DIFFORMITÉS DE LA FACE
Opérations ingénieuses exécutées par M. le professeur
Roux.
Ire Observation.
Perte de substance de la lèvre et de l’os maxillaire supérieurs, suite d’affection gangréneuse. Guérison obtenue par deux opérations.
Virginie Collet, âgée cle dix-neuf ans, habitait, non loin de Paris, une contrée où régnait une épi-* zootie charbonneuse : affectée bientôt elle-même dune maladie désignée vaguement sous le nom de fièvre putride ou maligne ■> il lui survint une escarre à la lèvre supérieure du côté droit : Los maxillaire’ correspondant et une partie de l’autre , voisine de la ligne médiane, furent frappés de nécrose. Lorsque la malade entra à l’hôpital de la Charité, le 12 juillet 1827, six semaines- après l’accident, la lèvre supérieure offrait une large échancrure depuis la commissure droite de la bouche jusques un peu au-delà de la ligne médiane, c’est-à-dire dans l’étendue d’environ quinze lignes, et supérieurement jusques un peu au-dessus du bord de l’aile du nez. Sur le plan postérieur à cette arcade irrégulière , on voyait la surface externe de l’os maxillaire d’une couleur noirâtre foneee; les dents, néanmoins , étaient saines, quoiqu’un peu ternies ; l’altération de l’os paraissait avoir les mêmes limites que celle des parties molles.
1828. Difformités .
Cette portion nécrosée était légèrement mobi!^, et le troisième jour on la détacha sans trop d’effort. La surface osseuse restante était couverte de bourgeons charnus; les parties molles s’affaissèrent un peu.
Première opération. L’indication chirurgicale était facile à saisir , mais l’exécution offrait quelques difficultés, à cause de la grande étendue transversale de la solution de continuité. Voici comment M. Roux y procéda le 5i juillet : il pratiqua obliquement en arrière, à partir de la commissure droite, une incision sur la lèvre inférieure, de l’étendue de six à huit lignes ; ensuite les parties molles furent détachées de l’os maxillaire , préparation qui les rendait plus extensibles ; cependant , lorsqu’on voulut les mettre en rapport , c’est-à-dire porter le côté externe de l’échancrure vers la partie médiane de la face, on ne le put pas entièrement ; on y parvint dans les deux tiers supérieurs seulement, et on maintint réunis les bords, précédemment rafraîchis, au moyen de deux points de suture entortillée; il fallut renoncer, pour le moment , à réunir les deux extrémités inférieures de la division , qui formaient un écartement trop considérable. On panse convenablement , et l’on abandonne à elle-même la petite plaie faite à la lèvre inférieure.
Le lendemain , il y avait un peu de gonflement et une couleur un peu violacée autour des épingles; d’ailleurs, état général satisfaisant.
Le quatrième jour, on enlève les épingles; la réunion s’est effectuée. Bandelettes agglutinatives pendant quelque temps ; les bords des parties excisées et non réunies suppurent.
Deuxième opération. Jusqu’au 18 septembre il ne se passa rien de notable chez la malade, qui désirait vivement que la cure fût terminée. A cette époque , les parties étaient bien cicatrisées et souples ; l’écartement avait huit lignes d’étendue sur dix lignes de hauteur ; le bord inférieur de l’aile du nez en formait la limite supérieure , et en dedans il se terminait à la ligne médiane. Cette échancrure, à-peu-près triangulaire, quoique beaucoup moins étendue que la première, laissait encore Voir le bord inférieur de la portion d’os maxillaire restante. On ne pouvait réunir les parties séparées , au moins tout à-fait en bas, sans les détacher des os dans une grande étendue ; c’est ce qui a été exécuté jusques sous les deux ailes du nez : alors les bords ont pu être mis en contact et maintenus par suture , non toutefois sans qu’il résultat de cette traction un plissement très-marqué et un rétrécissement de l’orifice buccal.
Le quatrième jour , aucun accident n’était survenu ; les aiguilles furent retirées et la réunion fut parfaite. Les pansemens suivans la consolidèrent ; bientôt toutes ces parties froncées, comme je viens de le dire, prirent de l’extension, et les plis s’effacèrent en grande partie; la bouche devint tout-àfait régulière; en un mot, Je résultat de l’opération fut tel , qu il n est guere possible à la chirurgie d’en obtenir de plus satisfaisant.
