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CHAPITRE PREMIER LE PAYS

La vallée d'Aspe forme le canton d'Accous, le plus étendu et le plus méridional du département des Basses-Pyrénées. Elle couvre en France une superficie de 48.942 hectares, formant une ovale dont la petite pointe est tournée vers l'Espagne et qui a quarante kilomètres de longueur et vingt-un dans sa plus grande largeur. Elle prend naissance en Espagne, sur les flancs d'un grand massif, et s'étend au nord jusqu'au continent du Lourdios avec le gave d'Aspe.

Elle confine à l'est avec le canton de Laruns (vallée d'Ossau), au nord avec celui d'Oloron, au nord-ouest avec celui d'Aramitz (vallée de Rarétous), à l'ouest avec la Navarre espagnole, au sudouest et au sud avec FAragon. Entourée de sommets élevés, elle est traversée du sud au nord par la gorge profonde qu'y creuse le gave d'Aspe et dans laquelle aboutissent une foule de cours d'eaux secondaires. Nous étudierons successivement : 1° Les sommets — 2° Les vallons — 3° Les ressources du pays.

1° Montagnes de la Vallée d'Aspe.

Nous avons à distinguer ici entre les sommets de la ceinture du pays, de beaucoup les plus élevés, et ceux des contreforts qui le traversent.

Chose étrange, c'est en Espagne que se trouve le point géographique où la vallée d'Aspe prend naissance. Au centre de la chaîne Pyrénéenne se trouve un massif calcaire aux flancs

abruptes, dressant ses fiers sommets fort au-dessus de tout ce qui l'avoisine et dont le point le plus élevé, situé au sud-ouest, est le pic Saurin ou Bissouri (2669 m). De cet observatoire, qu'on aperçoit de Saragosse (170 kilomètres), le panorama est immense. Du côté de l'Espagne, les plaines de l'Aragon se déroulent sans fin aux yeux du spectateur émerveillé. A droite, à gauche ce sont des entassements de masses rocheuses aux teintes chaudes et aux formes étranges. Les plus hauts pics de la partie occidentale de la chaîne se dressent devant les regards surpris. « Signalons seulement le pic d'Ànie, le Sesque, l'im- » mense obélisque d'Ossau, puis le Baleïtous et la Montagne » fermée avec leurs précipices et leurs glaciers, la Pique- » Longue de Vignemale dressant sa pointe entre le pic d'Enfer » et le Bondeillos, le pic Posets, les sommets de Gavarnie, le » Mont-Perdu, le Tendenera, la Pena Collorada et plus de cent » autres1. »

Au nord de ce massif, vers la France, sont les rochers de Bernère (231 5 m) séparés du Bissouri par le cirque de Bernère que traverse un sentier se rendant au village aragonais d'Aragues del Puerte. Au pied des pics Bernère, encaissé au milieu d'un plateau gazonné, s'étend le lac d'Estaës (1700m) un des plus grands des Pyrénées. Sur le flanc oriental de ce massif, s'ouvre le cirque d'Aspe couronné par trois pointes dont la plus haute au sud-ouest, est le Pic d'Aspe (2561 m). C'est là qu'à deux kilomètres de la frontière, naît le gave qui se précipite en France par le pas d'Aspe.

Chaque côté de la vallée a aussi son massif : c'est, à l'est, les puissants contreforts du Sesque (2612 m) où les touristes d'Ossau viennent contempler les belles montagnes du pays d'Aspe, et à l'ouest le pic d'Anie et les formidables rochers qui l'environnent. Cette pointe (2504m) est le sommet de beaucoup le plus élevé depuis l'Océan. Par un temps exceptionnellement clair, malgré les vingt lieues qui le séparent de la côte, on peut voir de là le fond du Golfe de Gascogne, spectacle admirable qu'il m'a été permis de contempler à deux reprises. Une fois en

1. — J.-L. Lourde-Rocheblave. La vallée d'Aspe et le pic Bissouri. (Annuaire du Club-Alpin français, année 1878.)

particulier, l'après-midi, le soleil s'inclinait au couchant et la mer apparaissait comme une nappe d'or d'un effet merveilleux. L'ascension en est rude, mais assez fréquente, et les touristes n'ont plus à craindre comme au siècle dernier les préventions des Lescunois qui auraient facilement fait mauvais parti aux indiscrets qui allaient troubler le génie de la montagne.

