RELATIVEMENT
AUX DIFFORMITÉS, EN 185i;
Par M. Maisonabl.
Nous avons dit ailleurs que par ce mot difformité dans le corps de Fhomme, nous entendions parler des diverses conformations extraordinaires, tant internes qu’externes dont il offre des exemples au moment de la naissance et à toutes les époques de la vie. C’est ainsi que, parmi les divers sujets traités sous ce mot, l’anatomie descriptive, l’anatomie pathologique, la physiologie , la médecine, la chirurgie et la thérapeutique, trouvent des matériaux propres à agrandir leur domaine. C’est ainsi , du moins comme nous l’avons dit le premier, dans nos écrits et développé dans nos cours , qu’il nous a paru que l’on devait considérer les services que doit rendre Fétude des difformités.
Toutefois, parmi les divers écrivains qui se sont occupés des difformités dans Fhomme et les animaux pendant ces dernières années, il en est qui ne les ont étudiées que dans 1 intérêt de la zoologie , de l’anatomie ou de la physiologie, ou plutôt de la science de l’organisation , et de ce nombre, sont MM. Geoffroy-Saint-Hilaire , le père et le fils. Ce dernier a publié, en 1829, une thèse sous le titre, de Propositions sur la monstruosité chez V homme et les animaux , thèse soutenue à la Faculté de médecine de Pans, pour en obtenir le grade de docteur en médecine, avec un talent digne du nom que porte l’auteur.
MM. Geoffroy- Saint-Hilairé ne se sont donc occupés que de difformités congéniales. C’est sous ces derniers
mois, qui désignent si bien le sujet qu’ils ont en vue, que nous aurions préféré le leur voir annoncer; l’expression monstruosité, qu’ils ont préférée, n’étant trop généralement reçue que lorsqu’on veut parler d un homme ou d’un animal qui inspirent l’horreur ou l’effroi. •
Bien que la médecine ni la chirurgie proprement dites n’aient à faire aucun emploi, du moins direct des travaux de ces messieurs, nous n’en conseillons pas moins la lecture , plein de confiance que nous sommes dans 1 exactitude des faits dont ils offrent l’exposition, et persuadé d'ailleurs que leur connaissance ne peut être sans intérêt aux yeux de tout médecin bien pénétré de cette vérité,
' que tout se tient dans l’étude de la nature, saine ou malade, régulière ou irrégulière.
Quedirons-nousde l'influence qu’a exercée, sur le traitement de plusieurs difformités, et notamment sur celles delà colonne vertébrale et des membres, le grand ouvrage de M. Serres sur lesystèmè nerveux. Les nombreux succès que ce savant médecin obtient tous les jours dans sa pratique et à l'hôpital de la Pitié, de l’application des découvertes qu’il a faites relativement à l’influence de certaines lésions nerveuses sur des maladies dont la cause est souvent fort éloignée de leur siège, sont aujourd hui trop connus pour que nous croyons nécessaire d en faire •ici une courte analyse.
Nous nous bornerons, parce motif, à émettre cette conclusion sur l’ouvrage de M. Serres, qu’il est peu de lésions organiques dans l’appareil locomoteur, et particulièrement dans tout appareil où le tissu musculaire joue un rôle principal, qui ne trouvent leur explication anatomique dans son ouvrage ; c’est ce dont se convaincra tout praticien qui aura h traiter les déviations du rachis , les Loplries, et le, paralysies des membres et de d.vers
organes des sens. . '
Eu parlant des immeusessen ices rendus sous cerapp i
à la science, nous rappellerons!’ iHile ouvrage Je M. 011 1 vier
à* tsxseevs, sur lamoelle épinière, ses conformations vicieuses
et ses maladies. Tout praticien retrouvera, dans les consciencieux travaux de ees deux auteurs, 1 expl.caliou et les causes de plusieurs dispositions anormales qu. const.tuent des difformités simples ou composées.
En les lisant avec attention, il reconnaîtra , en effet , tantôt de vraies probabilités de succès dans emp 01 de moyens empruntés Via thérapeutique interne ou externe à la chirurgie spéciale ou à la mécanique; tantôt impuissance de l’art, dans ces cas assez fréquents , ou un membre -ou un organe se présentent atrophies et sans mouvement , parce qu’une portion du système nerveux , qui doit lui donner la vie et le mouvement , est a peine formée elle-même, dans certains cas , tandis que dans certains autres elle manque totalement.
