Relation manuscrite de M. V. Liard
Sur la rive gauche du gave, les alluvions, fornu'-s par le Larricq d'Osse et couverts de prairies irriguées avec art, sont limités par une brusque élévation dune vingtaine de mètres, l'Espoune, qui n'est autre que la moraine terminale d'un immense glacier qui descendait des hauteurs d'Igey. Celte élévation borne un plateau où sont les meilleures terres de culture de la vallée ; c'est là qu'est le village d'Osse (630 habitants), situé au pied de Layens el entouré par des collines qui L'abritent contre les vents du nord et de l'ouest. Sa position et le spectacle enchanteur dont on y jouit sur le bassin et les hautes cimes qui le dominent à l'est et au sud, en font un charmant séjour. En remontant le Larricq on se rend aux cols d'Hourataté et de Bergout qui conduisent à la forêt d'Issaux.
A un kilomètre au nord d'Osse, un peu au-dessous du pont de la Bigue, le gave reçoit, rive droite, le Gabarret, sur les bords duquel est construite la petite ville de Bedous (970 habitants), centre du commerce de la vallée. C'est là que se tiennent les marchés hebdomadaires et les deux foires annuelles. Les représentants des administrations publiques y résident. Dans sa vieille 'église de St-Michel furent renouvelés en 1398 par le Captai de Buch, Archambaud de Grailli et sa femme Isabelle de Foix, vicomtesse du Béarn, les fors de la vallée dont les chartes avaient été incendiées avec l'église de St-Jean-de-Laxé.
Non loin de Bedous est le petit village d'Orcun, à l'entrée de la gorge fort étroite par où descend le Gabarret, que Palassou appelle aussi le ruisseau des Ors. L'ophite y revêt un caractère sombre dans des rochers fantastiques, le quartz assez abondant y est recouvert de lamelles de fer oligiste ; on y trouve aussi des tufs, provenant de pétrifications de mousses, et de charmantes fougères (capilli veneris), enfin à trois kilomètres en amont de Bedous sont de riches carrières qui fournissent une ardoise solide mais au grain assez grossier. A six kilomètres sur la pente escarpée du nord s'étage le pittoresque village d'Aydius (Mi habitants). La gorge y fait place à un vaste entonnoir, égayé au bas par des granges et des cultures qui entourent des bois et des rochers/.
Dans le défilé qui va de Bedous à Escot les confluents du gave sont le ruisseau de Gée (rive droite), où se trouve un hameau de
ce nom, presque en face celui qui descend du col d'Ichère par où Ton se rend au village de Lourdios. Un peu avant Sarrance, l'Escoude (rive droite), que la route traverse sur un beau viaduc de cinq arches datant de 1880. En face de Sarrance, l'Aran, se précipitant d'un haut plateau, le val d'Aran. Sarrance (777 habitants), est un célèbre lieu de pèlerinage, visité jadis par Louis XI. Les pentes abruptes qui l'entourent, cultivées jusqu'à une très grande hauteur, sont parsemées de granges cachées dans la verdure.
Au nord de Sarrance la route franchit le gave sur un magnifique pont de deux grandes arches, construit en 1879. Au delà, près du gave, s'échappent du rocher plusieurs sources limpides dont l'une est assez volumineuse pour faire marcher une usine.
Un peu plus bas, aussi sur la rive droite, est la source minérale d'Escot, très fréquentée par les Oloronais pour les affections des reins et de l'estomac.
A la sortie du défilé se détache de la route nationale, qui franchit le gave sur un beau pont, la route thermale qui va à Arudy par Saint-Christau. Cette route, qui a pris la place de l'ancienne route de la vallée, monte jusqu'au village d'Escot (523 habitants), sur un plateau dominant le gave et traversé par le Barescou, lequel, prenant sa source près du col de Marie Blanque, parcourt un long et gracieux vallon. Au delà d'Escot, le géologue constate des effleurements d'ophite semblables à celui du bassin de Bedous. Signalons sur la même rive un dernier ruisseau, le Riou-Cottou, autrefois le Too, où se faisait l'échange des otages quand le vicomte ou son délégué venait dans la vallée.
