‹ Orthopédie [electronic resource]Chapitre 9 sur 25 · ACADÉMIE ROYALE DE MÉDECINE · texte numérisé non relu

ACADÉMIE ROYALE DE MÉDECINE

Séance du 6 septembre 1825.— Sections réunies.

« Les copies et les extraits peuvent être délivrés aux parties intéressées, lorsque l’Académie le juge convenable , mais sous la » condition expresse qu’il n’y sera pas lait d’addition , altération ou » changement d’aucun genre.» {Art. 33 du Réglement de l Académie .)>. Pour extrait certifié conforme , ,

Le Secrétaire-général de l’Académie , signé Pariset.

Rapport fait par M. Thillaye , au nom d une Commission nommée par V Académie , pour examiner deux lits à mécanique destinés à remédier aux déviations de la colonne vertébrale , dont l’un lui a été présenté (Section de Chirurgie ) , le 2/j. février présente année , par M. Lafoni> , et l’autre (Sections réunies ), le 3 mai suivant, par M. Maison abe (j).

1VE essieurs ,

Si le désir de remédiera quelques-unes des difformités qui affligent l’espèce humaine a donné naissance à des inventions qui méritent d’occuper un rang distingué dans l’histoire de la mécanique chirurgicale , il faut convenir que ce même désir en a aussi fait naître beaucoup d’autres qu’il faudrait oublier, si, en les conservant, on ne pouvait espérer qu’elles apprendront à ceux qui se livrent à

(i) Les chiffres qu’on rencontrera dans le cours de ce Rapport , correspondent à des annotations. que nous y avons faites , et qui sc trouvent' immédiatement à la suite. M.

ce genre de recherches ce qu’ils doivent faire pour éviter les erreurs dans lesquelles sont tombés beaucoup d’inventeurs:

Quand on soumet à l’analyse ces nombreux appareils , on s aperçoit en effet qu’il en est peu pour lesquels on ait su convenablement employer les seuls élémens indispensables pour produire le résultat que l’on voulait et qu’il fallait obtenir; fort souvent, au contraire, ces sortes de machines présentent des pièces trop nombreuses ou mal cooi'données qui compliquent sans nécessité un mécanisme, qui jamais ne peut être trop simple ; aussi, il arrive presque toujours alors que l’effet produit reste en deçà ou va au-delà du but que l’on voulait atteindre , heureux encore s il ne contrarie pas les indications qu’il fallait remplir.

Dans laquelle de ces deux classes doit-on ranger les moyens mécaniques qui vous ont été présentés par MM. Lafond et Maisonabe?

Pour fixer votre opinion à cet égard, vous avez dans votre séance du 3i mai dernier, nommé une commission composée de M. Breschet , Husson , Marc , Maingault, Péligot, Ribesetmoi.

C est donc au nom de ces Messieurs que je viens aujourd’hui faire connaître à l’Académie le résultat de l’examen sévère et impartial que nous avons fait de ces deux moyens orthopédiques.

Toutefois, avant d’entrer en matière, je dois réclamer votre indulgence pour quelques détails descriptifs (i) dans lesquels il a fallu entrer: vos commissaires les ayant jugés indispensables, parce qu’ils fournissent les bases de la discussion qui servira moins à faire juger le mérite comparatif des deux inventions , qu’à faire voir comment et jusqu’à quel point chaque auteur, dirigé parles idées physiologiques qu’il avait adoptées , est parvenu à construire une mécanique dans laquelle il a réuni l’ensemble dés conditions qui lui ont paru devoir avantageusement con-

iribuer à opérer le redressement des courbures insolites

de la colonne vertébrale.

Corriger les déviations de l’épine au moyen de 1 extension , n’est point une idée nouvelle; ce moyen a été tenté à l’époque où l’arme du ridicule, plus puissante que l’autorité de la raison, fit rejeter les entraves qui, sous prétexte de prévenir des difformités ou de procurei de belles formes, s’opposaient au développement des organes les plus importans.

En effet, Levacher de la Fentrie imagina le premier appareil extensif vers le milieu du dernier siècle, c’està-dire vers le temps où l’on commença, d’une part, a renoncer aux bandes dont on entourait les nouveaux-nes , et de l’autre à abandonner ces corsets gênans dans lesquels on étreignait la taille des jeunes personnes.

La machine de Levacher jouit cl abord dune grande réputation; faut-il l’attribuer a de brillans succès, ou doit-on en trouver la raison dans la juste célébrité du recueil académique qui nous en a transmis la description . c’est une question que nous ne chercherons point à résoudre. Il nous suffira de dire que de nosy’ours cet appareil, malgré les modifications qu’on lui a fait subir, ne produit que de bien faibles résultats en égard à ceux qui lui furent d’abord attribués. Néanmoins, en le comparant aux nouvelles machines , on voit que les défauts qu on lui reproche sont contre-balancés par des avantages qui , dans certains cas , doivent engager à ne pas en rejeter entièrement l’usage.

En effet , si la tête et le tronc du malade soumis à 1 influence de cette machine sont condamnés à une imm&bilité relative, ses membres ont une entière liberté; il jouit donc des avantages de la locomotion , et dès-lors ne ressentant que faiblement le besoin de se soustraire à la gêne qu’il éprouve, il supporte volontiers, sans interruption, une extension qui ne le met pas dans l’impos-

sibilitê de se livrer habituellement à quelques exercices susceptibles de contribuer à sa guérison. Malheureusement c’est le corps du malade qui, seul , fournit ici les points d’application sur lesquels agissent les puissances et les. résistances, et il ne faut pas oublier que le poids du corps' est un des obstacles contre lequel doivent lutter la ma-! chine de Levacher et toutes celles qui n’en sont qu’une imitation plus ou moins avantageuse.

Quand un homme repose sur un plan horizontal, il est dans la supination ; les diverses parties de son corps ne pressent plus les unes sur les autres; les courbures du rachis tendent à diminuer, et si les cartilages intervertébraux ont été comprimés par une station droite longtemps prolongée , ils reprennent alors leur épaisseur primitive, en sorte qu’au bout d’un certain temps la stature de. cet homme a réellement augmenté. Ce phénomène bien connu a fait regarder la situation horizontale longtemps continuée comme un moyen propre à remplacer les divers appareils extensifs ou compressifs dont l’emploi ne force point le malade à s’abstenir de la position verticale. De là à 1: usage du plan incliné il n’y a qu’un pas, et de celui-ci au lit à extension horizontale permanente , la distance n’est pas plus considérable.

Un plan incliné à l’horizon laisse effectivement au corps qui lui est superposé une partie de son poids d’autant moindre que l’angle d’inclinaison est plus çetit. Il est donc vrai de dire que deux hommes fixés par la partie supérieure du corps, et couchés l’un sur un plan incliné et l’autre sur un plan horizontal , seront dans des étals toutà-fait semblables, si l’on applique à la partie inférieure du corps de ce dernier une force qui soit (égale à tout ce que le premier a conservé de son poids.

