établissement Telles sont les principales causes auxquelles il faut attribuer les reproches dont l’orthopédie est à tort devenue l’objet, et qu’il faut avec raison adresser aux personnes qui , dépourvues des connaissances médicales, traitent les difformités d’une manière imprudente ou incomplète. (Am. D.)

Rapport sur une opération de 'Rhinoplastie (nez artificiel ) , exécutée par M. Lisfranc , chirurgien en chef de /’ hospice de la Pitié ;

I’ar M. Geoffroy-Saint-Hilaire , Professeur au Muséum d’histoire naturelle.

Un soldat , Jean-Éval , ayant fait partie de celle des armées françaises qui avait pénétré dans le cœur de la Russie , languissait depuis long-temps , victime des désastres de celle mémorable campagne. Son nez congelé avait été détruit et était tombé : il ne lui en était resté aucun vestige , pas même les os qui en soutiennent les cartilages, les os propres du nez. Le mal s’était donc étendu : il avait gagné l«s voies lacrymales qui en furent fortement affectées; et, de plus , les paupières étaient resté éraillées en plusieurs places.

Jean Éval , naguères si aimé de ses camarades , naguères si heureux , s était depuis retiré dans le village qui l’avait vu naître. 11 y vivait séquestré de la société : son aspect était hideux. Nulle indulgence de la part de ses anciens amis : il leur inspirait le plus protond dégoût. On s’éloignait de lui comme d’un spectacle dont chacun ne pouvait supporter la vue. Repousse de tous les ateliers, il ne pouvait même puiser de l’eau à la fontaine publique.

Heureusement que d aussi grandes douleurs appellent sur elles l’attention et excitent à y compatir. Le principal propriétaire du village,, M. de Laborde- D’Estouteville., prend pitié d’Éval ; il le recueille, le conduit à Paris , et le conGe aux soins de M. Lisfranc. Voilà l’infortuné qu’il s’agit de rendre aux communes destinées des hommes. Ce n’est donc point une tentative ‘Uniquement chirurgicale qui excitera le zèle. L’événement a prouvé qu’on n’avait 1 point fait inutilement un appel à la philantrhopie et | aux talens de M. Lisfranc. En effet, décidé qu’il fut de se consacrer à cet acte d’humanité, il s’y prépara par des études pratiques sur le cadavre et par de nombreuses recherches d’érudition. Ceci nous a valu une histoire critique et curieuse de tous les efforts qui ont été tentés dans ce genre et qui, pour la plupart., ont été couronnés de succès.

Mais, avant de dire sous quel point de vue nouveau l’opération de M. Lisfranc peut intéresser, et afin de mieux faire ressortir cette circonstance, nous exposerons brièvement ce qui a été lait avant que le chirurgien de la Pitié donnât ses soins a Éval.

La rhinoplastie est un art déjà fort ancien. Il est question de ces procédés dans Celse et dans Paul d’Égine ; mais ils n’ont été connus qu’à de certains intervalles en Europe. Ambroise Paré cite 1 histoire d’un seigneur français dont le nez, racouiré en Italie , avait vivement intéressé la cour et la ville. Geot ans plus tard, les Branca père et fils, chirurgiens de Sicile, et dans la suite Taliacoti, acquirent une grande célébrité pour leur talent à reproduire des nez. G’est qu’alors les lois pénales en faisaient beaucoup abattre , et que le zèle de l’humanité , croissant dans une même raison, avait éveillé l’industrie, en suggérant de lutter contre la barbarie de ces procédés par d’habiles restaurations. Au désir féroce d’éterniser les dégoûtans témoignages d’anciennes condamnations , on dut opposer des intentions et des efforts contraires, toutes les ressources des plus heureuses inventions. Le même genre de supplice s’est perpétué eu Égypte et dans l’Inde. De-là il est arrivé qu’en Europe, où ces mutilations n’eurent plus lieu, l’art d’y remédier se perdit, quand, au contraire, il est resté en possession de consoler l’humanité dans les pays où ces horribles flétrissures ont continué d’effrayer la société. Ces causes et leurs effets furent réciproques; aussi est-ce par l’Inde que l’art de la rhinoplastie vient d’être rendu à l’Europe.

Voici dans quelle circonstance. En 1790, les Anglais étaient en guerre avec les Marattes; un bouvier de leur armée tomba au pouvoir de l’ennemi : pris pour espion, on le condamna et on le soumit à plusieurs mutilations , entre autres à la perte de son nez. Cependant des chirurgiens indiens en eurent

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pitié el lui refirent un nez en remplacement de celui que ce malheureux avait perdu. Ce bouvier , reparaissant chez les Anglais , les remplit d’une admira- ! tion qui ne fut pas stérile. Le principal médecin de l’armée, le docteur Lucas, se fit instruire des procédés en usage dans l’Inde : il en écrivit à Londres. Après plusieurs essais infructueux, M. Lynn d’abord, qui fut guidé par de meilleurs documens, et puis, à son imitation , les docteurs Satelisse et Carpüe , re- | trouvèrent les traces anciennement perdues. Leur ; succès excita, vers 1818, le zèle d’un médecin à Berlin , M. Graëfe, et enfin , la première introduction en France de l’art de la rhinoplastie est due à M. le professeur Delpech. Ce fut à cette occasion que je vous fis part aussi de plusieurs autres cures du même ' genre , dont j’eus pareillement connaissance , l’une dans le principal hôpital de Marseille , par M. le docleur Mouleau, et une autre dans l’hospice de la ville d’Aix , due aux soins du chirurgien de quartier,

M. Thomain , et qu’enfin j’ajoutai un mot sur le bruit | qui agitait le public médical de Paris, à l’occasion 1 d’une toute semblable et très-heureuse restauration par M. Lisfrane.

C’était donc bien à tort que l’art de la reproduction des nez est, dans ces derniers temps, devenu l’objet d’un dédain assez général ; réprobation alors d’autant plus fâcheuse qu’elle était recommandée par une grande autorité , celle de feu notre collègue M. Percy, lequel avait écrit un long et savant article , le mot nez , qui fut inséré dans le grand Dictionnaire des sciences médicales. Percy avait conseillé de s’en tenir tout simplement à un nez de carton , et d eyiter ainsi

Jes douleurs de l’opération qui, en définitive , devaient , suivant lui , ne‘ procurer à l’opéré d’autre avantage que l’acquisition d’un simple simulacre de nez.

À la nécessité de revenir sur cette condamnation par des faits de toute valeur en chirurgie , par des succès et par le témoignage de parfaites guérisons , se joignait un autre motif qui encourageait l’auteur à se présenter à l’Académie , c’est qu’il croyait avoir simplifié et perfectionné les procédés mis jusqu’alors en pratique. Ce point est Ce que nous allons examiner.

Dans les plus anciennes méthodes , on empruntait, pour les ramener l’un vers l’autre sur la ligne médiane , deux lambeaux de peau sur les côtés , à droite et à gauche , de la cavité nasale qu’il s’agissait de recouvrir : on allait chercher tout ce qu’il fallait d’étoffe jusques au pourtour des oreilles. Pour épargner à la face les difformités résultant de cette pratique , on imagina d’emprunter à un des bras de l’opéré le lambeau de peau nécessaire pour lui rendre le nez qu’il avait perdu. Le bras était alors relevé et fixé sur la tête , position gênante qu’il fallait maintenir avec risque de beaucoup de revers , jusqu’à ce que le lambeau , continuant à se nourrir par les vaisseaux du bras , se fût greffé sur les tégumens au pourtour de l’excavation nasale : telle était la méthode italienne, laquelle fut suivie de nos jours et perfectionnée par M. Graëfe.