C'est sur la rive gauche que le Lourdios rejoint le gave. Il est formé, au fond du vaste entonnoir que tapisse la forêt d'Issaux, par la rencontre de l'Arrigaux venant des environs du pic d'Arias, avec La Boo de Barlagne qui descend du pas d'Azun en passant par le gouffre de TArpète. Il coule du nord au sud parallèlement au gave d'Aspe jusqu'au village dlssor, où il se détourne brusquement vers l'est. Il est grossi dans le gouffre de Lourdios du ruisseau de Las Bachots, rive gauche, traverse le village de Lourdios qui, avec le hameau d'Ichère, forme la commune de Lourdios-Ichère (532 habitants). Il y reçoit, rive
droite, le Larricot qui recueille les eaux du nord de Layens et passe sous le village d'Issor (720 habitants), en aval duquel il reçoit, rive gauche, La Boo d'Issor.
3° Les ressources de la Vallée.
Tel est le pays d'Aspe, dont les altitudes moyennes, d'environ 2000 mètres, sont hachées par de profondes coupures. Les hommes qui vivent dans ces gorges, sans cesse exposés aux intempéries, aux dangers des précipices et des avalanches, aussi bien qu'à la dent des fauves, ont appris à tirer parti de ce pays d'exploitation difficile. Dans ce combat pour l'existence, ils ont acquis un caractère dune énergie peu commune, en même temps qu'une intelligence singulièrement vive et aiguisée. L'Âspois est résistant à la fatigue et obstiné dans ses entreprises. D'une taille généralement élevée, il joint à une constitution saine et vigoureuse une âme sensible aux beautés de la nature et un cœur généreux. Les dures épreuves de la vie lui ■ ont appris la compassion.
Sur les 48.942 hectares que mesure la vallée, 1.534 sont absolument stériles, rochers incultes, dont les plus élevés servent d'habitation aux grands oiseaux de proie : aigles, vautours et gypaètes ; aux lagopèdes ou perdrix des neiges, tour à tour blanches ou grises ; à ces gracieuses antilopes, les chamois des Alpes, désignées dans les Pyrénées sous le nom d'isards. Au pied de ces pics élevés s'étendent des pâturages communaux, couvrant plus de la moitié de la surface du canton (27.035 hectares), et qui nourrissent en été tout le bétail de la vallée et quelques troupeaux de la plaine. Les bêtes à laine sont de beaucoup les plus nombreuses : on cultive surtout les brebis pour les produits et pour le lait ; on les distingue en sédentaires, dont le nombre est assez restreint, et en hibernantes, que leurs propriétaires emmènent pendant la froide saison jusque sur les bords de la Garonne et de la Dordogne. Les bêtes à cornes augmentent sensiblement, tandis que les brebis diminuent. La fruitière, qui a été établie à Bedous depuis une dizaine d'années, a contribué à améliorer les qualités laitières de la race aspoise.
On élève, en vue de la remonte, une excellente race de chevaux. Les bêtes de somme, dont on fait surtout usage, sont les mulets et les ânes dont le pied sûr est fort apprécié dans les montagnes.