Si cette conséquence indubitable pour. des corps inertes avait besoin d’être ici légèrement modifiée, ce ne serait qu’à raison des mouvemëns que provoquerait ou auxquels

SC prêterait plus volontiers la différence de l’une ou de l’autre situation.

S’il a été facile de voir comment on a été conduit à l’usage des appareils dont je vais vous entretenir , il serait fort embarrassant deprononcer qui le premier a imaginé de substituer l’extension horizontale a celle que produit naturellement le poids du corps reposant sur un plan incliné.

Cette méthode paraît nouvelle, et les recherches faites à cet égard apprennent qu’il existe a Vienne , à Wurtzbourg, à Morlay, à Paris, ét probablement dans dauties villes encore , dès établissemens où elle est employée.

Déjà même on cite des succès; mais a cet egard ainsi qu’à beaucoup d’autres , sans repousser les faits il ne faut cependant pas lès admettre trop légèrement ; il faut laisser au temps le soin de multiplier et surtout de sanctionner ces guérisons.

Au surplus , Messieurs , vous apprendrez avec plaisir , mais sans'élonnement , que l’Administration des Hopipitaux civils dont l’action bienfaisante ne laisse échapper aucune occasion de soulager les malheureux , a déjà chargé un de ses membres de recueillir sur les lits à extension, tous lès renseign.emens qu’il pourra se procurer, afin d’aviser ensuite au moyen d’établir ce mode de traitement dans un hôpital coUyenable. Vous dire que ce travail est confié au zèle de M. Peligot, c’est vous donner l’assurance que l’humanité et la science jouiront incessamment des avantages que l’on peut en attendre.

Les premiers appareils établis à Chaiilot par MM.Milli, sont une imitation des lits employés à Wurtzbourg. Pour y opérer l’extension horizontale, on s'y Sert de ressorts, qui, placés à la tête et aux pieds du lit tirent la colonne vertébrale en sens contraire, et opposent leur réaction élastique à la tendance des parties à reprendre leur position vicieuse. La tête et le bassin du sujet malade sont.

au moyen d’un casque et d’une ceinture appropriés, les parties sur lesquelles se développe l’action extensive qu’ils transmettent au rachis, et , soit dit en passant, ces points d’appui sont réellement les seuls que l’on puisse choisir.

Lit de M. Lafond.

M.le docteur'Lafond dont nous nous occuperons d’abord , parce qu’il est le premier qui vous a présenté son lit à mécanique, regarde l’extension permanente comme étant peu d’accord avec les saines notions physiologiques; il a donc cherché à substituer à cette force constante des alternatives d’action et de repos plus en harmonie, selon lui, avec les fonctions des différens organes, se fondant sur ce qu’une tension continuelle et l’immobilité (2), en condamnant les muscles au repos amènent la faiblesse, l’atrophie et'par conséquent favorisent le développement des affections que l’on veut combattre , et auxquelles on s’opposerait, dit-il, bien plus sûrement en soutenant les parties faibles"et"en leur imprimant de légers mouvemens si propres à faciliter la nutrition. Telles sont les conditions hors desquellesjM. Lafond pense qu’on se flatterait inutilement d’obtenir une guérison durable; d’ailleurs, ajoute-t-il, la douleur que finit par occasionner une situation fixe (3) , suffirait pour provoquer desinconvéniens qui doivent faire rejetter les pratiques vicieuses auxquelles on a généralement recours.

Voyons comment l’auteur du nouveau lit a mécanique a su en le conlruisant se conformer aux principes qu’il a

établis (4)*

Un lit de forme à-peu-près ordinaire porte environ aux deux tiers de sa longueur et du côté des pieds, un axe en fer , sur lequel peut tourner un fond rembourré supportant le malade ,f auquel , suivant les circonstances ou pour sa commodité, on fait prendre une position p os 01

moins inclinée. Ce mouvement s’exécute d’ailleurs trèsfacilement à l’aide d’une manivelle qui fait tourner un treuil sur lequel s’enveloppent deux courroies attachées à la partie du fond qui répond à la tète du lit. Toujours du côté du chevet, et vers la partie moyenne , estune pièce de bois ayant la forme d’un arc de cercle dont le centre répond à 1 axe déjà indique. Cet arc situe dans un plan vertical est percé à jour d’ùne rainure où peut librement glisser une tige de fer portant le casque qui maintient la tête du malade. Cette disposition, dont l’idée appartient à M. Lafond , permet de changer l’inclinaison du fond rembourré , sans être obligé de suspendre l’action de la machine qui pendant ce mouvement reste toujours la même.

C’est vers les pieds du lit que se trouve la pièce la plus importante , celle qui fournit le caractère distinctif de l’appareil imaginé par M. Lafond , et la simplicité du moyen qu’il a employé est telle , qu’en y portant une légère attention on en peut aisément comprendre le mécanisme.

Soit une poulie A, dont la circonférence creusée d’une gorge reçoit une corde qui par une de ses extrémités est fixée à un treuil B , au moyen duquel on peut la tendre plus ou moins; à l’autre bout de cette corde dont une seconde poulie C change la direction, est suspendu un poids P qui en indique la tension actuelle ; il est évident que ce poids restera immobile quelle que soit la position que l’on donne au plan circulaire ; en effet tous les points de la circonférence étant également éloignés du centre de mouvement, l’arc embrassé par la corde, reste constant , et dans toutes les situations possibles ,]les conditions de l’équilibre primitif subsistent.

Au cercle A , substituons une courbe différente ; tel se-

(i) Une des planches du 3.e Numéro offrira les ligures des deux 1,8 représentes en trait dans le rapport. {Noie du Rédacteur.)

rail, par exemple, un plan dont le contour serait elliptique; il est alors évident que si on lui imprime un mouvement de rotation au tour d’un point O pris sur le grand axe , le poids devra alternativement s’élever ou s’abaisser d’une quantité qu’il est fort aisé de calculer , ce dont nous nous abstiendrons néanmoins puisque cette connaissance serait inutile pour l’intelligence des effets que produit la machine que nous décrivons.

Reste à faire voir comment on peut transformer les montées et les descentes successives des poids et des al- i ternalives d’action et de repos imprimées à la colonne vertébrale ou à toutes autres parties sur lesquelles on croirait devoir agir de la même manière. On y parvient : en remplaçant le poids P, par une traverse horizontale j aux deux extrémités de laquelle sont attachées de doubles boîtes en cuivre, renfermant des ressorts en boudin | qui lors des allées et venues de la traverse, se comprimeront et se détendront tour-à-tour en réagissant sur le bassin avec lequel ils communiquent au moyen de lanières I fixées à une ceinture qui sans comprimer l’abdomen en- J toure la partie inférieure du tronc.