Pour compléter l'ossature curieusement régulière du pays d'Aspe, ces deux derniers massifs sont rejoints par une crête de deux mille mètres d'élévation, allant de Test à l'ouest, et donnant dans son milieu passage au gave dAspe par une profonde cassure ; cette crête divise la vallée en deux parties très tranchées, désignées encore par un nom latin : le vie supérieur et le vie inférieur.

Ces trois massifs et le confluent du Lourdios partagent la ceinture de la vallée en quatre sections à peu près égales.

Celle qui va du massif central au sommet du Sesque forme une ligne d'environ 23 kilomètres. A lest dupas d'Aspe, la montagne subit une dépression considérable, les rochers font place à des mamelons gazonnés s'étendant sur un espace de trois kilomètres ; c'est par ces pâturages que passe la route internationale à l'endroit appelé Somport (4640m). Une pierre milliaire, aujourd'hui déposée au musée de Pau, y indiquait le passage de la voie romaine de Cesar-Augusta ^Saragosse) à Beneharnum (Lescar), indication confirmée par l'inscription de la Pêne d'Escot et l'itinéraire d'Antonin. Ce passage, malgré les neiges, peut être franchi dans les hivers les plus rigoureux.

De Somport, la ligne-frontière remonte rapidement vers le nord-est à "2000 et même à 2300 mètres au pic des Moines, en longeant le vallon espagnol de l'Astu, qui ferme le Col des Moines (2069m). Rien n'est plus saisissant que la vin4 qu'on a de ce point sur le pic du Midi d'Ossau, dont il est séparé par nu étroit précipice. Ce bloc sombre, s'élevant d'un abîme et dont le sommet est à sept cents mètres au-dessus de vous, vous écrase par sa masse. Du pic des Moines (2442 m) la frontière tourne vers le nord, et passe, avant d'arriver au sommet du Sesque, par le pic d'Aule (2410m), près duquel est un passage par où l'on se rend d'Urdos à Gabas.

De ce point au continent du Lourdios, la frontière de la vallée,

qui a une trentaine de kilomètres, rencontre d'abord le pic d'Isabe (2477 m) et, à partir de ce point, abandonne pour un moment la ligne de partage des eaux qui s'infléchit considérablement au col d'Igey, permettant de passer d'Accous dans la partie supérieure de la vallée d'Ossau. Du pic d'Isabe part donc une ligne conventionnelle qui suit une crête rocheuse et rejoint un contrefort du Montagnot d'Igey (2125m), enfermant ainsi de beaux pâturages et les eaux supérieures du val de Bitet (Ossau). Depuis le Montagnot d'Igey, la ligne-frontière s'abaisse successivement aux cols de Rioutort et de Sesque, passages conduisant d'Aydius à Laruns, se relève au pic Montagnou (1974m) pour s'abaisser de nouveau au col d'Aran et au col de Marie Blanque, donnant issue à des sentiers allant à Bielle (Ossau), l'un depuis Sarrance, l'autre depuis Escot. Non loin du signal de l'Escuret (1441 m) qui domine au nord le col de Marie Blanque, la ligne de faîte tourne brusquement à l'est et descend vers le gave en suivant la crête de Porteig que domine le mont Binet ou Mailh d'Arrouye (1253m).