Ces pâturages ont été enlevés aux immenses forêts qui couvraient jadis tout le pays. Il n'en reste plus que 14.071 hectares, qui pourraient produire annuellement, si elles étaient régulièrement exploitées et si des moyens de transport en permettaient le débit au loin, plus de treize mille mètres cubes de bois. On n'ose mettre en face de ce chiffre le peu qu'on en retire1. Ces forêts appartiennent aux différentes communes de la vallée. Les plus considérables sont celles de Borce (1.477 hectares), et celle d'Issaux (1.380 hectares), indivise entre Lées-Athas, Osse et Lourdios. Les unes sont soumises à l'administration forestière
1. — C'est sous le ministère du cardinal Richelieu qu'on commença l'exploitation des forêts des Pyrénées pour les besoins de la marine royale. Mais l'absence de chemins rendant ces bois très chers, on l'abandonna. Vers le milieu du siècle dernier, une compagnie de capitalistes béarnais s'organisa pour créer les voies nécessaires et en 1765 on nomma des ingénieurs et des officiers de la marine pour diriger ces travaux. Rien de plus pénible que l'abatage de ces sapins dans des pentes où l'homme a peine à se tenir. Que de dangers, et que d'habileté pour faire descendre jusqu'aux chëmins, des troncs de cent pieds de long ! On les chargeait ensuite sur deux trains de roues et, dans la forêt d'Issaux, on les transportait ainsi jusqu'au port d'Athas, où se trouvait un bassin servant à construire des radeaux de quatorze pieds de large et de cent de long. Le gave d'Aspe avait été nettoyé et régularisé pour qu'il eût au moins 20 mètres de largeur d'eau courante et recevait ces radeaux qui parcouraient au moins deux lieues à l'heure. Bien rude était le métier des radeleurs, toujours sur le qui vive et sans cesse exposés à des accidents : les radeaux échouant constamment sur le sable, sur le roc ou sur des digues. A Èstos, de l'autre côté d'Oloron, était un bassin de mouillage, où les premiers radeleurs étaient remplacés par d'autres qui conduisaient les radeaux jusqu'à Peyrehorade, d'où ils étaient remorqués jusqu'à Bayonne. Le plus gros sapin qui soit peut-être sorti des Pyrénées a été extrait en 1767 de la forêt d'Issaux. Il avait cinq pieds de diamètre à la culée et quatre-vingt-dix-huit pieds de service ; sa souche renfermait celle d'un sapin de six pouces qu'il avait renfermé en croissant. On y reconnaissait encore les coups de hache qui l'avaient abattu à huit ou neuf cents ans de là à en juger par l'Age du gros arbre. Il fut employé à Toulon pour un mât de misène d'une seule pièce.
Résumé de quelques pages rédigées d'après un mémoire de l'ingénieur Leroy, qui avait longtemps dirigé ces travaux d'exploitation. Les Pyrénées, ou voyages pédestres, par M. Chausenque, ancien capitaine du génie, n vol. Paris, 1834.
(7.989 hectares), et produisent les essences suivantes : le hêtre pour six dixièmes, le sapin pour trois et le chêne et le pin ensemble pour un. Les autres, exploitées directement par les communes (6.090 hectares), contiennent le hêtre pour huit dixièmes., le sapin pour un, le dernier dixième réunissant le chêne et le pin. Cette diversité dans la production des essences indique à première vue la différence d'altitude de ces deux sortes de forêts ; si celles qui sont laissées à la discrétion des communes sont moins élevées, les Aspois n'en sont pas moins obligés d'aller chercher sur des pentes fort pénibles, du bois qui leur revient fort cher.
Les forêts de la vallée sont loin d'être aussi giboyeuses que par le passé. Il y a peu d'années, qu'avant une restauration malheureuse, Ton pouvait voir à Bedous une maison aux pignons à gradins et flanquée d'une tour crénelée que Ton dit avoir été un ancien rendez-vous de chasse de Gaston Phœbus. Le comte de Foix, vicomte de Béarn, aimait à venir se perdre dans les forcis du pays d'Aspe à la poursuite des ours, des loups et des sangliers. Avec la destruction des forêts, le gibier se fait de plus en plus rare. Les loups ne s'y rencontrent plus guère, Ton n'y tue guère qu'un ours ou deux par an, mais on y poursuit encore les sangliers ; les renards et les blaireaux y foisonnent, et Ton y peut rencontrer des fouines, des belettes et même des hermines.
A côté de ces animaux nuisibles, le chasseur peut poursuivre dans les hauteurs rocheuses les isards, les lagopèdes et les gelinottes ; dans les bois, le cerf, le chevreuil, les coqs de bruyères, les râles et les palombes, et dans les brousses qui entourent les villages, le lièvre et la perdrix, sans parler de la caille, qui y est très abondante dans les champs à l'époque des moissons.
