‹ Orthopédie [electronic resource]Chapitre 13 sur 25 · IMPRIMERIE I)E MIGNERET , RUE DU DRAGON , N · texte numérisé non relu

IMPRIMERIE I)E MIGNERET , RUE DU DRAGON , N

pi .vît

Suite des Descriptions d'instrumens destinés à extraire les calculs de la vessie par voie de comminution ou de broiement ; par M. Leroy ( d’Etiolles. )

Sonde à double courant , p. vij , f. 7,

En 1821, l’un des chirurgiens les plus ingénieux de .notre époque, M. J. Cloquet, guidé sans doute par les mêmes raisonnemens que Haies, dont le travail avait été totalement oublié , fut conduit à employer une sonde double pour dissoudre les pierres dans la vessie (pl. VU, fig. 7). La ligne ponctuée indique la cloison qui établit une séparation et partage la sonde en deux conduits. A la branche supérieure de la bifurcation A est adapté un tuyau élastique, muni d’un robinet qui va se rendre à un baquet servant de réservoir , placé à plusieurs pieds audessus du lit du malade. A la branche inférieure B est adapté un autre tuyau élastique qui va porter le liquide sortant de la vessie dans un baquet placé sous le lit du malade (1). Craignant (à tort peut-être) l’effet des réactifs même très-affaiblis , M. J. Cloquet préféra faire arriver dans la vessie de 1 eau distillée , qui , privée de toute matière étrangère , serait plus disposée à se charger des sels composant le calcul. Mais avant de tenter sur l’homme savant l’emploi de cet appareil, il voulut savoir quel serait son effet hors de la vessie, et il soumit à un courant d’eau distillée des calculs de diverse nature, ayant eu la précaution de placer de distance en distance une ’.outte de cire à cacheter qui, préservant quelques portons de la dissolution , pût lui indiquer le point de dé-' part. J ai vu entre les mains de ce praticien une pierre

^ (.) Cet instrument se trouve chez M. Morette , coutelier , rue des uanettes. 7 %

qui m’a paru être formée décide urique , et qui , après avoir été soumise pendant un mois , cinq heures chaque jour, à l’action du courant, avait perdu une ligne et der/iie de son diamètre. Les effets de celte méthode sont , comme on voit, un peu lents : cependant je désire attendre, pour me former sur elle une opinion arrêtée, que M. J. Cloquet ait publié le résultat de ses expériences, et le tableau du degré de solubilité des différens calculs par l’eau distillée. Si l’on voulait faire arriver dans la vessie un réactif faible , dont on aurait fait

choix d’après la nature présumée du calcul { voy. c. III) , il vaudrait mieux avoir une sonde double en platine. Si l’on désire seulement établir un courant d’eau simple ou distillée , dans l’intention de détruire une pierre , ou pour guérir un catarrhe de vessie , on devrait préférer une sonde double. en gomme élastique (i). La sonde à double courant pourrait être employée avec avantage lorsque la! pierre est peu volumineuse. Je suppose en effet que ce corps ait sept lignes de diamètre ; si le malade se soumet dix heures par jour pendant un mois à l’emploi de lai double sonde , sa pierre ayant perdu trois lignes de son diamètre , sera réduite à quatre lignes , et pourra sortir à travers le canal de l’urètre sans aucune dilatation, et, je crois , avec d’autant plus de facilité , que 1 action du courant aura rendu sa surface lisse et polie. Si, au lieu d eau simple , on faisait arriver dans la vessie les réactifs extrêmement affaiblis proposés par Fourcroy et M. \auquelin, la dissolution serait opérée bien plus promptement encore.