Dans l’Inde , où les institutions de la féodalité étaient parvenues aux plus grands excès, et où il était de réglé qu’il y eût des maîtres pour jouir et des es-

claves devenus une chose commerciale , unç matière abandonnée à tous les caprices d’une jouissance privilégiée, on ne faisait pas tant de façon : on abattait le nez à cette chose possédée et on l’appliquait sur le visage du noble possesseur qui en avait besoin ; ou bien on rappait avec une pantoufle , à coups non interrompus, sur les fesses de l’esclave jusqu a ce que la peau fît cloche , c’est-à-dire jusqu’à ce que le tissu cellulaire de la couche subjacente fût dilacéré , et cela dans une étendue superficielle assez considérable. Il fallait bien que ces lambeaux cutanés, entièrement et fraîchement détachés, pussent être placés sur un autre sujet, et s’y rajuster lèvres contre lèvres sur la plaie vive qu’ils étaient destinés à guérir. Effectivement on eut en Europe l’occasion de se convaincre de la possibilité de ce fait , à la suite d’un événement dont nous allons redire les principales circonstances. Un soldat animé par la colère , et dans une lutte vivement engagée, arracha avec ses dents et coupa entièrement le nez à l’un de ses camarades. Le nez tomba à terre dans la boue , d’où il fut retiré, puis jeté dans l’officine d’un pharmacien, M. Galin; celui-ci recueillit le nez arraché , et l’ayant nettoyé dans du vin chaud , il imagina de le réappliquer , parvint à le fixer en place , et le vit enfin se cicatriser. Ce fait fut publié par Garengeot, auquel il a attiré d’insultantes railleries; A cet orage Garengeot opposa d’autres faits semblables déjà connus : il rappela que dans l’Inde, pour prévenir toute restauration possible, ou du moins présumée comme possible, chaque nez abattu par suite d’une condamnation était aussitôt jeté dans un brasier. On agissait avec

plus d’indulgence en Italie : la loi rendait leurs nez aux suppliciés , les autorisant à se les faire ajuster. Or, cette opération réussissait, au dire de Mœnichen et de Leyseri. On en fut de nouveau informé sur l’attestation de Fioraventi , Loubey, Williams-Pal four, etc.

Tels sont les faits que M. le docteur Lisfranc a cru devoir, dans son Mémoire, opposer à une nouvelle reprise d’incrédulité ; mais il fait mieux à cet effet, que d’invoquer la leçon du passé , il va montrer luimême toute la puissance de l’art.

Il emprunte, comme ses devanciers de cette actuelle epoque , la peau de recouvrement au front de 1 opéré ; mais déjà il songe à éviter un assez grave inconvénient. Pour que le côté à surface épidermique fut en dehors , ou avait coutume de retourner le lambeau emprunté , en faisant éprouver à son pédicule une torsion sur lui-même. Ainsi , quand les parties étaient en place et quelles gagnaient de l’adhéîence en se cicatrisant, le nez offrait à sa racine une forte et très-choquante élévation. Il fallait plus tard s exposer à compromettre le succès de la cure, si Ion recourait a 1 extraction de cet excédent, cette saillie procurant une difformité très - désagréable. M. Lisfranc évite cette torsion , et par conséquent il est dispensé d’y remédier plus lard. Pour cet effet il prolonge son incision trois lignes plus bas à cauche qu’à droite. .

AGn de rafraîchir les bords de la plaie sur laquelle doit s’appliquer le lambeau du front, M. Lisfranc pratique le long de scs bords une incision qui divise perpendiculairement la peau , et dont il dissèque lé-

gèrement le lambeau externe, de manière à obtenir une rainure assez large pour y enchâsser parfaitement les bords du nez artificiel. Par excès de précaution, des bandelettes agglutinatives , très-légèrement serrées , ont été mises en usage. Par-là l’opérateur a évité la suture , dont l’emploi est douloureux, et qu’il devait d’ailleurs absolument rejeter, à cause des nombreuses cicatrices anciennes que présentait la face

de son malade.

M. Lisfranc a encore trouvé à obvier à deux graves inconvéniens. Avant lui les praticiens n’avaient pas trouvé les moyens de loger au fond des fosses nasales un tampon d’une manière fixe, qui procurât un relief

pour soutenir les tissus, ni des brides résistantes pour maintenir libres et ouvertes les sous-cloisons des narines. Il a fait usage de compresses composées de parties qui se remplaçaient avec facilite, et il fut engage dans l’invention de ce procédé par les très-grandes difficultés de son sujet. Éval n’avait pas seulement perdu les os propres de son nez, une partie des branches montantes des os maxillaires avait été cariée; enfin M. Lisfranc se servait de rubans de plomb laminé qu’il roulait sur eux-mêmes, étant parvenu à les maintenir, de façon que ces rubans ni ne penchaient en-dedans , ni ne s’échappaient en-dehors. Le malade , moins tourmenté par des soins qui auraient été donnés d’heure en heure , était avec plus de profit abandonné aux effets de la cicatrisation. J ai vu, dans un des hôpitaux du midi, de fâcheux eftets de ce manque de précautions. Les ouvertures nasales s’obstruaient en acquérant de l’épaisseur. Il fallait donc rouvrir le passage et refaire des entrées par voie

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de perforation. On allait pratiquer pour la seconde fois cette opération à un malade, tenu pour à-peuprès guéri.

Ce que tous ces procédés et en général les soins de M. Lisfranc ont valu à Éval sont les avantages suivans :

Il avait perdu l’odorat par un contact prolongé de l’air sur la muqueuse nasale ; il l’a retrouvé sous le couvert et la protection de son nez refait. Ses yeux étaient autrefois toujours humides, et les larmes coulaient continuellement sur ses joues, où elles déterminaient des rougeurs et même des excoriations : les larmes sont maintenant contenues. La voix, de nasillée qu’elle était, rend un timbre plus ferme. La peau du front s’est cicatrisée, ne laissant qu’une fâcheuse apparence de luisant. Éval possède donc , non un simple simulacre de nez, mais un nez réel , qui , pour être artificiel et refait avec des pièces d’emprunt, n’en a pas moins de relief. Éval le saisit avec son mouchoir, le fait jouer à droite et à gauche , le tire et le fait résonner ; il le remplit avec sensualité de tabac. Éval est enfin rendu sous ce rapport aux conditions et sensations des autres hommes. L’Académie doit se rappeler ces circonstances mises sous ses yeux (1 ) .

Mais, avant de présenter Éval à l’Académie et de le rendre à l’estimable et généreux M. de Laborde , qui le lui avait donné à guérir, M. Lisfranc a attendu neuf mois. « Ainsi sont, dit-il, entièrement détruites

(1) La lithographie f j ni représente son portrait depuis l'opération paraîtra dans le prochain numéro de ce journal.

» les allégations des personnes qui prétendaient que » le nez artificiel d’Éval se déformerait plus tard T » et que les moindres tractions suffiraient pour l’en- » lever. »

Voilà des faits de chirurgie patens et sans doute bien importuns; mais le mémoire de M. Lisfranc contient encore d'autres considérations qui, pour n’être qu 'accessoires relativement à son objet, ne sont pas moins recommandables à cause de leur intérêt général et de leur application à la physiologie.

Nous avons vu que la peau employée pour fournir un couvercle cutané ou une sorte de toit aux chambres olfactives, avait été empruntée au front, et que pour l’en détacher on avait procédé par une dissection qui avait soulevé un vaste lambeau en épargnant un pédicule , lequel unissait celui-ci aux tégumens communs restés en place. On avait inévitablement tranché , vers quelques points du pourtour de ce vaste lambeau, plusieurs filets nerveux et vasculaires; mais en même temps on avait laissé quelques branches de communication au moyen du pédicule servant de lien à la partie amputée , avec les parties maintenues dans l’état ordinaire. En faisant osciller comme sur un point d’axe et en renversant de haut en bas du front , pour placer sur les fosses nasales , le lambeau disséqué , on a donc change et même détruit beaucoup de rapports. Tel filet nerveux sortant d’une mère-branche , devra à la cicatrisation de s’anastomoser avec un autre. Eval seul, après sa guérison , étant susceptible d éprouver ces nouvelles sensations, devait dire ce qui en était ad¬

venu.