Cette disposition une fois imaginée , il fallait encore trouver un moteur qui put rendre continu le mouvement j de la poulie. Or, M. Lafond a provisoirement employé à cet usage un instrument bien connu et dont la marche f régulière convient à l’indication qu il fallait remplir. Cet j instrument n’est autre que le tourne-broche ordinaire, j dont les rouages mis en mouvement par un poids, font tourner une chaîne sans fin qui réagit sur une roue à j dents , fixée sur un arbre servant aussi d’axe à la poulie y

elliptique. . 1

Tel est le mécanisme de l’appareil à action întermit- I

tente que vos Commissaires ont été chaigés d examiner | Ils ne se sont point bornés aune simple inspection, s | ont cru devoir essayer sur eux memes, 1 ael.on c |

maciune \oj , ns ont reconnu qu en exposant tle manière à lui faire produire, lors du minimum de son action , une tension modérée , célle-ci croissait graduellement, atteignait son nïaxiniurn , puis s’affaiblissait peu-àpeu , revenait à sa mesure primitive, y restait pendant un certain temps, pour recommencer ensuite une nouvelle période tout-à-fait semblable à la première et se partageant par conséquent en trois temps distincts; i.° action croissante , 2.0 action décroissante , 3.° repos ou tension modérée.

Au surplus les boîtes en cuivre qui renferment les ressorts à boudin , sont de vrais pesons élastiques qui à chaque instant font connaître la grandeur de l’effort développé. Cette indication n’est d’ailleurs pas aussi importante qu’on serait d’abord tenté de le croire; c’est la susceptibilité des malades qu’il faut consulter et non des valeurs métriques. Si néanmoins on veut en tenir compte, il ne faut pas perdre de vue que la colonne vertébrale supporte le double du poids indiqué par l’une ou l’autre romaine, et en graduant cet instrument, il est convenable d’avoir égard à cette observation.

Pour simplifier son appareil, ou pour l’accommoder au goût (6) de certaines personnes, M. Lafond propose de mettre la poulie en mouvement à l’aide d’une manivelle mue à la main. Vos Commissaires n'ont pas partagé cette opinion , ils pensent que , même avec beaucoup d’attention , il serait impossible à une personne de produire la régularité que l’on obtient à l’aide d’un rouage mu par un poids dont l’action est continue et constante. Or, d’après les principes de l’auteur , cette régularité (7) est nécessaire pour éviter des secousses réitérées qui seraient plus nuisibles à la colonne vertébrale qu une extension continue et modérée.

h action de la machine que nous venons de décrire

peut être instantanément suspendue , soit en faisant sor tir la corde de la gorge de la poulie , soit en arretan l’action des ressorts à l’aide de crochets appropriés Dans cet état elle redevient une machine à extension ordinaire et a tous les défauts que 1 auteur reproche a ces sortes d’appareils.

Si vos Commissaires pouvaient vous entretenir d’autre chose que de ce qu’ils ont vu, ce serait ici le lieu de vous parler des développemens que M. Lafond se propose de donner à son invention ; ils conçoivent certainement la possibilité d’exécuter tout ce qu il projette, mais ils savent au?si qu’en fait de machines, il faut, à mesure quelles deviennent plus compliquées, ne prononcer qu’avec discrétion , surtout quand les résultats que l’on prévoit sont de simples inductions, et non des conséquences déduites de calculs rigoureux.

Comme auxiliaire de l’appareil précédent, 1 inventeur nous a encore présenté un fauteuil à mécanique dont toutes les parties construites avec beaucoup de soin et sagement combinées, permettent d imprimer à la colonne vertébrale des mouvemens dans tous les sens. C est encore la main, au moins jusqu’à présent, qui sert ici de moteur, et de plus dans cette nouvelle production, on voit disparaître tous les avantages de la situation horizontale sans recouvrer ceux de locomotihté.

Lit de M. Maisonabc.

Messieurs, nous sommes maintenant arrives a 1 examen du lit à mécanique imaginé par M. le docteur Maisonabe. Ce médecin , dirigé par des principes (8) essentiellement différens de ceux qui ont ete adoptes pai M. Lafond, a dû s’efforcer d’éviter ce que celui-ci ie

cherchait avec soin. .

Il est vrai que la position du malade est la mem , q

l’un et l’autre pour étendre la colonne vertébrale tirent en sens opposés la tête et le bassin , mais l’un , ainsi que vous l’avez vu, exerce une tension intermittente, tandis que l’autre développe un effort continu , mais modéré (q). Nous vous avons exposé les idées physiologiques de M. Lafond, il est donc juste de vous faire connaître les vues physiologiques et pathologiques de M. Maisonabe.

Si, dit ce médecin, peu de temps après la mort on examine une colonne vertébrale déviée, quelque soit le sens de la déviation , on voit que du côté qui répond à la concavité anormale, les ligamens intervertébraux et quelquefois les corps des vertèbres sont déprimés; leur consistance est d’ailleurs augmentée, il arrive même par fois que dans un âge même encore peu avancé , le fibrocartilage a complètement disparu et que les os qu’il unissait sont déjà soudés. Du côté opposé , c’est-à-dire vers la convexité , on remarque une disposition essentielle ment différente. L’épaisseur du ligament intervertébral est augmentée, il a une moindre densité, et l’intervalle entre les os contigus est notablement agrandi.

Du reste , les muscles situés de l’un et de l'autre côté sont pâles et présentent cette mollesse qui est pour ces organes l’indice d’une dégénérescence prochaine (io).

Quelle qu’ait pu être la cause primitive de la déviation du rachis, elle n’a eu lieu que peu-à-peu, d’abord par des degrés insensibles , puis avec plus de rapidité , parce qu’à l’état morbide préexistant s’est jointe l’action mécanique que développe la pondération des parties écartées de leur direction naturelle. Bien que secondaire, celte influence suffit pour étendre la maladie à des parties sur lesquelles n’agit point la cause primitive; et bien probalement qu il faut aussi lui attribuer l’espèce de ressemblance que l’on remarque dans la disposition des parties chez les personnes les plus mal conformées.

Quand pour corriger une difformité on a jugé l’appli-

cation d’une machine utile, n’cst-il pas rationnel d'en régulariser l’action, en calculant aussi juste que possible la puissance (les forces qu’on veut lui opposer ? Ainsi les courbures vicieuses du rachis se formant lentement sous l’influence de causes, dont l’énergie plus ou moins grande agir sans interruption dans le même sens, disposons nos appareils d’après cette considération , et par la continuité de leur action graduée, faisons leur produire ce que nous

ne pourrions obtenir sans eue. . , . .