11° Observation.
l’crlr. de substance considérable, suite de gangrène i> la joue gauche.
Guérison obtenue par sept opérations consécutives.
Stéphanie Joly, âgée de vingt-deux ans, entra à l’hôpital de la Charité le 1 i avril 1826, offrant, l’état suivant : la plus grande partie de la joue gauche était détruite, une portion assez grande de l’os maxillaire supérieur et une plus grande étendue encore des parties molles correspondantes étaient comprises dans cette large solution de continuité, qui établissait une communication permanente avec l’intérieur de la bouche , et dont les limites étaient , en dedans la ligne médiane du visage , en dehors une ligne tirée par la pensée de l’angle externe de 1 œil perpendiculairement sur la mâchoire inférieure ; en bas la lèvre inférieure , et en haut une ligne transversale qui aurait passé à quatre ou cinq lignes environ au-dessous du bord inférieur de l’orbite ; pourtant l’ensemble de cette ouverture n’était point quadrilatère ; elle avait au contraire la forme d’un triangle irrégulier à angles arrondis, et laissait apercevoir d’abord l’intérieur de la narine gauche et la cloison médiane du nez dans à-peu-près sa moitié antérieure , l’aile dit nez étant en partie détruite , et ce qui en restait libre et relevé; plus profondément, le côté gauche de la langue presque jusqu’à la base et environ la moitié de la voûte palatine , et l’intérieur du sinus maxillaire ; on voyait en outre aux deux extrémités de 1 échancrure osseuse une dent incisive et une molaire.
Cette jeune fille, dont l’intelligence était assez
développée , nous raconta que cette grave alteration était le résultat d’une maladie qu’elle avait faite deux ans auparavant. Il paraissait qu'elle avait été atteinte d’une affection représentée par le groupe de symptômes qu’on appelait fièvre putride, durant laquelle les accidens cérébraux mirent ses jours en danger , et qui fut accompagnée ou suivie d’un anthrax au niveau de la fausse canine de la joue gauche , qui devint a cette occasion le siège des désordres précédemment décrits. v '
Notre jeune malade , désireuse autant que possible d’être délivrée , à quelque prix que ce fût , des soucis que lui causait une difformité dont elle comprenait au plus haut point tous les inconvéniens , réclamait avec instance les secours de la chirurgie.
Du côté du nez et de l’orbite les parties étaient peu lâches, peu extensibles et peu vivantes ; la lèvre supérieure manquait entièrement; du côté externe, au contraire , les tissus étaient mobiles et épais. Eu second lieu , la solution de continuité était trop grande pour qu’on pût avoir l’idée d’en obtenir en un seul temps l’obturation complète; il était évident que pour atteindre ce but, si toutefois il y avait lieu de l’espérer, plusieurs opérations consécutives seraient nécessaires. Or, voici comment M. Roux pratiqua, avec une rare persévérance, celles que je vais rapporter.
Première opération, faite ie a5 avril. Dans le but d’aviver le bord interne de la solution de continuité, c’est-à-dire ce qui restait de la lèvre supérieure a partir de la ligne médiane, vers le côté droit, on. commença par enlever une couche mince de la cica-
trisation; ensuite une incision fut pratiquée perpendiculairement sur la lèvre inférieure, de l’étendue équivalente à la hauteur de la lèvre supérieure ; celleci rafraîchie, comme je viens de le dire , était propre à être mise en contact avec le bord interne de la nouvelle division, rapprochement qui fut en effet opéré sur-le-champ et maintenu au moyen de trois épingles et d’un petit cordon de fil , constituant la suture entortillée. De cette manière, la moitié gauche de la lèvre supérieure détruite se trouvait remplacée par une pièce empruntée à la lèvre inférieure, et la limite inférieure de l’incision faite à cette dernière devenait la commissure gauche de la bouche, rétrécie environ d’un tiers.
Les trois jours suivans , la malade n’éprouva autre chose que la douleur ordinaire en pareil cas, et le gonflement des parties environnantes ne dépassa point la mesure convenable pour leur adhésion.
Le quatrième jour , les épingles et les fils furent enlevés ; la réunion parut parfaite ; elle fut maintenue et fortifiée les jours suivans à l’aide de bandelettes agglutinatives, et d’un bandage semblable à celui que l’on emploie dans l’opération du bec de lièvre, et tel qu’il avait été appliqué dès le premier jour.