Or, expérimenté et interrogé par M. Lislranc, il a communiqué ces faits curieux : frappé sur le milieu du front , la sensation de ce contact était ressentie par son nez artificiel ; touché sur la racine du nez , il en rapportait la sensation au front; touche plus loin et plus bas , des irradiations nerveuses en étaient le résultat, et se propagaient. d’avant en arrière sur toute l’étendue de la partie du visage situee en dessus de la commissure des lèvres, et vice versâ ; que la percussion se fît sur les ailes du nez , elle était ressentie sur les joues; mais, ce qui ne fut point respectif, la percussion sur les joues n’était pas sentie sur les ailes du nez. Ce dernier fait ne se trouve point dans le mémoire de M. Lisfranc; il la acquis depuis la lecture de son écrit, alors que devant les commissaires il répétait les expériences dont nous venons de rendre compte. M. Lisfranc a cru devoir se borner au simple récit de ces faits.

Considérations sur la Staphylorapkie , ou Réunion par suture du voile du palais ;

Par M. Roux , Professeur de la Faculté de Médecine de Paris.

L’opération par laquelle on remédie aux divisions congéniales ou accidentelles du voile du palais , et que nous avons appelée staphylorapkie 3 est une restauration d’autant plus utile qu’elle rétablit l’organe de la voix dans son intégrité. Par elle on rapproche, on réunit des parties qui étaient divisées ou sépa-

rées; seulement clans les circonstances les plus ordinaires, la division est sans perle de substance. Depuis le récit de mes premières slaphyloraphies , de nombreuses occasions m’ont été offertes de répéter celte operation, devenue maintenant presque vulgaire. Je 1 ai faite , il y a peu de temps pour la quarantième fois. Mais j en étais à la treizième seulement à 1 epoque que je viens de rappeler. Je me garderai bien de raconter ici aucun de ces nouveaux cas de staphyloraphie, dont j’ai donné connaissance à mes collègues, en leur présentant les individus sur lesquels l’opération avait été pratiquée. Si, de ma part, quelque chose peut encore fixer l’attention sur un tel sujet et intéresser, c’est l’exposé des résultats auxquels je suis parvenu jusqu’à ce jour. Le voici en peu de mots : on tente la staphyloraphie dans deux sortes de cas ; ou bien lorsqu’une division soit accidentelle , soit congéniale, affecte le voile du palais seulement; ou bien lorsqu’à la division du voile du palais se trouve jointe une division également médiane de la voûte palatine , avec écartement plus ou moins considérable des deux moitiés de cette voûte. L’opération déjà si minutieuse dans la première circonstance , offre quelques difficultés de plus dans la seconde ; surtout le succès en est bien plus incertain. J’avais même constamment échoué dans tous les cas de cette dernière sorte où j’avais entrepris I operation , jusqu’au moment où l’idée me vint de joindre aux manœuvres dont se compose ordinairement la staphyloraphie, une section transversale de deux parties du voile du palais, faite immédiatement au-dessous du rebord postérieur de la voûte palatine. Celle sec-

lion , qu’on doit étendre jusqu’à 1 apophyse ptéri- „oïde , permet l’extension, l’élargissement des deux moitiés du voile du palais , vers leur partie la plus élevée, et par elle on obtient de pouvoir mettre en contact immédiat ces deux parties du voile du palais en haut, presqu’aussi parfaitement qu’à la partie inférieure , de telle sorte que si l’adhésion s’effectue, le vice de conformation se trouve converti en une simple ouverture à la voûte palatine , ouverture susceptible de recevoir un obturateur, et que, d ailleurs, chez des sujets qui touchent seulement à la puberté , on voit se resserrer par le rapprochement des os, en conséquence de cette réunion du voile du palais.

Avec cette addition au procédé ordinaire ou commun de la stâphyloraphie , il y a presqu’autant de chances pour la réussite de l’opération, dans le cas de division du voile du palais, avec écartement des deux parties de la voûte palatine , que dans ceux de diastaphylie simple. Je venais de l’expérimenter pour la première fois à l’époque où je publiai mon travail sur la staphyloraphie , et dans cette première tentative le succès avait dépassé mon attente. En prenant ce cas pour second point d’appui, j’ai fait la suture du voile du palais vingt -huit fois durant les trois années qui viennent de s’écouler. Je l’avais faite douze fois seulement pendant les cinq années qui avaient précédé celles-là , à dater du moment où je l’eus imaginée. Ces deux séries de fait forment donc le nombre total de quarante staphyloraphies que je disais en commençant avoir pratiquées depuis huit ans. Dix-neuf l’ont été dans les circonstances les plus favorables, pour des divisions bornées au voile du

palais. Parmi ces premières, six seulement nom nas réussi , les individus restant toutefois dans des disposions telles qu’il serait possible de les soumettre à une nouvelle opération; les vingt-une autres ont été faites dans les cas d’écartement des deux parties de la voûte palatine , accompagnant la division du voile du palais. Malgré le désavantage qui résulte de cette complication, neuf ont réussi, neuf ont procuré aux individus, qui les ont subies tous les avantages qu’on peut espérer en pareille circonstance. Le voile du palais a été réuni , chez les uns complètement , chez dauties seulement dans une étendue plus ou moins considérable : tous ont été amenés au point de pouvoir faire usage d’un obturateur.

Je ne puis m’occuper dans cet article ni de ce que quelques-unes de ces opérations ont présenté de particulier et de remarquable , soit en elles-mêmes, soit sous le rapport de la disposition contre nature qui les nécessitait; ni de ce que j’ai pu observer relativement à la tendance de la nature à rapprocher les os palatins et maxillaires supérieurs après la réunion du voile du palais , dans les cas d’écartement des deux parties de la voûte palatine ; ni de quelques tentatives nouvelles, auxquelles je me suis livré dans Je but de faire disparaître cet écartement par des moyens artificiels , soit avant, soit après la réunion du voile du palais (1); ni du résultat singulièrement heureux , que M. Pointe et M. Mou tain , de Lyon , ont obtenu chez un enfant âgé seulement de quelques semaines ; ni

(1) Ces nouvelles observations seront publiées plus tard dans ce journal,

même enfin de quelques staphyloraphies qui ont ete pratiquées récemment , et pratiquées avec succès par d’autres que par moi ; au nombre desquelles je comprendrais celle qu’a faite ici même, je veux dire à Paris , M. Beaulieu, un de mes anciens disciples, fort instruit, ami , compatriote et compagnon d’études de ce jeune Stéphenson, dont le nom est à jamais lié à l’histoire de la staphyloraphie , puisque c’est sur lui que je l’ai pratiquée pour la première fois; et celle dont notre collègue, M. Gloquet, nous a communiqué les détails il y a quelques mois, en nous faisant connaître le résultat heureux qu’il avait obtenu.

Mais qu’il me soit permis, en terminant , de protester contre une injuste accusation dont j ai été l’objet. Ce qui a été vu pour un très-grand nombre de découvertes , et pour des inventions bien autrement importantes que ne peut l’être la suture du voile du palais, est arrivé pour cette opération : elle a été imaginée deux fois, et presque en même temps par deux personnes, qu’une grande distance séparait, qui n avaient entre elles aucun commerce, aucune relation, par M. Graefe, de Berlin , et par moi : et il est juste de dire que le chirurgien de Berlin a sur moi une antériorité de deux années, mais en ajoutant qu’il s’en fallait de beaucoup que pour arriver au même but ils eussent employé les mêmes moyens : de plus M. Graefe n’avait fait d’abord, et n’a fait pendant long-temps que des essais infructueux ; ma première tentative a été marquée par un premier succès , bientôt suivi d’un assez grand nombre d’autres. Rigoureusement, à l’époque où, cédant à une inspiration soudaine, je fis une première fois cette suture du voile du palais , on

aurait pu connaître en France les premières tentatives (1e M. Graefe , mais elles étaient complètement ignorées et de moi et de tous ceux d’entre nous qui se tenaient le plus alors au courant de ce que l’Allemagne peut pioduire de nouveau dans les sciences médicales. Il semble toutefois qu’elles ne devaient pas 1 elie de celui qui travaillait a une histoire des progrès récens de la chirurgie , et qui aurait dû faire, au nom de la science , et dans l’intérêt de la vérité, une récla- ; mation moins tardive. Quels motifs ont donc pu l’engager à écrire et à publier autre chose que ce qu’il avait dit lui-même? Je l’ignore. Que si, comme il l’a ^retendu , j avais pu sans pudeur mentir à ma conscience ; que si, oubliant les plus saints devoirs, j’a- : vais voulu tromper les dispensateurs de l’espèce de 1 renommee à laquelle chacun de nous peut prétendre , je me croirais dépouillé de toute considération ; et ! j aurais refusé, comme en étant indigne, l’honneur qu’ont bien voulu me préparer mes collègues de la section de chirurgie , en me chargeant detre leur i interprète.

