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RECONSTITUTION DE L'ÉGLISE

Soixante-cinq ans après la Révocation de l'édit de Nantes, les protestants béarnais, qui sauf de rares exceptions avaient gardé une attitude de soumission extérieure à Tordre imposé, possédaient encore vivante au fond de leurs cœurs la foi de leurs pères au Dieu du pur Évangile, et la transmettaient secrètement à leurs enfants. En 1750, ces intimes convictions éclatèrent en plein jour, et le besoin impérieux d'entendre la Parole de Dieu dans des assemblées publiques leur fit braver la législation odieuse sous laquelle ils étaient abattus. Il était venu d'Angleterre un jeune homme, du nom d'Olivier (était-ce un descendant du dernier pasteur de Pau?) qui remplissait les fonctions de prédicant, parcourant le pays et tenant des assemblées à Labastide- Yillefranclie, Salies, Puyoo, Bellocq, Lahontan. Le mouvement prit une telle importance, que le parlement s'en émut et rendit un arrêt par lequel quinze personnes, y compris le prédicant, furent décrétées de prise de corps, et plus de cent quarante citées devant le procureur général du roi. Cet arrêt fut lu dans les églises et affiché dans les communes où avaient eu lieu les dites assemblées1.

Ces mesures de rigueur n'arrêtèrent pas l'élan des religionnaires, et le parlement dut de nouveau sévir l'année suivante contre un nommé Arnaud Laugar de Labastide.

Même le prédicant ne leur suffisant pas, ils soupiraient après

i. — Voir le Relèvement des Églises du Béarn au xvnf siècle, par M. le pasteur Bohin, Bulletin Prot. Français, mai 1891.

la présence d'un ministre qui, outre la prédication de la Parole do Dieu, put leur administrer les sacrements et réorganiser les (;-lises. En 17§3, Papôtre des Cévennes, Paul Rabaut, est averti du mouvement qui se produit en Béarn et du < I < - > i i ■ des protestants de celle province d'avoir des ministres. Il consulte Antoine Court, qui propose au pasteur Defferre, lequel cherchait un poste loin du Languedoc, « d'aller faire quelque découverte en Béarn : » là, écrivait-il, se prépare une moisson qui n'attend depuis long- » temps que la faucille d'un ouvrier zélé, prudent et habile1».

Etienne Defferre accepta. Il était originaire de Grand Gai largue. Reçu dans le corps des proposants par le synode du Bas Languedoc en mai 1739, il est en 1741 secrétaire de cette assemblée, qui lui donne, en 1742, un «congé d'une année pour aller à » l'Académie réformée qu'il jugera à propos, afin de perfectionner » ses connaissances et pour se rendre mieux capable de prêcher » l'Évangile aux églises sous la croix2 ». Pasteur énergique et dévoué, on le charge à plusieurs reprises d'intervenir pour arranger des différends et il est député au synode national de 1748. En 1753, il fait partie de la commission chargée par le synode du Bas Languedoc d'examiner les candidats au saint ministère. A pari Claude Brousson, il semble que Defferre soit le premier pasteur qui ait mis les pieds en Béarn depuis la Révocation. Voici comment il y fit son entrée, d'après une lettre qu'il écrivait à Paul Rabaut le 4 décembre 1756 : « M. de La Caussade vous a sans » doute raconté l'heureuse rencontre que je fis de lui dans la » ville de Tarbes. J'admire ici la sage Providence qui vint à mon » secours dans le temps que j'étais dans une grande inquiétude » et que je ne savais quelle route je devais prendre pour pénétrer » avec sûreté dans le Béarn; car c'est précisément dans le temps » que je pensais à cela que je rencontrai M. de L. G. Jugez » quelle dut être ma joie à l'aspect de ce secours inespéré. Je » suis tout transporté et hors de moi-même quand je réfléchis » sur les ressorts cachés que cette providence propice fait agir

1. — Les Synodes du Désert, par Edmond Hugues, tome II, page 127 (note).

2. — Synode du Bas Languedoc, du 15 mai 1742, acte IX. Hugues, tome I. ]). 17.").

» .pour nous tendre une main secourable dans le besoin et à » point nommé. Je les trouve d'autant plus consolants, d'autant » plus clignes de louange et d'admiration, qu'ils sont inconnus et » impénétrables à la sagesse humaine1. »

Ces paroles de foi en la protection divine nous montrent quelle était la piété de cet homme énergique. Son caractère chevaleresque et intrépide, son affabilité, sa bienveillance, son dévouement pastoral excitaient à son endroit un grand enthousiasme. Les placets qu'on a conservés de lui montrent qu'il était lettré. Son nom était Etienne Defferre ou de Ferre, mais il avait pour nom de guerre celui de Montagni ou de chevalier de la Briga. Il avait fait ses études au séminaire de Lausanne ; quant à son extérieur, c'était un bel homme, d'un taille au-dessus de la moyenne, au regard remarquablement vif, et portant toujours une épée. Il devait avoir de 45 à 50 ans 2.