Parmi les forces qui sont à la disposition du physicien , l’élasticité et la pesanteur sont celles dont il peut avec le plus de facilité et de certitude diriger et modifier 1 action. Ainsi , les ressorts et les poids sont les moteurs d un grand nombre de machinés, et surtout de celles que l’on remontre dans les arsenaux de chirurgie.

M. Maisonabe a pensé qu’il agirait plus sûrement en substituant dans son appareil , l’action de la pesanteur (n) aux ressorts employés dans les lits a mécanique de ui z bourg. Voici une description sommaire de cette machine à extension permanente , mais dont l’action est suscep ible d’être facilement suspendue momentanément par e

malade , si on veut.

Au dessous du foi

Il veut. t. . , , 1

s du fond rembourré d’un lit qui en general . , r rpmarmie une tra-

roue sur laquelle ils s’enveloppent en sens inverse. L'extrémité libre E , de la bascule BE, qui répond au chevet du lit, munie d'un cordon qui est dirige de bas en haut, vient passer sur une poulie qui, changeant sa direction, le rend horizontal et permet , au moyen d’une agratïe et de courroies , de l’unir convenablement à un collier dont le col du malade est entouré.

Une disposition analogue à celle que nous venons de décrire , a lieu pour l’extrémité libre de la seconde bascule, seulement il y a à celle-ci deux cordons qui aboutissent aux parties latérales d’une ceinture fixée au-dessus du bassin. ;

Si nous nous sommes bien fait entendre , il est aisé de voir que l’appareil fort simple dont il s agit ici, est un levier du troisième genre , dans lequel la puissance est le poids qui tend à abaisser la bascule, et la résistance la colonne vertébrale qu’il faut redresser. A la vérité ce ! levier est double, mais on pourrait aisément supprimer \ l’un d’eux et le remplacer par des attaches lixes pour les- | quelles les pieds du lit offriraient des points d’appui aussi i commodes que sûrs. Cette observation a été faite à M. Maii sonabe par l’un de vos Commissaires , et déjà une note i qu’il nous a fait remettre , annonce qu’il a modifié cette partie de son appareil. Très probablement que par la suite il la fera tout-à-fait disparaître , sans cependant renoncer aux actions partielles que celte seconde basculelui permet d’exercer sur le bassin , lorsqu’une des hanches est plus élevée que l’autre.

Ainsi modifié, le lit à mécanique de M. Maisonabe a une telle simplicité , qu’à l’élégance près qu’il a donnée à cequi en compose la couchette , on pourrait en composer i un semblable et à moins de frais , en remplaçant la roue à gorge en cuivre par un moyen moins dispendieux, et à-peu-près équivalent.

Vos Commissaires ont vu M. Maisonabe opérer sur deux

jeunes personnes, dont la colonne vertébrale était déviée à des degrés dilïérens, et sa méthode paraît avoir des avantages qui ne sont pas à négliger (12). Voici comment il procède :

La bascule des pieds du lit étant fixée, il se place derrière la tête de son malade, et saisissant avec les deux mains le collier passé autour du col , il le maintient de façon à contre-balancer l’effort qu’avec un de ses pieds il exerce sur l’extrémité libre de la bascule du côté de la tête; observant attentivement la figure du patient, il étend par degré la colonne vertébrale dont deux de vos Commissaires ont senti le redressement s’opérer en posant la main sur le lieu de la courbure.

L’opérateur s’arrête aussi -tôt qu’une légère rougeur de la face ou le moindre signe de douleur lui fait connaître qu’il serait imprudent d’aller au-delà. Alors il enfonce dans le cordon qui attire la tête du malade, une épingle à environ deux pouces d’une ouverture pratiquée dans le panneau du chevet du lit qui est à double fond. Cela fait, à l’aide d’une clef il fait mouvoir la roue à gorge, pour disposer les poids sur les plans inclinés de manière à obtenir une extension de la colonne dorsale de moitié moindre que celle qu’il avait produite lors de l’action exercée en pressant sur la bascule (i3).

Cette précaution est un résultat de son expérience et elle a pour but d’éviter au malade une fatigue qui bientôt deviendrait insupportable , si on voulait lui faire endurer pendant un temps assez prolongé, l’extension que durant quelques minutes il a souffert sans incommodité.

La mobilité des bascules ou plutôt de la bascule , a ceci d’avantageux qu’elle permet au malade, s il en sent le besoin, de se soulager de la gêne qu il éprouve; effectivement en portant les mains sur l’agrafte qui retient les courroies du collier il suspend l’action de la machine avec d’autant plus de facilité, qu’il transforme le levier

primitif en levier du second genre , le poids étant alors ia résistance qu’il faut surmonter. Or , la nécessité de faire une longue inspiration , celle de tousser , ou autres choses semblables doivent souvent inviter le malade à profiter

de cette facilité. .

La machine inventée par M.Maisonabe est fort simple et se prêterait aisément à des calculs rigoureux; car la théorie du plan incliné etles propriétés du levier suffisent, pour, dans toutes les positions possibles, faiie appréciei les actions qu elle exerce. Mais nous le répéLons , la susceptibilité du malade, comme la bien senti M. Maisonabe , qui l’apprécie par lui-meme ( 1 4) •> es*- P^us sur régulateur que l’on puisse consulter; et c est poui cela que nous n’avons point mis d importance à relever une légère imperfection qui s’opposerait à 1 appréciation rigoureuse des forces exprimées sur un cadran, qui, placé sur le devant du lit , sert à faire juger du mouvement de la roue, et conséquemment de la position des poids sur les bascules. Il faudrait en effet , pour que cette indication fut précise, que la circonférence de la roue fût égale à la longueur des plans inclinés sur lesquels roulent les poids , ce à quoi on pourrait au surplus satisfaire également au moyen d’une table proportionnelle.

Messieurs, dans le cours du rapport que .vos Commissaires ont l’honneur de vous soumettre , vôus avez dû remarquer qu’ils n’ont pas dit un mot , soit sur la variété des causes qui peuvent amener la courbure de l’épine, soit sur les divers moyens thérapeutiques qu’il convient de lui opposer. Ce n’est point oubli de leur part, mais bien parce qu’ils ont pensé que dans la: plupart des cas, les moyens mécaniques ne doivent ê|re que les auxiliaires ou le complément d’un traitement médical bien dirigé ; et , à cet égard, les inventeurs des deux appareils partagent complètement leur opinion.

L’un , M. Maisonabe , est un praticien distingué de cette

capitale, trop connu pour qu’il soit nécessaire de vous dire combien il eût été superflu de lui rappeler des principes que dans l’enseignement il professe lui-même tous les jours.

L’autre , M. Lafond , est un artiste aussi habile que recommandable , qui consacre ses taîens au public dont il mérite la confiance à plus d’un litre.