Ainsi , au lieu de cette large ouverture cintrée qui communiquait avec l’intérieur de la bouche , il ne restait, par le bénéfice de la première opération, qu’une sorte de fenêtre arrondie , très-grande encore, à la vérité , et qu’il paraissait bien difficile de fermer complètement, tant les parties molles supérieures et internes semblaient peu propres à supporter des tractions et à se réunir aux parties environnantes.
Deuxième opération. La lèvre supérieure reconshuile , comme je viens de le dire, pouvait bien Être portée vers le point supérieur de la circonférence e l’ouverture , mais supérieurement les parties molles étaient adhérentes à ce qui restait de l’os maxillaire , il fallut commencer par les disséquer dans 1 etendue de trois à quatre lignes ; ensuite une incision fut pratiquée à partir du bord externe de l’ouverture , transversalement dans l’épaisseur de la joue : alors les parties eurent assez de laxité dans tous les points pour être mises en contact, ce qui fut fait après 1 avivement préalable ; l’union fut maintenue par la suture entortillée et le bandage convenable. iouL portait à espérer que l’adhésion aurait lieu ; mais le lendemain de l’opération, un malaise general, une céphalalgie violente, de la fièvre, surviennent chez la malade; une tuméfaction érysipélateuse se manifesta , et au moment où l’on ôta ses aiguilles , les parties se désunirent ; quelque temps après, une nouvelle cicatrisation se forma au bord de l’ouverture, et les choses revinrent dans l’état où elles étaient avant l’opération.
Troisième opération. On se comporta dans celle-ci, à quelques modifications près, comme dans la précédente; on parvint de la même manière à mettre les parties en contact , quoique cependant elles parussent être dans une grande tension, et c’est à cette circonstance, sans doute, qu’on dut l’écartement de la division lorsqu’on voulut retirer les épingles. L’insuccès fut aussi complet que précédemment, et, de plus, les parties avaient perdu tout ce qu’il avait fallu en retrancher pour l’avivement des bords. Pour tenter une nouvelle opération, que la malade réclamait avec
.-•"tant d’instances que la première fois, if fallait nécessairement emprunter quelque part un supplément de tissus. Or , voici ce qu’imagina M. Roux.
Quatrième opération. Il dédoubla de bas en haut toute la lèvre supérieure , que nous avons vue avoir été faite aux dépens de l’inférieure. En relevant ce lambeau et rafraîchissant toujours le bord de l’ouverture, celle-ci se trouvait exactement obturée; la suture fut employée comme dans les autres circonstances ; de la sorte , la membrane muqueuse buccale formait une partie de la paroi externe de la joue.. Li expérience portait à présumer qu’elle pourrait acquérir par la suite à-peu-près toutes; les conditions de la peau. Malheureusement, celte- nouvelle tentative ne servit qu’à faire ressortir l’adresse de l’opérateur ; la patiente n’en retira aucun avantage, car l’adhésion ne se Gt point.
Cinquième opération. Cédant encore aux sollicitations de la malade , M. Roux prit une voie toute différente pour arriver à son but ; c’est à la paume de la main gauche qu’il emprunta la pièce qui devait fermer l’ouverture de la joue. Pour cela, il disséqua d’abord dans l’éminence hypothénar un lambeau de peau, de la grandeur et de la forme convenables, en laissant, toutefois un pédicule de quelques lignes de largeur. D’un autre côté , la moitié supérieure de la circonférence de l’ouverture fut rafraîchie et réunie Ensuite avec le lambeau de la main , relevé de telle sorte que salace interne devait fermer la paroi interne de la joue. Six ou sept points de suture séparés maintinrent les choses en place ; un bandage convenable assujétit la main et le bras contre la joue et le tronc.
H n’est pas besoin de dire que le projet ultérieur du chirurgien était de couper le pédicule , et de le reunir à la partie inférieure de la circonférence de la solution de continuité.
Pendant les trois premiers jours, les choses se passèrent de manière à faire concevoir les plus grandes espérances : le lendemain elles furent toutes déçues; la malade, agitée par des rêves durant la nuit, avait exécuté des mouvements violens ; tous les points de suture s’étaient déchirés.
On était alors à la fin de l’automne ; la saison était pluvieuse et froide ; il fallut renoncer , pour quelques mois, à toute entreprise de guérison. Il convenait, d’ailleurs, d'attendre que les tissus eussent repris la souplesse que leur avaient fait perdre plusieurs cicatrisations successives.