Dans la section qui va du gave d'Aspe au pic d'Anie (longueur 31 kilomètres), nous relevons une irrégularité géographique dans la limite administrative de la vallée: Issoret son territoire, dont les eaux sont tributaires du Lourdios, font partie du canton d'Aramitz (vallée de Barétous). La ligne conventionnelle rejoint la frontière naturelle aux rochers d'Ar (1350 m). Quittant un moment les bords du Lourdios pour s'élever au pic de Napayt (1163m), elle les suit de nouveau jusqu'au défilé par où cette rivière sort des pâturages d'Issaux. Rien de plus sauvage que cette longue coupure, au fond de laquelle le torrent se perd dans des abîmes impénétrables, et sur le flanc desquels on trace un chemin d'exploitation de la forêt d'Issaux qui se substituera à l'étroit sentier si abrupte que les animaux ne peuvent le pratiquer. Depuis les rochers d'Ar au massif de l'Anie, la frontière se relève progressivement en passant par les hauteurs de Labays (1567 m) et le Soumcouye (2Q32m). C'est entre ces deux sommets que se trouve le col de Guillers conduisant à l'ouest à Sainte- Engrace et au sud-ouest par un long défilé (pas de Guillers) au col de la Peyre-Saint-Martin, où le 13 juillet de chaque année les habitants de Barétous paient à ceux de la vallée de Roncal un

tribut de trois génisses en expiation d'un crime commis il y a sept ou tiuil siècles.

Le point où la limite de la vallée rejoint La frontière espagnole se trouve à l'ouest du pic d'Anie, entre ce sommet et le pic d'Arias (2062 m), tout près du col dePescamou, qui permet d'aller de Bedous ou d'Arette à Roncal (Navarre).

La section de frontière qui va du pic d'Anie au pic d'Aspe est la plus longue (32 kilomètres). Elle se dirige d'abord vers le sud, présentant les aspects de la haute montagne, des rochers hardis, inaccessibles, et de profondes dépressions qui facilitent les communications entre les vallées des deux pays. Au sud du pic d'Anie est le col de l'Insole, qui fait communiquer Lescun avec la vallée de Roncal ; puis se dressent La Pêne Blanque, au pied de laquelle est le joli lac de Lhurs, et la table des trois Rois, borne gigantesque entre la Navarre, TAragon etleBéarn, où les souverains de ces trois pays pouvaient dîner ensemble tout en restant chacun sur son territoire ; enfin le pic d'Ansabère (2376m), au sud duquel est le col de Pétregemme, faisant communiquer Lescun avec le village d'Anso (Aragon). A partir de ce point, la frontière moins tourmentée suit une ligne plus égale, rarement inférieure à 2000 mètres et n'allant guère au delà de 2300. Elle passe par le pic Larraille (2323 m) qui domine un des ports de Pau, le pic Lariste (2189 m) qui domine l'autre. Ces deux ports font communiquer le village de Lescun avec la vallée espagnole d'Etcho. Après les rochers moutonnés de Lacuarde qui forment le fond de la gorge du Labadié, avec le pic Rouge (2119m) où le calcaire gris a fait place à un terrain schisteux d'une teinte rouge sang, le pic d'Arlet (2205 m) au pied duquel est un petit lac, et le pic de l'Espalunguère (2258 m), elle côtoie la haute vallée d'Aigue-Torte, sillonnée par les zig-zags du rio Aragon. Ces riches pâturages, couverts en été d'immenses troupeaux de mérinos, sont dominés à l'est par les rochers de Bernère, au sud par le Bissouri et à l'ouest par les rochers d'Acher (2373m), que leur aspect formidable font appeler Castillo (forteresse). Entre l'Espalunguère et le massif central, la frontière subit une dépression profonde au port de Gabedaille (1320m), qui fait communiquer par un passage très accessible Urdos et Ëtcho.