Ces champs n'occupent malheureusement qu'une faible partie du pays: 5.042 hectares sont seuls réservés à la culture. Ce sont les excellents terrains dalluvions situés autour des villages. Ils n'ont à redouter ni la grêle, retenue par les hauts sommets, ni l'inondation, vu rencaissement des cours d'eau. Leur produit est environ le. double de celui des terrains de la plaine. Les trois cinquièmes des cultures sont des prairies (2. 902 hectares). Les terres de labour produisent, par ordre de récoltes, en commen-
çant par les plus abondantes, pour les céréales : des pommes de terre, du froment, du maïs, de l'orge, de l'avoine, du seigle, des haricots, du sarrazin, des lentilles ; pour les plantes textiles : le lin et le chanvre ; pour les fruits : des pommes, des cerises, des prunes, des châtaignes, des poires, des nèfles, des raisins (la vigne est cultivée à Accous, Bedous, Lées-Athas et Osse), des figues, des coings, des pêches et des abricots ; les fraises, les framboises, les groseilles et surtout les myrtilles et les mûres des ronces viennent abondamment dans les forêts et sur les hauteurs.
Cette diversité de produits indique des climats très variés. La neige ne séjournant guère sur les pentes exposées au midi, certains endroits jouissent d'un climat privilégié. Si le bassin de Bedous avait la même altitude que Pau, le myrte et l'oranger y viendraient en pleine terre. Le thermomètre n'y descend pas plus bas. Osse en particulier est privilégié sous ce rapport, vu sa situation admirablement abritée. Voici le relevé des observations faites à la station météorologique d'Urdos, située à l'altitude de 760 mètres au-dessus du niveau de la mer : température moyenne + 45° centigrades, température extrême — 13° et + 34° centigrades. — Etat du ciel : pression atmosphérique normale 700 mm. — Direction et force du vent : S. E. 1. — Pluviomètre : 0.91 environ. — Orages, grêle rare. — La foudre éclate et tombe sur les hauteurs, ce qui occasionne parfois de terribles accidents : homme ou bétail foudroyé. — Les torrents sont redoutables par les crues produites par les trombes d'eau ou la fonte des neiges.
Les villages sont généralement situés de manière à ne redouter ni les avalanches ni les inondations ; ceux du bassin de Bedous, grâce à l'excellent climat dont on y jouit, sont peuplés d'anciens serviteurs de l'Etat : fonctionnaires, militaires, marins ou douaniers, qui ont choisi ces jolis lieux pour leur retraite.
Bedous est leur séjour favori, c'est la ville commerçante de la vallée. On y trouve tout ce que la civilisation nous apprend à considérer comme indispensable. On y fait même un assez gros commerce avec l'Espagne, peaux, laines, vins, etc., sans parler de la vente des ardoises qu'on exploite aux environs. Bedous
possède une caisse d'épargne. Il était autrefois un centre d'industrie dune certaine importance. La Compagnie Galabin avait établi en 1722 à Orcun une fonderie, où elle traitait les minerais de cuivre et de fer, tirés de la montagne de Bergout. L'usine avait pris assez de développement pour comporter un laminoir à llans et des magasins de mine purifiée et de charbon. De même dans notre siècle, on a traité les riches minerais de fer de Peyrenère. En 1800 ou 1801 les sieurs Guichard, Varnier et Lanier avaient obtenu l'exploitation de cette mine et avaient établi au quartier de Laherrèrie une forge qui fut brûlée en 1808 par les Espagnols. En 1825, M. Abel, originaire de Stuttgard (Wurtemberg), acheta cet emplacement, construisit de vastes ateliers, des logements pour les ouvriers et exploita la mine de Peyrenère à ciel découvert. En 1829, 1830 et 1831 il avait la fourniture d'une partie des projectiles du ministère de la guerre ; il employait alors plus de 160 ouvriers, presque tous gens de la vallée. Le premier coup porté à cette industrie fut le retrait de la fourniture des projectiles, confiée à un seul et même adjudicataire de l'intérieur. Un second fut l'obstacle que l'administration des forêts suscita à la fabrication du charbon de bois dans les alentours de la forge. Enfin le troisième qui acheva de ruiner cette industrie, fut la disparition de M. Abel qui mourut en 1855, à l'âge de 82 ans.