La sonde à double courant doit, ce me semble , toujours être mise en usage lorsque la pierre est adhérente à la membrane muqueuse , lorsqu’elle est enchatonnet

(,) On trouvera ces sondes chez M. Greling , quai Pelletier N.° 36.

ou contenue dans un cystocèle, lorsqu’il n’existe dans la vessie que des graviers. Enfin si cette méthode cause trop de longueur pour être employée seule lorsque le calcul est d’un volume médiocre, elle peut du moins servir de complément au brisement mécanique , entraîner la poussière, atténuer les fragmcns et déterminer leur issue. Son emploi est toujours sans douleur et sans danger.. M. Magendie a bien voulu me communiquer l’histoire d’un anglais qu’il a soumis, il y a environ un an , à l’emploi de la double sonde. Agé de quarante-cinq ans environ , il paraissait avoir des calculs dans les reins; sa vessie contenait une pierre adhérente : il y avait incontinence d urine, et ce liquide entraînait une grande quantité de matière purulente. On établit d’abord un courant d eau mucilagineuse tres-chaude , une demi-heure chaque jour, pendant six semaines; puis on fit arriver dans la vessie de 1 eau acidulée avec l’acide sulfurique, environ douze ou quinze litres chaque fois : ce liquide déterminait l’issue d’une assez grande quantité de détritus , et bientôt la douleur fut calmée ; l’incontinence d’urine et la suppuration de la vessie cessèrent. Pour rendre la guérison plus prompte , M. Magendie , de concert avec M. Amussat, introduisit dans la vessie, au moyen d’une canule , de petites râpes qu’il passait et repassait sur le calcul fixé dans le lieu qu’il occupait (i); par ce moyen on détachait chaque jour quelque portion de la pierre qu’entraînait ensuite la double sonde. Lé malade était dans cet état lorsque ses affaires le rappelèrent dans sa

^(0 Opératimi tout-à-fait. analogue à celle que te. général Claude prat,Tla sur lul-m™c . et dent je parlerai plus tard.

Brise- Pierre de M. Amussat , p. vij , f. 6.

M. Amussat , en retrouvant la sonde droite tout-à-fait oubliée, reconnut de suite qu’il serait possible de s’en servir pour opérer le brisement des calculs vésicaux, et il fit exécuter un instrument dont j’ai donné le dessin pl. VII , fig. 6 . b b est une forte canule de sept à huit pouces de long, en argent ou en acier, cccc sont les deux branches d’un forceps que l’on peut introduire ensemble ou séparément dans la canule qui les maintient rapprochées lorsqu’elles rentrent dans sa cavité ; elles s’écartent l’une de l’autre par leur structure et leur élasticité, lorsqu’on les fait saillir hors de la canule, d d sont deux mortaises percées à l’extrémité de chaque branche , dans lesquelles est reçue une tige de fer e e , longue de cinq à six pouces. Une autre tige de fer ff est placée entre les deux branches du forceps, qui présente en dehors une suite de crans dans lesquels sont reçus deux cliquets gg, disposés comme des clefs de flûte. L’instrument est introduit dans l’état où on le voit représenté ; lorsqu il est parvenu dans la vessie , l’opérateur place le pouce et 1 indicateur de la main gauche sur les cliquets , il pousse hors de la canule en même temps les deux branches du forceps , qui s’écartent l’une de l’autre, et il cherche à pincer le calcul. Dès qu’il y est parvenu , il abandonne les cliquets , qui, venant se loger dans les crans correspondans, maintiennent la pierre saisie. Il place entre les branches du forceps la tige de fer ff, maintient fortement la canule avec la main gauche , puis saisissant e la droite la seconde tige e e , il exerce un mouvement de bascule par lequel chaque branche est successiv ement élevée et retenue par les cliquets : de là résulte poui e calcul une pression telle , qu il faut qu il cède ou que l’instrument se brise. Malheureusement la force e ce dernier, bien que très-grande , n est pas encore sut isan e

pour vaincre la résistance que présente le calcul pour peu qu’il soit dur et volumineux. De plus , ainsi que ] le disais tout-à-l’heure en parlant de 1 instrument de M Eldgerton , deux mors ne suffisent pas pour mainte nt la pierre , îpû échappera par l’effet même de la près sion qu’elle supporte, et par le mouvement d ascensi qui successivement est imprimé à chacune des branches

dUpenCdant que l’élude de la structure du canal de l’urètre conduisait M. Amussat à l’emploi de la sonde droite et le menait par suite à inventer un instrument brise-pierre, de mon côté, je poursuivais cette decouverte , et sans nous en douter l’un et l’autre , nous sui vions une route semblable.