Sixième opération. Le mars 1 82 y , la malade avait pris de l’embonpoint ; les parties molles de la joue avaient acquis plus de souplesse et d épaisseur; la bouche offrait presque les dimensions naturelles:,, et l’ouverture accidentelle s’était rétrécie surtout dans le sens vertical ; transversalement , elle avait encore environ quinze lignes d’étendue. Toute l’épaisseur de la nouvelle lèvre supérieure fut incisée perpendiculairement , un peu à gauche de la ligne médiane , et portée au bord supérieur de la solution de continuité préalablement avivée, et y fut maintenue par cinq points de suture entortillée , dont un comprenait l’extrémité libre de l’aile du nez. Pendant l’opération , la jeune fille éprouva quelques symptômes nerveux , hystériformes , qui ne durèrent que peu d’instans.
Jusqu’au quatrième jour il se manifesta de la céphalalgie, un gonflement assez considérable des lèvres,
qui furent combattus convenablement. On ôta toutes les épingles, à l’exception de celle qui traversait l’aile du nez , et qu on ne relira que le cinquième jour. La leunion parut complété dans tous les points, et fut confirmée par la suite.
Cette traction des parties , que nécessita leur rapprochement, produisit un léger renversement de la paupière supérieure , et il restait en bas une échancrure triangulaire, limitée en dedans par le bord incise de la levre supérieure , en haut par la cloison nasale , et en dehors par la direction oblique de la portion de lèvre portée en haut.
Septième opération. Un mois après la dernière opération , on voulut couronner l’œuvre en faisant disparaître l’échancrure que je viens d’indiquer. Comme dans tous les cas précédens , les bords furent excisés , et les deux portions de la lèvre supérieure, jouissant de beaucoup de vie et d’extensibilité , furent facilement affrontées. Deux points de suture les maintinrent en contact pendant trois jours, après lesquels l’adhésion fut opérée. Il restait un froncement de la peau avec une dépression assez marquée vers le centre de la cicatrice ; la bouche aussi était étroite, et la lèvre inférieure, trop longue par rapport à la supérieure, formait une espèce de gouttière. Mais toutes ces parties ne lardèrent pas à s’étendre : la paupière inférieure reprit sa direction naturelle , la bouche s’agrandit aussi convenablement. Enfin , la malade sortit de l’hôpital très -satisfaite de son état. Toutefois, je ne terminerai pas son histoire sans mentionner le courage
presque héroïque avec lequel elle a sollicité cl supporté celle longue série d’épreuves, toutes fort douloureuses, et bien capables de faire, pardonner un peu de coquetterie , si d’autres considérations ne excusaient point assez. x
Ces opérations font le plus grand honneur a M. le professeur Roux , qui , aux connaissances les p|us étendues sur toutes les parties de la chirurgie, joint l’habileté la plus rare, et spécialement cette dexléîité innée, cette délicatesse de la main (si Ion, peut ainsi s’exprimer), qui 1 ont fait tant de fois réussir dans les opérations les plus minutieuses et les plus compliquées. (1)
Observation d’une Luxation de la Colonne vertébrale , compliquée de fracture , et suivie de guérison (avec une planche J;
Par M. J. Cloquct et M. Pailleux.
Le sujet de celte observation est un maçon-couvreur, âgé d’environ quarante ans , et d une forte constitution, qui, occupé au faite dune maison, se laissa tomber à la renverse sur un tas de pierres, et fut frappé à l’instant d’une sorte d’anéantissement et d’une paralysie complète des parties inférieures. Transféré aussitôt dans l’un des hôpitaux de Paris , et traité suivant les préceptes de l’art, les symptômes de
(i) Voyez la thèse inaugurale de Ml Dubourg , interne des hôpitaux de Paris.
la commotion ne tardèrent pas à céder, et l’insensibîlité des membres à disparaître ; mais l’impossibilité de les mouvoir subsista, l’émission des urines devint parfois difficile, et la constipation opiniâtre; ce qui donna lieu à présumer une fracture de la colonne vei tcbrale et une lésion de la moelle. Ces accidens . combattus tour-à-tour par les moxas , les ventouses , les cautères, et autres moyens usités dans ce cas, n éprouvèrent pas d’abord grande amélioration. Cependant, soumis avec persévérance pendant plusieurs mois à ce traitement, le malade en tira des avantages incontestables , et obtint une guérison , sinon parfaite, du moins telle , qu’il put s’en retourner chez lui sur ses membres, en les soulevant toutefois péniblement et en s’aidant de béquilles. Pendant plusieurs années il jouit d’une assez bonne santé, et même ses forces s’accrurent visiblement ; mais prive de son exercice habituel, et manquant parfois du nécessaire, il lui survint des douleurs rhumatismales et un trouble dans les digestions , qui le déterminèrent à entrer à l’hôpital Saint-Louis, pour y profiter des ressources que ce vaste établissement offre en pareil cas.
