I. Cor. XV
adressées à Pierre Datournou, indications que François Datournou semble avoir été le seul à mettre à profit.
a Si vous voulez profiter de l'occasion que vous trouverez à Bordeaux à présent, le capitaine Powell y est parti depuis trois semaines. Il ne fait pas ordinairement d'autres voyages que de là à Londres. Il est quelquefois deux mois en charge, quelquefois moins. Il y a aussi le capitaine Abadie, fils de Bernois (Béarnois ?), qui est parti aussi depuis 15 jours pour la susdite place, sans compter le capitaine qui doit partir cette semaine : aussi vous trouverez sans doute des commoditez. Pour moi, mon sentiment est pour le faire passer sans délai, car comme il faudra le mettre à l'école à son arrivée, il pourra travailler à l'écriture aussi bien qu'à la chiffre (sic). Vous savez que les délais sont dangereux. Monsieur Biénave de Bordeaux a rendu service à M. Darabanet, à qui je dois adresser le castor pour Monsieur le curé de Bedous que Monsieur votre curé m'a ordonné pour vous l'adresser à Pau chez M. Bataille, mais si vous vous déterminez d'envoyer votre frère, vous ferez bien de lui écrire à la réception de la présente, en le priant de vous marquer le départ du premier vaisseau pour Londres. Vous aurez la bonté de délivrer l'incluse à mon cousin Lembeye et au cas qu'il accepte mes offres, je vous prie de lui rendre service et en cela vous me le fairez à moi-même, quoique je n'aie pas d'espérance. Tous mes offres sont pour en amener plusieurs à la justice, s'il m'est possible »
Ces français huguenots, si loyaux sujets de leur roi, comme nous le fait voir la scène patriotique du synode de 1744, devenaient sur la terre hospitalière qui leur donnait les avantages de la liberté religieuse, les dévoués serviteurs de la maison royale d'Angleterre, comme nous le pouvons voir par cet extrait d'une autre lettre de Bertrand Casalar à Pierre Datournou datée du 25 mars 1751 :
Je ne puis m'empêcher de vous apprendre avec un cœur navré de larmes, la mort de notre aimable prince de Galles, premier héritier de la couronne, que Dieu a retiré de ce monde le 20 du présent mois, âgé de 44 ans ; un des plus aimables princes peut-être du monde, qui, grâces au Seigneur, nous a laissé une aimable famille, composée de quatre princes et trois princesses, dont l'aîné des princes est né en 1734 : que l'Eternel daigne le bénir de ses plus précieuses bénédictions! et nous conserve notre bon Roy. Ma capacité n'est pas capable d'exprimer la consternation dans laquelle cette capitale se trouve, à l'occasion de la mort de notre cher Prince qui, en quittant ce monde, a manqué d'être couronné d'une couronne corruptible pour recevoir une incorruptible.
