Arch. Dép., B. 4825, f
cérémonies qu'il considérait comme une hypocrisie ? Et ces autres cas, s'ils sont graves, pourquoi ne pas les énumérer ? Aurait-il fait quelque, acte de protestantisme ? Mais on n'aurait guère manqué de le dire, car nombreuses et terribles étaient les lois qui réprimaient de tels actes. Je suppose qu'on l'en soupçonnait fort, mais qu'on n'avait rien trouvé de positif sur son compte. En tous cas, c'est un révolté contre l'église romaine. Il sera brisé.
Depuis longtemps peut-être, le malheureux gémit dans les prisons, en attendant l'arrêt de la cour. Son procès lui a probablement coûté déjà beaucoup d'argent : Témoins à décharge, avocat, ou comme on disait alors, procureur particulier, nommé Lassère, presque le même nom que son client. Il est peut-être père de famille, et dans l'intérêt de sa propre situation il est urgent qu'il puisse au plus tôt rentrer au village, privé de ses soins. Considérations secondaires auprès du crime qui lui est imputé. Le grand souci du parlement est d'enlever à l'hérésie un solide appui. Voici l'arrêt :
« La cour, faisant droit au cas résultant du procès, a bany et » exilé, bannit et exile du ressort de la cour, le dit Etienne » Lasserre pour le terme et espace de cinq années, luy fait » inhibition et défense de rompre son ban, à peine de la vie, » condamne le dit Lasserre en quatre ley majours envers le roy » et en la somme de cent livres, laquelle sera employée aux » réparations de l'Église d'Osse, à la diligence du curé et des » jurats du dit lieu, lui fait inhibition et défense de ressidive à » peine de punition corporelles, condamne le dit Lasserre aux » dépens. Signé Bonnecase rapporteur, et Gaubert, premier » président. »
Pauvre Lasserre ! Pour un crime pour nous incompréhensible, le voilà ruiné par les amendes, car la ley majour est la plus forte qu'on puisse imposer. Sa situation est compromise par son bannissement, ses biens engagés et son argent employé à ce qui est pour lui des objets d'idolâtrie. La honte en est plus aux juges qu'à leur victime, et les protestants d'Osse, froissés dans leurs sentiments les plus sacrés, ne font que se fortifier dans leur résistance à l'église, résolus à tout entreprendre plutôt que de céder.
Un demi-siècle s'est écoulé depuis l'édit de Révocation. Les nouveaux convertis, loin d'être gagnés par la violence, sont plus décidés que jamais à se dégager de l'étreinte de la religion officielle. L'épreuve des premières années était décisive, ils ont pu faire des actes de catholicisme, mais cette religion ne les a pas entamés. Ils ont subi la violence, mais conservé leur foi.