Defferre fut le véritable restaurateur du protestantisme béarnais.

Voici comment il procéda au début de son œuvre, d'après un placet, rédigé par le pasteur Pierre Peyrot, cité par M. Charles Coquerel dans son Histoire des Églises du Désert, t. II, p. 252 : « Il y a environ six mois qu'un ministre de la religion réformée » (Etienne Defferre), se rendit dans ces cantons (Béarn) ; d'abord » il se fit connaître à quelques-uns ; et puis le nombre augmen- » tant, il indiqua des lieux au désert pour y prier Dieu. A cette » occasion, il s'est fait plusieurs assemblées fort nombreuses, il » est vrai, mais fort éloignées pour ne donner aucun scandale à » personne. »

Le voyez-vous à l'œuvre, s'adressant tout d'abord à des personnes sûres qui lui étaient recommandées et par elles atteignant tous les protestants d'un endroit. Quand il avait obtenu leur adhésion et leur concours, comptant sur leur zèle religieux, il se rend dans la campagne à la recherche d'un « lieu éloigné », bien dérobé, bien caché afin d'éviter toute surprise et puis y

1. — Ch. Coquerel. Histoire des Églises du Désert. Paris, Cherbuliez, 1841, tome II, page 235.

2. — Son signalement a été donné par M. Ch. Coquerel, ouvrage cité, tome II, p. 569 et par M. Soulice. Bulletin duProt, Français, tome XXXII, ]». 514.

convoque une assemblée. Après en avoir tenu quelques-unes et fait connaissance avec le peuple, bravant les recherches dont il était l'objet, il se met à reconstituer un certain nombre d'églises, en établissant des anciens et des diacres, chargés de veiller aux besoins du troupeau, aux soins des pauvres et même à la formation d'écoles, et à la fin de l'année 1756, il pouvait écrire à son collègue Paul Rabaut : « ... Les affaires de mon » commerce vont fort bien. J'ai fait six assemblées dans six » places différentes. J'ai baptisé quelques enfants. J'ai aussi » commencé à former des écoles et à rétablir l'ordre. J'ai établi » des anciens et des diacres à Orthez, Salliès, Athos, Peirade, » Salles, Sl,;-Suzanne et dimanche prochain, avec l'assistance » du bon Dieu, j'en établirai dans plusieurs autres lieux. » (Lettre du 4 décembre 1756 l.)

Une telle œuvre donna l'éveil aux autorités du pays, et les curés eurent bientôt fait de dénoncer l'agitateur, qu'on essaya vainement de saisir. Une vaste enquête au sujet des assemblées fut ordonnée. Plus de cent témoins furent entendus. Le 9 mars 1756, le parlement de Navarre rendit un arrêt, d'après lequel furent décrétés de prise de corps, « un personnage, prétendu ministre» et vingt personnes de différents endroits, d'Orthez, Salies, Puyoo, Salles-Mongiscard, Cassaber, Athos, Peyrède, Viellenave, Araujuzon, Baigts, Labastide-Villefranche et Ste-Suzanne, et environ cent trente autres furent citées pour répondre aux informations qui devront être faites par le procureur général du roi, assisté des premiers jurats d'Orthez et de Caresse, de Labastide-Villefranche et de Puyoo2.

Les recherches furent fort actives, le pasteur fut caché par un protestant zélé et les réunions furent interrompues> mais elles recommencent au mois de septembre, et le 17 octobre fut fondé le premier consistoire « aux . lins des assemblées qui se feront » dans chaque lieu où l'on est ».