Persuadé qu’une sonde courbe était nécessaire pour pénétrer dans la vessie de l’homme , j’avais d’abord fait exécuter un instrument courbe qui présentait de 1 analogie avec celui de M. Eldgerton, avec cette différence qu’au lieu de la lime qui agissait à la superficie , je cherchais à perforer le calcul , en faisant agir sur lui un bou ton hérissé de pointes , supporté par une tige très-mince et flexible dans le point qui répondait a la courbure de la sonde , semblable par conséquent à la tige qui supporte le por-te- caustique courbe de Ducamp. Je reconnaissais à cet instrument une foule d’inconveniens et d imperfec lions que je m’efforçais de faire disparaître, lorsque INI. Amussat, an mois d’avril 1822 , annonça la possibilité de pénétrer dans la vessie avec une sonde droite. Cette découverte , que je croyais neuve , ainsi que lui , fit évanouir ti mes yeux la plupart des difficultés qui m’avaient arrêté jusqu’alors; et un mois plus tard, dans la meme séance de l’Académie de Chirurgie , nous présentâmes tous deux nos inslrumens lilhontripte.urs. Cependant , bien que nous tendissions au même but , les moyens que pous mettions en usage pour y parvenir n’étaient pas tout-

à- fait les memes; et tandis que M. AmuSsat * ainsi que nous l’avons vu , pensait écraser les calculs par la force de ses instrumens , je cherchais à les réduire en poudre par une action plus lente et peut-être plus certaine.

Instrumens destinés à briser les calculs cnchatonnés dans les parois de V urètre ou de la prostate , faisant saillie dans le canal , pl. vij , f . 4 et 5.

Les calculs n’occupent pas toujours ainsi le centre de l’urètre ; quelquefois un petit gravier échappé de la vessie s’arrête dans un point du canal; il s’y forme une cellule dans laquelle il prend de l’accroissement, et occa-^ sionne une difficulté d’uriner plus ou moins grande. Dans ce cas, l’urètre est rétréci par la saillie que fait le calcul; mais fort souvent cette saillie n’est pas telle qu’une sonde ne puisse encore trouver un passage. Le perforateur d’Ambroise Paré ne saurait convenir lorsqu’il existe un calcul ainsi enchalonné dans l’une des parois de l’urètre , et je ne crois pas que l’on ait dans ce cas proposé d’autre moyen que î incision : cependant il m’a semblé qu’il ne serait pas impossible d’obtenir autrement la guérison* Yoici le moyen que j’ai imaginé pour y parvenir.

A l’époque où l’on croyait que les rétrécissemens du canal de l’urètre étaient produits par le développement de carnosités , on avait inventé divei'S appareils pour les emporter et les détruire. Parmi les instrumens dont on faisait usage , il en est un qui se compose d’une canule ayant latéralement une ouverture plus ou moins étendue , dans laquelle on engageait la earnosité, après quoi l’on introduisait une lame qui opérait la résection des fongosités qui faisaient saillie dans la canule (i). L’appareil que j’emploie est analogue , et déjà sans doute le lec-

