DEPUIS
LE SIMULTANEUM. — LA RECONSTRUCTION DU TEMPLE. — LE RÉTABLISSEMENT DU SAINT MINISTERE
Le 21 août 1789, l'Assemblée constituante proclamait : « Tous » les citoyens étant égaux aux yeux de la loi sont également » admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon » leur capacité, et sans autre distinction que celles de leur vertu » et de leurs talents. »
Tel était l'article xi de la déclaration des droits de l'homme. Le comité proposait pour l'article xvm cette formule : « Nul ne peut » être inquiété pour ses opinions religieuses, ni troublé dans » l'exercice de sa religion. » Un curé proposa une rédaction embarrassée et réussit à la faire adopter : « Nul ne doit être » inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que » leur manifestation ne trouble point l'ordre public établi » par la loi. » En laissant le pouvoir public juge de ce qui peut troubler l'ordre, dans les questions de culte, il lui mettait aux mains une arme dont le clergé devait sentir douloureusement l'atteinte.
Rabaut Saint-Etienne, pasteur protestant, député du bailliage de Nimes, plus tard nommé président de l'Assemblée Nationale, plaida pour la liberté religieuse sans restriction : « Elle est la » plus sacrée de toutes. Elle échappe à l'empire des hommes. » Il la réclame pour deux millions de citoyens utiles. Il ne veut pas de la tolérance. « La tolérance ! le support! le pardon! la » clémence! idées souverainement injustes qui ne nous présen-
» teat que comme des citoyens dignes de pitié, comme des » coupables auxquels on pardonne ! »... On lui opposa l'intolérance de certains peuples protestants, il répond : « Nation géné- » reuse et libre, vous n'êtes pas faite pour recevoir l'exemple, » mais pour le donner. »
Par un décret du 24 décembre, les non catholiques peuvent être élus dans tous les degrés de l'administration sans exception ; ils sont capables de tous les emplois civils et militaires comme les autres citoyens.
Par un autre décret de 1790, détaillé 9-15 décembre même année, l'Assemblée Nationale reconnut qu'il était de sa justice de restituer aux représentants des religionnaires les biens don! ceux-ci avaient été privés dans les temps de trouble et d'intolérance et fixa la procédure à suivre par les héritiers, successeurs et ayant droit pour obtenir la main-levée des dits biens. C'est ainsi que fut confirmée aux religionnaires d'Osse, deux ans après qu'ils en eurent recouvré la jouissance, la propriété du consistoire, dont leurs ancêtres avaient été dépouillés lors de la Révocation. Le même décret déclare naturel français, tout descendant de réfugié qui rentrait en France.
La première pensée des protestants d'Osse, aussitôt que la liberté leur fut accordée, fut sans doute de se procurer un pasteur, mais ils étaient fort rares. C'est à peine s'il y en avait une centaine pour toute la France, et ils ne purent en trouver, car des églises autrement considérables en étaient également dépourvues. Ils continuèrent donc comme parle passé de célébrer leur culte présidé à tour par les membres du consistoire.
Leur seconde pensée fut de transporter leur lieu de culte dans le village, et d'abandonner la grange de Latounette pour un local plus à portée du peuple. Nous ne connaissons pas le lieu qui fut ainsi choisi, peut-être le culte fut-il célébré tantôt dans une maison, tantôt dans une autre. Dans tous les cas, ils songèrent à rebâtir le temple et se mirent à l'œuvre.
Nous en avons la preuve dans une lettre, datée de Londres 16 décembre 1791, écrite en anglais par François Datournou à son frère Joseph, qui s'était retiré à Osse après des revers de fortune et des chagrins de famille. Nous y voyons qu'il a été informé par ses cousins d'Asserquet et de Lagunpneq, que les protes-
tants d'Osse ont le dessein de rebâtir leur église pour la célébration du culte divin, que leur pauvreté est très grande à cause des dernières persécutions, qu'ils aimeraient être aidés dans leur entreprise. La construction fut commencée, mais bientôt interrompue pendant la terreur, où les cultes furent interdits et où « le protestantisme compta proportionnellement autant de victi- » mes que le catholicisme, sinon davantage, soit pasteurs soit » laïques 1 ». Le vénérable pasteur Paul Rabaut, qui pendant plus de cinquante ans avait échappé aux poursuites, et dont la tête avait été mise à prix pour trente mille livres, eut la douleur de voir son fils Rabaut St-E tienne mourir sur l'échafaud, et fut lui-même, à lage de 83 ans, jeté en prison. L'église catholique d'Osse est transformée en temple de la raison , où on lit les décrets de la Convention devant les citoyens assemblés.
Le onze prairial an V (juin 4795), un décret de la Convention nationale restitue les églises aux usages religieux et civils des communes, autorise les citoyens des différents cultes à en user successivement et à des heures déterminées par les corps administratifs, et enfin permet aux ministres de la religion de remplir leur ministère, qui n'est plus salarié par l'Etat, sous condition de donner à la municipalité un acte de soumission aux lois de la République.