PTest-il pas navrant de voir l'intolérance religieuse détruisant dans les cœurs de ces loyaux citoyens l'amour de la patrie, à ce point que leur plus grand bonheur étail de vivre hors de France, comme nous le montre la lettre suivante de Joseph Datournou, du 13 avril 1731, adressée à son frère Pierre :
« Le Seigneur m'a fait la grâce de sortir de ce misérable pays pour entrer dans cette heureuse province qui est toute pleine de réfugiés et où Dieu par sa irràce donne à tous de quoi subsister. Ceux qui n'y ont pas l'abondance y oui au inoins le nécessaire, et ce qui est plus estimable que tous les biens du monde, mois y avons comme en toute abondance la pâture céleste dans le temps que tant de pauvres affamés de la parole de Dieu sont privés de la liberté de l'invoquer publiquement et gênés dans leur conscience. Voua paraissez en quelque manière, mon cher frère, m'exhorter à n'avoir point de regret de ce changement. Je vous assure que bien loin d'en avoir aucun, je ne saurais au contraire vous exprimer le plaisir et la joye que j'en ai. car il n'est de bonheur plus parfait que celui dont je jouis. Ah qu'il y en -a. s'ils avaient le même avantage, qui en profiteraient beaucoup mieux que je ne fais ! »
Si leur attachement au pays qui leur offrait avec l'hospitalité la liberté religieuse et la paix de la conscience peut sembler une atteinte au vrai patriotisme, celui-ci est aussi vif qu'on peut le souhaiter quant à ce qui concerne leurs sentiments pour les pauvres opprimés de leur village natal ; nous en avons la preuve dans une lettre de Jean Supervie à Pierre Datournou en date du 14 mai 1751 :
« Plus je lis la parole de Dieu, plus je pense à mes chers amis. Jérémie me dit, chapitre 51, verset oO : « Vous qui êtes échappés de )) l'épée. marchez et ne vous arrêtez point : quoique vous soyez loin, » souvenez-vous de l'Eternel et que Jérusalem vous revienne dans le » cœur. )) — St Paul aux Hébreux, ehap. 13, vers. 2 : « Souvenez-vous » des prisonniers comme si vous étiez emprisonnés avec eux et de ceux )) qui sont tourmentés comme étant vous-même du même corps. »
Auraient-ils mieirx pu exprimer que par ces citations les sentiments de solidarité qui les unissaient à leurs parents et amis de la vallée d'Aspe.
Nos jeunes émigrés avaient fait voyage avec un négociant français, depuis longtemps établi à Londres, et alors diacre de l'église française de l'artillerie, nommé Pierre-Jacques
Douxsaint *. C'est chez lui que Joseph Datournou fut placé peu après son arrivée. Voici comme il rend compte de sa situation à son frère, le 9 mars 1752 :
« ... Je suis donc chez le monsieur que je vous ai déjà marqué et j'y entrai au bout de six semaines que je fus ici. Il m'engagea pour être son commis et du depuis je continue à l'être. La première année, il m'a donné huit livres sterling, ce qui fait huit louis d'or, la nourriture et quelques dépouilles et j'y suis blanchi. La seconde donc, qui est celle-ci, il m'en donne dix ; ces sortes de gages sont très peu de chose en Angleterre, néanmoins je m'estime très heureux d'être comme je suis et je puis dire que j'ai bien du bonheur, car il y en a quantité (et de plus capables que moi), qui n'ont pas un pareil avantage; je gagne ma vie assez honorablement et c'est tout ce que je souhaiterais si j'étais seul, mais je sens moi-même qu'il faut penser aux autres, pour cet effet je vais tâcher de me rendre capable dans quelque temps d'ici pour me placer ailleurs ; j'ai appris l'espagnol et j'ai dessein d'apprendre à tenir les livres pour me pousser un peu dans le négoce. Je me suis consulté à cet égard avec notre oncle Gasalar : il dit que c'est le meilleur parti que je puisse prendre. Ces dépenses absorbent presque mes gages, mais que faire ? Je sème dans l'espérance de recueillir. »
Au mois d'octobre 1752, François Datournou se rendit à Londres auprès de son frère Joseph. Il s'embarqua à Bordeaux avec le capitaine Abadie et paya quatre-vingts livres pour la traversée.
La joie de l'exilé fut grande. Il se félicite de « la délivrance » de son frère et ajoute : « Je voudrais que tous ceux qui ont leur » salut à cœur eussent le même bonheur... ce n'est pas peu de » chose qu'une telle* faveur, car Dieu a déclaré que ceux qui » auront quitté père et mère et ce qu'ils affectionnent le » plus, ne seront jamais abandonnés de lui dans cette vie » et jouiront d'un bonheur éternel après leur salut. » Il espère pourvoir, non seulement à ses besoins, mais à tous ceux de son frère.
Cette lettre, qui porte la date du 21 décembre 1752, nous donne des détails sur la situation très précaire des protestants d'Osse : « François m'a instruit de quelle manière Osse condes-