Arch. Dép., H
» retenu par un notaire (Me Soupessens ou Me Datournou ou » Me Cantou), et contrôlé à Accous, ou en vertu d'un contrat » privé, ou bien de l'avis de leurs parents et amis sans avoir » passé aucune convention publique ou privée. (Puis, suit » le nom et la date de naissance de chaque enfant) laquelle » déclaration les dits mariés nous ont fait pour procurer à » leurs enfants et à ceux qu'il plaira à la Providence de leur » donner, les avantages qu'il a plu au législateur d'accorder en » faveur de ses sujets qui ne font point profession de la religion » catholique. »
Chaque acte devait être signé par quatre témoins, ainsi que par le jurât. Les témoins qui ont assisté les déclarants, presque toujours les mêmes, étaient : JeanLagunpocq, Pierre Lagunpocq dit Curetet, Jean Gasteig, Pierre Gasteig et Jean Trouilh.
La mairie d'Osse possède un registre spécial où ces déclarations sont consignées. Cinquante- neuf familles furent ainsi reconnues et cent cinquante et un enfants légitimés. En défalquant les époux décédés, au nombre de douze, deux cent cinquante-sept personnes furent appelées à l'existence civile. Fautil inférer de là que nous avons ici un recensement exact de la population protestante d'Osse ? Non, ce serait une grosse erreur. Combien qui, pour éviter les inconvénients nombreux d'être privés d'un état légal, se mariaient encore à l'église et y faisaient porter leurs enfants !
Cela est si vrai que quarante-sept des mariages ainsi légitimés s'étaient accomplis dans les douze dernières années avant leur inscription, et qu'il y en avaient qui remontaient jusqu'en 1757. Nous ne compterions donc que douze mariages de 1757 à 1775, c'est-à-dire en dix-huit ans ; cette proportion n'était pas en rapport avec la population. Il a donc fallu que beaucoup de protestants, autant par habitude que pour éviter les désagré^ méats de l'absence d'état civil, subissent le mariage et le baptême catholiques, sans renoncer pour cela à la foi de leurs ancêtres.
Mais ce n'était pas seulement la partie de l'édit concernant l'état civil qui apporta une consolation grande au peuple d'Osse, ce fut aussi l'article 27 qui prescrivait de destiner « un terrain » convenable et décent pour l'inhumation » des non catholiques.
Cette clause de l'édit ne fut appliquée qu'en 1789. Cette année* là, les protestants de notre village cessèrent leurs inhumations domestiques.
Il n'y eut pas d'hésitation sur L'emplacement qu'il convenait de consacrer à l'inhumation de leurs morts. Le terrain où se trouvaient les ruines du temple, démoli en D>80' par ordre du roi, était toujours la au milieu du village; c'était là que les ancêtres des protestants morts avant la révocation reposaient en paix; quelques pierres tombales l'attestaient encore! C'est là que, dorénavant, se feront leurs inhumations dans un silence solennel, au milieu d'un cortège nombreux de parents et d'amis. Si grande fut l'impression de cette restitution, (pie nos ancêtres l'ont conservée par une inscription éloquente dans sa concision, et, en mémoire de la faveur royale, ils ont gravé sur le portai] de cet enclos qui pour eux renfermait tant de souvenirs, La date de ■ 1789 ».
Les protestants, en reconstruisant les murs d'enceinte de cet emplacement, sentirent naître en eux le secret espoir de pouvoir bientôt relever de ses ruines ce temple abattu dans un jour de malheur.
L'édit de 1787 marque la lin des persécutions ; l'ère des galères et du gibet, de l'enlèvement des enfants et de la prison est définitivement close. Car si dans le préambule de l'édit le roi déclare qu'il « favorisera toujours les moyens d'instruction et de persua- » sion qui tendront à lier tous ses sujets par la profession com- » mune de l'ancienne foi du royaume », d'un autre côté, avec non moins d'énergie, il promet de proscrire " avec la plus sévère » attention, toutes ces voies de violences qui sont aussi contraires » aux principes de la raison qu'au véritable esprit du christia- » nisme ».
Depuis le 2o juin !6i7, jour où, de par le pape et sous l'habile direction des jésuites, fut genda l'édit de Fontainebleau, par lequel on résolut la réduction du Béarn à la France et au catholicisme, jusqu'à celui où, en novembre 1787, la Cour déclara close l'ère des persécutions, cent soixante-dix ans se sont écoulés. Dans cette période, aux résistances acharnées de la première heure et aux convulsions d'une lente agonie, succéda l'atonie d'une résignation, apparente d abord, qui s'est peu a peu trans-
formée en habitude inconsciente, si bien que tout finit par disparaître.