En vain le soumit-on à un régime analeptique et propre à son état, lui donna-t-on toutes sortes de bains, employa-t-on une foule de dérivatifs sur la peau , il maigrit à vue d œil , et succomba dans le marasme cinq mois après son entrée.
A l’examen du cadavre, nous trouvâmes d’abord à l’extérieur :
Les membres inférieurs prodigieusement amaigris, et une légère inégalité dans la région lombaire, cir-
constances tout-à-fait insuffisantes pour nous expliquer la mort et les symptômes préexistant.
Ouverture du cadavre :
Dans la colonne vertébrale, une luxation telle, que la seconde vertèbre lombaire a été portée en arrière et à droite , en glissant sur la troisième et en entraînant avec elle la partie supérieure du rachis. Cette vertèbre , examinée avec soin comme le siège essentiel du déplacement, nous a présenté les rapports et la disposition suivante. Quant au corps, sa face supérieure, dirigée en haut, un peu à gauche et en avant, est restée unie avec la partie supérieure de la colonne, et conserve à-peu-pres la même direction , sa face inférieure, tournée en bas, un peu à droite et en arrière , repose en partie sur 1 apophyse transverse et le corps de la vertèbre suivante ; sa partie antérieure, regardant en avant, un peu à droite et en bas, répond à des exostoses qui se sont développées au-devant et en assurent la solidité ; sa partie postérieure , dirigée en arrière , un peu a gauche et en haut , oblitérerait le canal vertébral , si elle ne se trouvait brisée et entrouverte ; son extrémité gauche, dirigée à gauche, un peu en bas et en avant, paraît comme écrasée et enclavée entre la première et la troisième lombaire ; son extrémité droite , dirigée à droite, un peu en haut et en arrière, conserve à-peu- * près la même direction que la partie supérieure de la colonne, tandis quelle dépasse de près de moitié le corps de la vertèbre inférieure (i).
(1) Voyez la plaaclie viij , qui représente la colonne vei lébrule.
La lame droite de celte vertèbre nous a semblé avoir été brisée et réunie par un col informe , de manière à avoir plus de longueur que dans l’état naturel.
Les apophyses articulaires du côté gauche ont conservé leur rapport , et nous ont paru être le point fixe sur lequel la partie supérieure du rachis a éprouvé un mouvement de rotation de gauche à droiîe.
Celles du côté droit l’ont entièrement perdu, et sont distantes d’un bon demi-pouce.
Les apophyses, en général, n’ont éprouvé aucune altération et d’autre déplacement que celui propre à la vertèbre.
11 résulte de cette disposition des pièces osseuses, que la colonne vertébrale a éprouvé plusieurs changemens inportans dans son ensemble, tels qu’une flexion prononcée en avant et à gauche, une rotation de gauche à droite de toute la partie supérieure sur l’inférieure, et un raccourcissement à peu-près de la hauteur de la deuxième vertèbre lombaire.
Nous avons trouvé ces parties consolidées , i°. par une exostose volumineuse, développée au devant du corps de la vertèbre déplacée, partant de son côté gauche, et se prolongeant jusqu’à l’apophyse transverse de la vertèbre inférieure au corps de laquelle elle adhère; 2°. par des parties fibreuses, dures, irrégulières et de nouvelle formation , qui les entouraient presque complètement et avec lesquelles se trouvaient confondus les piliers du diaphragme.
3®. Dans la moelle, qui a fixé particulièrement notre attention, des membranes, dures, épaissies, confondues par la face externe avec les parties ligamenteuses voisines , et adhérentes par l’interne aux fais-
ceaux qui constituent la queue de cheval , au moyen de nombreux Glameus fibro-cellulaires. La moelle, par elle-même intacte, puisqu'elle ne s’étendait pas jusqu’au siège de luxation : peut-être était-elle un peu plus volumineuse qu’à l’ordinaire vers son extrémité inférieure ; mais la masse de nerfs qui en émane et constitue la queue de cheval, comprimée, diminuée de volume au niveau de la luxation, fortement adhérente à ces membranes et logée en partie dans l’écartement de la vertèbre brisée.