Peut-on en dire autant de tous 'ceux qui, sans offrir les mêmes garanties , se livrent aux mêmes occupations? Nous ne le croyons pas; c’est pourquoi vos Commissaires ont pensé qu’il ne serait pas inutile de vous rappeler qu’eu indiquant au public ce qui est bon , il faut encore le prémunir contre l’abus qu’on peut faire même des meilleures choses.

Ainsi, pour ne pas nous éeaïfer du sujet qui nous occupe, ne pourrait-on pas craindre en voyant se multiplier les établisscmens orthopédiques , lorsqu’ils sont dirigés par des hommes étrangers a la médecine, de voir quelquefois, sans nécessité , employer un moyen qui par cela même qu’il peut être utile , si l’on. en fait usage dans des cas opportuns , deviendra nuisible si on veut le faire servir à corriger un simple défaut de maintien que ferait aisément disparaître une surveillance active ou une gymnastique convenablement dirigée.

Enfin, pourquoi ceux qui, sans titre, se chargent de ces sortes d’applications, n’imiteraient-ils pas la conduite des plus habiles médecins, qui, dans des cas difficiles dont ils prévoient fort bien l’issue, ne balancent cependant pas à s’étayer de l’autorité d’un nom recommandable. Il ne leur suffit point de bien faire, ils veulent encore, pour l’honneur de l’art , que le public soit convaincu qu’il

n’y avait pas mieux à faire.

En vous proposant donc de rappeler aux personnes, affectées de difformités et aux fabricans de machines, que l’extension de la colonne vertébrale est une opération,

grave, qu’il la faut pratiquer avec précaution, çl qu’il est sa-c de ne la tenter que sur l’avis d hommes de 1 art éclairés - vos Commissaires sont persuadés qu ds vous invitent à donner un conseil doublement utile, puisque les deux parties seront également intéressées à le suivre , les uns pour se prémunir contre l’abus, les autres pour n a-

voir point à craindre de se voir scandaleusement reprocher

d’avoir, sans nécessité, eu recours à une pratique pour laquelle on voudrait leur contester des honoraires légitimement dus (i 5).

Messieurs, vos Commissaires, après avoir mûrement réfléchi sur chacun des articles dont ce rapport déjà bien long ne contient toutefois qu’une analyse succincte , se sont arrêtés aux conclusions suivantes.

. Conclusions :

1. ° Les courbures de la colonne vertébrale dépendent de causes différentes parmi lesquelles il en est qui proscrivent impérieusement l’usage de l’extension soit continue, soit in termittente; ctde plus certaines complications, qu’un esprit éclairé peutseul reconnaître , si elles ne commandent pas la même retenue, exigent souvent que 1 on diffère l’emploi de ces moyens mécaniques ; c’est dope remplir un devoir que de rappeler à ceux qui sont atteints dé ces difformités et aux hommes qui, sans être médecins , voudraient appliquer ce mode de traitement , qu il leur importe pour éviter les plus graves accidens, de n agir que d’après les conseils d’hommes livrés à l’exercice de la médecine.

2. ° Quelles que soient les raisons exposées par MM.Mài-p sonabe et Lafond , elles n’offrent pas des motifs suffisant, pour se prononcer exclusivement en faveur de l’un ou de f autre de ces appareils ; c’est l’expérience seule qui pourra donner à cet égard une mesure qu’il serait imprudent de: fixer à priori „

3.° Les deux machines construites dans des intentions essentiellement différentes remplissent parfaitement les indications pour lesquelles on les a imaginées ; et si elles n ont point le même degré de simplicité , il en faut trouver la cause dans la nature des difficultés inévitables que les auteurs avaient à surmonter.

4-° Enfin , on peut avancer sans crainte d’erreur que , maniées par des mains habiles, ces machines ne peuvent exposer aux accidens que devraient faire redouter des appareils moins bien construits; aussi, vos Commissaires vous proposent-ils d’accorder des éloges aux inventions de MM. Maisonabe etLafond, et de les inviter à vouloir bien vous communiquer les résultats qu’ils obtiendroat ultérieurement (16).

Le secrétaire perpétuel de V Académie royale de Médecine , certifie que ce rapport est extrait du procès-verbal de la séance générale de l'Académie , du susdit jour où , après sa lecture , les conclusions ont été approuvées ,

E. Pariset.

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(1) Il est suppléé par la nouvelle description de notre lit, dans ce Numéro , à ce que pourrait laisser à désirer, quant aux détails , celle de M. le rapporteur.

(2) La vraie méthode de traitement des déviations de la colonne vertébrale par extension, comme nous l’avons dit ailleurs , n'exige point sa tension continuelle m l’immobilité , et c’est d’ailleurs une assertion bien étrange de la part de M. Lafond , que des muscles dans un filât de tension sont dans le repos.

(3) Une situation fixe est d’abord impossible et d ailleurs inutile , et si une telle situation peut causer des dou-

leurs sur les points de la colonne vertébrale à distendre , quelles douleurs, n’occasionnerait donc pas un mouvement continuel de va et vient qui fatiguerait des articulations bien moins susceptibles de s’enflammer que celles des vertèbres entr’elles ? et d’autre part n’est-il pas évidemment impossible qu’une telle action imprime un mouvement quelconque à des muscles , car de quels muscles entend-on parler, et pourquoi s’abstient-on de les nommer , de désigner leur situation , et de faite voir comment l’extension de la colonne vertébrale peut agir sur la contractilité de leurs fibres , dans l’état où ils sont ?

(4) Nous venons de voir la valeur de ces principes établis par l’auteur , comme le dit fort bien M. le rapporteur.

(5) Messieurs les Commissaires auront pu se convaincre du moins par cet essai , de l’absence de tout danger dans l’extension modérée de la colonne vertébrale. Toutefois pour que l’ expérience eût pu leur donner une idée plus exacte de ces extensions, à différe'ns degrés intermittens auxquelles ils se sont soumis, il aurait fallu la prolonger assez pour apprécier leur effet, qui, selon nous, se borne à comprimer et à laisser revenir sur elles-memes les parties les plus épaisses des fibro-cartilages , ce qui constitue deux actions , dont l’une détruit ce que 1 autie a d’utile.

(6) Ainsi , d’après l’auteur de ce mécanisme , la manière de se faire distendre la colonne vertébrale , est une affaire de goût ; c’est chose si peu grave, qu’en vérité , c est le moins que chaque amateur se livre à cet innocent passetemps , selon sa fanlaisie.