Discours sur les causes et le traitement clés Difformités

du Rachis ;

Par M. Dugès , Professeur à la Faculté de Médecine de

Montpellier.

M. Dugès vient de publier un discours rempli de vues lumineuses sur les causes et le traitement des difformités du rachis; nous allons tâcher d’en donner une idée succincte. Nous aurons pour ainsi dire à chaque page la satisfaction de retrouver des opinions depuis long-temps professées dans ce journal. Après quelques considérations générales sur l’heureuse impulsion qu’a reçue depuis quelques années cette branche toute nouvelle de la médecine et une énumération exacte des diverses déviations dont la colonne vertébrale peut être affectée, hauteur discute longuement et avec la sagacité qu’on lui connaît les diverses causes assignées par les auteurs à toutes les déformations. La question est litigieuse , embrouillée d’hypothèses et de faux raisonnemens ; elle est cependant d’une haute importance, puisque la détermination exacte des causes de ces affections peut influer d’une manière décisive sur les choix des méthodes curatives. Deux théories principales partagent aujourd’hui les médecins qui se sont occupés de la matière. Les uns soutiennent que les déviations du rachis dépendent primitivement d’une altération des os ou de leurs moyens d’union ; les autres ne reconnaissent d autre cause à ces affections que l’action

anormale des muscles. Celle dernière opinion , qui n’est ni celle de l’auteur, ni la nôtre, a été vivement défendue par Shaw , Macartney et autres en Angleterre , par M. Lachaise et par quelques autres médecins français. On emprunte, pour la soutenir, divers faits à la physiologie , à la pathologie , à l’anatomie morbide.

Les muscles spinaux sont très-faibles chez le fœtus et le nouveau-né ; leur accroissement de force et de volume dans les âges suivans coïncide avec la formation des courbures alternatives qu’on voit chez l’adulte , d’où l’on conclut que les courbures pourraient bien être l’effet d’une action musculaire plus forte. Bichat , Béclard ont attribué la courbure latérale droite de la région dorsale, qu’on voit chez tous les individus, à l’action prépondérante du membre supérieur droit; pourquoi n’attribuerait-on pas à la même cause les déviations dorsales à convexité droite qui sont si nombreuses?

a0. Dans les cas pathologiques même , les courbures alternatives en sens inverse des diverses régions du rachis ne peuvent être attribuées (du moins celles qu’on regardera comme secondaires ) qu’à l’action musculaire qui tend à rapprocher de la ligne médiane le centre de gravité , et compense par une déviation opposée le défaut d’équilibre qu’une première déviation produit.

3°. Plusieurs auteurs , et Shaw en particulier, cherchent bien dans l’état du système musculaire la cause primordiale des déviations vertébrales ; mais ce n’est plus comme forces agissantes qu’ils considèrent les muscles dans la production de ces aflections,

lesquelles, selon eux, dépendent au contraire de la faiblesse musculaire ; c’est , disent-ils , parce que les muscles ne peuvent plus soutenir le rachis que celuici s’affaisse et se déforme. Si l'épine se contourne plus souvent chez les filles que chez les garçons , c’est que chez les premières le système musculaire a généralement moins d’énergie et que leur éducation contribue très-peu à en développer l’activité ;

, c’est surtout parce qu’on les emprisonne de bonne heure dans des vêtemens durs et serrés qui atrophient les muscles du dos. Si , chez les vieillards, le rachis se courbe en avant, c’est que les muscles du dos ont perdu la force qu’ils avaient dans le jeune âge ; c’est , pour une raison semblable , que les courbures vertébrales se remarquent souvent dans la convalescence d’une maladie aiguë et chez les sujets épuisés par une cause quelconque. On pourrait , jusqu’à un certain point , interpréter de la même manière les observations de M. Maisonabe qui assure avoir observé chez un certain nombre de bossus un amoindrissement notable dans toutes les parties d’un côté du corps et même de la face, et qui a pu obtenir , dans la majeure partie des cas de ce genre , la certitude qu’il avait existé dans l’enfance quelque maladie de l’encéphale ou de ses dépendances.

4°- Enfin , la dissection des sujets morts avec une déviation de la colonne vertébrale fournit encore quelques faits a 1 appui des précédens ; elle a prouvé, dans un certain nombre de cas , que les os n’étaient ni ramollis ni déformés, tandis que les muscles étaient ^pales, atrophiés, amincis, mous , soit des deux côtés a-la-fois , soit seulement du côté de la convexité; il 1828. Difformités. 28

est vrai que dans ces cas même on a trouvé les substances intervertébrales et quelquefois aussi les vertèbres amincies du côté de la courbure (1); mais les fauteurs de la théorie musculaire répondent que celte déformation peut n’avoir été qu’un effet consécutif de la déviation.

Tous les argumens ne semblent que spécieux à M. le professeur Dugès , ou ne prouvent tout au plus que pour un petit nombre de case Nul doute , par exemple , que l’action musculaire ne puisse imprimer au rachis des courbures temporaires, comme dans le torticolis qui tient à la contraction spasmodique, rhumatique, ou de telle nature que ce soit, des muscles sterno-mastoïdiens ; que des attitudes vicieuses ne puissent favoriser, produire même certaines courbures; que l’action musculaire ne soit la principale f cause des courbures secondaires destinées à compenser l’effet d’une déviation primitive ; que la faibleSse générale ou locale ne puisse entraîner une m- |

'clinaison du rachis en avant. ■

Mais tout cela ne prouve pas que toutes les dévia- ; lions rachidiennes tiennent primitivement , soit à, l’excès , soit à la diminution ou à l’irrégularité des‘ forces musculaires. M. Dugès démontre victorieusement l’insuffisance de ce genre de causes. L’influence . des muscles spinaux et scapulaires sur la production i

même des courbures normales du rachis 1m .paraît

avoir été singulièrement exagérée : emmAet Gomment concevoir que les antéro-postérieures, qu, sont

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(*) Voyez les nombreuses observations (le M. Maisonabe , et celle* de MM. Serves et Cruveilhier.

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alternatives et opposées, puissent avoir été produites par les muscles spinaux qui n’agissent que dans un sens; la région dorsale, toujours courbée en avant, devrait être redressée par eux ou même courbée en arrière. Quant à la courbure latérale droite ( nous parlons toujours de l’état normal) qu’on attribuait jadis à la pression de l’aorte, est-il bien vrai, comme Béclard a essayé de Je prouver, quelle soit due à l’entraînement des vertèbres par les muscles de l’épaule droite, plus fréquemment mise en jeu que la gauche ?