Le maire d'Osse d'alors n'était autre que le notaire Pierre Datournou, qui s'empressa de faire exécuter ce décret dans sa commune. Non seulement le curé Lespy d'Athas, qui desservait les catholiques d'Osse, et l'abbé Jean-Pierre Pon de Lourdios, vinrent déclarer qu'ils avaient toujours été soumis aux lois décrétées par la République et qu'ils avaient l'intention de s'y conformer toujours, mais en l'absence de ministre, l'ancien du consistoire, qui lisait dans les assemblées, le citoyen Pierre Lagunpocq, dit Curetet, « voulant faire les fonctions de ministre pour le culte » que les protestants de la commune professent, vint faire devant » la municipalité la même déclaration (16 messidor an TIT) ».
1. — G. de Félice, Hist. des Protest, de France, T édition, p. 508. Voir dans la Chronique d'Oloron, t. II, p. 4o8 les adieux à ses paroissiens catholiques du curé d'Osse, que sa conscience empêchait de prêter serment à la constitution civile.
Ce même jour, le corps municipal avait pris l'arrêté suivant, pour mettre l'église dû village à la disposition des deux riillcs :
u Ledit jour, U) Messidor courant (8 juillet 179.')), lecorps municipal de la dite commune d'Osse assemblé, le citoyen maire a dit que, d'après k décret rendu par la Convention nationale au sujet dès cultes en date du 11 prairial dernier, rapporté dans le bulletin des lois qu'il reçut le jour d'hier de la part de l'administration, et comme dans la commune d'Osse, il se trouve des citoyens de différentes sectes, catholiques et protestants, et qu'il n'y a que le temple qui étaità l'usage des premiers, qu'il doit être maintenant pour les uns et les mitres aux heures qui leur seront fixées par les officiers municipaux. En conformité du dit décret pour ((ne le bon ordre et la tranquillité régnent parmi tous les dits citoyens qui composent les deux sectes, eu conséquence la matière mise en délibération il a été arrêté : que les catholiques pourront s'assembler les jours qu'ils trouveront à propos dans le dit temple, depuis le malin jusqu'à dix heures ; et depuis cette heure-ci les protestants auront le même droit, jusqu'à deux heures de l'après-midi, au surplus les dits catholiques pourront en user depuis les deux heures de l'après-midi ci un me ils le trouveront convenable.
» Le corps municipal arrête en outre ([n'en cas de trouble quelconque de la part des individus des deux sectes qui existent au présent lieu ou autres qui voulussent indécemment causer du tumulte pour interrompre les exercices, ils seront punis en conformité de la loi et du présent arrêté.
» Collation né sera délivré par le secrétaire-greffier aux citoyens des dites deux sectes en la personne de leurs chefs pour qu'ils aient à s'y conformer tous. Signés : Datournou, Maire, Louis Domecq Usaurou Pour tau, secrétaire. »
Par le fait de ce simultaneum établi dans l'église du village comme du reste cela s'est pratiqué et se pratique dans beaucoup d'endroits, les protestants abandonnèrent, pour le moment du moins, la construction de leur temple, fait que confirme un autre document qui a sa place ici. Des commissaires étaient venus dans la commune le 27 prairial an III, pour faire une enquête sur les biens nationaux qui pouvaient s'y trouver. Après avoir mentionné l'ancien presbytère (maison Flourence ou ('.laverie), la maison commune, l'église, < construite aux frais des habitants et pour servir à leur utilité ainsi que cela s'est pratiqué jusqu'à aujourd'hui, et dont la Convention assure la jouissance
par son décret du 11 prairial, l'acte d'énumération de ces biens ajoute :
Au surplus, la municipalité observe que, dans le bourg d'Osse, il y a un emplacement sous le nom de Jéricho, dont Jes cy-devant protestants prétendent avoir la propriété dans lequel emplacement on voit des murs qu'on a construits récemment pour servir de maison d'oraison pour leur usage, le restant du terrain a servy jusqu'à présent et sert encore pour enterrer leurs morts.
Ces travaux de construction furent suspendus pendant les sept ans que dura le simultaneum. Celui-ci prit fin lorsque le premier consul fit le concordat. Le consistoire, composé de quatre anciens : Casteig, Fox, Mirassou et Latisnère, entreprit l'achèvement du temple. Il avait chargé Jean-Clément Doumecq de prélever sur le peuple protestant les taxes que chacun s'était volontairement imposées. On donna en outre des journées de travail, et peu à peu l'édifice s'élevait. Enfin la construction était à peu près finie, lorsque le consistoire d'Osse députa auprès du consistoire général, dont le siège était à Orthez, le citoyen Jean Casteig, pour intéresser ce vénérable corps à la situation de délaissement des protestants d'Osse, le supplier de faire toutes les démarches nécessaires pour leur procurer un pasteur, et prier un des pasteurs de la consistoriale de venir consacrer le temple, dès que sa construction sera finie. Ceci se passait le 18 germinal an XIII (avril 1805). Le 4 août 1805, M. le pasteur Gabriac consacra solennellement au culte divin le nouvel édifice, témoignage du zèle des protestants d'Osse, qui l'avaient relevé entièrement à leurs frais, sur les fondements mêmes de celui qui avait été démoli 120 ans auparavant, lors de la Révocation de l'Édit de Nantes.
Ces hommes énergiques avaient un profond sentiment de leurs droits. Le conseil municipal, appelé à délibérer sur le traitement du curé, dont il devait constituer les deux tiers, méconnaissant les droits de la minorité protestante, délibéra de rétablir laprémice1, impôt jadis volontaire, mais qui depuis 1676 était devenue obligatoire et même vexatoire. En 1724 le corps de la