(7) Cette régularité est nécessaire pour éviter des secousses , etc. , mais cette régularité n’est elle-même que la répétition continuelle de trois secousses dont est agitée sans cesse la colonne vertébrale ; secousses qui consistent, selon les expressions exactes de M. le rappor-

teur , i.° en une action croissante , 2.0 en une action décroissante , o.° en un repos ou tension modérée. Ce serait en vain qu’on objecterait que les transitions entre ces divers degrcs de tension sont peu sensibles , puisqu’il n’en résulte pas moins autant d’efforts qui se renouvellent sur la colonne vertébrale , à chaque évolution du plan elliptique. Mais d’ailleurs , nous ne cesserons de le demander , quel peut etre le but de tels mouvemens? est-ce celui de relâcher des muscles ou de rendre leur nutrition plus active? Dans ces cas , et quelque chimérique que fut cette vue, encore une fois ou on nomme ces muscles , qu’on nous décrive leur situation , et qu’on nous montre en quoi les mouvemens dits oscillatoires agissent sur eux.

(8) Nous aurions souhaité queM. le rapporteur eût mis à la place du mol principes celui de données , attendu que nos données consistant en des faits que chacun peut vérifier , nous avons l’avantage de motiver nos pratiques sur des fondemens plus solides , que ne le seraient des principes suscepitbles d’être contestés.

(9) Cette expression modéré est, comme chacun sait* relative , bien que le plus souvent on l’emploie pour signifier^^ énergique. Entendue dans ce dernier sens,, elle n’exprimex'ait pas notre pensée , comme l’aurait fait, le mot convenable.

(10) Tout ce que nous disons là est incontestable ; ce sont des faits visibles, palpables, sur lesquels repose solidement , nous en répondons, toute notre théorie relative à la manière d’agir de nos moyens mécaniques employés seuls ou conjointement avec nous. Il n’y <1 pas un élève qui ait fréquenté trois mois des salles de dissection, qui n’ait eu occasion de les observer, et la meme occasion se représente tous les jours.

(11) Celte préférence que nous avons donnée a la pesanteur sur l’élasticité , a pour motif l’invariabilité de la première de ces propriétés , que présente un bloc de fer

fondu , cl la variabilité de la dernière , qui consiste en ce qu’un ressort perd de sa force en raison du degré et de la

durée de sa tension réitérée.

(12) Ces avantages sont précisément ce qui caractense la différence qu’il y a entre notre méthode et celle de tous ceux qui font consister la leur dans 1 emploi àc forces aveugles , n’ayant eu vue qu un objet , qui est de savon quelle est la quantité de ces lorces qu ils mettent en action , au lieu d’avoir pourvu auparavant au moyen de connaître la quantité de celles qu ils doivent employei , connaissance sans laquelle il n y a ni raison, ni conséquence juste dans les éffets qu on leur fait produire.

(10) On trouvera dans l’article suivant 1 explication plus détaillée de notre manière de procéder.

(14) C’est cette susceptibilité qui est reconnue enfin , comme le seul régulateur à consulter , qui ne peut être appréciée que par nos procédés.

(15) La simple exécution des lois sur l’exercice de la

médecine, préviendrait ou réprimerait les abus en ce genre , quelque habitué que soit jusqu’ici le public à voir le traitement des difformités entre les mains de gens qui ne peuvent y apporter aucune des connaissances qu’il exige. '

(16) Les égards que nous devons à nos honorables confrères, MM. les commissaires qui ont exàminé notre lit à mécanique, nous faisant un devoir de réduire 110s observations sur ce rapport , aux simples notes ci-dessus , et notre respect pour l’Académie , nous interdisant toute réflexion sur les conclusions par elle adoptées , nous terminons cet article en déclarant, dans l'intérêt delà science , que quiconque s’attachera , comme nous ne cessons de le faire depuis plusieurs années, à rechercher dans l’examen du sujet qui nous occupe ce qu’il y a cVuiile et d’important à connaître , 1 se convaincra très-certainement que ce que nous avons déclaré qu’il présente de po-

sitif, il le présente réellement tel , et que ce que nous avons dit n être pas de son essence ,n en est réellement pas. D’où découle la conséquence nécessaire que de toutes les méthodes proposées , celle-là doit prévaloir , qui, fondée sur des faits bien reconnus , sera la plus propre à remplir les indications qu’ils présentent formellement.

Or, déjà nous avons pour nous l’autorité de l’expérience ; ce n’est pas sur MM. les commissaires , exempts de difformités , que nous avons appliqué notre mac bine, mais bien sur plusieurs jeunes personnes difformes sur lesquelles leurs bons effets ont été par eux reconnus , puisqu’ils ont senti , selon les propres expressions du Rapport , le redressement de la colonne vertébrale s'opérer en posant la main sur le lieu de sa courbure.

Ainsi donc , de ce fait seul , dont V authenticité est irréfragable , résulte déjà la preuve qu’au moyen du mécanisme de notre lit, mis en action par notre volonté , et combiné avec nos propres forces , nous opérons Je redressement de colonnes vertébrales déviées , tandis que de l’action purement machinale de celui de M. Latond , sur des colonnes vertébrales droites , résulte seulement la preuve fort inutile à acquérir, qu’on peut opérer leur distension.

Description du lit représenté à la planche ci contre , que , d’après l’avis inséré à la page 99 , il faut numéroter I , avec l’indication de la manière de l’employer , l’exposition des effets que nous lui faisons produire , et des résultats que nous en obtenons.

On voit sur le devant de ce lit , un pan coupé en bateau, SS. — Au milieu de ce pan , un cadran R , et audessus de ce cadran, une aiguille Q. — A chaque extrémité du lit , un panneau ; celui des pieds NN ; entre ces panueaux , un tond rembourré légèrement convexe PPP.

La jeune personne , étendue sur ce lit, a une ceinture HH passée au bas de la taille , et serrée par une grande boucle I. — A chaque côté de cette ceinture est attachée par une petite boucle une ceinture KK, à l’extrémité inférieure de laquelle est une anse dans laquelle passe en travers une tringle en acier ou en cuivre , terminée par deux petites tringles L. Cette tringle est passée dans l’anse d’un cordon MM.

Autour du col de la jeune personne est passé un collier (i) rembourré ff , ouvert sur.ie devant, où on voit les deux prolongemens tenus rapprochés par une courroie passée dans une boucle G , qui ne se voit pas. — A chaque côté de ce collier sont attachées deux courroies eeee , percées à leur extrémité supérieure de trous dans lesquels entrent deux des quatre boulons qu’on voit , un à chaque extrémité d’une pince d’acier que nous nommons agraffe , et dont on voit l’extrémité droite D. Cette extrémité semblable par une tige longue d’environ 8 pouces et large de 10 lignes dans son milieu , où elle est percée

(1) Nous avons substitué une mentonnière à ce collier.

(Vnne ouverture de 4 lignes de largeur sur un pouce de longueur. Vers ses extrémités cette tige est moins large ; son épaisseur est de deux à trois lignes.