Tous ces nerfs, également diminués de volume, adhérens ensemble , et tellement confondus et réunis par du tissu cellulaire, qu’il nous a été impossible d’en faire la distinction : au-delà de cet étranglement ils semblaient reprendre un peu de volume , mais étaient loin d’égaler celui qui leur est propre dans l’état naturel. Ils devenaient alors toutefois distincts et faciles à suivre.
4°. Dans les vaisseaux situés au-devant de la colonne vertébrale :
L’artère aorte , déjetée un peu du côté gauche , s’était accommodée à la courbure de la colonne 5 et ne paraissait avoir subi aucune altération. La veine cave , située au-devant de la saillie, paraissait seulement un peu plus dilatée au-dessous.
5*. Les muscles situés tant sur les côtés qu’à la partie postérieure de la colonne , s’accommodaient aux saillies osseuses, et n’avaient pas éprouvé grande altération , si ce n’est un peu de transformation cellulaire et beaucoup d’adhérences.
6°. Dans le canal digestif:
De la rougeur et un ramollissement notable sur
divers points , mais plus particulièrement à l’estomac.
Une érosion manifeste de la muqueuse dans le colon droit , avec quelques stries de sang qui pourraient peut-être expliquer les coliques, les flux de ventre que le malade a eus dans les derniers temps, et son prompt dépérissement.
7°. Les poumons, le cœur, le cerveau et les autres viscères ne nous ont rien présenté de particulier.
INote sur la consolidation des Fractures du col du Fémur > comme cause de difformité ;
Par M. le Professeur Roux.
En faisant revivre l’opinion de Ruysch , etc. , Astley Cooper a conduit les observateurs à de nouvelles recherches , tendant à déterminer, en effet , si les fractures du col même du fémur, c’est-à-dire de la portion de cet os comprise entre la tête et la base du grand trochanter, sont ou ne sont pas susceptiblesde consolidation ; et il arrive souvent dans les sciences de fait, que les recherches dirigées vers un point déterminé ont procuré des résultats inattendus et amené des observations différentes de celles vers lesquelles l’esprit était d’abord dirigé. Déjà , en recueillant des faits qui démontrent, contre l’opinion d’Astley Cooper, que la nature peut travailler efficacement à la soudure de l’os dans les fractures dont il s’agit, j’ai reconnu qu’après la consolidation de ces fractures il y a tou-
jours, ou presque toujours, raccourcissement, et, dans quelques cas , raccourcissement très-considérable du col , et que la trace intérieure de la solution de continuité , où le col , au lieu de former une ligne à-peu-près droite , et plus ou moins perpendiculaire à l’axe du col, est le plus ordinairement recourbé, comme si, des deux surfaces de la solution de continuité , l’une avait été convexe, et l’autre concave. Déjà aussi l’observation clinique m’a appris qu’il s'en faut bien que les phénomènes indiqués par les auteurs comme se présentant dans les fractures du col du fémur, et donnés par eux comme signes de ces fractures, soient constamment réunis. 11 est bien connu maintenant qu’au lieu d’être toujours accompagnées des mêmes circonstances, les fractures clu col du fémur présentent , au contraire , quant aux phénomènes observables pendant la vie, plusieurs variétés, diverses physionomies, qui correspondent sans doute à autant de manières d’être différentes de la solution de continuité elle-même : cette coïncidence n’a pas encore été bien établie, et ne peut l’être que par des observations exactes et nombreuses ; mais le temps n’est pas éloigné où la science aura fait quelques progrès sous ce rapport. Déjà, parmi ces variétés dé la fracture du col du fémur, il en est une que semble avoir entrevue Bichat, ou plutôt Desault , son maître, dont il s’était rendu l’interprète, qu’avait observée, mais sans l’avoir décrite , notre trop modeste et trop silencieux collègue, M. Ribes , et sur laquelle M. Ilervey a appelé d’une manière paiticulière notre attention; c’est celle qu’il a nommée enfoncement du col du fémur. Dans celte lésion , qui mérite à peine , en effet, 1828. Difformités , 5l