Si, entrant dans l’examen des ouvrages spéciaux sur les difformités, et les moyens de les prévenir ou de les corriger, nous devons parler de celui de feu M. Delpech , intitulé Orthomorphie : nous croyons devoir nous borner a rappeler que le jugement qui en a été porté par 1 Institut, lorsque sou auteur le soumit à l’examen de ce corps savant, dans la vue de le recommander au public par l’obtention de quelques marques d approbation qu il en sollicitait, ne lui fut rien moins que favorable. C’est tout ce que nous nous permettrons de dire, une telle réserve nous étant prescrite par la mort de 1 auteur , contre les opinions duquel nous nous sommes d’ailleurs élevédeson vivant, alors qu’au lieu de repondre a la decente ciitique que nous faisions de plusieurs de ses assertions relativement à certaines difformités sur lesquelles il avait écrit après nous, il se bornait lui-meme à condamner, sans en dire la raison, l’emploi des plus simples moyens empruntés à la mécanique , dont nous retirions cepen- . dant alors, comme depuis, jusqu’à ce jour, les plus grands avantagés.
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loutefois, après nous être ainsi expliqué sur l’ouvrage dont il s agit, nous pensons que notre réserve ne trouverait point d’excuse aux yeux du public, si nous la poussions au point de nous abstenir de toute réflexion sur l’évidente inutilité de ces nombreux appareils gymnastiques , dont on tiouve les flgures dans 1 atlasqui accompagne ce même ouvrage.
Les réflexions que nous ferons à ce sujet sont d’ailleurs d’autant plus nécessitées et opportunes dans ce moment, que depuis quelque temps l’abus des moyens de ce genre , malgré l’impossibilité d’en motiver l’emploi aux yeux d’hommes vraiment compétents pour en juger, se multiplie au point qu’indépendamment des annonces ridiculement prétentieuses qu’on en fait faire dans les journaux, l’exposition des produits de l’industrie en offre, cette année, au public si facile à abuser, en si grand nombre et ^vec de prétendues destinations si étranges, que nous ne pouvons nous abstenir d’en dire un mot. Or, voici ce que nous pouvons affirmer à ce sujet :
Après toutes les recherches, les assertions , les discussions , les controverses et les faits les mieux établis , dont on trouve les plus importants rapportés dans cet ouvrage , nous croyons pouvoir donner, comme hors de toute contestation, que rien n’est plus facile à apprécier que l’inutilité et presque toujours le danger de l’emploi de tout moyen gymnastique , mis en œuvre dans la vue de rétablir la circulation sanguine et l’innervation dans une partie quelconque du système musculaire , toutes les fois que ces deux fonctions se trouvent réduites au point qu’Ü n’y subsiste plus qu’un reste de vie de végétation sans la moindre faculté de mouvement volontaire.
En effet, qui oserait soutenir que de simples mouvements automatiques ou machinalement imprimés à un membre paralytique ou atrophié, peuvent avoir pour effet
de ranimer ce qui est sans vie ? Le simple énoncé de celle question doit suffire pour y faire répondre par la négative.
Et , relativement à la déformation de quelque partie du système osseux que ce soit, comment espérerait-on avec plus de probabilité de succès de persuadei à quiconque serait capable de raisonner avant que de juger, que de tels moyens puissent exercer la moindre action salutaire, lorsqu'il est sensible aux yeux de tout le monde que tout exercice au moyen de mouvements, du moins en partie volontaires, peut bien agir sur des muscles, mais, en aucune manière sur des os; les premiers y pailicipant nécessairement d’une manière plus ou moins sensible , mais, .dans tous les cas, toujours active; tandis que les derniers n’y jouent qu’un rôle absolument passif.
Il faut donc tenir pour avéré, d’une part, que la gymnastique ne peut absolument rien sur des muscles en lesquels la nature ne conserve plus qu un état de simple végétation, ni sur des os dont les formes sont altérées; et toutefois reconnaître, en même temps, que la gymnastique est un des moyens les plus puissants, non-seulement d’accroître les forces musculaires, mais encore d imprimer aux principaux appareils, au moyen desquels s exécutent les principales fonctions de l’économie, un degré d’énergie tel que, réglé par un médecin capable d en apprécier les effets , il peut exercer les plus heureuses influences, non-seulement dansde simples cas de faiblesse de la constitution en général, mais encore dans beaucoup de cas de maladies en particulier.
Occupons-nous actuellement d’un auti’e ordre de moyens employés dans la vue de corriger certaines difformités : c’est delà mécanique que nous voulons- parler, comme puissance à employer conti’e les résistances que certains organes peuvent opposer au retour ou à 1 établissement dans quelque partie du corps, de formes régulières.