Et cependant ce n'est pas que les richesses minérales fissent défaut. Dans un mémoire rédigé en 1837 1 à l'effet d'obtenir la continuation de la route nationale qui traverse aujourd'hui la vallée, on trouve, énuméré avec une grande exactitude, ce que l'on savait alors des minerais trouvés en Àspe. On y signale les mines de fer de Peyrenère, des sources de l'Arnousse, du Mailletours (Urdos), celles d'Anglus, au nombre de deux, et de Belonce (Borce), jadis exploitée en galeries, celle de Lou Pieu (Lescun), celle de Biscarce (quartiers de Larca et de Riuret dans la commune de Bedous, celle de Layens (Osse), enfin celles de Bergout et de Burgails exploitées jadis, la première par la compagnie Galabin, la seconde par une compagnie Talavera do
1. — Ce mémoire est entre les mains de M. Mirassou-Nouqué à qui j'en dois la communication,
Toulouse, dont l'usine, établie à Athas, fut abandonnée en 1788.
Des minerais de cuivre se rencontrent sur bien des points du pays: dans la commune d'Urdos, à Peyrenère (cuivre rouge), aux quartiers de Lazaque et Garraye (cuivre jaune et panaché) ; dans la commune de Borce, au quartier de Cassiau (cuivre jaune), à ceux de Maspètre et dTriré (cuivre et argent), à ceux d'Ibosque et de La Gravette (cuivre vert ou vert de Montagne) ; dans la commune de Lescun, au col d'Ansabe et au pic d'Anie ; dans celle d'Aydius, au quartier de Boureinx, mine exploitée jadis par la compagnie Galabin, de même que celle de Bergout (commune d'Accous). — On trouverait des minerais de plomb et de manganèse à Osse, quartier de Lasserres, et peut-être du mercure argentifère aux sources de la Berte (Accous).
A ces richesses minières, il faut ajouter les ardoises, le tuf (Orcun), la terre de porcelaine (Borce), les marbres aux couleurs variées, bleus et gris, rouges, noirs, verts et panachés. Enfin le porphyre vert dont Palassou faisait grand cas : « Une pierre » encore plus précieuse, dit-il, parce qu'elle résiste davantage à » l'injure des siècles, c'est une pierre verdâtre, nuancée de vert » clair et de vert obscur, et connue dans la vallée d'Aspe sous » la dénomination de Nionre et que les minéralogistes nomment » ophite ou grunstein. Elle ressemble parfaitement à la serpen- » tine, mais elle a beaucoup plus de dureté, puisque, frappée » avec le briquet, elle étincelle en plusieurs de ses parties. » Bayen dit qu'elle serait propre à remplacer dans nos édifices » l'ophite ou porphyre vert, tant recherché des Grecs et des » Bomains. On pourrait ouvrir des carrières immenses. Sa » beauté, sa dureté doivent le faire préférer à tous les marbres » verts qui se dégradent aisément. »
Enfin, une autre pierre, qui sera certainement exploitée un jour, est l'albâtre ou calcaire gypseux de Borce, dont les couches « séparées par des terres légères, varient de trois pouces à un pied ». La finesse de son grain, sa parfaite blancheur, l'éclat de son poli, le rendent digne d'être employé aux plus beaux ouvrages de sculpture et d'architecture1.
1 . — Palassou : Observations pour servira l'histoire naturelle et civile de la vallée d'Aspe. Pau, Vignancour, 1828, p. 95. Le rapport du préfet
On fait en ce moment des travaux de sondages à Soupéret, montagne. d'Accous, où se trouvent les mines de cuivre, situées près du quartier d'Ibosque, et au plateau de Lhers, où l'on trouve des effleurements d'anthracite.
Les eaux minérales, qui sont une cause de grandes richesses pour certaines vallées des Pyrénées, se rencontrent aussi dans la vallée d'Aspe. Mais les plus connues n'y sont guère fréquentées que par les gens du pays ; ce sont celles d'Escot, excellentes contre les maladies de l'estomac et des reins ; celles de Suberlaché (Bedous), sulfureuses, employées avec succès contre les douleurs rhumatismales; celles de Lanousse ouBulasque, riches en éléments ferrugineux et recommandées aux anémiques ; enfin celles de Laberouat (commune de Lescun), situées à ioOO mètres audessus de la mer et dont les baigneurs disent le plus grand bien. On cite les vertus de beaucoup d'autres sources qui n'ont point été soumises à l'analyse et dont on pourrait tirer parti pour la santé publique.