Dans l'enceinte du pays cTAspe, les sommets importants sont: à Test de la Pêne Blanque les beaux rochers de Billare (2309 m) qui dominent le village de Lescun ; au nord du pic Rouge, le pic de Labigouer (2176 m) qui est le plus haut point d'un massif situé entre le plateau de Lhers et la haute vallée du Gave ; au nord de Somport, le signal de Peyrenère (2036 m). Dans la grande crête transversale, à signaler, à sa partie occidentale, le pas d'Azun (1874m), au pied du Soumcouye et les rochers d'Ouilliarisse dont le plus élevé atteint 1993 mètres; à sa partie orientale, les pics d'Arapoup (1668 m), de Ronglet (2273 m) et de Permayou (2371 m). Au nord de ces derniers pics et du col d'Igey se dressent les pointes de l'Iliecq et de la Marère (2231 m). Ils dominent le côté sud du vaste entonnoir qui constitue le fond du vallon d'Aydius et qui est fermé au nord par une longue crête aboutissant au plateau d'Ourdinse au-dessus de Bedous. Cette crête, à son tour, borne au sud le cirque de Gée, aux parois régulières et quasi perpendiculaires, cité par M. Elisée Reclus comme type des cirques pyrénéens. Notons aussi au nord de la vallée la Pêne d'Escot, dont le sommet principal, le Romendares, s'élève à 1640 mètres. Enfin, au nord-ouest du bassin de Bedous, s'élève le massif isolé de Layens (1624m).

2° Gorges et Vallons.

Entre les contreforts qui se détachent de ces différents sommets sont des plateaux, des vallons ou des gorges, dont les parties supérieures sont couvertes de bois et de pâturages et les inférieures, de prairies, de fermes, de terres cultivées. On y trouve ordinairement un hameau ou un village.

Les eaux de toutes ces pentes s'écoulent naturellement dans le gave d'Aspe, grande artère qui coule au milieu de la vallée. Mince filet d'eau lorsqu'il pénètre en France à l'altitude de 1700 mètres, il se précipite d'abord sur le plateau d'Anglus, d'où il arrive par une série de gouffres et de cascades, à six kilomètres de sa source, au joli bassin de la Fonderie (1120 m). On y voit de hauts fourneaux éteints, où étaient traités, il y a quarante ans, les riches minerais de fer de Peyrenère. Dans ce bassin, le gave est

grossi sur sa rive droite de l'Espugna qui descend du port de Gabedaille par la gorge de rEspalunguère où l'on rencontre une montagne d'albâtre du grain le pins lin. Toute cette partie haute de la vallée est très boisée, et, malgré son aspect sauvage, revêt des formes particulièrement gracieuses. À deux kilomètres des forges le bassin se resserre et à la Pêne d'Aret forme un premier défilé assez court souvrant sur le bassin d'Urdos large d'un demi kilomètre et long de quatre, couvert de prairies parsemées de fermes et de champs de labour. Deux torrents y aboutissent: l'un au sud (rive droite) l'Arnousse, sortant dune gorge profonde hantée par les ours, l'autre au nord (rive gauche), le Baralet, descendant par une large ouverture dont quelques granges égaient les pentes cultivées.

Au centre du bassin est le village d'Urdos (440 habitants) le « forum ligneum » de l'Itinéraire d'Antonin, premier poste français de douanes et de gendarmerie.

Le gave quitte le bassin d'Urdos pour s'engager dans une gorge longue de dix kilomètres, où la route a souvent été taillée dans le rocher, défenses naturelles complétées par le fort de "Portalet placé à l'entrée (rive droite) ; construit en 1848, il commande toute La partie supérieure de la vallée.

Au-dessous du fort, cette grande coupure dans la roche est la porte d'Enfer qui donne issue auBaigts de St-Cours ; un chemin dit de mâture, taillé en corniche dans la roche vive, conduit à de belles forêts. Sur la rive d'en face, on pouvait voir, il y a quelques années, un dolmen dont les débris jonchent le sol. Après le pont de Sebers, nouveau défilé, à gauche duquel se précipite (rive gauche), du pied de superbes rochers (1800m), le torrent de Bélonce, qui, recueillant les eaux d'un long bassin boisé (val de Bélonce) devient terrible en temps d'orage. La gorge s'élargit et, fièrement campé sur un plateau à gauche, s'allonge le village de Borce (o2o habitants), le capdulh du Vie supérieur, où de vieilles inscriptions en caractères gothiques décorent d'antiques maisons. Un vieux registre du xvie siècle y conserve le récit de la défense des habitants contre les troupes béarnaises'qui ne purent y pénétrer en 15G9. Au pied du plateau, sur l'autre rive du gave, le village d'Etsaut (352 habitants), est non moins remarquable par ses vieilles tours qui remontent au