Ainsi la restauration des églises protestantes en Béarn continuait avec succès, et en 1757 ce fut au tour de l'église réformée

1. — Ch. Coquerel. Histoire des Églises du Désert, tome II, page 233,

2. — Arch. B.-P., B. 4895. — Id. B. 4557. Voir aussi sur ces informations Bull. Prot. Franc., tome XVII, p. 604 ss., et t. XXXII, 509 ss.

d'Osse d'être réorganisée1. Cette année-là, en effet, nous lisons dans un de nos registres : « Monsieur Defferre Montigni minis- » tre vint dans notre commune, il forma une église composée » d'un diacre et d'un nombre d'anciens qu'il jugea convenable » pour le maintien de l'église. »

Cette première visite d'un pasteur, dans ces temps difficiles, a fait une telle impression dans notre population ardente, que la mémoire de M. Montigni est encore vivante dans notre communauté. On cite encore les noms des intrépides qui allèrent dans la plaine au devant du ministre : c'étaient Gazet, Jeannet de Latisnère, Latourrette et Curetet. Ils marchaient à pied, le ministre était à cheval. Les uns et les autres étaient armés, bien résolus à se défendre en cas d'attaque. Ils voyagèrent la nuit pour plus de sûreté. Auprès d'Asasp, on aurait tiré sur eux, mais sans résultat, et les balles sifflèrent à leurs oreilles sans qu'ils répondissent aux assaillants embusqués derrière une haie. Ils franchissent sans obstacle le défilé d'Escot et arrivés au Pont Suzon, au lieu de traverser le gave par le grand chemin, ils suivent le sentier de chèvre qui pénètre sur le territoire d'Osse, évitant ainsi de passer à travers Bedous. Le ministre n'eut pas à venir dans le village, il se rendit directement au plateau d'Ipère et fut reçu dans la maison Miherre, grange qui appartient aujourd'hui au sieur Casteig. L'assemblée fut convoquée pour la nuit suivante au sommet du Bugala, à la grange de Lagunpocq.

Ces lieux étaient très habilement choisis : le plateau d'Ipère est situé à 2 kilomètres au nord du village, qu'il domine d'une altitude de 50 mètres. L'abord en est défendu de tous côtés par des pentes escarpées, et les granges qui s'y trouvaient alors appartenaient toutes à des protestants qui pouvaient facilement de là-haut prévenir toute surprise. Ce plateau est dominé au S. 0. par les hauteurs du Bugala (800m au-dessus du niveau de la mer), qui forment un contrefort de la montagne de Layens (1625e1). Les hauteurs du Bugala dominent d'autre part la vallée du Larricq, de sorte que de tous côtés on peut en surveiller les abords.

1. — Registre du consistoire particulier d'Osse, 1802-1855, page 13. (Archives du conseil presbytéral.) Qu'on remarque que Delïerrc portant ailleurs le surnom de Montagni s'appelle ici Montigni, ainsi inscrit dans le registre et ainsi prononcé par les vieillards de l'endroit.

La population protestante d'Osse, réunie la nuit dans les granges de Prodéqui et de Lagunpocq, assista à une assemblée religieuse, comme elle n'en avait pas eu depuis plus de 70 ans. L'émotion était profonde, el ce culte simple et grand était comme une preuve de cette vérité évangélique, à laquelle tous les assistants voulaient rester tidèles. Une résolution invincible naquit dans toutes les âmes lorsque le pasteur leur lit promettre de renoncer désormais aux cérémonies de l'église romaine, et qu'à cette condition il leur accordait le grand privilège de les admettre au sacrement delà Ste-Cène. En confirmation de cette héroïque promesse, le pasteur eut peut-être à bénir des mariages et à baptiser des enfants. 11 termina les devoirs de son ministère en constituant un corps d'anciens et désigna le diacre chargé de recueillir les aumônes et d'administrer les deniers de l'église, désormais organisée. L'assemblée aussi, avant de se dissoudre, résolut de se réunir en l'absence du ministre, sous la présidence d'un ancien, et les nouveaux élus prirent l'engagement de pourvoir à ce (pie l'un d'eux soit toujours prêt à lire les prières, à indiquer les chants et à faire la lecture d'un sermon, toutes les fois que le peuple serait convoqué. C'est grâce à cette habitude, désormais adoptée dans l'église d'Osse, que celleci put attendre encore soixante-dix autres années le rétablissement au milieu d'elle d'un ministère régulier, et traverser sans dommage la période révolutionnaire, qui fut si désastreuse pour beaucoup de nos églises.

Quant à la résolution prise par ce peuple de ne plus se soumettre aux cérémonies de l'église romaine, depuis ce moment elle est de plus en plus exactement observée, et le registre des inscriptions des ménages protestants d'Osse en 1788 relate la légitimation des mariages contractés et d'enfants nés à partir de cette année ilol.

On le pense bien, le pasteur ne dut pas faire long séjour dans les montagnes, et il devait lui tarder de se trouver en dehors de ces défilés, véritables souricières. Le lendemain, il regagnait la plaine, assisté de ses fidèles piétons qui, enhardis par la facilité de leur premier trajet, faisaient, dit-on, retentir les échos des montagnes du chant des psaumes, qu'ils avaient entonnés dans l'assemblée. Ils eurent, parait-il, un moment de grande émotion.