L'industrie locale se limite à quelques scieries, un lavoir de laine (Bedous), la traite du lait et du fromage, soit par les pasteurs, soit à la fruitière de Bedous, et la fabrication des cruches de bois d'if cerclées de cuivre (Osse).
C'est dire que le pays est à peu près inexploité, et cependant l'industrie y trouverait des moteurs à bon marché : il y a deux siècles que l'on y comptait deux cents moulins. Pourquoi ne verrait-on pas s'y établir des filatures ? Les bras y seraient à bon compte, et les habitants profiteraient d'un travail assuré. Nul doute que le jour où la voie ferrée en projet résoudra la question des transports, ce pays verra les capitalistes tirer parti, tant des richesses du sol que des avantages que ces cours d'eau pourraient offrir à l'industrie, et qu'alors les Aspois trouveront sur place les ressources qu'ils vont chercher au loin.
Ce jour-là verra le terme d'une émigration qui va en augmentant chaque année. Depuis un demi-siècle, la vallée a perdu près du tiers de ses habitants. Le recensement de 1841 portait pour le canton d'Accous 11.823 habitants, celui de 1880, 8.943, on n'eu
Serviez, que cet auteur indique, se trouve aux Archives départementales, liasse mines et minières, série S.
compte que 8.437 en 1891. La commune d'Osse, en particulier, qui avait en 1841, 871 habitants, n'en a plus que 630.
Chaque commune constitue une paroisse du culte catholique, desservie par un prêtre ; le curé doyen d'Accous a un vicaire. Il n'y a qu'une église protestante, ayant un temple et un pasteur. L'instruction publique est donnée dans vingt-huit écoles publiques laïques, dont douze de garçons, dix de filles et six mixtes, et une congréganiste de filles (Lées-Athas). Le personnel enseignant est composé de vingt-neuf titulaires et huit adjoints stagiaires. Il y a en plus à Bedous un cours complémentaire d'enseignement primaire supérieur suivi par vingt-cinq élèves.
L'administration de la justice est représentée par un juge de paix siégeant à Accous, assisté de deux suppléants et d'un greffier. Celle des finances, par un receveur de l'enregistrement, un percepteur des contributions directes, un receveur et un commis principal des contributions indirectes, tous ces fonctionnaires résident à Bedous ; de plus, par trois receveurs des douanes dont les bureaux sont à Bedous, Urdos et Lescun. Enfin, Bedous est la résidence d'un garde général des forêts et d'un conducteur des ponts et chaussées.
Les impôts payés en 1890 s'élèvent à 120.624 fr. 86 dont 56.191 fr. 29 pour les directs, 36.086 fr. 86 pour les indirects et 38.346 fr. 71 pour l'enregistrement. Le pays est traversé par de nombreux chemins, car, outre la route nationale n° 134, comptant 44 kilomètres depuis le confluent du Lourdios au Somport, et la route thermale n° 4 (5 kilomètres du pont d'Escot au Biou-Cottou), il y a 18 kil. 400 de chemins dits d'intérêt commun, dont 9 kil. 700 carrossables, 8 kil. 700 muletiers, et 354 kil. de vicinaux ordinaires, dont 47 kil. carrossables et 307 kil. muletiers, sans parler de tous les chemins et sentiers d'exploitation non classés. La frontière est protégée par le fort de Portalet qui reçoit en permanence une ou une demi-compagnie d'infanterie, puis par trois brigades de gendarmerie de cinq hommes chacune échelonnées à Urdos, Bedous et Sarrance, et par quatre brigades de douaniers : Urdos M hommes, Lescun 9 hommes, Bedous 11 hommes, Lourdios 8 hommes. — Enfin la vallée communique avec le reste du monde par deux bureaux de
télégraphe civils et une station militaire (Portalet), par deux recettes de postes, Bedous et Accous, et deux facteurs boîtiers ; deux courriers montent chaque jour d'Oloron et autant y descendent. Un piéton franchit tous les matins le Somport portant à Canfranc les dépèches pour l'Espagne.