Voyez Bulletin Prot. Franc., tome XXV, p
» cendait à la volonté du curé '. Veillez sur ceux de chez nous qui » seraient assez faciles de céder leurs droits, particulièrement » notre chère mère.... qu elle fasse son possible pour empêcher » qu'on ne triomphe de sa foihlesse. »
Dans une autre lettre, du 1er janvier 1753, il revient sur ce sujet, recommandant à ses parents la fermeté jusqu'à la tin : « Souvenez-vous que, dans vos infirmités, on viendra solliciter » votre constance, mais n'oubliez pas que c'est alors qu'elle doit » se montrer plus ferme et plus intrépide. Plus on est près de la » fin du danger, plus votre courage doit se fortifier... le plus » grand chagrin dont vous puissiez m'accabler, ce serait d'ap- » prendre que vous avez fait naufrage quant à la foi; je prie le » Seigneur qu'il ne vous arrive pas un si grand malheur. » .
Au commencement de cette année, le père Datournou mourut ; ce fut pour les exilés un grand chagrin que d'être alors loin de la maison, et l'incertitude où ils restèrent sur les circonstances de cette fin rendit leur éloignement encore plus douloureux. Joseph écrit à sa mère, le 9 avril 1753 : « J'espère qu'il aura » persévéré jusqu'à la fin, comme je le suppliais de le faire dans » ma précédente lettre... » Il conjure son frère ainé de rendre à sa mère le fardeau aussi léger que possible, d'être un père et un fils tout ensemble, et promet de se charger de François.
Enfin, trois mois plus tard, il a des détails rassurants sur la mort de son père : « Rien n'a été plus capable de soulager la » peine où la mort de feu notre cher père m'avait plongée, que » ce que vous venez de m'apprendre. Grâce à Dieu, le monde et » ses artifices n'ont pas eu le dessus. Puisqu'il a plu à Dieu de » lui accorder ce bonheur, il faut espérer qu'avec les disposi- » tions dont il l'aura infailliblement revêtu, il aura eu part à la » récompense qu'il promet aux fidèles mourants : « A celui qui » vaincra, je le ferai asseoir sur mon trône. » (Apoc. III, 21.) » L'union dans laquelle vous continuez de vivre tous ensemble
i. — Les protestants d'Osse étaient en butte à toutes sortes de tracasseries, dont nous avons un faible écho dans les registres de l'état civil. Comme en 1731 on avait obligé un certain nombre de ménages à recevoir la bénédiction de l'église, de même une semblable pression força dans les années 1746, 1747, 1751 des époux unis depuis plusieurs années à s'agenouiller devant le prêtre. État civil d'Osse.
» me ravit extrêmement, et je souhaite qu'elle aille en s'aft'er- » missant de plus en plus. »... (Du 16 juillet 1753.)
Cette lettre se termine par une mention de Jean Soupervie, dont la piété et la bonté étaient remarquables. Ce dernier réclame son extrait baptistaire, afin de faire marquer son âge sur son tombeau. Joseph en parle ainsi dans une autre lettre : « Votre oncle de Supervie ne mérite pas d'être oublié, car s'il est » un homme qui ait bon cœur, il est des premiers. Il me témoigne » beaucoup d'amitié et il m'a fait des offres d'ami... Donnez-lui » des nouvelles de sa sœur. »
Les lettres de cet excellent homme sont une suite de citations de l'Ecriture Sainte et des psaumes, et des exhortations pressantes. En voici une qu'il écrivait à Mme Datournou, sa sœur, le 4 mai 1752. Il y est question de la triste situation morale des protestants d'Osse et de leur peu de vie religieuse.
« Souvenons-nous de la menace qui fut faite à l'ange de l'église de Laodicée : « A la mienne volonté que tu fusses froid ou bouillant. » « C'est pourquoi, parce que tu es tiède, je te vomirai de ma bouche. » (Apoc. III, 15 et 16.) — Combien il y en a dans notre lieu, qui disent : « Je n'ai point changé de foi, je crois toujours ce que je crois, » je n'épouse point les erreurs de l'église romaine, je ne participe point » à son culte idolâtre, j'ai beau être parmi les papistes, je ne suis point » papiste. » Voilà les excuses frivoles de nos pauvres abusés, comme si Dieu pouvait être moqué. Non, ma chère sœur, Dieu veut tout ou rien. Puissions-nous bien vivre pour bien mourir. Amen1. »
1. — Ce Jean Soupervie mourut à Londres au mois d'août 1775, il n'avait pas de famille et laisse tout son bien aux autres. Voici la liste des différents legs qu'il avait faits :
Dix livres sterling à chacune de ses trois nièces, filles de son frère Pierre ; Dix livres sterling à chacune de ses trois nièces, filles de sa sœur
Marie (Datournou); Dix livres sterling aux pauvres protestants d'Osse ; id. id. à Pierre Datournou ; ici. id. à Joseph Datournou ;
Douze guinées à François Datournou ;
Douze guinées à l'église de l'Artillerie à Londres;
Dix livres sterling pour les pauvres de la paroisse ; Dix livres sterling à l'hôpital français ;
A la veuve de Mathieu d'Arabanet à Londres : Deux cents livres sterling, avec tout son mobilier ; Dix livres sterling à M. Pierre Foursans et autant à M. Dominique
Duroy, ses exécuteurs testamentaires.
En effet, grand et douloureux <;tait le contraste entre la situation des expatriés et l'étal de ceux qui, restés dans le pays natal, sont toujours sous le joug' d'une oppression qui arrache les larmes des yeux des témoins. Et cependant, ces pauvres abandonnés ne sont pas sans posséder un reste d'énergie. Il leur en fallait beaucoup pour ne pas se laisser abattre dans de telles circonstances. Leur attachement à l'Évangile, les scrupules de leur conscience, qui les poussent de plus en plus à renoncer à tout acte hypocrite, leur résistance à la volonté du curé, dictée par la crainte de compromettre leur salut éternel, leur renoncement volontaire aux vains honneurs de la sépulture dans le cimetière du village, préférant, pour garder la paix de la conscience, être ensevelis en cachette sous le sol de leurs maisons, leurs efforts communs pour conserver leur foi, le mutuel appui qu'ils se prêtaient pour résister à tout ce qui pouvait y porter atteinte, sont autant de signes de préparation d'un réveil qui, en effet, ne tardera pas à se manifester. D'un autre côté, comme cela se produit ordinairement aux époques de crise, quelques défections eurent lieu, qui, loin d'avoir la contagion de l'exemple, semblent avoir provoqué une réaction vers l'indépendance, et nous assistons, vers les années 1750 à 1754, à un véritable souffle rénovateur de l'esprit protestant. D'ailleurs, ce mouvement d'émancipation n'est point particulier à Osse. C'est de cette époque que date le relèvement du protestantisme béarnais.