Les Béarnais oublièrent l'Évangile qu'au xvie siècle ils avaient embrassé avec enthousiasme et au nom duquel ils avaient répudié les innovations et les surcharges que le Moyen Age avait apportées à la religion chrétienne. La Bible, source unique de renseignement de Jésus-Christ et des apôtres, jadis placée dans chaque famille comme la gardienne de la foi et le palladium des vertus domestiques, a disparu à peu près de partout. Bien plus, ce long espace de souffrances a effacé de la mémoire du peuple, non seulement la foi pour laquelle ses aïeux avaient versé le plus pur de leur sang, mais encore jusqu'au nom des martyrs de l'indépendance nationale. Ce qui est plus fort encore, c'est qu'on a eu l'habileté de lui persuader que les fauteurs de tous les troubles qui désolèrent ce malheureux pays ne sont autres que les innocentes victimes du fanatisme et de la tyrannie. Pour lui, Louis XIII, Louis XIV et Louis XV ne sont pas les spoliateurs des libertés publiques, mais bien Jeanne d'Àlbret et Henri IV ! ! Ce n'est point la mémoire d'un Foucault qui est en horreur, mais celle de Montgommery, le vrai libérateur du Béarn. Non seulement on méconnaît l'importance de la révolution religieuse accomplie en 1571, mais encore on traite d'hérésie le retour au pur Évangile, accompli avec la conviction et la sincérité que Ton sait, par le peuple tout entier.
Et quant aux rares protestants, dispersés sur la surface du pays, qui sont restés fidèles aux traditions nationales et à la foi réformée, ils sont comme des étrangers au sein de leur propre patrie. L'édit de 1787 les retrouva bien réduits et bien peu capables de supporter les terribles épreuves qu'allait leur faire subir l'éclosion de la liberté politique. Isolés les uns des autres, insuffisamment instruits, dépourvus de livres saints, ne pouvant profiter qu'à intervalles fort espacés des prédications que donnaient de côté et d'autres les deux ministres traqués euxmêmes comme des voleurs de grands chemins, ils étaient destinés, en partie, à sombrer dans la tourmente révolutionnaire où ils achevèrent de perdre, avec la foi de leurs pères, les traditions protestantes.
On peut dire que, partout où il n'y eut pas d'assemblées
régulièrement tenues, les églises disparurent, et à la réorganisation des cultes, des seize mille protestants que l'on comptait encore en 1700, on n'en retrouva plus que cinq nulle. C'est ainsi que s'effondrèrent les églises de Labastide -Ville franche, de Caresse, Cassaber et Castagnède, de Ramons, d'Ozenx, de Montestrucq, de Maslacq, d'Arthez, de Pontacq et de Nay1. Qui aurait le courage de reprocher leur infidélité à ces malheureuses victimes d'une longue oppression qui les avait laissés sans livres, sans .pasteurs et sans culte ? Ils avaient oublié ce qu'est l'Évangile.
Quant à ceux qui, peut-être, se trouvant réunis en plus grand nombre sur un même point, sont restés fidèles et ont suivi plus exactement l'ordre établi par les ministres, en conservant l'habitude de se réunir tous les dimanches, sous la présidence de leurs anciens, ils purent, malgré quelques éclipses, traverser sans trop de dommage ta période où tous les cultes furent supprimés. Mais peut-on leur en vouloir si, déshabitués à une vie administrative régulière, ils n'ont pas maintenu le fonctionnement normal de leurs assemblées ecclésiastiques. Les protestants du Béarn furent parmi les plus exacts du royaume qui réunirent leur synode particulier. Il siégea en 1700, 1792 et 1793, alors que la plupart des autres provinces semblent y avoir renoncé. On ne peut que déplorer cet affaiblissement de la vie ecclésiastique et cet isolement des églises, car le jour où la société civile voulut reconnaître le culte protestant, celui-ci était tellement affaibli et effacé, qu'il ne put. selon le rêve d'Antoine Court, imposer aux pouvoirs publics une constitution solide et fidèlement observée.
Enfin, pour en revenir au Béarn et à la vallée d'Aspe, ce qu'il y a de merveilleux, d'incroyable même et nous osons dire, de providentiel, c'est que, malgré les mesures violentes que Ton sait et les lois de proscription absolue, en dépit de la méthode admirablement calculée et patiemment poursuivie, qui à vues humaines devait sûrement faire entièrement disparaître la foi évangélique, en 1787 elle avait encore des représentants.
t. — Synode du Désert, tome n, p. 'Mx. Voir la liste, incomplète, des églises réformées de Béarn en 1~:>7.