( t) Ambroise Paré , livre xix.c , chap. -ij.-

leur a deviné le mécanisme et l’application. Ainsi , après avoir mesuré la distance qui existe entre le méat urinaire et le calcul , on prend une canule plus ou moins grosse., suivant le diamètre du point rétréci, et présentant , a deux pouces environ de son extrémité, une ouverture oblon— gue, dont l’étendue devra, autant que possible, être proportionnée au volume de la pierre. (PI. VII, fig. 4-) Ce volume , on peut l’apprécier au moyen d’une bougie garnie de cire à mouler , de la meme manière que l’on reconnaît la forme et l’étendue d’un rétrécissement de l’urètre. On introduit la canule de manière que son ouverture se trouve en rapport avec la pierre ; si celle-ci fait dans la cavité de la sonde une saillie un peu marquée, on commence à faire agir sur elle une tige armée de dents (pl. III , fig. 2 et 4) , après quoi l’on substitue à ce premier instrument une lime (pl. V , fig. 3), que l’on fait aller et venir sur l’ouverture de la canule, qui, défendant la membrane de l’urètre de son action, ne lui permet de s’exercer que sur le calcul. Jusqu’à la fin de l’opération, ce corps doit être maintenu appliqué contre la fente de la canule , par un aide , dont les doigts presseront à travers les paroiç du canal. Il se pourrait que la pierre arrêtée dans la portion courbe de l’urètre empêchât l’introduction de la sonde droite : en ce cas on emploierait une canule courbe et une lime portant une tige également courbe. L’ouverture de la canule se trouverait, suivant la situation de la pierre, sur la convexité, sur la concavité ou sur les parties latérales. S’il restait une petite portion de calcul que la lime ne pût atteindre , on pourrait la forcer à sortir de la cellule au moyen de la pince de Haies, ou bien en la soulevant avec le crochet représenté ( pl. VII, fig. 3), qui décrit en sortant de sa gaîne une courbe par laquelle il est cdnduit à passer audessous de la petite pierre et à la déplacer.

Apres avoir fait connaître par des figures dessinées sur celles représentées dans les planches qui font partie de 1 ouvrage de M. Leroy , les instrumens destinés au broiement de la pierre dans la vessie, dont il donne la description telle qu’on vient de la lire , nous croyons être utile à nos lecteurs en leur offrant ici le tableau des matières qu il y traite , précédé de la copie du rapport fait à l’Institut (Académie des Sciences ) , le 18 août 1825, lequel est placé en tête de l’ouvrage.

Institut du France , Académie royale des Sciences.

Paris , le 18 août 1825.

Le Secrétaire perpétuel de l’Académie pour les Sciences naturelles , certifie que ce qui suit est extrait du rapport fait parM. Duméril , et adopté par l Académie dans la séance du 3o mai 1825. La Commission croit devoir faire une mention trèsparticuliere d un nouveau mode d’opération à l’aide de laquelle on briserait, on détruirait dans la vessie les calculs qui s y forment et qui s’y développent. Comme celte opération a besoin de la sanction du temps et de l’expérience, la Commission n’accorde pas de prix cette année aux auteurs , auxquels elle réserve tout le mérite de leur procédé ; et sans décider ici positivement du droit de 1 invention , elle a chargé son rapporteur de citer honorablement les noms de MM. Amussat , Leroy ( d’Etiolle) , et Civiale : ce dernier , comme ayant pratiqué avec succès quelques-unes de ces opérations sur le vivant; le premier, pour avoir mieux fait connaître la structure de l’urètre qui permet l’action libre des instrumens ; et le second , pour les avoir imaginés , les avoir fait exécuter , et pour | avoir fait connaître successivement les perfectionnemens que ses essais lui ont suggérés.

Pour extrait conforme ,

Le Secrétaire-perpétuel , Conseiller-d’ étal , Commandeur de l'ordre royal de la Légion- d’honneur ,

Baron CUVIER.