Cette question, à laquelle se lient toutes celles relatives à l'efficacité comme au choix des méthodes employées dans le traitement des déviations vertébrales , est importante à résoudre. Quels sont les muscles qui peuvent ainsi entraîner le rachis vers l’épaule ? Il n’y en a pas d’autres que le trapèze , l’angulaire, le rhomboïde et le grand dorsal ; mais le premier a ses fibres les plus longues, les plus épaisses, et partant les plus puissantes , attachées à la tête et à la partie inférieure de la région dorsale ; son action la plus forte doit donc être d’attirer vers l’épaule ces deux points extrêmes d’insertion , et par conséquent de courber le rachis en le rendant concave du côté de l’épaule même ; l’angulaire et le grand dorsal doivent produire le même effet avec d’autant pins denergie que le bras du levier sur lequel ils agissent a plus de longueur : ces actions peuvent être balancées par Te rhomboïde et la partie centrale du trapèze; mais ces masses musculaires sont affaiblies, la première par l’obliquité:, la seconde par la brièveté de leurs fibres. Quelle est donc la cause de cette courbure normale ?

Bichat avait déjà remarqué que l’habitude de renverser le corps à gauche pour donner plus de liberté au membre thoracique droit peut singulièrement contribuer à la produire ; le décubitus , plus fréquent sur le côté droit, tend aussi à courber le rachis dans le même sens. M. Dugès ajoute encore que le côté gauche du diaphragme n’étant point refoulé , comme le droit, par la masse volumineuse et solide du foie, nous avons besoin de plus d’efforts de ce côté pour chasser l’air du poumon , et que nous inclinons volontairement le tronc à gauche pour faciliter l’expiration. Voilà peut-être des raisons suffisantes pour se rendre raison de la courbure latérale droite du rachis ; mais il n’en résulte pas que les causes des déviations anormales soient du même genre. Passons-les successivement en revue avec M. Dugès, et tâchons de les apprécier à leur juste valeur. Les attitudes vicieuses n’agissent jamais d’une manière permanente; si elles sont prolongées pendant le jour , elles cessent au moins pendant la nuit : en les supposant même permanentes, il est douteux quelles puissent amener, chez les sujets qui ont dépassé le premier âge , des difformités durables et qu’on ne puisse corriger par des attitudes opposées. L’action de ce genre de causes ne pourrait être que progressive et même très-lente; elles sont donc tout-à-fait insuffisantes pour produire les déviations qui s’établissent à l’époque de la puberté et dont la plupart marchent avec une rapidité remarquable. On ne se rendrait pas plus facilement raison des déviations vertébrales en les attribuant à la faiblesse générale du système musculaire ; car alors le rachis, cédant à l’action de la pesanteur, elles se-

raient toutes à convexité postérieure : cl ailleurs ne voit-on pas tous les jours ces affections se développer chez des sujets d’une force musculaire très-ordinaire , tandis que des milliers d’individus débiles et languissans conservent la rectitude de leur taille ou ne contractent tout au plus qu’une légère courbure en avant, qu’ils dissipent au moindre effort de leur volonté : on ne trouvera pas de meilleurs argumens dans la supposition d’une faiblesse partielle des muscles ; car tous les hémiplégiques devraient être déviés. L’atro* phie des muscles vertébraux ou dorsaux, constatée par l’examen du cadavre chez des sujets morts avec des déviations , ne prouve rien ici; car cette atrophie ne peut-elle pas être aussi bien l’effet du mal que sa cause? D’ailleurs, rien de plus vague que les résultats de cet examen et de plus arbitraire que les conséquences qu’on en a tirées. La décoloration, la ténuité, l’infiltration des muscles existent souvent indifféremment des deux côtés (1) ; les muscles les plus épais ont quelquefois été trouvés plus mous et moins résistans que les plus minces (2). Enfin on a quelquefois vu les muscles du côté convexe plus épais que ceux de la partie opposée (3). Si les déviations vertébrales étaient produites par l’action musculaire , comment se rendrait-on raison du développement des déviations dorsales du côté gauche chez des sujets non gauchers? On n’en peut contester l’existence ; M. Maisonabe et M. Marjolin en citent plusieurs exemples.

(1) Cruveilhier , Marjolin.

(2) Serres.

(5) Shaw , Maisonabe.

Enfin M. Dugès emprunte à l’anatomie pathologique une considération qui ne s’accorde nullement avec toutes les , applications qu’on voudrait faire aux cas pathologiques de la théorie de Béclard sur l’influencé des muscles de 1 epaiile. Dans tous les cas de déviation latérale considérable, oh a trouvé que la face antérieure du corps des vertèbres se portait du côté de la convexité. Il y a donc, outre le déplacement latéral, une rotation de ces os sur leur axe. Ainsi , lorsque la colonne vertébrale s’est infléchie vers le côté droit * lé corps des vertèbres dorsales est tourné aussi à droite; les vertèbres lombaires se sont infléchies du côté gauche et ont également tourné de ce côté leur face antérieure. Il ést facile de voir que les muscles trapèze et rhomboïde , loin de pouvoir produire ces divers inouvemens, doivent au contraire tendrè à les arrêter; car, agissant sur l’apophyse épineuse des vertèbres dorsales , ils doivent, en les faisant tourner sur leur axe , tendre à en porter à gauche , c’est-à-dire du coté concave, la face antérieure. Les muscles des gouttières vertébrales du côté convexe ne pourraient que seconder cette action, puisqu’ils s’attachent en partie à l’angle des côtes et aux apophyses épineuses des vertèbres. En résumé, on voit que l’action musculaire, les attitudes habituelles , les faiblesses totales ou partielles peuvent tout au plus produire des incurvations légères, que l’action musculaire bien dirigée peut corriger; que ces causes peuvent en outre déterminer le sens dans lequel agiront d’autres causes plus puissantes, ou aggraver le mal lorsqu’il existe. Mais les causes réellement efficientes des déviations vertébrales, quelles sont-elles ? quelle est leur nature.

quel est leur siège? M. Dugès n’hésite point à déclarer qu’elles ne peuvent se trouver que dans les parties qui se déforment, dans les vertèbres et les tissus intervertébraux. Quant à la nature de ces causes , M. Duges croit quelles sont analogues ou peut-être même ident tiques avec celles qui déterminent le développement du ràchitis. Les distorsions vertébrales sont beaucoup pins fréquentes dans les contrées froides et humides , si favorables au développement de la cachexie rachitique, que dans les pays chauds et secs. Le travail morbide qui détermine les déviations vertébrales, s§ trouve souvent excité ou accéléré par la première et la deuxième dentition, par la menstruation, ou bien encore, d’après les observations de M. Maisonabe, paç l’état de grossesse. Le développement de la cachexie rachitique ne commence ordinairement à s’établir qu’aux deux premières époques: le ràchitis accidentel se montre ordinairement de sept à neuf ans, et plusieurs pathologistes ont signalé cet âge comme celui de l’apparition plus fréquente des distorsions vertébrales, chez les garçons , et celui de treize à quatorze chez les filles. Si l’on n’a pas assigné cette dernière époque au développement du ràchitis, c’est, dit M. Duges, que les effets de cette maladie sur les membres sont alors beaucoup moins sensibles, à cause du développement et de la solidité des os : le mal produit alors les plus grands ravages sur les substances intervertébrales. Je ne sais si les raisonnemens de l’auteur sont, sur ce point, complètement rigoureux : on voit souvent des distorsions vertébrales chez des sujets dont la saute est brillante , les forces considérables , et qui ne présentent aucun des symptômes du ràchitis ou de loule

autre cachexie. Quant aux déviations qui se développent quelquefois pendant la grossesse, il est plus facile de se rendre raison du travail morbide qui s’établit, soit dans les vertèbres mêmes, soit dans leui's moyens d’union. C’est sur la région lombaire que porte ordinairement le mal dans celte circonstance ; cela doit tenir à l’état fluxionnaire que l’utérus excite dans les parties qui l’entourent, lequel ramollit les ligamens , les infiltre et facilite la mobilité des os qu’ils unissent. Ajoutez encore que le poids de la matrice, remplie par le produit de la conception, force les muscles à rejeter le tronc en arrière. Quelle que soit la nature de la cause morbide qui ramollit ou désorganise les vertèbres ou les substances vertébrales, il n’y a pas de raison, les cas de grossesse exceptés , pour quelle s’établisse sur un point de la colonne plutôt que sur un autre. Pourquoi donc les déviations commencent -elles presque toutes par la région dorsale? Voici la raison qu’en donne M. Dugès. La colonne dorsale ne représente point une pyramide uniforme , et dont le sommet tronqué serait sous l’occipital : on sait, au contraire, quelle est composée de deux pyramides, dont les sommets se touchent vers la quatrième et la cinquième vertèbre dorsale. Ce point est plus étroit et plus faible que tous les autres, et doit par conséquent céder plus facilement. Ajoutez qu’une courbure normale dans cette région dispose le rachis à une déviation latérale droite.