Quels sont d’abord les organes sur lesquels l’action directe d un moyen mécanique quelconque peut être efficacement dirigée, dans la vue de changer la forme actuellement vicieuse , sans y opérer de solution de continuité? Ce sont en général ceux qu’on désigne sous le nom de parties molles. Quant à ceux qu’on désigne sous le nom de parties dures , tels que les os et les ligaments , les fibro-cartilages , les cartilages, nous mettons en fait, premièrement quant aux os , que la mécanique ne peut rien pour changer la configuration de ceqx'qui sont courts et épais; qu’elle a peu d’action sur ceux qui sont longs et forts, ainsi que sur les cartilages; qu’elle en a un peu sur les fibro-cartilages et beaucoup sur les ligaments.
D’où il y a à conclure tout d’abord , que ces moyens 11e peuvent agir principalement que sur une classe de difformités, celles qui résultent du défaut de rapport entre un os et un autre, avec lequel il est joint ou articulé. Il est entendu d’ailleurs que les diverses compressions d’une utile application dans beaucoup de cas de développement contre nature d’un organe quelconque , sont encore sous l’influence d’actions purement mécaniques, ainsi que les dilatations d’ouvertures rétrécies, etc.; mais nous ne voulons parler ici que de la puissance mécanique opposée à des résistances plus ou moins fortes : e’est circonscrire ces cas dans le fait des déviations de l’épine et des membres, pour poser en principe que ces puissances ne peuvent être dirigées, dans ces cas, contre des ligaments et des fibro-cartilages, avec quelque espoir de succès, qu’autant que leur action sera graduée et longtemps soutenue.
Appliquée au redressement de l’épine déviée , il est constaté aujourd'hui qu’elle a souvent d’heureux résultats qui, d’après nous toutefois, ne peuvent s obtenir de son seul emploi, qu’autant qu’il n y a qu une seule cause mécanique s’opposant naturellement a son redressement.
nous voulons dire l’épaisseur des ligaments inler-verlébraux, plus considérable d’un côté de la colonne vertébrale que de 1 autre.
Or, dans ce cas, une expérience de plus de douze ans nous a appris que, de tous les moyens les plus propres à opérer utilement et sans danger une action mécanique extensive de la colonne vertébrale, c’est de calculer soimême , par l’emploi de ses propres forces , jointes à l’action de la bascule qui fait partie de notre lit, la résistance dont il s’agit; d’appliquer et de maintenir le plus longtemps qu’il se pourra, la puissance capable tout juste de la surmonter.
Et nous ajouterons à ce sujet , comme étant encore le fruit d’uneconslante observation que cetteextension doit être fixe. Réformant en cela notre opinion qui était, il y a plusieurs années, qu’une tension fixe offre des inconvénients dont celle opérée par un balancement permanent entre lit résistance et la puissance, paraîtrait exempte.
Ainsi, tandis que certains s’évertuent à compliquer leurs moyens d’extension , nous sommes parvenu à réduire le nôtre à une simplicité de mécanisme, telle que notre lit ne diffère presque en rien des lits ordinaires.
Voilà ce que nous notons comme un progrès de notre part , et un pas rétrograde de la part de ceux qui , procédant en sens inverse, s’attribuent le prétendu mérite d’avoir récemment inventé et appliqué un genre d’extension, dite localisée; tandis que ce même moyen, d’ailleurs reconnu mauvais par son auteur, M.Shaw, a été par lui inventé vers 1823, représenté dans un atlas à cette époque, et par nous exactement, reproduit dans la pl. n du deuxième numéro de notre Journal, publié en 1825, où on peut voir si la figure qui y est représentée, offre autre chose qu’un plan incliné et deux châssis laissant entre eux, sous le dos d’une jeune personne, un inter-
valle correspondant au point de la colonne vertébrale à redresser.
Nous terminons cet article en relevant une erreur grave échapée au savant auteur du Traité d’anatomie pathologique, M. Cruveilhier qui, donnant le dessin du pied-bot d une femme morte à l’âge de quarante-un ans, conclut de ce que, dans ce sujet, l’aponévrose plantaire n a pas été trouvée plus courte que dans l’état régulier, c est à tort que nous avons dit que c’était à cet accourcissement ou défaut de développement, qu’était dû le plus grand obstacle au redressement du pied-bot. Notre objection à cette conclusion , sera bieu autrement logique. S’il y a erreur dans ceci, c’est de la part de M. Cruveilhier , et c est lui-même qui en offre la preuve dans la figure du pied-bot dont il parle, figure représentant un cas de pied, difforme seulement dans son articulation fibro-tar sienne, tandisque dans lescasdout nous avons parlé, il était toujours question du pied-bot à double déformation: i° à son articulation tibio-tarsienne; 2° à celle larso-mélatarsicnne.
Au surplus, nous pouvons affirmer aujourd’hui que, quelle quesoit la nature de cette difformité, et à quelque âge qu’elle se présente, nous répondons de la corriger au moyen de la machine que nous ferons connaître en publiant un mémoire accompagné de la figure qu’elle représentera.