Exposé des divers procédés employés jusqu’à ce jour pour guérir de la pierre sans avoir recours à l’opération de la taille. — Description du canal de 1 urètre. Des ^ calculs urinaires , leur composition chimique , leurs caractères physiques , leur fréquence , etc. Sédimens crystallisés ou graviers. — Concrétions solides ou calculs urinaires. — Calculs solubles dans les alcalis. Calculs d’acide urique ou lithique. — Calculs formés par 1 urate d’ammoniaque. — Calculs solubles dans quelques acides seulement. — Phosphate de chaux. — Calculs formés de phosphate ammoniaco - magnésien. Calculs solubles dans les alcalis et les acides. — Calculs d oxyde cystique. Oxyde xanthique. — Calculs insolubles. — Calculs d oxalate de chaux. — Calculs formés de silice. Calculs composés de différentes substances. — Calculs alternans solubles. — Calculs alternans insolubles dans la vessie. Calcul mixte. — Mucus. — Causes , formation des calculs.

« — Situation , nombre. — Diagnostic. — Du cathétérisme*

— De la sonde droite. — Des moyens de reconnaître la nature chimique des calculs contenus dans la vessie ou toute autre portion des voies urinaires, et même la disposition à la formation d’un calcul. — Traitement. Les carbonates alcalins. — Les acides. — L’acide carbonique. — Du régime. — Des injections dans la vessie. Des injections continues et de la sonde à double courant.

— Dissolution par la pile voltaïque. — Extraction des calculs à travers le canal de l’urètre ou sans dilatation. — Des pierres arrêtées dans le canal. — Dilatation du canal de l’urètre. — De l’extraction des calculs entiers au moyen de pinces et autres instrumens analogues. — Dubrisement de la pierre. — Perforation des calculs engagés dans le canal. — Brisement de la pierre dans la vessie. — Des lithopriones. — Procédés opératoires. — Lithoprione à filet. Lithoprione modifié. — Dispositions générales individuelles. Vices organiques et maladies de l’appareil urinaire qui peuvent apporter obstacle à l’emploi des

agenslilhontriptiques, chimiques ou mécaniques , ou nécessiter la modification du traitement. — Vices de conformation. — Catarrhe de la vessie.' — Engorgementde la pros* tate. — Rétrécissemensdu canal de l’urètre. — Appendice.

On sait aujourd’hui quels sont les succès obtenus de l’application de la lithotritie (action de broyer la pierre dans la vessie ) , au traitement de la cruelle maladie qui fait courir de si grands dangers à ceux qui en sont affectés , lorsqu’ils recourent à l’opération par laquelle le chirurgien exti'ait de la vessie ,- au moyen d’instrumens tranchans, les calculs qui s’y sont formés. Nous nous abstiendrons , en conséquence , de rapporter ici les faits qui les constatent, devant nous borner, d’après la destination de ce Journal, à la simple description des instrumens dont l’utilité est reconnue , en faisant ressortir toutefois les avantages ou les inconvéniens qu’ils peuvent présenter, lorsque nous sommes suffisamment informé, sous ce double rapport, soit par l’emploi que nous en aurions fait ou vu faire par les inventeurs , soit encore par ce qui nous en serait rapporté par des confrères qui en auraient fait usage. Mais comme nous ne sommes pas en mesure , par un assez grand nombre de. ces moyens , d émettre une opinion sur la valeur des instrumens dont il s’agit , nous attendons pour faire connaître celle que nous pourrons nous en faire , que leur emploi , plus répandu qu’il ne l’est encore , nous mette en état d’apprécier jusqu’à quel point ils réunissent les conditions nécessaires pour produire dans l’intérêt du malade l’effet qu’on en attend.

C’est d’après ces considérations, .qu’après nous être borné à la simple exposition des instrumens représentés dans l’ouvrage de M. Leroy , en y joignant le rapport fait à l’Académie des Sciences , nous allons reproduire seulement ici la description que M. Civiaie fait des instrumens

qu’il emploie pour opérer le broiement des calculs dans la vessie, et les en faire sortir après les avoir ainsi divisés; ce but étant le même que celui que se propose M. Leroy. Toutefois un assez grand nombre de ces opérations ayant été déjà pratiquées par M. Civrale avec les instrumens qu’il décrit, et plusieurs rapports en ayant constaté les résultats , nous joindrons à celle description ceux de ces documens qu’il importe le plus à nos lecteurs de connaître.