Après une halte au bord du gave, ils apprennent que la maréchaussée vient de passer. Le pasteur s'aperçoit que sa valise lui manque. Elle contient des papiers compromettants et la robe pastorale. « Va-t-elle tomber entre les mains de la police? » Il y va de sa tête. Un des hommes de l'escorte, Latourrette, dit le petit ourson, n'hésiteras, malgré le danger, à retourner à l'endroit où l'on avait fait halte, et rapporte la précieuse valise. Le pasteur put sans encombre revenir à son domicile du désert, sur les collines de Bérenx *.

Déjà, lors de la reconstitution de l'église d'Osse, Delï'erre avait obtenu du synode national, qui s'était intéressé à ce mouvement de relèvement du protestantisme béarnais, un aide précieux en la personne du pasteur Jean Journet, de la province des Basses-Cévennes. Le synode de cette province l'avait reçu au nombre de ses proposants en 1745 ; il avait été vers 1750 passer un an au séminaire de Lausanne, pour compléter ses études, puis au mois de juin 1753 « examiné, ordiné et inscrit au cata- » logue des pasteurs » des Basses-Cévennes avec la mission de desservir l'église de Sauve. Le 6e synode national tenu au désert dans les Hautes-Cévennes, du 4 au 10 mai 1756, considérant que « la province du Béarn se trouve sans ministre », lui prêta pour deux ans M. Jean Journet. Tout à fait qualifié par ses dons d'administrateur et d'organisateur pour l'œuvre qui lui était proposée, il allait parfaitement seconder son collègue, Etienne Delferre. L'un et l'autre se consacrèrent si bien au Béarn que, jusqu'à leur mort, ils restèrent dans leur nouveau champ de travail. « Plus on nous témoigne de la confiance, plus nous » devons tâcher de nous en rendre digne », écrivait Journet à Antoine Court; cette belle parole peut servir de devise à leur pieux ministère 2.

Journet arriva en Béarn à la fin du mois de février 1757, et prêcha son premier sermon le 6 mars dans le bois de Castétarbe ; à la fin de cette année (30 décembre), se réunissait le 1er synode

1. — En voir la description donnée par M. le pastcurBoliin. Bulletin Prot. Français, tome XXXII, p. 412.

2. — Edmond Hugues. les Synodes du Désert, 2e édition, Paris, Grassart, 1891, passim.

du Béarn, après une interruption de quatre-vingts ans. Il ne suffisait pas de reconstituer (es églises locales, il fallait établir entre chacune d'elles des liens de solidarité. Le maintien de chaque église par les assemblées du culte semble être la préoccupation de ce premier synode, qui prescrit qu'en l'absence des pasteurs, les anciens doivent assembler les fidèles, lire la parole de Dieu, faire réciter le catécbisme aux enfants et recueillir les deniers des pauvres à la tin de l'exercice. Ces derniers doivent être distribués sur l'avis du consistoire du lieu. L'on fixe aussi les honoraires des pasteurs à 1.000 livres pour chacun d'eux, et l'on fixe la cotisation annuelle à fournir par chaque église. Celle d'Osse n'y figure pas. Dans un autre synode béarnais du 17 juillet de l'année suivante, l'on désigne deux députés pour représenter le Béarn au synode national qui se tint du 1er au 9 septembre 1758. C'étaient le pasteur Journet et le sieur Labourdette , Ségalas, de Salles-Mongiscard.

L'église d'Osse fut taxée pour une somme de 21 livres, 13 sous, 4 liards pour les frais de députation au synode national. Ce détail nous est connu par le registre des aumônes recueillies à l'issue des assemblées et distribuées aux pauvres du village sans distinction de religion. Il porte comme suscription : « Regitre pour >j servir aux gens de la Religion Réformée d'Osse : Au nom de » Dieu qui a fait le ciel et la terre. Amen. » Il s'ouvre le 2 juillet 1 ToS par l'état des pauvres de la paroisse. Nous y voyons les noms des six membres du consistoire que le pasteur Defferre avaient installés dans leurs fonctions: c'étaient : Pierre d'Àudap, Pierre Casteig, Jean Latounette, Jean Larroze, Jean Latourrette- Pon et Jean Lagunpocq. Casteig et Larroze étaient diacres, les autres sont les anciens. Ils n'avaient pas encore figuré au synode de la province, qui s'était réuni deux fois : convoqué pour la troisième fois le 0 janvier 1759, notre église y est représentée par deux anciens, les sieurs Jean Latourette-Pon et JeanMiherre dit Latounette, dont le voyage s'éleva à 13 livres 4 sous. Ils purent entendre le compte-rendu que les députés de la province ne manquèrent pas d'y l'aire du synode national dont ils revenaient, et le synode exborta les églises à se conformer à ses décisions. L'église d'Osse fut taxée pour cent francs par an, pour la part.qu'elle devait fournir pour l'entretien du ministère.