Dans l’ouverture du milieu de la tige de cette agraffe , est passée une anse de cordon de soie ou de chanvre , d’environ 4 lignes de diaipètre C , dans laquelle est reçue une petite tringle de fer semblable à celles des courroies de la ceinture ; cette anse est ainsi engagée dans l’ouverture de l’agraffe , de manière à ce qu’on puisse tirer par là la tête vers le panneau , qui est à double fond , ainsi que celui des pieds , les parties AA , NN mobiles pouvant être enlevées à volonté en tirant en haut par la tablette qui recouvre leur épaisseur , à chacune des parties mobiles de ces paneaux , on voit du côté de la tête une ouverture bb , et du côté des pieds, deux semblables ouvertures oo.

Par l’ouverture du côté de la tête , passe une des extrémités du cordon c , dont on vient de voir que l’autre extrémité tient déjà à l’agraffe ; par celles du côté des pieds passent les deux cordons mrhmm , tenant chacun par une de ses extrémités aux courroies de la ceinture. Nous dirons bientôt la destination des extrémités de ces trois cordons que nous n’indiquons actuellement que comme passant par les ouvertures des parties mobiles du double fonds.

Tels sont les objets qui se voient à l’extérieur du lit.

Pour en voir l’intérieur , la jeune personne doit en être ôtée en dégageant la petite tringle de l’agraffe et les deux des courroies , après quoi ayant élevé les parties mobiles des doubles fonds et le fond rembourré , on voit au milieu du lit et en travers une planche de deux pieds de long sur huit pouces de large , à laquelle , dans te sens de sa moindre direction , et au milieu de laquelle est pratiquée une ouverture transversale longue de sept pouces , large d’un.

Sur celle planche est montée sur un arbre d’acier supporté par deux coussinets en cuivre , une roue de ce dernier métal, de sept pouces de diamètre sur huit lignes d épais senr. Sur l’épaisseur de cette roue est creusée , à environ six lignes de profondeur , une gorge percée d un tiou de quatre lignes de diamètre, Lnviron un tiers de cette roue tourne dans l’ouverture pratiquée à la planche dont nous venons de parler , ses deux tiers restons tournent entre cette planche et le dessous du fond rembourré. — L’extrémité de l’arbre correspondant au pan du lit sur lequel est placé le cadran , après avoir passé à travers une ouverture pratiquée pour cette destination à ce même pan de lit, va affleurer le cadran qui est percé dans son centre d’une ouverture carrée R, dans laquelle le carré d’une clef qu’on y introduit le fait tourner ainsi que la roue à droite ou à gauche , pour produire l’effet dont il va êlre parlé.

Sur le milieu du bord de la planche du côté de la tête du lit, est attachée en dessous, par deux charnières, une des deux extrémités d’une bascule formée d’une planche d’un pouce d’épaisseur, longue de 27 à 3o , large de 5, et creusée dans sa longueur à sa face supérieure , de trois gouttières profondes d’environ 3 lignes , larges de 6.

A l’antre extrémité de cette bascule est attachée en dessous une pièce de fer coudée percée de trous, large de r5 lignes , longue de 6 pouces , dans celle de ses parties qui est tournée en haut, et terminée par un crochet , et de 3 dans celle qui est attachée au-dessous de la la bascule.

La partie montante de cette pièce de fer percée de trous passe au devant de la traverse inférieure du panneau du lit, sur le milieu de laquèll'e en est attachée une autre percée d’un pas de vis, par lequel passe de dehors en dedans du lit une vis à oreille, longtie de deux pouces et fl'cr, diamètre de trois lignes.

Cette dernière pit^v, en entrant dans un

des trous de la première , à fixer la bascule à divers degrés d’inclinaison.

C’est à la faveur de cette inclinaison , que l’extrémité de la colonne vertébrale, à laquelle la bascule est unie par le crochet qu’on engage dans l’anse inférieure du cordon est attirée vers le paneau du chevet par degrés de deux lignes , au moyen du mécanisme , on ne peut plus simple , qu’on va faire connaître.

Un poids de trente à quarante livres, établi sur un charriot formé d’une planche de six pouces de longueur sur cinq de largeur, et montée sur trois roues de cuivre d’un pouce de diamètre , est placé sur la bascule près de son extrémité libre arrêtée au moyen de la vis, de telle sorte qu’elle offre un plan incliné d’environ trois pouces.

A l’extrémité du charriot tournée vers la roue , est un anneau dans lequel se noue l’extrémité d’un fort cordon, en même temps qu’on noue aussi son autre extrémité à l’ouverture pratiquée dans sa gorge et ramenée au niveau de la planche sur laquelle elle est établie.

Si l’extrémité libre de la bascule n’était dans ce moment arrêtée , le poids s’inclinerait par la pression de son maximum de pesanteur, qui serait représenté sur le cadran par le nombre le plus élevé de ceux qui y sont gravés , lesquels ne correspondent toutefois à aucune valeur métrique utile à connaître , mais seulement à une des divisions correspondantes à un nombre égal de dents l’un roche t , que l’on voit en dedans du milieu du pan lu lit ; dents entre lesquelles un verrou s engage et se légage à volonté au moyen d’une petite clef introduite 1 l’extérieur , dans l’ouverture pratiquée à la base de 1 aiguille fixe Q.

Pour réduire presque à zéro la pesanteur du poids sur a bascule, on tourne la roue, et on le fait ainsi monter jusqu’à la planche transversale , où il est retenu f-*1 L verrou qui arrête la luuv. pot.»!

Alors , le fonds rembourré et les parties mobiles du double fonds étant rétablies , la jeune personne est de nouveau étendue sur le lit, le col garni de sa mentonnière, et la ceinture serrée , au point que son bord inférieur s’arrête au-dessus des crêtes des os des îles.

L’agraffe est unie au cordon c, et ensuite aux courroies de la mentonnière.

Les courroies latérales de la ceinture étant destinées à retenir invariablement le bas de la colonne vertébrale vers le milieu du lit, les cordons /jui s’y unissent au moyen de deux petites tringles, passent par leur autre extrémité dans les ouvertures oo de la partie mobile du double fond des pieds du lit , et de là dans la gorge d’une poulie de renvoi correspondante de chaque côté , et attachée sur la partie fixe du double fond. Passés sur cette gorge de poulie , ils descendent d’aplomb et tombent sur les deux extrémités d’une traverse de fer de quatre lignes d équarrisage , composée de trois parties égales brisées, dont celle du milieu est vissée sur la traverse inférieure du bas du lit et en dedans. C’est là que ces forts cordons sont arrêtés par leur extrémité passée dans chacune des ouvertures destinées à les recevoir.

Les courroies sont ensuite passées dans les boucles de la ceinture, et serrées de manière à éloigner l’agraffe du double fonds, d’environ quatre pouces, dans l’état de tension des courroiesde la menlonnièrequi l’unissentàelle.