Description des instrumens employés par M. le docteur Civx.vle, dans la lilhotritie ; rédigée par lui-même.

L’appareil instrumental consiste; i.° en une canule métallique droite, de onze pouces de longueur, et dont ie diamètre varie depuis deux iignes jusqu’à quatre. Cette canule présente à l’une de ses extrémités un rebord saillant de trois lignes , une vis de pression , un appareil pour empêcher l’écoulement de l’urine , et un engrenage pour fixer un touret; 2.0 clans cette canule est reçue une autre canule en acier, divisée à l’une de ses extrémités en trois branches recourbées ; l’extrémité opposée et taraudée pour recevoir une petite plaque à laquelle est fixée une boîte destinée à retenir l’urine ou le liquide injecté avant l’opération; ce$ deux canules sont mobiles; 3.° une tige d’acier plus longue que la canule intérieure , est reçue dans cette dernière. L’une de ses extrémités présente une tête garnie de dents pour attaquer la pierre ; c’est sur l’extréniitc opposée et à la portion de celte tige qui dépasse la canule intérieure que l’on fixe une poulie. Les deux extrémités correspondantes de la seconde canule ou litholabe , et de la tige d’acier ou lithotriteur , présentent dans l’étendue d environ deux pouces une échelle graduée qui fait connaître le degré d’écartement des branches et l’épaisseur de la pierre lorsqu’elle est saisie.

TJn touret dans le genre de ceux dont se servent les hoilogers, avec un ressort en spirale, un archet ou une

manivelle à rouage , différentes pinces droites et courbes, soit à deux, soit à trois branches , fixes ou mobiles , et un brise-pierre proprement dit , telles sont les pièces principales de mon appareil opératoire.

Il est facile de disposer cet appareil; mais il n’en est pas de même de son application ; des connaissances pu-i rement anatomiques ne suffiraient pas pour déterminer la marche qu’il faut suivre.

En chirurgie, la théorie seule sera toujours insuffisan-i te ; c’est surtout en opérant dans un viscère dont la moindre lésion produit souvent des résultats fâcheux, que la théorie doit être accompagnée pas à pas par l’expérience. Après des essais multipliés sur le cadavre et sur les animaux vivans, je fus assez heureux pour être à même de faire avec succès sur le malade l’application de ma méthode Ce fut en 1823 qu’eurent lieu mes premiers essais sui deux malades qui portaient deux petits calculs. L’un fut extrait en entier, et l’autre, très-friable , fut écrasé parla seule pression des branches de la pince. Ce résultat nemd permettait pas cependant detirerune conclusion générale sur l’efficacité de cette méthode ; il fallait auparavant l’appliquer à des malades placés dans des conditions différentes Au commencement de 1824, j’opérai trois calculais qlii ne présentaient pas les mêmes chances de succès L’un portait une pierre murale du volume d’une noix; l’autre avait un calcul de phosphate de chaux très- friable , ayant pour noyau un haricot , dont l’extraction offrailj des difficultés qui ne se présentent pas dans les cas ordinaires ; le dernier avait deux grossespierres d’acide urique i Ces opérations, faites en présence d’une commissionde l’Académie royale des sciences, et d’un grand nombre de praticiens, se trouvent consignées dans un rapport fait à l’Institut par MM. Chaussier et Percy. Depuis 1818, ces savans avaient eu connaissance de mes travaux;! mais avec cette sagesse qui les caractérise , ils ont différé d’émettre une opinion jusqu’à ce que des faits de

pratique aient confirmé Futilité de cette découverte.