D’après tout ce qui précède , M. Dugès pose en thèse générale que toute déviation, due uniquement à l’action musculaire accrue ou diminuée , à une altitude vicieuse, etc. . sera instantanément réduc-

tible en totalité ou en partie. Toutes les lois donc qu'en cherchant à soulever le malade par la tête ou les épaules, ou en lui commandant de s’incliner dans le sens opposé à la déviation , on redressera entièrement ou seulement en grande partie la colonne vertébrale, on pourra affirmer que le mal est, si l’on peut parler ainsi , d’origine musculaire , et pourra être guéri par la cause même qui l’a produit , en la dirigeant en sens inverse. Mais quand ni les efforts du chirurgien , ni toute l’énergie du malade ne produiront qu’une réduction peu ou point sensible, on en devra conclure que les os ou leurs moyens d’union sont altérés dans leur structure. Dès-lors, l’action musculaire est insuffisante pour opérer seule la guérison; et eût elle-même été, dans le principe, la principale cause des désordres actuels , elle n’est plus capable d’y remédier à elle seule.

Deux méthodes générales de traitemens des déviations du rachis partagent aujourd’hui les praticiens : les uns adoptant la théorie sur l’influence du système musculaire dans la production de ces affections , mettent toute leur confiance dans la gymnastique ; les autres, guidés par une théorie contraire, cherchent à redresser la colonne vertébrale par des moyens mécaniques ; ces deux méthodes toutefois ne sont pas incompatibles , et beaucoup de praticiens les combinent, tout en insistant, principalement sur celle qui s’accorde davantage avec leurs opinions théoriques. M. Dugès, comme on devait s’y attendre d’après toutes les considérations qui précèdent, ne considère les exercices gymnastiques que comme des moyens auxiliaires, fort utiles sans doute, mais dont l’action

isolée ne peut pour ainsi dire rien coiitre les déviations prononcées. Le redressement progressif de l.epine ne peut s’obtenir dans tous les cas de ce genre qu’à l’aide de machines extensives. Mais on attribue à l’extension de l’épine des inconvéniens et des dangers qu’il importe d’apprécier à leur juste valeur. Et d’abord, on objecte qu’il est imprudent de recourir à cette méthode lorsque dans une déviation ancienne et considérable les viscères ont dû se conformer à la disposition vicieuse du squelette.; à l’appui de l’objection on cite une expérience funeste. Une jeune perr sonne soumise à l’extension par des personnes étrangères à la médecine éprouve d’abord des douleurs et des aeerdens assez graves qui forcent à suspendre les tentatives ; on y revient ensuite , et des accidens subits se développant et mettent pendant plusieurs jours la vie en danger. Enfin le câline semble se rétablir, mais la malade reste dans un état d’imbécillité complété. Cet évènement malheureux atteste bien l’ignorance et la présomption du mécanicien, mais ne prouve rien contre la méthode dont il a fait un usage si barbare;

Le docteur Maisonabe , qui a perfectionne et appliqué avec un égal suocès le procédé de l extension du rachis, a bien observé. que dans certains cas la région cervicale semblait céder seule à 1 action des forces extensives ; mais alors, loin de s’obàliuer a vouloir vaincre brusquement les obstacles , il arrête ses tractions à un point modéré , et attend que le reste de la colonne se prête peu-à-peu à ses eflorts. Le même médecin a aussi remarqué dansd autres cas, que le redressement de la région cervico-dorsale était aecompagué d’engourdissement dans les bras et surtout

flans celui qui correspond à la convexité de la cour*1 bure : ce phénomène, qui tient à la compression des nerfs rachidiens, ne présente rien de fâcheux, pourvu toutefois que le médecin agisse avec prudence et n’imprime pas à la colonne de brusques et violentes secousses. Il est malheureusement des cas trop nombreux dans lesquels le redressement de la colonne vertébrale ne peut être tenté sans compromettre la santé et même la vie des malades ; mais un homme prudent et instruit saura les distinguer et évitera de soumettre les malades à des violences nuisibles. M. le docteur Maisonabe signale parmi les pér-' sonnes qui se trouvent dans de telles circonstances , celles dont la déviation ancienne et énorme dénote un état maladif* ou au môins insolite des viscères thoraciques et abdominaux , ou une ankilose des vertèbres, des côtes : dans le premier cas s l’extension déterminerait de la gêne , une anxiété inquiétante , des douleurs insupportables ; dans le second, une résistance fixe, sans élasticité aucune, ne pourrait être vaincue que par des efforts extensifs démesurés. C’est dans des cas dé ce gehre qu’on ne saurait trop apprécier l’avantage des extensions exploratrices pratiquées selon la méthode du docteur Maisonabe , et à l’aide desquelles on apprécie aisément par seS pro-: près organes le degré de force qu’on emploie et la ré-» sistance qu’opposent les parties malades. On objecte que l’extension permanente ne peut être supporté© par aucun malade : sans doute ; mais il suffit qu’ellesoit de cinq à six heures par jour; elle devient alors trcs-supportable , je dirai même très-peu fatigante ,* pourvu qu’à l’exemple de M. Maisonabe on ait soifi

de ne pas la porter au point extrême où elle peut aller, mais de rendre chaque fois au rachis une partie de l’allongement qu’il a prêté ; si on a pu l’allonger, par exemple, de deux pouces, on relâche les liens avant de les fixer , d un pouce d’abord , puis d’un demi-pouce, jusqu à ce qu’on puisse, après un temps suffisant, maintenir le rachis en rectitude parfaite, sans fatigue et sans danger. Pendant la nuit, l’extension devant être plus long-temps supportée , on a soin de la rendre mobile ; la colonne vertébrale ne doit plus être attachée à des points fixes , elle doit être etendue par le mécanisme d’un poids qui cède aisément à l’action musculaire, mais qui agit dès que le sommeil en a supprimé l’effet.

On a dit encore que les parties sur lesquelles les machines extensives prennent leur point d’appui, c’està-dire le menton et le bassin , ne pouvaient manquer de s’excorier ou même de se déformer : c’est encore là une de ces objections qui ne s’adressent qu’aux orthopédistes inhabiles qui emploient des machines vicieuses ; la déformation du menton est une objection qu’on trouve ridicule dans l’établissement de la rue de Chevreuse , où les malades éprouvent tout au plus quelques légères rougeurs dans cette partie. On dit que la position horizontale et l’immobilité des malades soumis à l’extension doivent ajouter à la cause de la difformité, en accroissant letat de faiblesse des muscles spinaux et des ligamens rachidiens : cette objection , outre qu’elle suppose démontrer 1 existence et l’action des causes qui sont fort problématiques, n’aurait quelque valeur que dans le cas ou l’immobilité des malades serait permanente ; mais

dans un traitement bien ordonné , cette immobilité doit alterner avec des exercices gymnastiques varies; la gymnastique et l’extension concourent dans ce qu elles ont d’avantageux et se contrebalancent dans ce quelles pourraient avoir chacune en particulier de nuisible. Enfin on objecte encore que l’extension est inefficace attendu quelle ne peut ni détruire les causes qui entretiennent et produisent les déviations, ni réparer les déformations des ligamens et des os.