Cn lâche alors 1 extrémité libre de la bascule en tournant la vis à oreille, pour dégager son extrémité du trou e a pièce de fer coudée où on l’avait fait entrer pour la ixer, et dès ce moment la traction exercée sur l’agraffe , ne se fait que par le poids très-faible de la bascule. Mais aussitôt on peut charger cette bascule d’une partie de la pto-A.iteni du poids. On n’a pour produire cçL-ctTel qu’à (Vlbei e veircrcr An h. partie clef, et retourner la roue jusqu’à ce que le nombre , depuis i jusqu’à

io à volonté , sC place au-dessous de la pointe de l’aiguille , où on l’arrête en engageant le verrou entre les dents du rochet, au moyen de la petite clef introduite dans l’ouverture Q. On a dès ce moment une tension , mais encore peu considérable , comme on peut le voir par la faible diminution de l’étendue du cordon c, sur lequel, entre l’ouverture bb et l’agraffe, on a marqué, au moyen de fds de couleur tranchante , des divisions de six et de trois lignes.

Toutefois dès ce moment encore , on peut augmenter, à titre d’essai , cette tension , en attirant en bas l’extrémité libre de la bascule avec le pied droit engagé dans une anse de cuir clouée au-dessous d’elle , et on peut même , sans changer la position du poids pour augmenter sa puissance , dans ce cas, extensive, opérer pour quelques instans une tension fixe , en serrant la vis à un degré plus ou moins supérieur à celui que doit opérer le poids sur le point de la bascule où il est parvenu et où il demeure retenu. Nous allons voirie parti qu’on peut tirer de 1 emploi des moyens que nous nous sommes créés.

Il serait fort difficile , et il ne serait pas même sans inconvénient , d’entreprendre de donner ici quelques règles sur la manière dont on procédera ultérieurement, relativement à l’emploi varié des puissances extensives que présente notre lit. Nous ne pouvons que décrire la manière de les appliquer, en entrant dans certains détai s. Cesera à nos confrères à juger eux-mêmes , d api es a nature des cas, de ce qu’il y a à faire dansun traitement i e cette importance. Voici néanmoins les instructions qne

nous pouvons donner à cet égard. .

La jeune personne étant établie sur le lit, dont le fond, rembourré peut être relevé vers la tête au moyen des V>c en bois qui sont au-dessous , et sa situation y e ^ telle qu’on l'y vnît dans la description qui P’ 00'-i e ’ nous assurons d’abor.l que la cemture est suffisamment

serrée pour pouvoir être arrêtée par sou bord inférieur au dessus des crêtes des os des îles', quelques efforts que nous fassions pour attirer le corps vers les pieds du lit en tirant sur elle. Nous serrons alors les courroies au moyen des boucles , au point convenable pour que le sommet de la tête se trouve éloigné du chevet de quatre à six pouces quelqu’attiré que puisse être le corps vers ce coté.

Ces précautions prises , nous nous plaçons derrière le chevet , et embrassant la base de la tete de nos deux mains appliquées de chaque côté , nous attirons en bas la bascule avec notre pied droit engagé dans 1 anse de cuir que nous avons déjà dit lui être attachée au-dessous. Alors nous exerçons des tractions sur la colonne vertébrale dont nous percevons la résistance par l’organe de notre pied dont l’action seule les provoque , etpar celui de nos mains que nous n’appliquons sur les côtés de la tête , pendant les tractions que nous opérons, que pour la soutenir et la porter en haut , à droite et à gauche ; monvemens divers dont celui-là seul qui les exécute et celui qui y est soumis peuvent avoir la conscience : le premier , pour se faire une idée de la nature et du point de départ des résistances qu’il reconnaît ; le second , pour infirmer ou confirmer le jugement qu’en porte le premier , et pour rendre compte des diverses sensations qu’il éprouve dans telle ou telle autre partie de son corps , à tel ou tel autre degré d’extension , et dans telle ou telle autre direction.

En lisant seulement cette partie de la description de nos procédés , la plupart de nos confrères eux-mêmes ne pourront se défendre d’une certaine inquiétude sur ces divers mouvemens de traction ou de direction imprimés simultanément à la colonne vertébrale. Ceux d’entr’eux cependant , qui en sont fréquemment témoins , sont bientôt rassurés , d’abord parle fait lui-même i ét en* suite par le 1 arqor»*xoxu£jik et L’evamon attentif de ce qui se passe , et dont voici l’explication.

Lia personne placée sur le lit y est disposée de manière à ce que nous acquérions la connaissance exacte de l'étendue en longueur que son corps y occupe hors de tout état de tension et par le fait seul de la position qu’elle y prend , comme si elle devait être mesurée de la tête aux pieds, ce que d’ailleurs il est bon de faire dans quelques circonstances. C’est dans cet état que nous jugeons d’après l’âgé , la constitution , la taille et tout ce qui se rapporte à la difformité, que nous pouvons sans le moindre inconvénient opérer sur la colonne vertébrale en une ou deux minutes au plus, une augmentation de longueur d’un à deux pouces, que nous obtenons ligne par ligne , laissant un intervalle à volonté entre chacune , pour nous assurer par ce que nous dira la-jeune personne et par la réactioi? des parties appréciée par nos mains, que nous pouvons porter l’extension encore plus loin, ou la borner au point où nous sommes parvenu.

Le moyen de nous assurer que nous n’opérons qu’un alongement d’une ligne , et moins à la fois si nous voulons, est infaillible , puisque des graduations de cette mesure sont marquées sur le cordon entre l’agraffe et l’ouverture bb , dans une étendue de trois ou quatre pouces, qui offre dans sa partie la plus rapprochée du panneau deux ou trois divisions de six lignes chacune, les trois ou quatre suivantes du côté de l’agraffe pouvant n’êlre que d’une ligne, hien que nous les réglions ordinairement à trois.

Nous n’avons réglé ces divisions du côté du panneau qu’à six lignes , parce que le premier effet de la tension est le plus considérable sous le rapport de 1 alongement , attendu que les diverses courbes que la colonne vertébrale décrit naturellement ou accidentellement concourent toutes à le produire. Quant aux divisions suivantes, c’est-à-dire à celles qui sont les plus rapprochées de l’agraffc , celles-ci peuvent à volonté se mar<3”cl d a~ bord de trois en trois ligue», eu»uke cie deux en deux. Toute fraction plus réduite nous paraît inutile.

Tout physiologiste conviendra qu’avec de tels moyens de vérification appliqués à la déterminât, on des divers degrés d’extension que nous avons a priori juges convenables, il ne peut arriver que nous- dépassions jamais le point au-delà duquel il pourrait y avoir quelque inconvénient à la porter, ,

Ce moyen de distendre ainsi momentanément et a volonté la colonne vertébrale déviée est donc exempt d m convénient, et voici cependant de quelle utilité il est

entre nos mains. 11 nous sert : ,

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