temps des Maures. Après le pont de Borce, nouveau défilé suivi d'un nouvel élargissement laissant place à droite aux maisons de Cette-Eygun (410 habitants). Eygun est sur les bords du gave ; Cette, sur un plateau qui sert de base au pic de Sesque. La gorge se resserre encore une fois pour s'élargir au confluent du gave de Lescun (rive gauche), où le volume du gave d'Aspe est doublé. Depuis la Fonderie, c'est-à-dire sur un parcours de seize kilomètres, il est descendu de 1120 mètres à 480, par une pente moyenne de 40 mètres par kilomètre.

Le gave de Lescun descend par une jolie vallée fort encaissée et qui n'a que trois kilomètres de longueur, au fond de laquelle se précipite la cascade de Lescun, l'une des plus belles des Pyrénées. Cette vallée est dominée à 500 mètres de hauteur par deux plateaux : celui de Lhers au sud et celui de Lescun à l'ouest. Portant dans sa partie supérieure le nom de Lansabe, le gave de Lescun prend sa source non loin du col de Pètregemme. Toutes les eaux qui descendent dans l'immense éventail compris entre le pic Rouge, le pic d'Anie et la frontière espagnole y viennent aboutir. Il a deux principaux affluents : sur sa rive gauche, le Lauga, qui rassemble les eaux des environs du pic d'Anie et le rejoint un peu au-dessus du village de Lescun ; sur la rive droite, le Labadié, qui, après avoir arrosé la longue gorge à l'ouverture de laquelle est le hameau de Lhers, s'unit à lui au pont du Roi. Le spectateur placé soit à Lescun, ou soit mieux encore, aux bains de Laberouat (source minérale située à 1600 mètres), jouit d'un point de vue incomparable sur les sommets qui vont du pic d'Anie au pic. de Sesque. Lescun (1033 habitants) est le plus peuplé des villages du vie supérieur. Quoique à une altitude de 900 mètres, on y jouit d'un beau climat, le maïs y pousse et des treilles tapissent les maisons. Lescun, qui a donné son nom à l'une des douze baronnies du Béarn, a été le théâtre d'un combat où le 18 Fructidor an II de la République (1794) un corps d'environ sept mille Espagnols fut complètement battu par les troupes levées dans les trois vallées d'Ossau, d'Aspe et de Barétous.

A partir de son confluent avec le gave de Lescun (480 m), le gave d'Aspe, dont le cours avait jusqu'ici été fréquemment coupé par de petites chûtes, est plus ample et moins rapide, si bien

qu'au pont d'Eseot (320 m) distant de seize kilomètres, le niveau de l'eau n'a baissé que de 1(>0 mètres, la pente moyenne de ee trajet étant de 10 mètres par kilomètre.

Peu après le pont de Lescun, les rives du gave se resserrent et il est tellement encaissé que la route monte sur un plateau où se trouve l'auberge de l'Estanguet, chantée par Xavier Navarrot, en face de laquelle se trouvait jadis la maison de la vallée, lieu de réunion des représentants du pays. Les grands tilleuls qui l'entouraient avaient fait donner à cette assemblée le nom de Tilhabé.

Le gave arrive en tin à la grande arête transversale dont les rochers le surplombent à une hauteur écrasante. C'est le défilé d'Esquit, après lequel il pénètre dans le bassin de Bedous.

