JNSTRUMENS EMPLOYÉS PAR LA CHIRURGIE
D ans le but de conserver la santé , la médecine indique la meilleure manière de vivre. Dans celui de la rétablir , c’est encore un régime qu’elle prescrit , tantôt en employant en même temps des médicamens qu’elle introduit dans le corps par les différentes ouvertures que présente sa surface, d’autres fois en appliquant temporairement ou indéfiniment à son extérieure, des agens dont le principal objet n’est que d’y produire des actions physiques ou mécaniques ; d’autres fois , enfin , en faisant usage d’inslrumens destinés à pénétrer dans son intérieur , sans y porter atteinte à son intégrité, ou à y produire des solutions de continuité dans la vue d’en diviser ou d’en retrancher quelques parties ; et dans certains cas , dans
celle d’en réunir que la nature ou des accidens ont séparées au préjudice de la conformation régulière.
Parmi ces divers moyens employés par la médecine selon les indications qu’elle veut remplir, c’est de ceux qui appartiennent à la mécanique et aux insLrumens de chirurgie, que nous nous occuperons dans ce travail.
Nous l’avons dit ailleurs , mais c’est ici le lieu de le dire encore , pour entrer dans quelques détails nécessaires : l’importance de ce genre de moyens n’est pas. assez sentie ; elle n’est pas du moins assez généralement avouée. En serait il ainsi , parce qu’on penserait qu’il y a peu à dire ou à faire sur de tels sujets, ou bien encore serait-ce parce qu’il semblerait qu’il y a peu de gloire à acquérir par les services qu’on rendrait en s’en occupant même avec tout le succès possible ?
Relativement à la première supposition , nous objectons , d’une part, que nous ne possédons aucun ouvrage complet en ce genre , conçu et exécuté d’après les vues qu’on doit se proposer ; et que de l’autre rien n’est plus commun que de voir les opinions divisées, sur l’utilité ou le mérite , l’inutilité ou les inconvéniens d’objets de mécanique, ou d’instrumens de. chirurgie employés cependant journellement , soit par leurs inventeurs , soit par ceux qui , sur leur foi , en font usage.
Et quant à la seconde , nous nous bornons à demander, si , pour tout homme qui sent ai; n oral comme au physique , et qui apprécie les choses selon leur réelle valeur, une des premières gloires, n’est pas celle d’clre utile à celui de ses semblables qui souffre ?
Pour motiver ce que. nous avons avancé , relativement au manque absolu d’un ouvrage complet sur la matière dont il s’agit , conçu et exécuté d après les vues qu’on doit se proposer, jetions d’abord un coup-d œil sur le très-petit nombre de ceux qui traitent des moyens empruntés de la mécanique , pour exercer sur quelques
parties du corps de l’homme des actions physiques que des infirmités de naissance ou accidentelles rendent nécessaires. Que remarquons-nous , comme chacun peut s’en convaincre ? Nous remarquerons en premier lieu , qu’on ne désigne pas un de ces moyens sur dix dont on puisse dire : son action est supportable ; elle ne trouble aucune Jonction importante ; la situation , la direction des vaisseaux sanguins et lymphatiques , des glandes , des organes qu’on ne saurait comprimer sans danger, ont été prises en considération dans sa construction et son emploi motivé , ne peut en un mot q u être utile et point nuisible ?
Que si nous portons ensuite nos regards sur ces nombreuses figures représentées dans ces immenses collections d’instrumens de l’ancienne chirurgie et même de la plus moderne , qu’y trouverons-nous ? On ne cesse de le remarquer: beaucoup d’instrumens inutiles , beaucoup d’autres mal accommodés aux besoins pour lesquels ils sont faits , et quelques-uns seulement heureusement imaginés et si bien exécutés , qu’on peut en retirer les plus grands services.
Il y a donc beaucoup à faire sous ce double rapport. Or, voici comment il nous semble qu’on doit procéder pour rendre un travail de ce genre plus complet , plus plus utile et généralement plus profitable que ne l’ont été jusqu’ici des travaux analogues (i). L’expérience et
(i) Parmi ces travaux , on doit, distinguer le T-aité des Bandages de feu M. le professeur Thillaye , dont le mérite fait regretter quil n'ait pas publié, celui de la Mécanique, appliquée à la chirurgie, cju ii y annonce. Il serait bien à désirer que notre con-t fié.ie.M. i uillaye-son fils, conservateur à là Faculté , possesseur <us manuscrits de M. son père. , von lût en être le continuateur: per-
( fi )
l’observation étant les seuls bons juges en toute matière, mais particulièrement en celle qui a pour objet de produire un effet mécanique ou simplement physique sur nos organes , voilà les seuls guides qu'il y a à suivre.
Telle machine, tel instrument , ayant les mêmes destinations , auront paru à leurs inventeurs réunir les conditions les plus favorables dans certains cas déterminés , que ceux de leurs pairs qui en feront usage dans des cas identiques n’en pourronttirer le même parti, alors même, toutefois , qu’ils apporteront dans l’exercice de leur art des connaisances aussi solides qu’étendues.
