‹ OsseChapitre 123 sur 132 · id. id. tome II, p · texte numérisé non relu

id. id. tome II, p

nous en avons la preuve par les extraits de lettres que nous avons cités précédemment.

Au moment où nous en sommes arrivés de leur histoire, ils supportaient encore toutes les conséquences de cette législation odieuse, et si radoucissement des mœurs rendait impossible l'application de telles lois, cependant leur existence légale leur était contestée, leurs mariages n'avaient nulle valeur civile, leurs enfants étaient toujours considérés comme illégitimes. Ainsi Tannée avant celle où les derniers forçats protestants quittaient les galères de Toulon, où le prince de Beauveau ouvrait les portes de la tour de Constance à de pauvres femmes dont le seul crime avait été d'être de la religion d'Henri IV, et dont certaines étaient enfermées depuis 60 ans, le parlement de Pau prescrivait des informations contre de malheureux habitants d'Osse, dont le crime avait été de faire baptiser leurs enfants par un pasteur protestant.

Le 19 juillet 1768, sur les procédures faites par Liard, jurât d'Osse, la cour prescrit des informations dans une première ordonnance contre le nommé Martigues et autres religionnaires du dit lieu ; dans une seconde contre les nommés Lasserre et autres du dit lieu et Mirassou Aillot de Bedous, habitant au dit lieu d'Osse.Les informations furent faites par Tarras, procureur au parsan, et le 18 novembre, sur le rapport de l'abbé de Salles, conseiller, vu les dites procédures et l'extrait baptistaire, arrêt fut rendu par lequel le nommé Martigues et autres religionnaires sont accusés « d'avoir fait baptiser au désert, et » suivant le dit extrait baptistaire, par le nommé Defferre, soy- » disant ministre de Jésus-Christ, un enfant né du concubinage » du dit Martigues avec la nommée Anne Menvielle,qui cohabite » avec luy, il est ordonné que les nommés Martigues d'Osse, et » Defferre, soy disant ministre de la religion prétendue réformée, » seront pris au corps, menés et traduits aux prisons de la » conciergerie de la Cour, et que la nommée Marguerite Marti- » gues du dit lieu d'Osse et le nommé Lagoardère, d'Orthès, » viendront personnellement dans huitaine, pour répondre aux » demandes du Procureur Général du Boy ».

Voilà de quelle manière on traite une famille respectable, régulièrement établie en vertu d'un contrat de mariage, enre-

gistré au bureau d'Accous le 13 octobre 1765 dont le second entant, une tille du nom de Suzanne, avait selon toute apparence été portée au baptême à Orthez par sa tante maternelle et à laquelle le nommé Lagoardère avait servi de parrain.

Et pour bien établir que ce n'est pas seulement pour effrayer et donner un exemple, le jour même où la cour a rendu cet arrêt, elle a ordonné des informations contre d'autres ménages protestants d'Osse, dans une première ordonnance contre les nommés Jean Asserquet et Marie Rodolpbe Bruchou, et dans une seconde contre Jean Escameig et Marguerite Lagun, accusés les uns et les autres, cbacun pour ce qui les concerne, d'avoir fait baptiser « au désert un enfant né de leur concubinage2 ».

Ces arrêts, aussi abominables par l'esprit qui les a dictés que par leur rédaction, représentent bien la situation misérable des protestants. Ils n'avaient pas même le droit que la nature accorde à tout être venant au monde : le droit d'exister. Il ne leur était pas permis de naître, de se marier et de mourir. On sait qu'ils devaient dérober, en les enterrant eux-mêmes dans leurs demeures, les corps de leurs bien-aimés. Leurs mariages n'étant pas légaux, leurs enfants étaient illégitimes ; de là, pour la transmission de leurs biens, des conséquences inouïes : des procès iniques, des dépouillements odieux. Des esprits généreux, tels que La Fayette et Malesberbes, s'employèrent à mettre fin à une telle situation, mais il n'était pas facile de vaincre les préventions invétérées de la Cour et la bigoterie du roi : toucher à l'œuvre de Louis XIV et favoriser d'une façon quelconque l'hérésie, semblaient porter atteinte aux intérêts et aux prérogatives de la couronne. Pour arriver à ce résultat si mince, que de donner un état civil à des citoyens français, il fallut employer la ruse et démontrer au roi que son illustre aïeul n'avait jamais entendu ôter aux protestants les droits à l'existence légale, et que son œuvre devait être complétée sur ce point. C'est ainsi qu'on put lui arracher à grand'peine l'édit auquel on a donné à tort le nom d'édit de tolérance et qu'il eût été mieux de nommer l'édit d'indigênat.

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