Un bassin correspond presque toujours, selon M. le professeur Leymerie, à l'entrée de quelques vallons ou gorges transversales. Il y en a quatre dans le bassin de Bedous qui « est, sans contredit, le point le plus intéressant de la vallée d'Aspe ». C'est une plaine, figurant une ellipse de cinq kilomètres de longueur sur une largeur moitié moindre, où l'ophite ou porphyre vert, plus ou moins foncé, forme tout autour une sorte de bourrelet ou de bordure de monticules conoïdes ou arrondis. La plaine ellemême est une surface horizontale, dont le fond et les matériaux qui le constituent indiquent assez qu'il a été rempli d'eau. Ce lac est aujourd'hui remplacé par des champs cultivés, entourés de sept villages l.

Le premier confluent depuis le défilé d'Esquit est la Berte, qui descend d une gracieuse vallée couronnée par un cirque grandiose. Sur les rives de cette eau verte est Accous (1102 habitants),

1. — D'après M. Leymerie, la vallée d'Aspe appartient au terrain dévonien. « Elle est caractérisée par l'élément calcaire et par l'absence de granit et de toute roche cristaline en masse, aussi bien que de grès rouges. » Les fossiles, assez abondants aux environs du Bissouri, sont fort rares dans la vallée. La frontière, du pic des Moines au pic Rouge, est constituée par des schistes et des calschistes rouges, verts et rubanés ; on y trouve des bancs assez puissants d'une brèche versicolore à fragments de calcaires ou de schistes agréablement colorés en rouge vif et en vert. Près de l'Espalunguère est une montagne, déjà signalée, de calcaire saccharoïde, albâtre gypseux d'une grande richesse. Au pont de Lescun on voit une carrière dé pierres d'appareil « d'un calschiste amygdalin dont

jadis le capdulh du vie inférieur, aujourd'hui le chef- lieu du canton. Accous a donné le jour au poète Despourrins, dont un obélisque dressé sur un coteau rappelle le souvenir. Le nom d'Accous vient peut-être du latin aquosus locus (l'endroit des eaux). Parmi les nombreuses sources qui l'entourent, on en compte deux minérales au pied du coteau ensoleillé où se déploie le village de Jouers : ce sont celles de Bulasque et de Suberlaché, fort appréciées des gens de la vallée et des Espagnols de la frontière. Des traces de retranchement et de terrassement sur la colline du Pouey, au nord d'Accous, sembleraient indiquer que là devait se trouver YAspa laça de l'Itinéraire d'Antonin.

Non loin du confluent de la Berte, le gave reçoit sur sa rive gauche la Pounce, petit cours d'eau d'un kilomètre de long, qui surgit, au pied de la montagne, de deux sources (lous Oueils) et sur les bords duquel est bâti le village de Lées ; cette eau viendrait, dit-on, d'une grotte immense, située sur le flanc du pic Ouilliarisse, à une altitude de 1500 mètres.

Au milieu du bassin, rive gauche, est le confluent du gave avec le Malagar, endroit qui porte le nom significatif de port d'Athas. En effet, par la longue gorge qui, recevant les eaux de la grande forêt de Pétraoube, aboutit au col de Bouézou près de la forêt d'Issaux, passe un chemin de mâture construit au siècle dernier et destiné à amener au gave les bois de la marine royale que Ton faisait flotter jusqu'à Bayonne. Athas, situé sur un plateau, forme avec Lées la commune de Lées-Athas (602 habitants).

En face du confluent du Malagar (rive droite) s'élevait jadis l'église et l'abbaye de St-Jean-de-Laxé, dont les derniers vestiges ont été emportés par le gave en 1762 l. Elle possédait une source salée qui a également disparu.

h s amandes d'un blanc rose sont enlacées et liées par un schiste subsatiné d'un vert tendre ». On peut voir au pont d'Osse des échantillons de cette curieuse pierre.

Voir pour la description géologique de la vallée d'Aspe le Mémoire de M. Leymerie, professeur à la Faculté des sciences de Toulouse, cité par M. Auzouy dans un travail présenté à Pau en 1873. Congrès scientifique de France tenu à Pau en 1873. Tome II, page 91 et suivantes.

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