Enfin, le rapport de MM. Chaussier etPercy fut fait. L’importance de la lithotritie et les espérances qui existaient déjà à cette époque d’éviter dans la plupart des cas l’opération meurtrière de la taille furent reconnues. J’ai vu avec un orgueil bien pardonnable que ces savans ont rattaché mon nom à un changement si important dans ;ette partie de la médecine opératoire.

1 Une donnée générale était obtenue , il était prouvé que la lithotritie était pralicable ; mais il restait à déterminer les limites de son application. La pratique seule pouvait les établir : il fallait, constater par l’expérience; i.° quels étaient les cas les plus favorables; 2.0 quelles étaient les circonstances qui offraient moins de chances de succès; 3.° quelles é taient les conditions qui rendaient l’application le cette méthode impossible.

I.re Série. — Cas favorables. — Une petite pierre , l’état sain ou presque sain de la protaste , de la vessie el des organes essentiels à la vie , l’état normal des fonctions , sont les conditions les plus favorables.

Il est quelquefois inutile de faire subir au malade la moindre préparation ; dans tous les cas elle se borne à un régime doux et à l’introduction dans l’urètre de sondes flexibles (n.° 9 et xo), que le malade garde dix minutes chaque jour; quatre ou cinq jours suffisent pour diminuer la sensibilité de ce canal. On procède ensuite à l’opération ; on introduit l’instrument, dès que le calcul est senti, on fait écarter les branches de la pince ; la piei're est saisie avec d’autant plus de facilité, quelle est plus petite; si l’on juge que l’on puisse l’extraire par l’urètre, l’opération est terminée de cette manière ; si elle est plus volumineuse , et si l’instrument dont on se sert est assez solide, on 1 écrase par une pression exercée au moyen de la tete du lithotriteur, contre les crochets de la pince; si son volume est plus considérable encoi'e , ou si sa dureté çst trop grande , on la broie.

Suivent les relations sommaires de dix-neuf opérations exécutées en présence de plusieurs hommes de l’art nationaux ou étrangers , et de personnages d’un rang élevé ; après quoi M. Civiale dit :

On peut conclure des observations précédentes, sur-i tout si on les compare avec celles que je vais présenter,! que plus la maladie est récente , plus la guérison est f prompte et facile, lors-même qu’elle serait compliquée; de quelques circonstances défavorables; en effet, on voit, ï.° que M. Fichon, M. S. et M. B. ont été opérés et guéris dans une seule séance; aucune de ces opérations n’a duré dix minutes; 2.0 que MM. Perrin le Page , Maudhuyll et M.me Delange , qui portaient des pierres plus volumi-|‘ rieuses que les précédens, ont été guéris en deux séan-lj1

ces; 3.° que MM. Gentil , Laurent, Azille , Belin , B. . 1

dont les pierres plus grosses ou en nombre plus con- ' sidérable , offraient quelques difficultés de plus, ont été guéris en trois séances, qui ne duraient ordinairemenl 1 que dix minutes ; 4-° que MM. Guilbert, Brousseau c

B . . B ourlât, D . , qui avaient des pierre? plus f

anciennes et plus grosses que celles des malades précé- ! dens , n’ont été délivrés qu’après des opérations plu: i nombreuses.

La conclusion que l’on peut tirer de ces faits , est : que > les jeunes enfans et un petit nombre de cas exceptés, tou.1 l! ceux qui se font opérer dès que la maladie est déclarée ti n’éprouvent ordinairement que peu de douleurs, ne son '• exposés à aucun danger, et sont soustraits aux atroce.' souffrances et aux désordres que produit la pierre par soi ; séjour prolongé dans la vessie.

II.e Série. — J indiquerai maintenant les circonstance, qui rendent l’application de la lilholritie moins facile e i£

moins certaine. . • .

