CHAPITRE SIXIÈME
LES TRIBULATIONS D'UN NOTAIRE en 1766.
Pierre Datournou, né à Osse le 1er janvier 1725, était l'ainé d'une nombreuse famille que nous connaissons déjà. Après avoir été, à Pau, clerc d'un procureur du nom de Casaubon, il s'établit pour son compte en qualité de praticien, puis en 1752 acheta la charge de notaire royal ou de garde-notes de la vallée d'Aspe, charge qu'il exerça pendant un demi-siècle, sauf quelques années d'interruption forcée, comme nous Talions voir.
Plein de zèle pour la religion, il avait facilité l'expatriation de ses frères et soutenu ses vieux parents dans leur résistance à la volonté du curé. Cependant sa foi eut un moment d'éclipsé : lorsqu'il eut la chance de devenir notaire à Osse, il crut qu'il pouvait, sans forfaire à ses convictions intimes, faire les actes de catholicisme exigés à cette époque 1 pour obtenir la charge qu'il convoitait. Cet acte d'hypocrisie lui fut vivement reproché par son frère Joseph qui lui écrivit de Londres la lettre suivante, le 1 9 juin 1752 :
« A l'égard de votre charge de notaire, il faut que je vous dise que je vous croyais réellement au-dessus d'une pareille bassesse, mais je vois qu'il ne faut se fier sur rien ; puisque quelquefois ceux qu'on croit les plus fermes se laissent dominer par l'intérêt, les faibles n'y sont-ils pas encore plus sujets? Les soins que vous preniez pour me portera ne point suivre les conseils qui entraînent la ruine de l'âme, me fesaient espérer que vous seriez toujours assez fort pour ne pas y succomber. Plût à Dieu que vous les eussiez toujours eus en vue pour vous-même? Que