Cette manière de raisonner suppose une logique vicieuse et une complète ignorance de la matière ; et d’abord , de ce que l’on ne peut ni connaître ni combattre les causes d’une affection , s’ensuit -il qu’il soit indifférent ou impossible d’en corriger les effets matériels? d’ailleurs, dans le cas qui nous occupe, qui empêche , alors que l’on cherche à rendre aux parties déformées leur rectitude normale , de combattre les causes connues ou présumées de la déviation ? La croit-on l’effet d’une faiblesse musculaire , quoi de plus propre à fortifier les muscles que les exercices gymnastiques que nous conseillons de combiner avec l’extension ? pense-t-on , au contraire , qu’elle soit l’effet du rachitis ou d’une affection générale analogue? qui empêche d’alterner avec l’extension les moyens propres à détruire la diathèse existante? et parmi ces moyens l’exercice tient encore le premier rang. Quant à l’impossibilité prétendue de rendre aux os et aux tégumens leur forme normale , il faut s’entendre : si la déformation est extrême , s’il y a ankilose, ce serait s’abuser que de compter beaucoup sur l’extension ; mais pourquoi le corps d’une vertèbre , ou les substances intervertébrales amincies du

côté Concave ne poUrraient-elles reprendre à la longue leur épaisseur normale , ou du moins s’en rapprocher beaucoup? que voit-on d 'étrange dans un tel résultat? D’ailleurs, on peut appeler ici l’expérience à l’aide de 1 argumentation ; il est de fait qu’un grand nombre de colonnes deviees ont ete ramenées par l’extension à leur rectitude normale ; il est également de fait que le redressement s’est maintenu d’une manière durable chez les personnes qui ont supporté le traitement avec la persévérance convenable : or , il est évident que ce résultat suppose l’existence du fait dont les adversaires de l’extension nient la possibilité. On voit, par tout ce qui précède, que l’extension du rachis ne présente ni les inçonvéniens, ni les dangers qu on lui reproche, et que les adversaires dé cette méthode n’apportentà l’appui de leur manière de voir que des préventions ou des objections spécieuses.

Passons à l’examen des divers moyens extenseurs imaginés et employés jusqu’à ce jour par les orthopédistes. Ces moyens sont nombreux et variés; chacun a sa machine, sa méthode, son lit mécanique ; ceux plus modestes qui renoncent à la gloire d’inventeurs , veulent au moins perfectionner, et changent ou ajoutent quelque chose aux machines des autres ; mais , au milieu de toute Oette confusion apparente , il est facile de réduire à un petit nombre de divisions toutes les machines extensives employées jusqu’à ce jour. i°. Ces upos agissent en conservant au corps sa direction verticale. Çes machïfteg sont abandon? nées par tous les bons esprits. Toutes sont .pénibles pour les malades, nécessitent des compressions douloureuses , souvent insupportables ; elles ont d’ail-

leurs à lutter contre le poids des parties supérieures, ql doivent ordinairement échouer contre les déviations fortes; on peut tout au plus (et encore la chose est inutile ) s’en servir comme auxiliaires propres à varier la situation des malades soumis à l'extension horizontale. 2°. Le second ordre de moyens extensifs comprend tous les lits ou plans orthopédiques ; ils sont fort diversifiés , mais tous exigent la situation horizontale ou à-peu-près sur un plan très-résistant ; cette condition seule offre de grands avantages ; elle supprime l’influence fâcheuse du poids des parties supérieures ; en la faisant alterner ou coïncider avec des exercices généraux ou partiels , on peut la conseiller exclusivement dans le traitement des difformités commençantes ou légères. Mais, pour obtenir des effets ou plus prompts ou plus efficaces , on ajoute à 1 action de ces plans celle de machines extensives ; et parmi ces machines , les unes déterminent une extension fixe, les autres une extension mobile , mais constante, d’autres encore une extension rémittente. Ces derniers, imaginés par M. Jalade-Lafond , consistent ,çn une sorte de mouvement d’horlogerie qui met en jeu une poulie elliptique destinée à augmenter par intervalles réguliers la tension des ressorts d’un Lit à extension ordjinaire ; cette invention, dont les inconvéniens et l’inefficacité ont été si clairement démontrés dans un des numéros précédens de ce journal , n’a point été adoptée et ne paraît pas }à M. Dugès avoir mérité de lï’être. Les lits à extension fixe , oaa à extension mobile , mais constante, sont beaucoup préférables ; on peut produire à volonté , et même faire alterner ces deux genres d’extensidn à l’aide du

lit mécanique inventé par le docteur Maisonabe ; M. Dugès fait le plus grand éloge de ce lit , le seul qui n’agisse pas comme une simple machine , mais plutôt comme un instrument que la main dirige, avantage immense, puisqu’il est de principe de n’appliquer jamais au corps humain une force mécanique quelconque, sans s’être réservé le moyen d’en apprécier, à l’aide du tact, la puissance et l’accroissement graduel. IN. Bellanger,

Observation sur une Difformité de l' Articulation Coxofémorale avec claudication ;

Par J. G. Martin.

Fracture non-consolidée du col du fémur , des grand et petit trochanters réunis. Enveloppe fibreuse très-résistante autour des parties fracturées. Nouveau mode d’articulation déterminée par l'arrondissement de l’extrémité supérieure du fémur , dans l’endroit fracturé, appliqué sur la masse des grand et petit trochanters séparés du reste de l’os. i

La nommée Fraimont, âgée de cinquante-trois ans, d’une bonne constitution , fut surprise par un étourdissement , au moment où elle montait un escalier, tomba et ne put se relever. On la porta dans son lit , où elle resta sept à huit jours. Les douleurs quelle éprouvait, le peu de soin qu’on prenait d’elle, la déterminèrent à entrer à la Pitié. M. Béclard, alors chirurgien en chef , reconnut une fracture du col du fémur, et plaça le membre dans un appareil consistant en un double

plan incliné. La malade ne put garder la situation que son état exigeait; ce fut en vain qu’on voulut ly assujettir par tous les moyens possibles. M. Béclard se décida alors à modifier l’appareil ; mais l’indocilité de la malade rendit tous les soins inutiles. Il s’était déj t écoulé plusieurs jours depuis l’accident ; différentes tentatives de réduction avaient été faites sans succès, lorsqu’on se décida à livrer la malade à elle-même. Il y avait alors près d’un mois qu’elle était entrée à l’hôpital , plus de vingt jours s’écoulèrent encore , et on s’aperçut que le membre abdominal gauche était singulièrement raccourci, qu’il se portait considérablement en dedans, et que tout mouvement était impossible. La malade fut dès-lors placée dans une salle de médecine, où elle demeura pendant environ neuf mois, sans jamais pouvoir se lever. Pendant ce temps, la jambe avait éprouvé un raccourcissement de quatre pouces et demi ; la pointe du pied était tournée en dedans , la cuisse était dans l’adduction la plus complète ; le genou , en .dedans , appuyé contre le membre abdominal opposé. La malade voulut cependant essayer de marcher; et, appuyée d’un côté sur une béquille , et de l’autre sur sa canne , elle faisait quelques pas. La progression lui était peu douloureuse. Aidée de ses voisins , elle sortait de la salle (i)etse promenait dans la cour de l’hôpital sans

(i) Cette faculté de la malade de se tenir debout et de marcher sans beaucoup souffrir et à l’aide d’assez faibles soutiens , offre une preuve nouvelle à ajouter à celles encore assez rares que nous avons constatées , que la station et la marche , lorsqu'elles peuvent avoir lieu

1828. Difformités, 29

se fatiguer ni souffrir. Mais une chute qu’elle lit en descendant de son lit, la forçade nouveau à garder le repos ; et vers la lin de mars 1826, elle périt à la suite d’une diarrhée abondante (1).

Nécropsie , le 2 avril 1826. — Maigreur extrême de tout le corps . surtout du membre abdominal gauche , qui était comme atrophié (2) ; légère flexion de la cuisse sur le bassin , et de la jambe sur la cuisse , avec

chez des individus qu’on soupçonne affectés d’une fracture du col du fémur , ne sont point des signes de leur non-existence. ( Maisonabe .)