Une pierre volumineuse , des altérations plus ou moin:

profondes de la vessie , les engorgemens considérables d( la prostate, une altération des reins ou autres organes

sont des complications défavorables. Les observations suivantes présentent des cas qui rentrent dans cette catégorie.

La préparation dure ordinairement huit ou dix jours; on ne laisse jamais la sonde dans l’urètre plus de dix minutes chaque jour; l'instrument est introduit avec facilité. Lorsque la vessie est petite , et que la pierre est volumineuse , on éprouve quelques difficultés pour la saisir,, surtout lorsqu’elle se trouve placée près du col de la vessie, et que la pince s’ouvre derrière la pierre. Une pince dont l’une des branches est mobile, présente quelquefois des avantages; je m’en suis servi avec succès: lorsque la pierre est attaquée par un côté , il faut la retourner; ce que l’on fait au moyen de la tête du litbotriteur , ou de la branche mobile , après avoir légèrement desserré la pince.

De ces observations, dit M. Civiale, il résulte que les cas qui offrent le plus d’obstacles à l’application de sa méthode sont ceux dans lesquels le malade porte une ou plusieurs pierres anciennes et volumineuses; que les altérations de la vessie,, delà prostate et des reins, etc., sont des conditions défavorables; cependant, dans la presque totalité de ces cas, 1 application de sa méthode a eu un résultat heureux. Les affections auxquelles ont succombé trois malades , opères et guéris déjà depuis long-temps , étaient , comme on l’a vu , indépendantes et de la pierre, et de 1 opération. L autopsie de ces malades a prouvé combien peu sont fondées les craintes que quelques personnes ont exprimées, relativement au séjour dans la vessie de quelques parcelles de la pierre après le broiement.

Séné III.C— Je vais, poursuit M. Civiale , indiquer mainenant quelques-uns des cas qui se sont présentés, et dans csquels l’application de la lithotritie n’a pu avoir lieu.

Dans cette troisième série , il faut distinguer les condiîons qui ne laissent que peu d’espérance de succès, et ce es qui ecartent absolument toute espèce de tentatives.

Suivent plusieurs observations , à la suite desquelles M. Civiale termine ainsi :

J’ai vu plusieurs autres malades , placés dans des conditions qui repoussaient toute idée d’opération ; ils se sont résignés à souffrir. Les uns sont morts peu de temps après en conservant leur pierre ; d’autres traînent encore une existence des plus tristes.

Tel est le précis des variétés qui se sont présentées dans l’application de la lithotritie : je me suis attaché , comme on a pu le voir, à éviter l’écueil où vont échouer trop souvent ceux qui présentent des méthodes nouvelles, je n’ai pas trop généralisé.

Si l’on résume les faits que j’ai rapportes , on verra combien sont futiles les objections que 1 on a cherché a opposer à ma méthode. Il faut, dit-on, des opérations multipliées, fatigantes; ce que je viens d exposer prouve le contraire ; la durée du traitement est toujours proportionnée à l’ancienneté de la maladie. On n est jamais assuré , a-t-on ajouté , que la guérison est complète ; les faits répondent encore à cette objection. On a cherché à inspirer des craintes sur la solidité de mon appareil opératoire ; l’expérience a démontre combien elles sont peu fondées. L’on a parlé des inconvéniens de la dilatation de l’urètre ; il est inutile de dilater ce canal quand il est dans l’état sain , les dimensions de mon instrument en sont la preuve. Quelques détracteurs de ma méthode ont parlé des accidens consécutifs de l’opération : quand on a l’expérience suffisante dans la pratique de la lithotritie ,

ces accidens ne peuvent avoir lieu.

On a également dit que des tentatives infructueuses , faites pour le broiement de la pierre dans la vessie, pouvaient nuire au succès de la cystotomie, quand on en était réduit à cette extrémité. Je ne citerai à cet égard qu un seul fait; quatre malades sur lesquels j’avais fait des essais qui n’avaient pas réussi, ont été taillés , tiois sont 8ueris.

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