Ainsi Osse reprend sa place dans les églises du Béarn, qui lui enverront aussi régulièrement que possible, deux ou trois fois par an, un des pasteurs. Cette année-là, notre village fut visité au mois d'octobre par le pasteur Jean Journet. Il trouva le consistoire bien embarrassé pour l'administration des deniers de l'église, et donna quelques conseils pratiques. Ainsi à chaque visite du pasteur, nos montagnards croyaient devoir faire en son honneur des frais considérables, qui retombaient sur la communauté. Sur la proposition de M. Journet, on convint que « chaque » fidèle nourrira à son tour le pasteur sans que ces dépenses que » chacun fera à ce sujet puissent être reportées sur l'église en » général ». Puis il établit les comptes de l'église, par où nous voyons combien grandes étaient les charges qu'elle avait à supporter.

Voici ce qu'elles étaient :

i° Frais de voyage des ministres qu'on allait chercher dans la plaine et qu'on y raccom-

pagnaient (3 voyages) 84 liv.

2° Frais de séjour des ministres 80 — 10 s.

3° Députation au synode de la province 13 — 4 s.

4° Pour la tenue du synode national 21 — 13 s. 4 1.

5° Contribution pour les frais du ministère. . . 29 — 3 s.

6° Vin chez Lagunpoc 9 — 15 s.

7° Divers non détaillés 10 — 7 s.

Total 238 liv. 11 s. 4L

Pour faire face à ces dépenses, le consistoire se réunit sous la présidence du pasteur Journet et en présence « d'un nombre » de bons et fidèles laïques, et décide qu'afin d'accélérer lac- » quitation de ces sommes, on fera incessamment une levée » d'argent, en taxant chaque famille selon ses moyens. Fait et » arrêté le 3e octobre susdit 1759. Signé Journet, ministre du » Saint Evangile ».

Cette même année où ces gens délibèrent si paisiblement, le parlement de Navarre venait de frapper un grand coup. Quelque temps après la première visite du pasteur Défie ire, était venu à

Osse un ancien régent, Dominique Gheruque, qui à son tour avait logé chez Miherfe. II avait abandonné le catholicisme romain et parcourait les églises, rapprenant aux protestants le chant des psaumes. Ce malheureux fut arrêté à Vielienave le 7 avril 1759 et condamné aux galères perpétuelles. 11 parvint au bout de 10 ans à s'évader et à se réfugier à Genève. Son hôte, moins heureux que lui, mourut misérablement dans les prisons de Pau l.

Les assemblées protestantes avaient donc recommencé à être régulièrement tenues à Osse à partir de Tannée 1757. Et avec elles les quêtes publiques en faveur des pauvres. La charité est le corollaire de l'Évangile. Le souvenir des pauvres est une partie du culte réformé. De l'argent recueilli à l'issue des assemblées, 11 francs furent distribués entre dix pauvres le

2 juillet 1758 ; 6 francs, le 30 octobre. On distribue 11 francs 10 sous, le 12 mars 1759 ; 12 francs 12 sous, 4 liards, le 9 avril ;

3 francs, le 13 mai. — Nous pouvons inférer de ces distributions la tenue régulière des assemblées à cette époque tourmentée.

Quelquefois des étrangers ont part à ces secours ; ainsi le 6 octobre 1760, on accorde trois livres « à un nommé Lacombe » de la Compté de Foix, religionnaire, » et autant « à un alemand » nommé Pierre, de la confession d'Augsbourg, affligé par un » accident à lui survenu d'un coup de fleuret ». (Il travaillait, selon toute apparence, aux chemins qu'on faisait alors pour l'exploitation de la forêt d'Issaux.) Les catholiques indigents ont part à ces libéralités aussi bien que les protestants, les espagnols aussi bien que les français. Le consistoire délibère le 5 juillet 1761, de distribuer les charités sans faire aucune distinction de religion, mais ils savent se souvenir plus particulièrement des « domestiques de la foi »; c'est ainsi que le 18 octobre de cette année « le consistoire fait remettre par le ministère du » trésorier 4 livres dix sols à un pauvre honteux pour luy fournir » le moyen de faire le voyage aux fins de faire baptiser son » enfant au dézert ».

On comprend l'exaspération du clergé, quand on se repré-

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