Il en serait probablement tout autrement si leur description accompagnée de la figure qui les représente ( se faisait dans le livre , de telle sorte qu’on n’y vît pas seulement dessinée la forme de l’objet , mais qu on y trouvât encore exprimés les motifs qui l’ont nécessitée. Alors en effet , on pourrait juger du mérite réel d une machine, d’un bandage , d’un instrument ou d’une piece employée dans la prothèse , dont l’usage ne s’est pas assez répandu , parceque l’utilité ou les‘favantages qu on peut retirer de chacune de leurs parties n’auraient pas ele assez motivés ou assez sentis.
Peu de descriptions sont aussi difficiles que celles des agens mécaniques employas par la chirurgie ; aussi peu de praticiens y trouvent-ils , faute de les bien entendre tout ce qu’ils veulent cependant y apprendre avant de s’en servir. Ces descriptions sont toutefois nécessaires, et quelque difficiles et arides qu’elles puissent paraître ,
sonne en France ne se trouvant mieux placé que lui , pour^se livrer a un travail de ce genre auquel il appliquerait d’ailleurs avec tant davantage pour la science , .les nombreuses connaissances accessoires à la médecine , qu’il possède à nn si haut degré.
on peut encore les rendre intelligibles , et faire trouver de l’intérêt et du profit à les lire.
Pour atteindre ce triple but, il nous a paru qu U convenait, après avoir fait une description concise mais exacte de ces objets, d’abord, de mettre à la faveur de bons dessins les parties dont ils se composent en rapport avec les divers points des organes sur lesquels elles doivent agir, et d’exciter ainsi l intérêt en alliiant 1 at tention sur l’effet qu’elles doivent y produire ; en second lieu , de discuter les motifs qui peuvent nécessiter leur emploi, de préférence à tout autre moyen de ce geme ou d’une nature différente ; et enfin , d informer nos lecteurs des résultats qu’on obtient des uns ou des autres dans la pratique , résultats dont la publicité est d autant plus nécessaire , que leur exacte connaissance seule peut éclairer plusieurs points encore forts obscurs et cependant des plus intéressans , soit relativement ’ aux cas qui requièrent ou excluentl’application des lois de la mécanique au corps de l’homme , soit relativement aux divers procédés opératoires par lesquels on pénètre dans ses plus profondes parties , en portant des atteintes nécessairesde conséquence plusou moins grandeàleur intégrité.
Ce travail , publié sous forme de journal, offrira ceci d’avantageux que ne nous astreignant à aucun ordre , nous y traiterons les divers sujets que nous y avons en vue , à mesure que des faits nouveaux viendront ajouter à nos connaissances. C’est ainsi que nons 'tiendrons nos lecteurs au courant des progrès de cette partie de l’art, et que nous pourrons espérer d’entretenir leur inlérêt.
Nous terminons ces considérations sur la mécanique et les inslrumens de chirurgie , en appelant à notre aide comme nous nous félicitons de l’avoir fait pour la première partie de noire journal , la coopération de nos
conüetes , en les assurant que nous nous ferons un devoir de publier les découvertes ou les observations qu’ils voudront bien nous communiquer.
iV. B. Le Rapport qu’on va lire , et qui compose l’article ci apres , sous le titre d’ Académie royale de Médecine , a été fait avanl les dernières améliorations que nous avons introduites dans la construction de notre lit mécanique , et dont nous avions donné communication à MM. les Commissaires , ainsi qu’ils le relatent dans ce même rapport.
Ces améliorations se trouvent décrites dans la nouvelle explication de la figure qui représente ce lit. On les reconnaîtra facilement en la comparant à celle qui se trouve dans Je premier Numéro.
Plusieurs des personnes auxquelles nous avons déjà fait expédier notre lit avec ses accessoires , pourront remarquer que ces dernières améliorations memes ne se trouvent pas décrites ici rigoureusement telles que nous les avons laites d abord , mais elles pourront se convaincre que leur prin" eipe n en est pas moins absolument observé , quoiqu’il y ait eu quelques perfectionnemens dans les moyens. L’équerre en fer, attachée à l’extrémile de la bascule , par exemple , au lieu d’offrir dans sa partie verticale une ouverture de 4 a 5 pouces comme dans cerLains de nos lits expédiés, est percée de plusieurs trous , etc.
Une indisposition d’assez longue durée, nous a mis dans l’impossibilité de faire paraître ce Numéro comme nous l’avions annoncé dans les premiers jours de novembre. C’est notre excuse au retard que nous faisons éprouver à MM. nos Abonnés ; nous les prions de l’accueillir en considération de l’impossibilité où nous sommes de nous faire suppléer par des collaborateurs, dans ces premiers numéros où nous tenons à traiter exsujets qui entrent dans leur composition.
Notre honorable confrère M. le docteur Jal, nous prie d’annoncer son piùj'- sso les etablissement destiné au traitement des difformités, et situé à (.mil ins près Lyon. Nous nous empressons d’autant plus d’accéder A sa demande, que, connaissant son bon esprit en médecine, nous sommes persuades que le public et la science gagneront beaucoup au succès de sou entreprise. 21/.