(1) C’est pour la troisième fois que nous avons occasion d'ob¬

server une terminaison semblable de fractures du col du fémur non réduites. La remarque que nous en faisons ici n’a pour objet que d’appeler l’attention de nos lecteurs sur ce qu’elle présente de difficile à expliquer. Nous ajouterons seulement qu’ayant éprouvé nous-même cet accident , il y a dix-huit ans , nous nous sentîmes , pendant tout le temps que nous gardâmes le lit , plus ou moins incommodé de coliques et de douleurs eu urinant. Pourrait-on être conduit à se rendre raison de ces àccidens à la suite de fractures du col du fémur , par la commotion qui peut être imprimée à la partie du système nerveux qui se distribue dans les organes contenus dans le bassin et l’abdomen , par suite de la violence de la cause qui a fracturé cet os sur ce' point ? ( Maisonabe .)

(2) On emploie trop généralement le mot atrophie pour exprimer

la diminution de volume d’un membre ou son amaigrissement. La compression au moyen de simples bandes et 1 immobilité d un membre peuvent cependant produire ces effets en quinze ou vingt jours. Mais la simple diminution du volume dun membre ne constitue pas toujours son atrophie. Ce dernier état a une cause bien différente de celles qui ne consistent qu’en des compressions avec des bandes autoui du membre et en l’abstinence de tout exercice. L atrophie vraie a sa cause dans la lésion des nerfs, dans toutes, les maladies qui les, affectent assez profondément pour qu’une de leurs, principales fonctions, 1 animation des parties,, dont ils sont le principe, en puisse être troublée. {Maisonabe.)

rotation très-forte en dedans , de tout le membre pelvien gauche.

Dissection des muscles de la fesse. — Malgré toutes les précautions prises pour disséquer le grand fessier , il fut impossible de l’isoler des autres , tant il était altéré dans la forme et la consistance. Près du grand trochanter , son insertion à cette partie du fémur n’était pas sensible ; un tissu fibreux très-résistant entourait et enveloppait de toutes parts les os ; il en fut cependant isolé autant que possible pour découvrir les autres muscles qui , comme lui, s’attachent au grand trochanter ; une incision sur la partie moyenne des fibres du grand fessier ayant remis à découvert le moyen fessier qui, comme le précédent, était rétiré sur lui-même , l'insertion de ce dernier au grand trochanter fut aussi difficile à découvrir et à mettre en évidence que l’avait été celle du grand fessier. Le petit fessier ne tenait plus au trochanter tant il était mou ; son tendon se confondait avec celui du moyen fessier , et formait près du grand trochanter une masse, comme avec celui-ci et le tissu fibreux environnant. (t)

Le muscle pyramidal était réduit en un tissu grais-

(0 L appréciation des divers états dans lesquels ont été trouvés les muscles intéressés dans cette fracture , offre une nouvelle preuve de ce que nous avons dit en traitant de cet objet relativement aux déviations de la colonne vertébrale. On voit en effet ici des muscles dont les parties les plus consistantes, celles par lesquelles ils s’insèrent aux os . se sont altérées au point qu’il n’a pas été possible de les reconnaître, sans quil y ait eu d’autre cause de leur altération qu’un défaut de rapport entre elles et les points de leur insertion , etc. (Maisonabe.)

seux et lardacé , très-jaune , et n ofirait de fibres rnusclaires qu’à son insertion au sacrum.

Les muscles jumeaux supérieur et inférieur se présentaient sons la forme d’un tissu graisseux, d’ailleurs très-abondant aux environs de l’articulation.

Le muscle obturateur interne, ramasse sur luimême (1), formait une forte saillie vers 1 échancrure postérieure et inférieure de 1 os coxal ; là , le muscle se confondait avec du tissu fibreux autour du grand trochanter. Cette disposition pouvait faire croire , au premier abord , que le muscle se confondait, comme le précédent , avec les parties voisines ; que son tendon les traversait pour aller s’insérer au grand trochanter , et qu’il n’y avait en cela rien de remarquable : toutefois, dune part existait la saillie insolite indiquée; de l’autre, une esquille parais-

(i) Cette expression , ramassé sur lui-même, exprime exactement l’état des muscles dont les extrémités se trouvent accidentellement rapprochées contre l’état normal, c’est ce que n'aurait pas fait le mot contracté. Nous croyons cette remarque d’autant plus digne de attention de nos lecteurs, que plusieurs de nos confrères qui ont bien voulu nous communiquer leur opinion sur les causes de certaines déviations du rachis, avant que nous eussions écrit sur cette matière, ont presque toujours attribué ces déformations à la contractilité plus acüve dans les muscles d’un côté que dans ceux de l’autre , contractât , ou efois , dont l’activité plus grande n’a été démontrée d aucune manière quant à ses effets premiers, tandis que d’ailleurs elle ne peut p us même être supposée, ces premiers effets produits, puisqu alors elle est impossible à une degré quelconque : une condition sme çua «an d toute contraction musculaire étant que les extrémités du muscle^ soient pas plus rapprochées l’une de l’autre quelles l’état normal.

sait au sommet de la tumeur. Cette esquille était libre d’un côté , mais elle tenait fortement de l’autre. En l’isolant des parties fibreuses et en exerçant sur elle des tractions , sa saillie diminuait; les fibres s’allongeaient fort peu , à la vérité, mais elles pouvaient faire reconnaître que le muscle obturateur avait détaché une portion du grand trochanter ; que cette portion était celle où s’insérait son tendon , et que la saillie qu’on observait vers l'échancrure iscbiatique était fermée par le rapprochement des fibres dans le sens de leur longueur, (i)

Tous les autres muscles qui entourent cette articulation étaient convertis en une substance fibreuse , très-dense et en quelques points graisseuse.

Étal des os de L’articulation coxo -fémorale et de leur dépendance. — Les parties osseuses recouvertes, de masses rénitentes de tissu fibreux ayant été decouvertes , la capsule a été trouvée très-épaisse , de couleur noirâtre, cartilagineuse en certains points , rugueuse dans d’autres. Cette capsule ne contenait point de synovie ; le ligament rond ou externe était détruit. (2)

(1) L’état de ce tendon, sous le rapport de la consistance, est

le même que celui qu’on trouve dans les parties tendineuses ou ligamenteuses situées dans les concavités des déviations du rachis ; il est un effet de cette loi générale de la nature dans la composition et l’entretien du corps de l’homme , en vertu de laquelle tout y est fait pour y remplir une fonction, aucune de ses parties ne pouvant continuer de subsister ou de s’entretenir , dès qu’il n’y a plus utilité pour le tout. ( Maisonabe .)

(2) Nouvelle preuve que les membranes synoviales cessent d'exister

Le grand et le petit trochanters étaient séparés du reste de l’os, de manière qu’il y avait, i°, la tète du fémur TF ( voyez planche vu, fig. I".) , dans sa cavité cotyloïde et séparée du reste de l’os ; 2°. la masse des grand et petit trochanters séparée de la tête et du reste du fémur ( voyez fig. III ) ; 3®. le fragment inférieur du fémur arrondi et prêt à former une tête articulaire ( voyez fig. II ); les parties qui entouraient cette partie du fémur étaient très-rénitentes , lisses et contenant de la synovie ; 4°* enfin , la pièce qui tenait à l’obturateur interne , et qui s’était détachée du grand trochanter, était irrégulière, comme on le voit , fig. Y.

dans les articulations privées de mouvement. Ge fait est aussi constant que celui de la production de membranes de cette nature dans les articulations artificielles ou accidentelles , dont les fractures nonréduites et les collisions des côtes offrent des exemples , avec cette remarque , que dans les collisions des côtes , sur certains points dont nous avons parlé dans quelques-uns de nos précédens numéros de ce journal , les membranes synoviales qui s’y forment , n’y subsistent que pour le temps où il s’opère des piouvemens entre elles, et quelles disparaissent dès qu'à ces mouvemens succède 1 union immédiate des côtes. (. Maisonabe .)

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