le nom Je fracture , le col même du fémur conserve toute son intégrité : on n’y remarque aucune solution de continuité. Le désordre existe à la base, à l’union de ce col avec le grand trochanter , et l’on pourrait dire dans le trochanter. Par l’effet immédiat d’une violence extérieure , la substance spongieuse à larges cellules qui remplit celte éminence, s’est affaissée ; elle a comme disparu ; une cavité la remplace , et cette cavité est occupée ou remplie par une portion plus ou moins considérable du col du fémur : cet enfoncement, ou si l’on veut , ce chatonnement , cette sorte de nucléation de la base du col du fémur dans une cavité formée au centre du grand trochanter, s’est opéré de telle sorte, que d’oblique qu’il est dans l’état naturel , le col du fémur est devenu àpeu près, ou même parfaitement horizontal. Il est réduit pour sa longueur aux plus petites dimensions : la tête de l’os et le grand trochanter , placés sur la même ligne , sont très-voisins l’un de l’autre, s’ils ne se touchent presqu’immédiatement. Une lésion de ce genre ;ne peut guères être produite autrement que par une chute sur le grand trochanter : il est probable que la vieillesse y dispose encore plus quelle ne dispose aux autres sortes de fractures du col du fémur, puisqu’il est connu que les os deviennent moins pesans , moins denses, et que le tissu spongieux y devient plus abondant et plus susceptible de céder à des efforts de pression à mesure que nous avançons en âge. Et quant aux phénomènes d’une telle lésion, on conçoit qu’ils doivent être assez différens de ceux que produit toute autre fracture du col du fémur. Ils le sont, en effet; le raccourcissement existe, mais il
est peu considérable. Le pied n’est incliné ni en dehors , ni en dedans \ il conserve sa rectitude naturelle. Produire de la crépitation est chose impossible ; il y a difficulté , mais non impossibilité absolue de lelev ation du membre place horizontalement, la jambe étant etendue sur la cuisse. On conçoit aussi que la nature peut réparer le désordre dans un laps de temps bien plus court que celui quelle emploie à la conso- ' lidation d’une fracture proprement dite, et surtout des fractures du fémur; et qu’un sujet chez lequel a existé un enfoncement du col du fémur dans la substance spongieuse du grand trochanter, peut se sentir très-promptement disposé à sortir de son lit et à marcher. C’est précisément ce qu’on a remarqué chez des sujets qui n’avaient présenté qu a demi les phénomènes ordinaires des fractures du col du fémur, et sur lesquels, après la mort, et en cherchant la raison dune telle anomalie, on a reconnu l’enfoncement de ce col dans la substance spongieuse du grand trochanter, genre de lésion maintenant bien avéré, et qui depuis le temps où M. Hervez a présenté à l’Académie de Médecine des pièces anatomiques qui en contestaient 1 existence , a été de nouveau soupçonné pendant la vie, et constaté sur quelques sujets après leur mort, par nous-mêmes et par d’autres praticiens.
Rapi>oi;t sur un nouveau traitement pour guérir du.
bégaiement.
. ^aclatne Leigh , de iN'ew-Yorck , se trouvant veuve ‘ lage de trente-six ans, fut accueillie avec bienveil-
laacc dans la famille du docteur Yates, et y reçut les soins les plus désintéressés. Une des filles de ce médecin , âgée d’environ dix-huit ans, était atteinte d’un bégaiement assez fort. Madame Leigh ne crut pouvoir témoigner sa reconnaissance à ses hôtes cru’en délivrant cette demoiselle de son infirmité. Elle lut à cet effet tous les ouvrages anglais qui traitent du bégaiement ; ne retirant pas de cette étude ce qu elle en°désirait , elle se borna à observer avec persévérance la nature de l’infirmité qu’elle voulait guérir, sur le sujet même qui en était affecté. Elle imag.na en conséquence un système d 'exercices de l organe de la parole , au moyen duquel elle opéra cette guérison Elle fit ensuite l’application de sa méthode curative sur un certain nombre de bègues , et les succès quelle obtint ayant répondu à ses espérances, e e établit à New-Yorck une institution pour la guérison du bégaiement. Depuis 1826 plus de cent cinquante bègues y sont entrés et tous en sont sortis gueu .» temps pour la guérisoA d’une cure complète est variable • la durée du traitement dépend Dien moins l'ibùé de la maladie que de é.gré de la tournure de l'esprit de chaque su, et. Cepe.